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nuit d'hiver

Publié le par Za

Dans la nuit de l'hiver, celle où tout crisse, où est-on mieux que chez soi, au coin du feu, faisant fi de la neige ? Prête à dégainer les aiguilles à tricoter, les livres et le chocolat chaud ? Rien ne pourrait nous attirer dehors.

Rien ? Et si les minuscules étaient de retour ?

nuit d'hiver

Dans cette nuit d'hiver, du côté du vent qui souffle froid, de la neige et des fantômes, elle va chausser ses patins et sa lampe frontale pour aller au devant des esprits virevoltants, pour glisser sur le lac gelé et rompre le silence.

© La soupe de l'Espace

© La soupe de l'Espace

Nuit d'hiver est un album d'une grande subtilité, porté par le texte poétique d'Anne Cortey. Écrit à la première personne, il nous présente un personnage principal décidé, ancré dans la vie mais pourtant prêt à s'engouffrer dans la nuit pour retrouver des esprits. Elle pourrait être une petite fille, une adolescente, une femme, qu'importe. Ni le dessin ni le texte ne nous l'apprendront et peu importe. C'est son courage devant les chiens fous qui compte, sa volonté qui ne sera mise à mal que par le grand froid, sa confiance inébranlable qui la fait danser sur la glace.

 

Le brouillard épais de la nuit me tombe aussitôt dessus, prêt à m'engloutir. Heureusement j'ai ma lampe frontale. Le rai de lumière fait le ménage devant moi. Il fait disparaître les esprits maléfiques et les fantômes qui errent le long du chemin.
Mais je n'ai peur de rien. Ou presque rien. Car je sais que ces esprits ne me veulent pas de mal.

 

© La Soupe de l'Espace

© La Soupe de l'Espace

Cet album instille le surnaturel l'air de rien, avec finesse. Les illustrations d'Anaïs Massini traduisent une magie quotidienne, à coup de gouache lumineuse où volettent des flocons. On pourrait ne pas y croire mais un rien fait qu'on adhère. Le mouvement, la lumière, la chaleur du feu, le vent qui fait vivre la neige, l'énergie magnifique de l'héroïne...

 

nuit d'hiver

Anne Cortey & Anaïs Massini

Autrement Jeunesse

Janvier 2012

 

Les photos m'ont été gentiment prêtées par les cuistots de la Soupe de l'Espace. Ils exposent le beau travail d'Anaïs Massini dans leur librairie à Hyères (9 avenue des Îles d'or). Elle y dédicacera ses albums le samedi 15 juin 2013. Pour d'autres photos de cette expo, c'est ici !

 

nuit d'hiver

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nos petits enterrements

Publié le par Za

nos petits enterrements

Une maison à la campagne, l'été. Esther et son ami s'ennuient. Un bourdon mort va changer le courant de cette journée. Car il faut enterrer ce bourdon. Ou plutôt lui faire des funérailles dignes de ce nom. Esther est douée pour l'action, son ami, le narrateur, dont on ne connait pas le nom, écrit des poèmes. Des éloges funèbres. La nature est généreuse : elle regorge d'animaux morts. Ce qui n'était qu'une occupation se transforme en petite entreprise de pompes funèbres : la musaraigne, le hamster, le coq, les souris, le hérisson, le lièvre, jusqu'aux trois harengs trouvés dans le congélateur.

Les deux enfants trouvent rapidement en Lolo, le petit frère d'Esther, un assistant bien peu efficace, mais redoutable poseur de questions. Et le petit cimetière s'agrandit, avec ses croix bricolées et ses jolies fleurs.

nos petits enterrements

Jusqu'au merle. Parce que le merle n'est pas tout à fait mort. Oh, il n'en est pas loin, c'est pour bientôt. Et il meurt sous leurs yeux. Ils avaient vu des animaux morts avant, mais ils n'en avaient jamais vu mourir.

Toute la subtilité de cette histoire réside dans ce jeu où l'on croit faire semblant et où la légèreté s'évanouit peu à peu, à mesure que les animaux défilent et que le questionnement de Lolo se fait gênant, poignant. C'est lui qui porte la lucidité. Et les larmes aussi, dans sa touchante naïveté.

 

Moi, j'ai lu un poème sur la mort,

cette chose incompréhensible qui nous frappe.

La mort, qui dure plus de mille ans.

Être mort, cela fait-il mal ?

Est-on seul ? A-t-on peur ?

Lolo a pleuré à chaudes larmes. Là, il avait compris.

"Moi aussi ?" a-t-il gémi entre deux reniflements.

"Mais Maman sera toute triste..."

Nous étions les bons et les gentils qui s'occupent des animaux morts. Nous étions les plus gentils du monde.

 

Ce personnage de Lolo m'a bouleversée, avec ce chagrin perché sur ses petites guiboles. En un après-midi, les trois enfants appréhendent la mort chacun à sa manière, seuls, sans adulte, sans mode d'emploi. Ils vont prendre conscience de leur propre finitude puis vont passer à autre chose, tout naturellement. Et les images d'Eva Eriksson sont de ce côté-là, celui de la légèreté et du jeu, du côté de Lolo passant du rire aux larmes. Il s'en dégage une lumière douce, une belle ambiance de vacances d'été où la fraîcheur se cache sous les arbres, dans les clairières.

Alors faites-moi plaisir : lisez ce livre gratuitement, sans intention, comme ça, juste pour le plaisir de lire un album. Faites-le lire un jour de vacances, pour se désennuyer et pas parce que le cochon d'Inde est mort.

Nos petits enterrements n'est pas un livre-médicament, c'est une belle oeuvre.

 

Nos petits enterrements

Ulf Nilsson & Eva Eriksson

Pastel, 2006

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margot

Publié le par Za

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Margot au bord de l'eau, Margot qui nage loin, avec ses bleus sur la peau. Margot qui nage trop loin. Qui aurait pu la protéger de la mer trop accueillante, trop douce à sa douleur ?

Plus qu'une histoire proprement dite, Margot est une évocation, toute de pudeur et de retenue, loin des démonstrations lourdingues des albums à thèmes. Une évocation qui n'impose pas, qui laisse le lecteur libre de rester au bord si l'idée de la fin de Margot lui est insupportable.

Les images de Delphine Vaute mêlent la beauté au malaise, le danger à la poésie. Crayon, collage et regard bleu. Des rêves naïfs, maladroits et fracassants. Les couleurs envahissent la page et l'on ne sait plus si ce sont des larmes ou l'eau de la mer qui restent accrochées au visage de Margot. Le texte de Fanny Robin, poignant mais d'une pudeur extrême est distillé en lettres bleues, comme pour se faire plus discret.

Et Margot reste dans nos mémoires, comme dans celle de ce garçon devenu adolescent.

 

Margot

Fanny Robin & Delphine Vaute

L'atelier du poisson soluble

mars 2013

 

Mélanie de la Soupe de l'espace

et Gabriel de la Mare aux mots parlent aussi de Margot.

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aux p'tites choses

Publié le par Za

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La boutique de Monsieur Bernard se situe quelque part du côté de la quincaillerie ou de la mercerie, des lieux qui éveillent immédiatement un brin de douce nostalgie.

Dans ce magasin, pourtant, point de boulons, d'écrous, pas de rubans, ni de boutons. Monsieur Bernard ne s'occupe que de mots. Des mots de toutes sortes, pour tous les usages. Seulement voilà, les plus jolis mots se font rares et son commerce est en danger. C'est sans compter sur l'ingéniosité du vieil homme, bricoleur inspiré...

aux p'tites choses

Le texte de Caroline Barber distille la malice et le bonheur d'être ensemble par petites touches du quotidien, tout simplement. Mais ce sont les tableaux d'Elisa Granowska qui ont attiré mon attention, des dioramas de carton et de papier à la fois naïfs et minutieux, aux couleurs franches et réalistes. Le texte est présenté sur des morceaux de papiers comme arrachés de carnets, puis les mots s'échappent des tiroirs, gagnent la rue et se mêlent aux délicieux personnages, plantés là avec leurs mimiques si expressives.

Aux p'tites choses est un album à part, d'une générosité rafraichissante. Un petit livre au grand charme, le charme des petits riens, des choses modestes.

 

Aux p'tites choses

Caroline Barber & Elisa Granowska

Les p'tits bérets

collection Sur la pointe des pieds

2012

 

Pépita a aussi parlé de cet album.

 

 

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les minuscules

Publié le par Za

Il y a ceux qui ont lu Tobie Lolness avant, ceux qui l'ont lu après, ceux qui ne connaissent pas ce texte de Roald Dahl, ceux qui ne peuvent envisager pas qu'il n'ait occupé un coin de l'esprit de Timothée de Fombelle. Je suis de ceux qui pensent qu'en matière de littérature, on n'invente rien ou si peu, qu'on récolte ce que d'autres ont semé et que c'est très bien comme ça, qu'il y a des filiations entre auteurs, à suivre comme des fils d'Ariane.

Les Minuscules (The Minpins) est le dernier texte de Roald Dahl. Il sera publié en 1991, un an après sa mort. C'est l'un des seuls livres qui ne sera pas illustré par Quentin Blake, ce qui aurait pu m'attrister un brin...

 

les minuscules

La forêt est le lieu fantasmatique par excellence. La sagesse populaire sait qu'il est dangereux d'y trainer, petit pot de beurre ou non. Alors lorsque la mère de Petit Louis (Little Billy) lui interdit absolument de pousser la porte du jardin, d'aller voir ce qui se trouve au-delà de la nature domestiquée, la tentation est trop forte. La forêt est parée de tous les  mystères. Jusqu'à son nom, la Forêt Interdite, qui est une provocation. Dès la première page, on sait que Petit Louis désobéira à sa mère et sera livré à la bête mythologique, comme Poucet et tant d'autres avant lui, sans quoi il n'y aurait pas d'histoire.

Gustave Doré - Le petit Poucet

Gustave Doré - Le petit Poucet

L'inévitable prend ici la forme d'un dragon invisible, crachant une fumée brûlante, une haleine empoisonnée. On lui avait donc dit vrai ! Petit Billy ne devra son salut qu'aux branches basses d'un arbre qui lui tend les bras pour qu'il grimpe jusqu'à la cime. Et c'est là que survient l'incroyable, la rencontre avec le petit peuple de l'arbre, une minuscule société, confortablement installée au creux de l'arbre, ne posant jamais le pied au sol. Petit Louis découvre là une civilisation entière, cachée, vivant en symbiose avec les oiseaux. Débute alors une aventure haletante.

Les Minuscules est un de ces trésors de l'enfance absolument indispensables, vraiment à part dans l'oeuvre de Dahl, car débarrassé du côté grinçant des ses romans et nouvelles. Le recul est à chercher dans l'appropriation des mythes et classiques : le dragon, la forêt, David contre Goliath, le Petit chaperon rouge, jusqu'au Merveilleux voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf. Dahl affirme ici le pouvoir de l'imagination de l'enfant contre la rationalité de l'adulte, mais surtout il nous parle de l'enfance qui s'éloigne, à l'image du cygne qui bientôt ne pourra plus porter Petit Louis sur son dos.

Les illustrations de Patrick Benson renforcent la délicatesse du propos. Au plus près des Minuscules, il nous montre leurs intérieurs douillets, le foisonnement de l'arbre, la présence du monstre à travers ses exhalaisons enflammées. Le dessin à la plume est précis, vivant, d'une grande bienveillance, mais sait se mettre au diapason de l'aventure.

Je m'en voudrais d'oublier ici l'élégante traduction de Marie Farré qui donne à ce texte toute la fluidité nécessaire à la lecture à voix haute qu'on ne manquera pas d'offrir aux plus jeunes.

J'ai lu ce texte dans l'édition de 1991, un album de format moyen qui rend justice aux illustrations. On le trouve aujourd'hui dans une édition de poche nettement moins confortable.

Voir ici la lecture qu'en fait Céline.

 

Les Minuscules (The Minpins)

Roald Dahl

illustré par Patrick Benson

traduction de Marie Farré

publié en 1991

par Jonathan Cape Ltd pour l'édition anglaise

Gallimard pour l'édition française

Folio Cadet

 

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oumpapoose cherche la bagarre

Publié le par Za

Un Indien digne de ce nom se doit de trouver des adversaires à sa taille, il faut que ce soit dit.

oumpapoose cherche la bagarre

Un petit garçon doit chercher la bagarre, sinon, ça ne va pas. C'est sur ce cliché éculé que débute Oumpapoose cherche la bagarre. Mais à ce poncif aussi, le petit gars énervé va tordre le cou !

Le minuscule guerrier se réveille d'humeur belliqueuse, encore hanté par ses rêves héroïques de la nuit. Mais ses envies de hauts-faits vont se heurter à l'évidente mauvaise volonté de son entourage. D'adversaires potentiels en ennemis trop occupés, Oumpapoose découvrira qu'il y a pourtant quelqu'un qui veut se battre et qu'il pourrait bien avoir tort de penser qu'on ne peut pas se battre avec... une fille ! Car il s'agit bien ici de se battre avec et pas contre, vous l'aurez compris.

oumpapoose cherche la bagarre

Armé de ses crayons de couleurs, Ronan Badel donne vie à un papoose nerveux, aveuglé par son envie d'en découdre et souvent aussi par le bandeau rouge qui tombe sur ses yeux.  En noir, gris et rouge les images tout à fait réjouissantes nous font suivre la journée harassante du héros sur la piste du danger jusqu'au mot fin, digne des meilleurs westerns. Le texte pose tous les jalons du genre, dès la première phrase, clin d'oeil aux plus grands, que dis-je, aux plus âgés...

Dans les plaines du Far West quand vient la nuit, les Indiens s'endorment sous leur tipi.

oumpapoose cherche la bagarre

Le nom du héros évoque évidemment l'impayable Oumpah-Pah de Goscinny et Uderzo.

De tels auspices devraient porter chance à ce drôle de papoose et le conduire immanquablement vers ses jeunes lecteurs. Des jeunes lecteurs qui vont, j'en suis sûre, se planter une plume dans les cheveux et le suivre sur le sentier de la guerre !

Oumpapoose cherche la bagarre

Françoise de Guibert & Ronan Badel

Thierry Magnier

février 2013

 

 

 

 

Tant qu'on est dans le western, un genre cinématographique qui m'est cher, voici pour vous la sublime voix de Dean Martin dans Rio Bravo, un film d'Howard Hawks, 1959.

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encore des questions ?

Publié le par Za

Ne le niez pas. Je le sais, vous vous posez des tas de questions sur l'album. Il n'y a pas de honte. L'album est une machine protéiforme qui a une fâcheuse tendance à se dérober dès qu'on l'approche, à devenir complexe dès qu'on s'y intéresse. Voici pour vous de quoi avancer sur la route sinueuse de la connaissance de ce machin étrange...

encore des questions ?

Expliquer l'album à des enfants n'est pas chose aisée, encore que. Yann Fastier se met en scène face à un petit bout de classe, parfait échantillon scolaire et humain. Ce dispositif rend le livre vivant et jubilatoire. J'y mettrai un bémol cependant : il y a rarement un seul casse-pied rabat-joie dans une classe.

De l'idée qui germe puis fleurit dans l'esprit du créateur jusqu'au lecteur, l'auteur/intervenant fait preuve d'un enthousiasme communicatif pour expliquer, éclaircir, aplanir, en un mot illuminer l'esprit du lecteur débutant.

encore des questions ?

Encore des questions ?, c'est comme soulever le capot pour fureter entre les rouages. Car si Yann Fastier use de la métaphore arboricole pour expliquer la naissance de l'album, pour donner à voir l'idée première, il vous faudra vite mettre les mains dans le cambouis, entre droits d'auteurs et rotatives. Aucune étape de la création de l'objet livre n'est omise, chaque acteur est présenté précisément, dessiné avec soin, pour ne pas dire avec une certaine  ressemblance...

Une fois le livre publié, on se penche sur son fonctionnement, l'articulation subtile entre le texte et l'image, la différence entre texte illustré et album, car la définition de l'album se situe dans l'intention autant que dans la forme. Les images racontent l'histoire autant que le texte, ni plus, ni moins. Ne nous y trompons pas, il y a une véritable prise de position. D'abord dans la présentation des quatre dispositifs texte/image possibles. Car lorsqu'on dit que le rapport de répétition, où l'image est redondante, purement illustrative, est l'articulation la moins intéressante qui soit, force est de constater qu'il est aussi largement répandu, et pas seulement dans les livres destinés aux tout-petits. De la même manière, le passage consacré au dessin proprement dit et à la distinction entre technique et style montre à quel point maîtriser parfaitement la technique n'est pas suffisant pour faire un album réussi et qu'une bonne image n'est pas un simple exercice de virtuosité.

Au-delà du côté didactique du propos, assumé et jamais ennuyeux, ce livre propose aux enfants un questionnement sur l'album, une manière d'analyser ce qu'on lui met entre les mains. Une fois qu'on sait comment fonctionne ce type d'écrit, une fois qu'on en devient un lecteur expert, on peut alors se prononcer sur sa qualité en toute connaissance de cause, en dépister les facilités, les malhonnêtetés, en découvrir les trésors et les apprécier encore mieux.

 

Yann Fastier

Encore des questions ?
L'album de l'album

L'atelier du poisson soluble

mars 2013

 

Ce livre est le prolongement parfait de l'ouvrage de Sophie Van der Linden,

Lire l'album, également publié par L'atelier du poisson soluble.

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le pêcheur de nuages

Publié le par Za

 

C'était un jour comme un autre, un jour d'automne, un jour un peu gris, mais sans remous. Ce jour-là, un homme a poussé son bateau sur un banc de sable et y a jeté l'ancre.

 

Ce genre de début inaugure généralement un branle-bas des habitudes, une explosion de curiosité, en un mot un joli bazar. Mais sans bazar, pas d'histoire, alors ne nous plaignons pas qu'au réveil, on trouve des poissons plantés dans le sable, comme tombés du ciel.

le pêcheur de nuages

Les habitants de la ville épient, espionnent, traquent. Et à la méfiance succède l’hostilité lorsqu'on découvre la provenance de la pêche miraculeuse. Les apprentis sorciers se mettent au travail, pour leur plus grand malheur. Les citadins, dérisoires manipulateurs de manettes, seront finalement rattrapés par le vent et les nuages.

le pêcheur de nuages

Imaginez un monde où seul le végétal aurait échappé au bidouillage humain. Un fouillis organisé et froid où les moutons ont un je ne sais quoi de mécanique, où même les poissons sont gagnés par la ferraille. Là où d'autres auraient tracé des bords de mer ombrageux, des paysages maritimes, Einar Turkowski préfère nous laisser imaginer la ville à partir de détails, steampunk gris et léché, virtuose, fragile, gagné par le sable. Un style de dessin d'autant plus remarquable qu'il est ici mis en valeur par le contraste avec la rugosité des nuages. Et que dire de cette planche naturaliste et mécanique tout à fait réjouissante qui mêle oiseau, poissons et machines hasardeuses.

Je suis toujours épatée par l'art de Turkowski à manier le gris - mis en valeur par le blanc du papier et le soin de l'édition. Il soigne le détail jusqu'à l'obsession, mêle mécanique et nature en laissant le lecteur décider qui des deux aura le dessus.

 

 

Le pêcheur de nuages

Einar Turkowski

texte français de Christophe le Masne

2007 (première parution en Allemagne 2005)

Autrement

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plume & toile

Publié le par Za

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Quoi de plus léger qu'une plume ?

Et quoi de plus fin et délicat que le dessin d'Isabelle Simler ?

Son album Plumes virevolte entre le graphisme magnifiquement dépouillé d'oiseaux touchants ou majestueux et le réalisme de leurs plumes, rendues telles qu'elles, jusqu'à la moindre barbe de duvet.

 

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C'est un album presque sans texte que l'on pourrait de prime abord prendre pour un imagier superbe. Ou encore les archives d'un collectionneur - il parait que ça s'appelle un ptérophile. D'ailleurs, il y a un collectionneur. Inattendu, espiègle, élégant, bien présent mais discret, une silhouette, parfois à peine une ombre. Et c'est alors que l'imagier est rattrappé par la narration. Mais là où ses congénères félins seraient prédateurs, lui est esthète. Et comment ne pas s'arrêter devant la beauté de ces oiseaux, ibis flamboyant, mésange quotidienne, tous aux aguets, le regard en alerte, pas tranquilles, dans un style peut-être influencé par les images de Charley Harper - que je vénère - dans cette économie de moyen qui va à l'essentiel, dans cette élégance absolue.

 

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Encore une histoire de collectionneur. De ceux qui rentrent de balade les poches pleines de petites choses qui n'ont l'air de rien, mais valent bien leur pesant de poésie, d'histoires en devenir. De ceux qui vous remplissent la baraque de branches, glands, bogues... Cette fois, c'est l'araignée aux longues pattes qui s'y colle, prélevant délicatement autour d'elle des trésors évocateurs. Chacune des merveilles présentées sur la page de droite est déclinée en face sous toutes ses formes.

 

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Et voilà des planches botaniques qu'un coup de vent aurait dérangées, des tiroirs d'entomologistes dont les insectes seraient prêt pour la grande évasion. Pas une de ces pages qui ne soit infiniment vivante ! Et modeste. Quelques brindilles, des cailloux, et des fleurs quotidiennes, des plantes de rien du tout. Tout ce dont l'araignée a besoin pour réaliser son oeuvre, pour arriver à la spectaculaire dernière page, aussi délicate que de la dentelle.

 

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Comme souvent - toujours ? - , les éditions Courtes et longues ont fait des merveilles avec ces albums. Choix du papier, soin apporté à la couverture, dont le grain me ravit, rendu des couleurs... Voici deux livres à caresser autant qu'on les lit. Et puis certains savent que je fais partie de ceux qui reniflent les livres. Et ceux-là sentent si bon ! Chaque fois que je les ouvre, c'est ce parfum qui vient le premier, avant l'image. Et il est d'un suave que vous ne pouvez imaginer ! Une odeur de livre qui vous plonge dans votre addiction instantanément. Si ça, c'est pas un argument !

 

 

Plume

La toile

Isabelle Simler

éditions Courtes et longues

mai 2012 & février 2013

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maître des brumes

Publié le par Za

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Autant vous l'avouer. Écrire cette chronique fut une torture. Un désastre, pour être plus précise. Pourtant, j'avais bien commencé. Enfin, bien... Je vous laisse juge :

 

Bleu et gris indémêlables.

Le ciel et la mer, l'eau et la pierre confondus.

Irlande minérale où des enfants gardent des moutons tout au bord d'une falaise à pic. Un frère et une soeur qui prennent la mer, s'abandonnent aux vagues et vont au devant de l'aventure sans réelle crainte. On les a pourtant mis en garde contre l'Île aux brumes, comme dans d'autres contes on met les enfants en garde contre la forêt et ses mauvaises rencontres. Et lorsqu'ils accostent, c'est pour percer un mystère qui n'en est pas un, avec tout le naturel qu'ils mettent habituellement à accomplir les tâches quotidiennes à la ferme, sans peur mais sans réel émerveillement non plus.

C'est un album déroutant que voici. Un livre d'une grande sobriété, dépouillé de la foule de détails insolites qui peuple habituellement les images de Tomi Ungerer. Les couleurs elles-même sont nimbées de ce gris de cendre qui traverse l'histoire.

 

J'avais l'intention d'évoquer plus loin la construction de l'album, à la fois classique et rigoureuse, la construction des images, preuve de l'immense talent, de l'immense expérience de l'artiste.

 

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J'ai eu aussi eu le projet, je le confesse, de laisser tomber ce billet calamiteux. Mais je n'en serais voulu de ne pas parler de ce livre-là. Parce que lorsqu'on est, comme moi, un peu toquée des livres, la publication d'un nouvel album de Tomi Ungerer est un évènement. Vous m'entendez : un évènement ! Et je ne pouvais pas le rater. Pire, vous ne pouviez pas le rater. Parce que Tomi Ungerer, en grand aîné, est incontournable. Parce que jamais - et les Mellops datent de 1957 -, jamais Tomi Ungerer n'a cherché à séduire quiconque, à coller à un quelconque public, et surtout, jamais il n'a cherché à éduquer qui que ce soit, à coller à un quelconque thème, à draguer la moindre problématique. Grâce lui en soit rendue !

 

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Je suis en réalité intimidée par le sujet, inquiète à l'idée de proférer une idiotie qui trahiraient un béotianisme crasseux. Finalement, j'aurais beaucoup parlé de moi dans cette chronique. Mais c'est ce que nous faisons tous, non ? Le choix des livres posés ici est déjà un aveu. Soyons honnêtes trente secondes, il n'y a ici aucune objectivité critique, simplement l'expression d'une dame qui lit des livres destinés aux enfants. Pour son propre plaisir.

 

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