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les minuscules

Publié le par Za

Il y a ceux qui ont lu Tobie Lolness avant, ceux qui l'ont lu après, ceux qui ne connaissent pas ce texte de Roald Dahl, ceux qui ne peuvent envisager pas qu'il n'ait occupé un coin de l'esprit de Timothée de Fombelle. Je suis de ceux qui pensent qu'en matière de littérature, on n'invente rien ou si peu, qu'on récolte ce que d'autres ont semé et que c'est très bien comme ça, qu'il y a des filiations entre auteurs, à suivre comme des fils d'Ariane.

Les Minuscules (The Minpins) est le dernier texte de Roald Dahl. Il sera publié en 1991, un an après sa mort. C'est l'un des seuls livres qui ne sera pas illustré par Quentin Blake, ce qui aurait pu m'attrister un brin...

 

les minuscules

La forêt est le lieu fantasmatique par excellence. La sagesse populaire sait qu'il est dangereux d'y trainer, petit pot de beurre ou non. Alors lorsque la mère de Petit Louis (Little Billy) lui interdit absolument de pousser la porte du jardin, d'aller voir ce qui se trouve au-delà de la nature domestiquée, la tentation est trop forte. La forêt est parée de tous les  mystères. Jusqu'à son nom, la Forêt Interdite, qui est une provocation. Dès la première page, on sait que Petit Louis désobéira à sa mère et sera livré à la bête mythologique, comme Poucet et tant d'autres avant lui, sans quoi il n'y aurait pas d'histoire.

Gustave Doré - Le petit Poucet

Gustave Doré - Le petit Poucet

L'inévitable prend ici la forme d'un dragon invisible, crachant une fumée brûlante, une haleine empoisonnée. On lui avait donc dit vrai ! Petit Billy ne devra son salut qu'aux branches basses d'un arbre qui lui tend les bras pour qu'il grimpe jusqu'à la cime. Et c'est là que survient l'incroyable, la rencontre avec le petit peuple de l'arbre, une minuscule société, confortablement installée au creux de l'arbre, ne posant jamais le pied au sol. Petit Louis découvre là une civilisation entière, cachée, vivant en symbiose avec les oiseaux. Débute alors une aventure haletante.

Les Minuscules est un de ces trésors de l'enfance absolument indispensables, vraiment à part dans l'oeuvre de Dahl, car débarrassé du côté grinçant des ses romans et nouvelles. Le recul est à chercher dans l'appropriation des mythes et classiques : le dragon, la forêt, David contre Goliath, le Petit chaperon rouge, jusqu'au Merveilleux voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf. Dahl affirme ici le pouvoir de l'imagination de l'enfant contre la rationalité de l'adulte, mais surtout il nous parle de l'enfance qui s'éloigne, à l'image du cygne qui bientôt ne pourra plus porter Petit Louis sur son dos.

Les illustrations de Patrick Benson renforcent la délicatesse du propos. Au plus près des Minuscules, il nous montre leurs intérieurs douillets, le foisonnement de l'arbre, la présence du monstre à travers ses exhalaisons enflammées. Le dessin à la plume est précis, vivant, d'une grande bienveillance, mais sait se mettre au diapason de l'aventure.

Je m'en voudrais d'oublier ici l'élégante traduction de Marie Farré qui donne à ce texte toute la fluidité nécessaire à la lecture à voix haute qu'on ne manquera pas d'offrir aux plus jeunes.

J'ai lu ce texte dans l'édition de 1991, un album de format moyen qui rend justice aux illustrations. On le trouve aujourd'hui dans une édition de poche nettement moins confortable.

Voir ici la lecture qu'en fait Céline.

 

Les Minuscules (The Minpins)

Roald Dahl

illustré par Patrick Benson

traduction de Marie Farré

publié en 1991

par Jonathan Cape Ltd pour l'édition anglaise

Gallimard pour l'édition française

Folio Cadet

 

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oumpapoose cherche la bagarre

Publié le par Za

Un Indien digne de ce nom se doit de trouver des adversaires à sa taille, il faut que ce soit dit.

oumpapoose cherche la bagarre

Un petit garçon doit chercher la bagarre, sinon, ça ne va pas. C'est sur ce cliché éculé que débute Oumpapoose cherche la bagarre. Mais à ce poncif aussi, le petit gars énervé va tordre le cou !

Le minuscule guerrier se réveille d'humeur belliqueuse, encore hanté par ses rêves héroïques de la nuit. Mais ses envies de hauts-faits vont se heurter à l'évidente mauvaise volonté de son entourage. D'adversaires potentiels en ennemis trop occupés, Oumpapoose découvrira qu'il y a pourtant quelqu'un qui veut se battre et qu'il pourrait bien avoir tort de penser qu'on ne peut pas se battre avec... une fille ! Car il s'agit bien ici de se battre avec et pas contre, vous l'aurez compris.

oumpapoose cherche la bagarre

Armé de ses crayons de couleurs, Ronan Badel donne vie à un papoose nerveux, aveuglé par son envie d'en découdre et souvent aussi par le bandeau rouge qui tombe sur ses yeux.  En noir, gris et rouge les images tout à fait réjouissantes nous font suivre la journée harassante du héros sur la piste du danger jusqu'au mot fin, digne des meilleurs westerns. Le texte pose tous les jalons du genre, dès la première phrase, clin d'oeil aux plus grands, que dis-je, aux plus âgés...

Dans les plaines du Far West quand vient la nuit, les Indiens s'endorment sous leur tipi.

oumpapoose cherche la bagarre

Le nom du héros évoque évidemment l'impayable Oumpah-Pah de Goscinny et Uderzo.

De tels auspices devraient porter chance à ce drôle de papoose et le conduire immanquablement vers ses jeunes lecteurs. Des jeunes lecteurs qui vont, j'en suis sûre, se planter une plume dans les cheveux et le suivre sur le sentier de la guerre !

Oumpapoose cherche la bagarre

Françoise de Guibert & Ronan Badel

Thierry Magnier

février 2013

 

 

 

 

Tant qu'on est dans le western, un genre cinématographique qui m'est cher, voici pour vous la sublime voix de Dean Martin dans Rio Bravo, un film d'Howard Hawks, 1959.

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encore des questions ?

Publié le par Za

Ne le niez pas. Je le sais, vous vous posez des tas de questions sur l'album. Il n'y a pas de honte. L'album est une machine protéiforme qui a une fâcheuse tendance à se dérober dès qu'on l'approche, à devenir complexe dès qu'on s'y intéresse. Voici pour vous de quoi avancer sur la route sinueuse de la connaissance de ce machin étrange...

encore des questions ?

Expliquer l'album à des enfants n'est pas chose aisée, encore que. Yann Fastier se met en scène face à un petit bout de classe, parfait échantillon scolaire et humain. Ce dispositif rend le livre vivant et jubilatoire. J'y mettrai un bémol cependant : il y a rarement un seul casse-pied rabat-joie dans une classe.

De l'idée qui germe puis fleurit dans l'esprit du créateur jusqu'au lecteur, l'auteur/intervenant fait preuve d'un enthousiasme communicatif pour expliquer, éclaircir, aplanir, en un mot illuminer l'esprit du lecteur débutant.

encore des questions ?

Encore des questions ?, c'est comme soulever le capot pour fureter entre les rouages. Car si Yann Fastier use de la métaphore arboricole pour expliquer la naissance de l'album, pour donner à voir l'idée première, il vous faudra vite mettre les mains dans le cambouis, entre droits d'auteurs et rotatives. Aucune étape de la création de l'objet livre n'est omise, chaque acteur est présenté précisément, dessiné avec soin, pour ne pas dire avec une certaine  ressemblance...

Une fois le livre publié, on se penche sur son fonctionnement, l'articulation subtile entre le texte et l'image, la différence entre texte illustré et album, car la définition de l'album se situe dans l'intention autant que dans la forme. Les images racontent l'histoire autant que le texte, ni plus, ni moins. Ne nous y trompons pas, il y a une véritable prise de position. D'abord dans la présentation des quatre dispositifs texte/image possibles. Car lorsqu'on dit que le rapport de répétition, où l'image est redondante, purement illustrative, est l'articulation la moins intéressante qui soit, force est de constater qu'il est aussi largement répandu, et pas seulement dans les livres destinés aux tout-petits. De la même manière, le passage consacré au dessin proprement dit et à la distinction entre technique et style montre à quel point maîtriser parfaitement la technique n'est pas suffisant pour faire un album réussi et qu'une bonne image n'est pas un simple exercice de virtuosité.

Au-delà du côté didactique du propos, assumé et jamais ennuyeux, ce livre propose aux enfants un questionnement sur l'album, une manière d'analyser ce qu'on lui met entre les mains. Une fois qu'on sait comment fonctionne ce type d'écrit, une fois qu'on en devient un lecteur expert, on peut alors se prononcer sur sa qualité en toute connaissance de cause, en dépister les facilités, les malhonnêtetés, en découvrir les trésors et les apprécier encore mieux.

 

Yann Fastier

Encore des questions ?
L'album de l'album

L'atelier du poisson soluble

mars 2013

 

Ce livre est le prolongement parfait de l'ouvrage de Sophie Van der Linden,

Lire l'album, également publié par L'atelier du poisson soluble.

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le pêcheur de nuages

Publié le par Za

 

C'était un jour comme un autre, un jour d'automne, un jour un peu gris, mais sans remous. Ce jour-là, un homme a poussé son bateau sur un banc de sable et y a jeté l'ancre.

 

Ce genre de début inaugure généralement un branle-bas des habitudes, une explosion de curiosité, en un mot un joli bazar. Mais sans bazar, pas d'histoire, alors ne nous plaignons pas qu'au réveil, on trouve des poissons plantés dans le sable, comme tombés du ciel.

le pêcheur de nuages

Les habitants de la ville épient, espionnent, traquent. Et à la méfiance succède l’hostilité lorsqu'on découvre la provenance de la pêche miraculeuse. Les apprentis sorciers se mettent au travail, pour leur plus grand malheur. Les citadins, dérisoires manipulateurs de manettes, seront finalement rattrapés par le vent et les nuages.

le pêcheur de nuages

Imaginez un monde où seul le végétal aurait échappé au bidouillage humain. Un fouillis organisé et froid où les moutons ont un je ne sais quoi de mécanique, où même les poissons sont gagnés par la ferraille. Là où d'autres auraient tracé des bords de mer ombrageux, des paysages maritimes, Einar Turkowski préfère nous laisser imaginer la ville à partir de détails, steampunk gris et léché, virtuose, fragile, gagné par le sable. Un style de dessin d'autant plus remarquable qu'il est ici mis en valeur par le contraste avec la rugosité des nuages. Et que dire de cette planche naturaliste et mécanique tout à fait réjouissante qui mêle oiseau, poissons et machines hasardeuses.

Je suis toujours épatée par l'art de Turkowski à manier le gris - mis en valeur par le blanc du papier et le soin de l'édition. Il soigne le détail jusqu'à l'obsession, mêle mécanique et nature en laissant le lecteur décider qui des deux aura le dessus.

 

 

Le pêcheur de nuages

Einar Turkowski

texte français de Christophe le Masne

2007 (première parution en Allemagne 2005)

Autrement

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plume & toile

Publié le par Za

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Quoi de plus léger qu'une plume ?

Et quoi de plus fin et délicat que le dessin d'Isabelle Simler ?

Son album Plumes virevolte entre le graphisme magnifiquement dépouillé d'oiseaux touchants ou majestueux et le réalisme de leurs plumes, rendues telles qu'elles, jusqu'à la moindre barbe de duvet.

 

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C'est un album presque sans texte que l'on pourrait de prime abord prendre pour un imagier superbe. Ou encore les archives d'un collectionneur - il parait que ça s'appelle un ptérophile. D'ailleurs, il y a un collectionneur. Inattendu, espiègle, élégant, bien présent mais discret, une silhouette, parfois à peine une ombre. Et c'est alors que l'imagier est rattrappé par la narration. Mais là où ses congénères félins seraient prédateurs, lui est esthète. Et comment ne pas s'arrêter devant la beauté de ces oiseaux, ibis flamboyant, mésange quotidienne, tous aux aguets, le regard en alerte, pas tranquilles, dans un style peut-être influencé par les images de Charley Harper - que je vénère - dans cette économie de moyen qui va à l'essentiel, dans cette élégance absolue.

 

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Encore une histoire de collectionneur. De ceux qui rentrent de balade les poches pleines de petites choses qui n'ont l'air de rien, mais valent bien leur pesant de poésie, d'histoires en devenir. De ceux qui vous remplissent la baraque de branches, glands, bogues... Cette fois, c'est l'araignée aux longues pattes qui s'y colle, prélevant délicatement autour d'elle des trésors évocateurs. Chacune des merveilles présentées sur la page de droite est déclinée en face sous toutes ses formes.

 

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Et voilà des planches botaniques qu'un coup de vent aurait dérangées, des tiroirs d'entomologistes dont les insectes seraient prêt pour la grande évasion. Pas une de ces pages qui ne soit infiniment vivante ! Et modeste. Quelques brindilles, des cailloux, et des fleurs quotidiennes, des plantes de rien du tout. Tout ce dont l'araignée a besoin pour réaliser son oeuvre, pour arriver à la spectaculaire dernière page, aussi délicate que de la dentelle.

 

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Comme souvent - toujours ? - , les éditions Courtes et longues ont fait des merveilles avec ces albums. Choix du papier, soin apporté à la couverture, dont le grain me ravit, rendu des couleurs... Voici deux livres à caresser autant qu'on les lit. Et puis certains savent que je fais partie de ceux qui reniflent les livres. Et ceux-là sentent si bon ! Chaque fois que je les ouvre, c'est ce parfum qui vient le premier, avant l'image. Et il est d'un suave que vous ne pouvez imaginer ! Une odeur de livre qui vous plonge dans votre addiction instantanément. Si ça, c'est pas un argument !

 

 

Plume

La toile

Isabelle Simler

éditions Courtes et longues

mai 2012 & février 2013

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maître des brumes

Publié le par Za

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Autant vous l'avouer. Écrire cette chronique fut une torture. Un désastre, pour être plus précise. Pourtant, j'avais bien commencé. Enfin, bien... Je vous laisse juge :

 

Bleu et gris indémêlables.

Le ciel et la mer, l'eau et la pierre confondus.

Irlande minérale où des enfants gardent des moutons tout au bord d'une falaise à pic. Un frère et une soeur qui prennent la mer, s'abandonnent aux vagues et vont au devant de l'aventure sans réelle crainte. On les a pourtant mis en garde contre l'Île aux brumes, comme dans d'autres contes on met les enfants en garde contre la forêt et ses mauvaises rencontres. Et lorsqu'ils accostent, c'est pour percer un mystère qui n'en est pas un, avec tout le naturel qu'ils mettent habituellement à accomplir les tâches quotidiennes à la ferme, sans peur mais sans réel émerveillement non plus.

C'est un album déroutant que voici. Un livre d'une grande sobriété, dépouillé de la foule de détails insolites qui peuple habituellement les images de Tomi Ungerer. Les couleurs elles-même sont nimbées de ce gris de cendre qui traverse l'histoire.

 

J'avais l'intention d'évoquer plus loin la construction de l'album, à la fois classique et rigoureuse, la construction des images, preuve de l'immense talent, de l'immense expérience de l'artiste.

 

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J'ai eu aussi eu le projet, je le confesse, de laisser tomber ce billet calamiteux. Mais je n'en serais voulu de ne pas parler de ce livre-là. Parce que lorsqu'on est, comme moi, un peu toquée des livres, la publication d'un nouvel album de Tomi Ungerer est un évènement. Vous m'entendez : un évènement ! Et je ne pouvais pas le rater. Pire, vous ne pouviez pas le rater. Parce que Tomi Ungerer, en grand aîné, est incontournable. Parce que jamais - et les Mellops datent de 1957 -, jamais Tomi Ungerer n'a cherché à séduire quiconque, à coller à un quelconque public, et surtout, jamais il n'a cherché à éduquer qui que ce soit, à coller à un quelconque thème, à draguer la moindre problématique. Grâce lui en soit rendue !

 

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Je suis en réalité intimidée par le sujet, inquiète à l'idée de proférer une idiotie qui trahiraient un béotianisme crasseux. Finalement, j'aurais beaucoup parlé de moi dans cette chronique. Mais c'est ce que nous faisons tous, non ? Le choix des livres posés ici est déjà un aveu. Soyons honnêtes trente secondes, il n'y a ici aucune objectivité critique, simplement l'expression d'une dame qui lit des livres destinés aux enfants. Pour son propre plaisir.

 

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pop !

Publié le par Za

Ça, c'est de l'affiche !

 

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Le livre est en mouvement, il s'anime, il nous anime ! Alors mettre à l'honneur Anouck Boisrobert & Louis Rigaud tombe sous le sens, non ?

Vous avez forcément croisé leurs livres dans vos librairies chéries et le Cabas les aime beaucoup.

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hélium

2012

 41UdvmXKPlL._SL500_AA300_.jpgFlammarion

2012

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hélium

2011

 

 

 

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texte de Joy Sorman

hélium

2009

Sans compter celui-ci, à venir...

Et toujours chez hélium !

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Profitant de la fête, il y a eu des ateliers... 

 

 

... et il y a l'exposition Mouv' ton pop !

 

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       photos © Anouck Boisrobert & Louis Rigaud

 

Quand on vous dit que c'est la fête !

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le griffon et le petit chanoine

Publié le par Za

Vous le connaissiez, celui-là ? 

 

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J'en avais aperçu des bribes, une allusion par-ci, une image par-là. Il se dérobait toujours, m'échappait. Il était épuisé, absent des bibliothèques écumées de fond en comble. Et puis, c'est comme tout, à force d'entêtement, j'ai fini par le coincer dans un coin. Ça y est. Il est mien. Qui me verrait me prendrait sans doute pour une folle. Subrepticement, je le renifle - personne ne m'a vue. Je fais durer encore un peu l'avant-joie. Vous connaissez ma théorie qui veut que c'est souvent meilleur avant.

Allez zou, allons-y !

 

La couverture d'abord. Un peu chagrinée dans les coins, elle a vécu. Les couleurs ne subsistent que sur la quatrième. Devant, le rose du bandeau a disparu, les couleurs des colonnes aussi. Au dos, il y a encore une petite étiquette marquée 48F00. Le format est épatant, carré, 20x20, 56 pages.

 

titre original: "The Griffin and the Minor Canon" (Holt, Rinehart and Winston, New-York)

1963 Maurice Sendak pour les illustrations

 

1963, l'année de Max et les Maximonstres, le chef-d'oeuvre des chef-d'oeuvres.

 

L'album s'ouvre sur un avant-propos de Sendak lui-même, qui rappelle d'où vient ce texte et, surtout, pourquoi il est allé coller des pattes arrières au griffon alors que l'auteur, Franck R. Stockton, l'en avait dépourvu dans sa description. Mais au-delà de ce détail, c'est sa conception du travail d'illustration qu'il nous offre.

Je voulais plutôt laisser l'histoire parler d'elle-même, avec mes dessins en accompagnement musical. La musique devait être juste, du meilleur goût et toujours en harmonie avec le texte.

 

Voici donc l'histoire d'un griffon, le dernier des griffons, qui ne sait pas à quoi il ressemble. Apprenant qu'il existe une statue de lui au-dessus du porche d'une église, il décide de se rendre sur place pour y contempler son image. Imaginez l'effroi des habitants de la ville ! On s'adresse alors au chanoine de l'église, un petit ecclésiastique avisé, une grande âme toujours prête à rendre service. Pas plus rassuré que les autres, il finit tout de même par aller au-devant de la bête. Son ingéniosité réussit un temps à contenir la curiosité du griffon.. Un temps seulement.

 

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Le griffon finit par s'immiscer dans la vie des citadins, s'entichant du petit chanoine au point de le suivre partout, des visites aux malades jusqu'à l'école. Il faut cependant savoir que l'appétit de cet encombrant animal quoique redoutable, ne s'exprime que deux fois l'an, aux équinoxes. La date fatidique approchant, le chanoine est banni, dans l'espoir que le griffon le suivra. Espoir vain, la bestiole ayant décidé de remplacer le religieux dans ses taches quotidiennes...

 

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Tout le sel de cette histoire réside dans l'incompréhension des humains prêtant des sentiments au griffon, prenant pour de l'amitié ce qui n'était peut-être que de la gourmandise...

 

"D'après ce que j'ai vu des gens de cette ville", dit le monstre, "je ne pense pas pouvoir apprécier un dîner préparé par leurs soins. Ils me semblent tous lâches et minables donc égoïstes. Quant à manger l'un d'eux, vieux ou jeune, je n'y songe pas pour le moment. En fait, la seule créature pour laquelle j'aurais eu quelque appétit, était le Petit Chanoine qui est parti. Il était courageux, bon et honnête et je pense que je l'aurais savouré."

 

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Mais quelle merveille que ce livre !

Le texte de Stockton, est publié pour la première fois aux États-Unis dans la revue Saint Nicolas, quelque part entre 1873 et 1881. Son ton et sa sagesse inscrivent d'emblée l'histoire dans un temps hors du temps. Sendak lui, choisit de lui offrir une ville d'Europe du Nord un brin médiévale.

 

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Ses dessins tiennent parfois de l'enluminure. Ils s'installent en marge, entre deux paragraphes.

 

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La première image du griffon et celle de son départ envahissent la double page et se parent de la délicatesse des gravures de la Renaissance.

 

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À aucun moment l'illustration n'écrase le texte et ne se met en avant. L'histoire se déroule avec fluidité entre les images qui lui apporte ce brin d'humour indispensable à toute fable. Vous l'aurez compris, ce livre est un trésor, témoin précieux de l'art, du talent immense de Maurice Sendak.

 

Le griffon et le petit chanoine

Franck R. Stockton

images de Maurice Sendak

l'école des loisirs, 1980

(première publication 1963)

 

 

 

vintage

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the golden age

Publié le par Za

woodkid

Voici Woodkid et son sidérant - sidéral Golden Age. Sidérant parce qu'il m'a laissée sans voix, sidéral parce qu'il pourrait y être question d'un autre monde, bien au-delà des étoiles. Quatorze titres d'une pâte sonore riche et profonde, en forme d'embarquement symphonique impeccable, minutieux, pensé dans les moindres recoins.

Cet enregistrement est à écouter d'une traite. Et ça envoie du violon, de l'envolée cinématographique, du galop effréné, des cuivres cinglants. J'avoue un penchant tout sentimental pour l'introduction de la chanson The Great escape, balayée immédiatement, comme on essuie à la va-vite une larme incongrue.

 

 

Et puis il y a les clips. Woodkid, alias Yoann Lemoine est photographe et réalisateur. Au commencement, il y eut Iron (2011), un clip à l'esthétique forte, au noir et blanc léché, premier volet qui devait conduire à l'actuel album.

 

 

J'ai vu dans le second - mais je me trompe peut-être - une allusion au plus grand album de tous les temps, Where the wild things are (Max et les maximonstres) de Maurice Sendak. Cet enfant courant au devant de sa quête, accompagné de créatures moussues, à la fois effrayantes et rassurantes, qui ne manquent pas de l'adouber avec un casque à cornes... Dans ce clip, comme dans le premier, les forces naturelles de l'imagination s'opposent à une architecture vide, froide et rigoureuse.

 

 

Le monde de l'enfance est présent dans la musique et l'esthétique de Woodkid. Mais une enfance perdue, cet âge d'or révolu de la première chanson de l'album. 

 

 

Le dernier clip gravit encore quelques marches vers l'étrangeté, côtoie les baleines dans une scène envoûtante jusqu'au vertige. Quel étrange pasteur que cet organiste s'exprimant en russe dans un temple tout ce qu'il y a d'anglo-saxon, et avertissant l'auditoire qu'il va lui raconter l'histoire d'un homme mort deux fois*...

 

Alors non, vous ne sautillerez pas de joie guillerette en écoutant l'album de Woodkid, mais vous aurez aperçu un personnage talentueux, intriguant, touchant, à suivre assurément.

 

Woodkid

The Golden Age

Green United Music

mars 2013

 

Vous pouvez lire l'interview accordée par Woodkid à Libération.

 

* Non, je ne parle pas russe,

mais Bree oui,

et c'est tout comme.

Grazie sorella mia !

Publié dans chansongs, Woodkid

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kermesse

Publié le par Za

 

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Spirou

n°3911 - 27 mars 2013

 

Interview de François Boucq, heureux habitant de Lille...

Bienvenu chez les Ch'tis est une parodie, dont le succès à fait croire qu'elle était une sorte de Bible du Nord. Les gens du Nord sont opiniâtres, courageux, fiers et solidaires. Pour bien les comprendre, mieux vaut regarder la Kermesse héroïque avec Louis Jouvet.

 

Ah ! Mais que cette citation me réjouit !

La Kermesse héroïque est sans doute un de mes dix films préférés. Réalisé par Jacques Feyder, assisté de Marcel Carné, en 1935, il met en scène deux acteurs que je vénère, le mot n'est pas trop fort, Louis Jouvet et Françoise Rosay. Fable purement jubilatoire, c'est un magnifique tableau flamand où les femmes se taillent la part du lion. Il faut voir, revoir la Kermesse héroïque !

 

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Oui, bon, les subtitulos sont en castellano...

Publié dans plein les mirettes

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