notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Publié le par Za

Chers amis désespérés,

 

Prenez quatre euros et quelques minutes.

Quelques minutes pour découvrir ce texte et des mois ensuite pour y penser, y retourner.
C'est ça. C'est un texte qui retourne.
Lu cet été, en plein soleil.
Relu, même, à voix presque haute, immédiatement.
Pas chroniqué, trop casse-gueule.
Car que dire de plus, qui n'aurait été inutile.
Pas rangé, reposé dans la pile à lire qui fait parfois ressurgir ce qu'on lui a confié, aidé en cela par une lecture sur la toile, qui remet la puce à l'oreille.
Et je découvre à cette occasion, l'interprétation qu'en font les Têtes Raides sur scène. 
J'y replonge, et retrouve, coincée entre les pages 16 et 17, une fleur rose séchée qui est devenue violette (mon côté fleur bleue).




Stig Dagerman écrit ce texte en 1952 - il ne sera publié en France qu'en 1981. Sous ce magnifique titre  se cachent dix pages serrées, impitoyables, écrites au scalpel, sur ce qui a conduit Dagerman à cesser d'écrire, de peur de n'y arriver plus, puis à cesser de vivre.
Le texte débute ainsi : "Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n'ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d'où je puisse attirer l'attention d'un dieu : on ne m'a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationalisme ou la candeur ardente de l'athée. Je n'ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m'inspirent que le doute comme si celui-ci n'était pas, lui aussi entouré de ténèbres. Cette pierre m'atteindrait moi-même car je suis bien certain d'une chose : le besoin de consolation que connaît l'être humain est impossible a rassasier."

Comment chercher alors, accueillir cette consolation fugace, éphémère, impossible à tenir, qui ne sera jamais assez solide pour devenir fondation, étayage, ce mirage de consolation, si bref, si trompeur... Il devient alors nécessaire de se mettre à l'affût de sa condition d'humain libre, si tant est que la liberté soit possible. Aucun espoir dans ce texte. Pas de bonheur, non plus. Le mot n'y figure jamais (mais je m'appuie sur une traduction). Ceci étant dit, je m'en accommode assez bien, tant ce pauvre bonheur est mis à toutes les sauces jusqu'à en devenir boursouflé et vain. Le seul sentiment de félicité se trouve hors du temps, il est lié à la nature, à l'autre, en tout cas jamais à l'écriture.  "Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie."

Alors, amis désespérés, ne lisez pas ce livre.
Pour les autres, c'est à dire ceux qui ne le seraient pas encore - désespérés, sachez que la lucidité crue de ce texte fait un peu mal, de ce mal qui fait qu'on est vivant.
Aussi.


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