Sauveur et fils

Publié le par Za

Sauveur et fils

C'est du grand, du très grand Marie-Aude Murail que nous avons là.
A condition de faire abstraction de la couverture, certes.
Marie-Aude Murail n'a pas son pareil pour dénicher l'humain, pour le rendre au centuple à son lecteur. Alors quel meilleur héros qu'un psychologue pour sonder les âmes ?
Autant vous le dire tout de suite, il me plait, ce Sauveur Saint-Yves. D'abord, il est joli garçon. Et Marie-Aude Murail n'y va pas avec le dos de la cuillère. Métis, grand, terriblement humain, n'en jetez plus. Et c'est bien là une preuve de la supériorité de la littérature sur le cinéma. L'image de Sauveur Saint-Yves ne nous est pas imposée, mais dès la page 10, on craque :

Sauveur avait la voix caressante de Nat King Cole vous chantant : "Unforgettable, that's what you are..."

Vous voyez le genre ?

Dans le cabinet de Sauveur défile une galerie d'adolescents, de familles qui souffrent, s'épaulent, essaient de comprendre, d'aller mieux. Phobie scolaire, séparations, recompositions, crise d'identité, chacun apporte ici un pan de réalité contemporaine. Toutes ces histoires sont regardées avec bienveillance par l'auteur/héros - tant il est clair que, de ce point de vue, Marie-Aude Murail et Sauveur ne font qu'un. Aucun jugement, mais la voix du narrateur, à la fois empathique et distanciée, insuffle humour et légèreté, là où il serait si facile de tartiner du désespoir.
Et puis il y a la relation entre Sauveur et son fils, Lazare. Un sauveur, un ressuscité. Entre ces deux-là, rien n'est simple non plus. La mort de la mère, les non dits, le racisme, la Martinique originelle, la vengeance, autant de fils difficiles à dénouer pour le psychologue, lui qui sait si bien éclaircir les sacs de noeuds des autres.
On rit, on s'émeut, on colle aux personnages. Sauveur et fils fait partie de ces livres qu'on dévore d'abord pour en ralentir la lecture vers la fin, parce qu'on sait pertinemment qu'ils vont tous nous manquer, les Gabin, Margaux, les Augagneur, Ella, Cyrille... Et Louise. Et les hamsters, aussi. Parce qu'il y a des hamsters.
D'un point de vue très très personnel, j'ai un faible pour Madame Dumayet. On sait les liens que Marie-Aude Murail a tissé au fil des années avec l'école - elle en est un auteur phare -, avec les enseignants. Et le personnage de Madame Dumayet est la preuve de cette perception juste et tendre. 
 

Madame Dumayet, suite à une conférence pédagogique donnée par monsieur l'Inspecteur, avait découvert la semaine précédente que l'écolier français manquait d'autonomie. Portant sur ses épaules l'avenir de la nation, elle afficha au mur de sa classe, grâce à ce soutien indéfectible du pédagogue qu'est la Patafix, un TABLEAU DES RESPONSABILITES.

Pour la Patafix au moins, je confirme.
J'ai fini par me résoudre à terminer Sauveur et Fils. Mais uniquement parce que je sais qu'à la rentrée, il y aura un deuxième tome. Et pourtant, je me lasse un brin des séries, des suites. Mais il y a des exceptions. Ce roman est est une. De taille.
Considérez cette modeste chronique comme la suite de ma grande déclaration d'admiration à Marie-Aude Murail. Et ce n'est qu'un début.

Sauveur et Fils, saison 1
Marie-Aude Murail
L'école des loisirs
avril 2016


 

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Stephie 15/05/2016 11:29

Marie-Aude for ever :)

pépita 09/05/2016 09:09

oui ! c'est exactement ça ! je me sens orpheline depuis...

Za 14/05/2016 17:54

Mais ils vont revenir, on va les retrouver !
;)

Cousinet 09/05/2016 06:38

Re
Foutu clavier .... lire "gente" dame, "un" bien énorme...
Et re bise.
D.

Cousinet 09/05/2016 06:36

Eh ben moi aussi je veux clamer haut et fort que la lecture de cette vente dame m'a fait une bien énorme.
Posé entre mes paluches il n'a pas tenu bien longtemps. Elle est un peu le Matthieu Ricard de la littérature de jeunesse... à suivre absolument!
Bises à toi et au bonheur de se revoir....

Za 14/05/2016 17:55

Alors, vive Marie-Aude Murail !
A bientôt mon cousinet' !Et poutounas !