le retour de l'oncle

Publié le par Za

C'est le risque avec les blogs : se prendre les lubies du blogueur de plein fouet. Pour vous, c'est aujourd'hui. Je vous demande donc de faire preuve d'indulgence, voire de patience.

 

Vous trouverez ici le remake de l'article sur "les Lettres d'un oncle perdu",  paru un peu à la va-vite le 27 juillet dernier - et qui va disparaître du cabas. Il ne me plaisait pas du tout. Il était moche. Et voilà où je veux en venir. Les images étaient vilaines parce que l'édition française de ce grand livre méconnu l'est également ! Ce qui est vraiment dommage car la traduction de Françoise et Patrick Remaux est impériale ! Alors j'ai patienté un peu pour trouver l'édition anglaise (Methuen) à un prix raisonnable et je viens de la recevoir, joie, bonheur, félicité. Si j'insiste c'est parce que je pense sincèrement qu'il faut lire ce livre, le faire lire aux enfants - à partir de dix ans, voire neuf pour les plus avides.

 

J'envoie directement la couverture sans mentionner pour autant le nom de l'auteur, d'aucun risquant de crier à l'idée fixe, à la maladie récurrente, à l'obsession, voire à la folie. Eh bien tant pis, tout vaut mieux que de ne pas parler de ce texte, d'autant que je sais avoir du soutien du côté des adorateurs de Peake. Merci d'avance - tout de suite, on se sent moins seul...

 

photocabineuncle2commandé d'occasion outre-Manche

et reçu avec ce petit mot :

"Hope this brings back your smile !" 

A few, my nephew !



Bref.

 

L'oncle.

 

L'oncle et ses lettres, tapées à la machine, découpées...

"Au fait, je n'ai pas fait une seule faute de frappe sur cette page... Oh chialerie !"

... et collées sur d'inénarrables dessins, ce qui fait de ce livre un objet à part.

 

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"Même si le portrait que j'ai fait n'est pas d'une ressemblance hurlante, je sais que je n'ai qu'un oeil (qui marche), qu'une jambe et qu'une tête.

Tout va très bien pour moi, merci, je déteste qu'on me plaigne.

Ne crois pas que je dessine pour te faire plaisir; j'explique mieux les choses par des dessins et j'adore dessiner. Tant mieux si tu aimes mes dessins, mais j'en ferai de toute façon."

 

Pour devenir explorateur, l'oncle a quitté sans regrets véritables sa joyeuse famille.

 

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Il est parti à l'aventure sur un radeau de fortune. Son Vendredi à lui, est une étrange tortue nommée Jackson qui malmène de sa maladresse les précieuses lettres, des taches diverses et variée en témoignant... ( Et là je me prosterne devant les éditeurs anglais, des vraies taches de café ! )

 

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L'oncle, dont on ne connaîtra jamais le nom, est habité d'une mission : prouver l'existence du grand lion blanc. Une quête hasardeuse, dangereuse, pour tout dire franchement périlleuse ! On risque d'y perdre une jambe - avantageusement remplacée, certes, par le nez d'un espadon. On risque d'y perdre patience -  mais que cette tortue est exaspérante !

"Jackson n'a pas cessé de me porter sur les nerfs. Il trébuchait sur chaque monticule et j'ai passé ma journée à le relever. Une immense mer noire peuplée d'icebergs s'étendait sur notre gauche. J'ai arrêté Jackson pour épingler ma feuille sur sa carapace, mais il n'a rien compris au rôle de chevalet. Il avançait chaque fois que mon crayon allait atteindre le papier. Il y a des moments où je souhaite être seul."

On risque de perdre la raison aussi, sans quoi ce récit serait infiniment moins absurde, et moins poignant à la fois.

"Jour suivant (septième jour)

Rien à raconter. J'étais pourtant sûr qu'il allait se passer quelque chose aujourd'hui. Neige, neige, neige. Chialerie de chialerie ! Le blanc commence à me rendre malade. Suis épuisé. Ne pense pas que je me laverai ce soir."

 

Nos aventuriers croisent un bestiaire extraordinaire et foutraque, largement malmené par l'oncle atrabilaire et sa redoutable jambe épée.

 

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Ce précieux ouvrage pourrait même

être tout à fait salutaire

si vous vous retrouvez,

par hasard,

sait-on jamais,

un jour,

face à un ours polaire de cet acabit...

Sachez que la bestiole est particulièrement...

...chatouilleuse.

 

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Disons-le tout de suite, ce livre a un défaut majeur et qui m'a profondément agacée : il se lit beaucoup trop vite. Alors je l'ai relu, dans la foulée, lentement, profitant de chaque trait des formidables illustrations de Mervyn Peake, si drôles, parfaites, et qui truffent ce livre dans ses moindres recoins. L'humour du texte est sans cesse relayé par celui du trait, à moins que ce ne soit le contraire. Mais je me trouve déjà assez gonflée de donner mon petit avis sur le texte *, je ne m'étendrais donc pas sur les dessins si ce n'est pour redire le plaisir que j'y ai pris.

 

Mais, me direz-vous, Jackson et l'oncle rencontreront-ils le grand lion blanc ? Sachez en tout cas que cette histoire vous tiendra en haleine jusqu'au dénouement, une conclusion aussi vraie que  les souvenirs de cet oncle perdu et bien décidé à ne jamais retrouver son chemin... Ces lettres sont à la fois épiques et intimes, qu'elles aient été écrites au Grand Nord ou dans une chambre au coin de la rue, que l'oncle ait réellement embarqué ou qu'il soit resté au port, dans quelque bar de marin, à raconter ses histoires.

 

Conte d'ivrogne majestueux

ou de rêveur pathétique,

chimère de fou

ou de poète...

 

 

* C'est précisément pour cette raison que vous ne trouverez dans ce blog que des éloges de livres - à moins d'énervement particulier. Je réserve ma bile littéraire à la sphère intime. Je ne vois pas en quel nom je m'arrogerais le droit de déquiller tel ou tel auteur sous prétexte que je n'ai pas aimé son livre, qu'il m'a ennuyée. Qui suis-je pour cela ? Mais quand j'aime, quand j'admire, je partage, je chante les louanges, je saoule, je bassine ! 

 

promis juré045

Publié dans romans, Mervyn Peake

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The King of The Thousands 04/09/2011 02:33


Mervyn Peake ou Pevyn Remake ?


Za 04/09/2011 12:52



Je me demandais qui pouvait bien laisser un commentaire à 2h33... Toi, forcément...


Et bien oui, Pervyn Meake, Vermyn Keape, Kermyn Veape, toujours et encore. Un texte touchant et impayable comme seul les anglais savent le faire, un peu d'air frais dans cette rentrée littéraire
étouffante de trop de livres, dans cette rentrée tout court.


BiZette !