sphex

Publié le par Za

sphex [sfεks]. n.m. (1808; gr. sphêx, "guêpe"). Zool. Insecte hyménoptère, sorte de grande guêpe qui creuse des terriers où elle dépose des proies paralysées (criquets, grillons).    définition du Robert   sphex.jpg

 

37 nouvelles et un épilogue. Sous-titre: Fantaisies malsaines...

 

37 instantanés au scalpel, impitoyables, scrutant les êtres au plus près de l'épiderme, au plus profond de la chair, des viscères. Des hommes sans nom, juste une lettre sans point derrière, pas  même une initiale donc, suffisamment anonymes pour être chacun de nous. Les personnages de Bruce Bégout se vivent la nuit, à la lumière des lampadaires, des phares des voitures, noyés d'insomnies, perclus de solitude. Une solitude inextricable et sans grand espoir qui m'a un peu suffoquée au fil de la lecture. Mais quelle lecture ! Quelle jubilation, à se régaler d'une langue précise et fluide. Mention spéciale à  l'utilisation de l'adjectif qualificatif en général et de certains en particulier ( "... des couleurs coruscantes du crépuscule.")

 

  Des textes coups de poing, qui forcent parfois à sourire, à ricaner plutôt. Et on se surprend à se considérer un poil monstrueux de trouver cocasse la fin des Poupées géantes. J'ai voulu y voir la marque d'un humour noir, très noir qui seul me permettait d'aller au bout du livre, un humour virtuose, tant il y aurait à pleurer. Il y a du Buzzati dans cette démarche grinçante...

 

"Il se délectait de cette atmosphère singulière d'agitation urbaine, vaine et hypertrophiée qui donne l'impression d'être en phase avec le monde, de participer pleinement à son cours." (Ma mélancolie, XII)


" Accoudé sur le signe 5 ½ de la piscine signalant la profondeur à ceux pour lesquels l'existence quotidienne nécessite à chaque instant la mesure exacte de leurs possibilités." (Americana deserta, V)


Aux las des masses giratoires nous renvoie au voyeurisme moderne des catastrophes télévisées, placidement gobées entre deux cuillerées de soupe (je n'ai pas regardé de JT depuis des années, peux plus). Des atmosphères étranges à la David Lynch (Americana deserta)... Mention spéciale à Espace jeu, deux pages grandioses, ma nouvelle favorite... Comprend qui lira ou qui a déjà lu...

 

La dernière nouvelle, si elle demeure de l'ordre de l'errance nocturne, se démarque par son style, affranchi de la ponctuation, bloc dense de mots, de cris, de violence.  Et puis il y a l'épilogue... Adressé directement au lecteur, dans une proximité presque impudique, confirmant certains pressentiments (l'insomnie), l'épilogue, donc, se termine sur une requête pressante et angoissée, où ce pauvre lecteur,déjà mis à mal par certains des textes précédents, se retrouve complice de l'auteur égaré dans ses propres mots. Merci bien ! Moi qui ne suis pas encore insomniaque, voilà qui m'a fait perdre quelques précieuses heures de sommeil...

 

Le dilemme à venir, scrutant la vertigineuse Pile À Lire: que choisir maintenant qui ne me paraîtra pas trop... fade ?

 

Il existe une page post-Sphex  (défi de prononciation!) avec une nouvelle non publiée et quelques nouvelles avortées.

 

"Il ne sert à rien de fuir la nuit du monde. Il faut pénétrer au plus profond d'elle afin d'espérer, peut-être, lui échapper." (Lèche-vitrine, XXV)

 

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Karen B. 06/06/2010 21:04


Attention!!!!!!!!!!!!!! Tu fais de la grammaire, la tu parles d'adjectif qualificatif. Vite, un cachet rose ou alors le grand mechant Bled va venir d'engloutir toute crue... LITTRE SORS DE CE
CORPS!!!!!!!!!!!


Za 07/06/2010 12:41



ARGHHHHHH ! Vite, un exorciste !!!!!