sec et teigneux, j'élève ma poupée

Publié le par Za

"Je suis très méfiant envers les mamans qui lisent. La raison principale étant qu'elles font rarement les bons choix de lecture préférant toujours une histoire douce et tendre à une histoire teigneuse et sèche. Les mamans lisent comme elles vous habillent le matin, elles ne peuvent s'empêcher de finir chaque phrase à la manière dont on remonte une fermeture Éclair. Elles lisent mais en fait elles ne cherchent qu'à vous couvrir, vous réchauffer, et voilà le bonnet, et voilà l'écharpe et les gants. Que ce soit clair entre nous: les livres ne protègent pas du froid de la vie. Ils nous promènent tout nus dans des territoires hostiles, brûlants, glacials, remplis de loups, de mauvaises blagues, de pièges mesquins. Et soudain, au fond d'une caverne ténébreuse, ils nous offrent un trésor, une beauté inattendue, un poison délicieux qui nous ravit."

 

 

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Sec et teigneux, disions-nous ?

Je remarque juste, en passant,  que dans une tribune du Monde datée du 7 avril 2010, Christophe Honoré reprend la même thématique, en remplaçant "les mamans" par "les parents". Je dis ça, je dis rien...

 

J'ai d'abord pas mal rit en lisant ce guide pratique. Déjà, les vrais guides pour élever ses enfants me font rire. Surtout quand ils sont signés Edwige A. , sauf quand ils sont signés Marcel Rufo, auquel cas, je m'incline bien bas et je me tais (pour une fois).

 

Christophe Honoré commence par traiter du mauvais goût des enfants dans son chapitre consacré au choix du prénom de sa poupée. Le mauvais goût des enfants... Ce passage est un pur bonheur pour les adultes. Car, où un micro-lecteur averti n'y verra que du second degré un peu provocateur, je sais bien, moi, que tout cela n'est que pure vérité. Ah, les  chambres d'enfant... "L'horreur de ce lieu où s'entassent des poneys aux cheveux mauves, des livres aux titres débiles, des collants troués multicolores entortillés dans des pyjamas avec des imprimés de super héros dans le dos en fait une occasion de désolation et de très grande fatigue."  Observation rigoureuse d'une triste réalité. Avez-vous déjà regardé des Pet Shop© de près ?

"Maman, c'est bôôô !"

"Non, Petitou, ce n'est pas beau. C'est même carrément moche."

Il y a aussi les chapitres hilarants sur les maladies des poupées, leur nourriture, leurs vêtements...

 

Au départ, toute contente, je me disais, chouette ! Voilà qui va faire le bonheur de mes matins, démarrer la journée par un petit chapitre de ce livre, un moment d'humour à partager entre les murs (comme dirait l'autre) de ma classe. Et puis finalement non. Ils sont trop jeunes, ou en tout cas pas encore assez avertis. Ce texte est destiné à un jeune public dont l'esprit critique et le mauvais esprit (que j'adore) auraient été développés à outrance depuis le berceau.  C'est à dire 1% de ma classe, et encore pas tous les ans... Ce n'est pas un reproche.

 

La manière dont Honoré aborde l'autorité me ravit. "Afin que ce livre ne soit pas totalement inutile, ni désagréable à écrire comme à lire, je te propose de décider à partir de maintenant que j'ai toujours raison." A-t-on, à neuf ans, le recul nécessaire envers l'éducation qu'on reçoit ? " Parce que, si tes parents s'y connaissaient en éducation, tu serais la première à la savoir. Or, il ne me semble pas que tu sois un modèle de fille bien élevée. Tu aimes mentir, tu n'as rien contre le vol, tu triches à l'école, tu adores faire accuser les autres et tu ne te laves certainement pas les dents tous les jours. Tu es la preuve flagrante de l'échec de tes parents en matière d'éducation."        

 

Christophe Honoré n'est pas simplement un auteur jeunesse, c'est aussi quelqu'un qui a un vrai discours sur la littérature de jeunesse. Et ce texte est l'exemple même de la littérature qu'il défend, une véritable littérature et pas une sous-littérature qui ne servirait qu'à préparer le futur lecteur, lui permettre d'attendre l'adolescence pour passer enfin aux choses sérieuses, j'ai nommé la vraie littérature. Même si, pour le coup, il est en avance sur son lectorat potentiel... Le rôle de l'écrivain est aussi là, montrer le chemin.

 

Il faut lire sa tribune dans le Monde:  "Une masse de livres idiots fait barrage entre l'enfant et la vraie littérature." Je me permets de remarquer que la situation des adultes n'est guère plus réjouissante, si ce n'est l'existence d'une vraie critique. Dans une interview accordée récemment à un journal syndical, "Fenêtres sur Cour", Christophe Honoré dit ceci: "On n'apprend pas à lire juste pour lire des livres, mais pour rencontrer un écrivain et son univers particulier..." Plus loin, parlant de son livre: "Je rêve d'avoir des lecteurs qui soient par moments très en colère contre moi... et qui par moment soient très amusés."

Pari réussi.

 

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Carotte 28/09/2010 22:13


Hum.... ça a l'air fort bien tout ça...
Argh.


Za 29/09/2010 13:27



Warum argh ?



l'or des chambres 27/09/2010 11:09


Je viens de découvrir ton blog (chez Mirontaine) J'aime beaucoup le ton de tes billets, je te mets dans mes favoris... Bon, pour ce que tu dis de ce bouquin je retiens qu'il est plus pour nous les
adultes que pour les enfants... J'adore le premier extrait que tu donnes, c'est tellement vrai, si nous aimons tellement lire à nos enfants c'est peut-être pour les garder dans ce monde merveilleux
qu'est l'enfance... (quand elle est préservée) Quelle classe as tu ?


Za 28/09/2010 12:28



En plein dans le mille ! " ... le ton de tes billets..." Merci, rien ne peut me faire plus plaisir que de lire ce genre de compliment ! Se démarquer un peu du demi-million de blogs littéraires
est un vrai boulot qui fait transpirer !


Pour les reste, je t'envoie un mail perso de ce pas !


A bientôt !