je suis rabat-joie, je sais...

Publié le par Za

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1506.

Tous les ingrédients que j'aime sont réunis. La splendeur ottomane, la beauté perdue de l'Andalousie, le génie des Italiens. Je m'y vois déjà nager avec délice.

Mais...

Qui a dit que le sujet de ce roman au si beau titre (emprunté à Kipling) était ce projet , confié à Michel-Ange, d'un pont au-dessus de la Corne d'Or ? La question du pont n'est finalement que la toile de fond du texte, mince, un peu effilochée sur les bords. Énard semble hésiter entre deux mondes, deux textes. D'un côté le portrait de Michel-Ange dressant des listes, se heurtant aux lubies des ses commanditaires, impuissant à décider de son art, comme il l'est à désirer les corps, les êtres.  À force de se dérober, Michel-Ange finit par se désincarner. Et la langue d'Énard est alors moins forte, volontairement peut-être, presque banale. Lui pardonnera-t-on ce genre de dialogue :

"Le sculpteur, convaincu qu'il n'y a plus rien à voir, suit son guide.

- Mesihi ?

- Oui, maestro  ?

- Arrête de m'appeler maestro, justement. Mes amis m'appellent Michelagnolo.

Le poète, flatté et ému, repend vite sa marche de peur qu'on ne le voie rougir."

 

Face à Michel-Ange, Mesihi de Pristina le poète. Et c'est de ce côté qu'il faut chercher la beauté du texte, dans l'amour de Mesihi, qui ne recevra en retour que dédain, indécision, dans la superbe sensualité de la chanteuse andalouse, au genre un temps incertain, mais qu'importe...    

 

"Finalement, je vais te raconter une histoire. Tu n'as nulle part où aller. C'est la nuit tout autour de toi, tu es enfermé dans une forteresse lointaine, prisonnier de mes caresses; tu ne veux pas de mon corps, soit, tu ne peux échapper à ma voix. C'est l'histoire très ancienne d'un pays aujourd'hui disparu. D'un pays oublié, d'un sultan poète et d'un vizir amoureux."

 

"Je ne cherche pas l'amour. Je cherche la consolation. Le réconfort pour tous ces pays que nous perdons depuis le ventre de notre mère et que nous remplaçons par des histoires, comme des enfants avides., les yeux grands ouverts face au conteur."

 

Un demi-plaisir, donc.

Une demi-déception.

Mais que ne ferait-on pas pour des phrases comme celle-ci : "Décide-toi à me rejoindre du côté des histoires mortes."

   

Publié dans romans, Mathias Enard, Actes Sud

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Lily 18/12/2010 18:28


Hélas je ne l'ai pas et ne l'ai pas vu à la bibliothèque ...


Za 19/12/2010 18:48



J'ai dû le réserver à la médiathèque, il voyage beaucoup celui-là, en ce moment...



Lily 14/12/2010 10:50


Dommage ! Un livre qui me tenterait beaucoup pourtant ...


Za 18/12/2010 18:08



Mon billet n'engage que moi. D'autres ont beaucoup aimé. Je suis impatiente de savoir ce que tu en as pensé !