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les piqués de Peake # 3

Publié le par Za

Avez-vous le pied marin ?  

Il va falloir.

Je vous dis ça, mais moi, j’ai le mal de mer. J'ai cru mourir, un jour, dans le ferriboite qui va du Vieux-Port aux îles du Frioul. À quai. Et voilà que j'ai la prétention de vous embarquer pour les îles anglo-normandes. Tout ça pour accompagner monsieur Albert Lemant  sur les traces de Mervyn Peake. Et ce disant, je ne suis pas peu fière d’accueillir ici un piqué de première importance. Que dis-je,  un piqué… Avec Albert Lemant, nous entrons dans la confrérie nettement plus chic des Peakies. Ceux qui, à bord du HMS Gormenghast, navire de Lord Marmaduke Lovingstone, le héros des Lettres des Isles Girafines, ont fait LE voyage.

Le voyage de Sark !

 

iles_de_la_manche.jpg

carte des îles Anglo-Normandes

almanach de la Nouvelle Chronique de Jersey, 1891

 

" Comme la plupart des mabouls du club des Peakies je suis rentré dans la confrérie lors de la sortie chez Stock dans les années 70 de la trilogie Gormenghast... et comme pour tous les autres, inutile de dire que ça a changé ma vie d'artiste, de bibliophile, de lecteur, etc, etc... Comme les autres je passais mon temps à chercher l'édition rare, à transmettre la bonne parole en bassinant tout le monde lors de soirées en disant : "mais vous ne connaissez pas Mervyn Peake ? Quelle chance vous avez !"

 

Mais ma "rencontre", ma vraie rencontre, est singulière...

J'habite dans les Pyrénées un tout petit village dans une vallée un peu labyrinthique, un peu magique, les Baronnies... Les vacanciers épris de calme, de marche, et de rapaces, viennent se reposer par chez nous.

Les Britanniques notamment...

Il y a une quinzaine d'années je vais (alors que je ne vais jamais à ce genre de manifestations) à un repas de fête dans un village voisin et faisant la queue avec mon assiette remplie de charcutailles, je vois au bout d’une grande tablée un petit couple assez âgé et un peu timide se tenant à l'écart des ripailles bigoudannes. Bizarre comme on reconnaît un anglais à sa façon de "pichiguer" dans son assiette. Je m'assois aussitôt à côté d'eux pour lier conversation....

Nous sympathisons vite et je commence à parler de ma vie ici, de mon métier, la gravure, les livres, les illustrations... Inévitablement à un moment j'évoque le nom de Mervyn Peake. Les yeux de la vieille dame anglaise  (forcément bleus) s'illuminent alors.

" When I was a young girl, I played on his knees you know  ?..."

"J'ai joué sur ses genoux lorsque j'étais enfant !..."

En fait lorsqu'elle était petite fille, ses parents étaient les voisins des Peake et cette dame était l'amie du fils de Peake, Sebastian....

Une chose que j'ai toujours sue : le hasard, ça n'existe pas

Je suis bien sûr resté en contact avec ce couple anglais, la dame, la petite fille s'appelait Kate Dessau. Couple qui m'a ensuite donné le contact avec Sebastian. J'ai eu quelques échanges de courrier et de téléphone avec lui et c'était émouvant.

Et utile puisque quelques années plus tard grâce au soutien de l'éditrice Joëlle Losfeld, et avec mon amie Nicole Caligaris, nous avons entrepris de réaliser une "folie", un "road-movie" sur les traces de Peake sur l'île de Sark. Une île improbable face à Guernesey.

 

Sark_1857.jpg

 

tombal cross

Peake y a vécu à deux moments de sa vie dans les années 30 puis 40. Ce livre devait être une vraie-fausse fiction relatant le voyage de deux "idiots du village" partis sur les traces de leur idole, traces qui avaient presque toutes disparues (mais pas tout à fait...). Mélangeant fiction et réalité, carnet de voyage et bio-bibliographie de Peake, ce livre " Tombal Cross" n'a pas été ce que nous voulions, trop compliqué sûrement, on ne passe pas aussi facilement entre les coups de lames de Steerpike, on ne sort pas comme ça de l'antre de Swelter...

Mais il s'était passé quelque chose pendant ce voyage.

Nous étions partis à sept. Sept amis amoureux de Peake, des îles, des livres...

Il n'y a pas eu qu'un seul livre en fait. Il y en a eu encore un autre " Gormone", un livre de gravures (sept) dont le texte relatant ce "voyage" avait été écrit par un des sept "voyageurs", Christophe Caillé, et tiré à 77 exemplaires...

 

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gravure extraire de "Gormone"

 

Puis il y en a eu encore un autre "les Peakies"... tiré celui-là à...7 exemplaires...

Titus Groan, 77 ème comte de Gormengahst...

Un voyage...initiatique en somme...

 

Mervyn-Peake-s-house.jpg

la dernière maison habitée par la famille Peake ( des travaux ont été faits depuis )

 

Dixcart-Hotel.jpg

un panneau indicateur de la présence de Peake sur l'île ( le seul )

 

la-Seigneurerie.jpg

un morceau de l'architecture étrange du château dit " la Seigneurie",

siège des comtes de Beaumont, anciens seigneurs de l'île, jusqu'à récemment.....

 

[L'île de Sercq est composée de deux parties reliées entre elles par un isthme de trois mètres de large : la Coupée. Le genre de sentier délicieux qu’on ne pouvait franchir qu’en rampant par gros temps, avant la construction du parapet, une promenade pour équilibriste, un délice de Peakies…  ]

 

Bien sûr que nous l'avons passée la Coupée, passée, repassée et encore repassée... L'île de Sark (nous ne disons jamais Serq entre nous! Serq... Berk! C'est bon pour les contrebandiers de Moulefrites ! Pas pour des habitués de l'Amiral Benbow comme nous !), l'île de Sark, disais-je avant que vous m'interrompiez sans ambages, n'a guère de secrets pour nous, aussi vrai que deux pièces d'argent et deux pièces d'or font quatre doublons de Maracaïbo et que le Parrot du Capt'ain Trelawney s'appelait Mathusalem... C'est comme j'vous l'dis jeune dame!...

La preuve cette gravure d'époque représentant votre serviteur et sa charmante et vociférante compagne au cours d'une querelle relative à l'heure des marées du côté de Dixcart Bay, querelle qui fit vibrer les sous-bassements de la Coupée car se déroulant juste en son point central.

 

Kiki-et-Albert-sur-la-Coupee.jpg

gravure extraite de Gormone

 

 

et puis à Sark j'ai vraiment rencontré Fuschia !...

[Fuschia Groan, la sœur de Titus, la fille aînée du 77ème comte de Gormenghast, Fuschia la rouge, la brûlante, l’incandescente Fuschia… Vous avez rencontré Fuschia ?!]

Je serais tenté de vous dire simplement: " Lisez Tombal Cross !  Mille Milliards de Mille crachats de cachalots blancs !!!!"

Tout y est dit, ou presque, à la fin du récit, de notre rencontre avec une vieille dame dont nous avions découvert l'existence quelques heures avant de repartir et qui, nous faisant rentrer dans son cosy salon, nous montra timidement son portrait peint par Mervyn Peake, 60 ans plus tôt, et que ce portrait, j'en suis encore certain aujourd'hui, était le portrait de la sauvage Fuschia dessinée par Peake pour Titus.... 

 

« Dans le salon de Gee Guille était accroché son portrait, exécuté par Mervyn Peake quand elle avait dix-neuf ans, en 1946.

Et ce que vit Dürer sur cette aquarelle, les cheveux sombres bouclés, les yeux clairs, les sourcils fournis, la bouche, ce que vit Dürer qui tremblait comme une feuille, renforça, j’en ai peur, son état gravement perturbé.

« Fuschia ! »       

(Tombal Cross, Nicole Caligaris & Albert Lemant, éd. Joëlle Losfeld, 2005)


Que pourrai-je dire de plus jeune dame ?...

Que la vraie vie est toujours plus romanesque que n'importe quelle fiction ! Quelle découverte !

Moi qui n'ait jamais trouvé de trésor qu'en tournant les pages d'un livre et de préférence sous ma couette!

Pirate sans œil de verre (quoique borgne !), harponneur sans baleine, que pourrai-je dire de plus que les autres....

Les références citées par mes "collègues en Peakeries" et les passerelles qui vont de Gormenghast à Steadman, Wyeth, Pyle, Bruno Schultz, Topor, Kafka me touchent et me parlent (d’autant plus que mes propres fantômes vadrouillent du côté d'Odessa et de Cracovie ... Si vous avez lu "Bogopol" * d'Albert Lirtzmann aux éditions du Panama vous savez de quoi je parle).

Je pourrais rajouter dans les parentés : Edward Gorey [Il y a un Port Gorey à Sark !], Roman Polanski, Taddeuz Kantor, Neil Gaiman et son somptueux livre " Neverwhere" ou encore les frères Quay et leur fabuleux  court-métrage "Boutiques de Cannelles " d'après Schultz....

Mais rien n'égale la montée des eaux le long des hauts murs du Château.

Rien n'égale le hululement des hiboux.

Rien n'égale le cri déchirant d'un homme emmuré dans son propre crâne.

Et personne ne peut (ni ne doit !) illustrer Mervyn Peake,  sauf lui-même...

 

Finalement, jeune dame,

à Sark, vous l'aurez compris,

je n'ai pas seulement rencontré Fuschia....

 

Nous étions quinze sur le coffre de l'homme mort...

Yo-ho-ho ! et une bouteille de rhum!... 

 

Albert

 

 

* Et j’ai lu Bogopol, d’Albert Litzmann.  Et plutôt deux fois qu'une ! Je l’ai emmené avec moi à l’ombre des tours de Carcassonne… Dans ce récit, Albert né Lirtzmann fait le voyage à Odessa à la recherche de Bogopol, le mythique village de ses ancêtres. Un voyage dans le temps, en marge du temps, qui  s’ouvre sur une citation de Bruno Schulz, extraordinaire et percutante - au sens d’uppercut !  Comment ne pas se sentir emporté du côté de Gormenghast en lisant ces quelques lignes…

« Chaque aube nouvelle dévoilait d’autres cheminées grandies depuis la veille et gonflées par les vents nocturnes, tuyaux d’orgues infernales. Les ramoneurs ne pouvaient se débarrasser des corneilles qui, vivantes feuilles noires, s’établissaient le soir sur les branches d’arbres, auprès de l’église, s’en arrachaient en battant des ailes puis revenaient s’y coller, chacune à sa place habituelle, pour s’envoler en bande le matin, tourbillons de fumée obscure, flocons de suie ondoyants et fantastiques qui tachaient d’un croassement inégal les raies jaunâtre de l’aube. »

(Bruno Schulz, Les boutiques de cannelle, L'imaginaire-Gallimard)

Bogopol, donc. Le village tutélaire, qui s’éloigne au fur et à mesure qu’on croit s’en approcher, le long de rues qui ont changé de nom, en remontant le cours d’une histoire de famille haute en couleurs ! « Les bottes rouges bouillonnent en toi! » Une famille aux prises avec l’Histoire, changeant elle aussi de nom et survivant à tout, malgré les cosaques, les pogroms, malgré Auschwitz!

« Quand les Drobin, je veux dire les à-nouveau-Lirtzmann, reviendront rue de la Folie-Méricourt, la première chose que leur dira la concierge, c’est : « Ah bah, vous r’voilà ! Z’êtes donc pas tous morts ? »

Et cette grand-mère ! Tellement belle qu’on la croirait inventée, mais si extraordinaire qu’elle ne peut qu’être vraie. Sarah-Léa, mémé Lisette… Un chef d’œuvre de grand-mère à vous tirer les larmes des yeux, si vous avez été petits, si vous avez eu des grands-parents… Et puis il y a celle qui accompagne… De Paris à Kiki, j’ai repensé à ce poème de Desnos, les Gorges froides… On est bien loin de Mervyn Peake… Encore que…


À la poste d’hier tu télégraphieras
que nous sommes bien morts avec les hirondelles.
Facteur triste facteur un cercueil sous ton bras
va-t’en porter ma lettre aux fleurs à tire d’elle.

La boussole est en os mon cœur tu t’y fieras.
Quelque tibia marque le pôle et les marelles
pour amputés ont un sinistre aspect d’opéras.
Que pour mon épitaphe un dieu taille ses grêles !

C’est ce soir que je meurs, ma chère Tombe-Issoire,
Ton regard le plus beau ne fut qu’un accessoire
de la machinerie étrange du bonjour.

Adieu ! Je vous aimai sans scrupule et sans ruse,
ma Folie-Méricourt, ma silencieuse intruse.
Boussole à flèche torse annonce le retour. 

 

La moussaillonne que je suis remercie infiniment Albert Lemant pour sa patience et sa gentillesse envers mon béotisme exaspérant, pour les photos de Sark et les gravures extraites de Gormone. Ce fut un honneur !

 

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bogopol_.jpg  boby-lapointe_.jpg  journal-d-Emma_.jpg  injures-mode-d-emploi.jpg

L'ABC de la trouille,l'Atelier du poisson soluble, 2011

Les ogres sont des cons, l'Atelier du poisson soluble, 2009

Lettres des Isles Girafines,Seuil Jeunesse, 2003

Georges et le dragon (avec Christophe Caillé), éditions Quiquandquoi, 2008

le Journal d'Emma, Seuil Jeunesse, 2007

Bogopol, éditions du Panama, 2005

le Boby Lapointe, albums Dada - Mango Jeunesse, 1998

Injures mode d'emploi, Albin Michel, 1990

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ratsmagic

Publié le par Za

Il y a lire une histoire et lire une histoire. Depuis le temps, on ne les compte plus. Il y a celles qu'on lit et qu'on oublie. Celles dont on reparle. Celles dont les personnages réapparaissent dans les jeux, dans la conversation.

- C'était comment déjà le nom de la sorcière ?

- Mortifère.

- Ah oui, Mortifère...

Ce soir-là, Petitou était envahi par l'histoire. " Tu pourrais mettre un peu moins le ton, parce que quand tu fais les voix, j'ai un peu peur..."

 

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Oiselle Azur porte en elle le plus merveilleux des oeufs. Un oeuf porteur de légendes, un oeuf si précieux que la sorcière Mortifère le vole et l'emporte loin, où personne n'ose s'aventurer. Personne sauf Monsieur Rat, le flegmatique Monsieur Rat qui restera de marbre devant tous les dangers, devant  toutes les énigmes.

 

Lorsqu'un oeuf commence à éclore, il émet un "crac" aussi ténu que le bruit d'une aiguille pénétrant un mouchoir de soie. Il n'en fut pas ainsi de l'Oeuf merveilleux d'Oiselle azur, lequel s'ouvrit tout net avec un "ding" musical, laissant rouler chacune de son côté les deux moitiés de sa coquille et libérant, avant même que le son se soit dissipé, une myriade d'infimes créatures scintillantes assemblées autour d'une dame masquée qui rayonnait d'une lumière douce.


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Le texte de Christopher Logue ne perd jamais de vue les subtilités du non-sens et nous balade dans un univers inquiétant, surprenant, où les dragons cachent dans leur ventre des sorcières avides.

 

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Anderson fait apparaître les personnages dans une économie de décor qui laisse l'imagination faire son chemin vers le rêve, vers le cauchemar. Chaque détail concourt à rendre l'image précieuse et subtile. Regardez l'oeil acéré, intimidant de Monsieur Rat. Qu'importe sa petite taille ! Son courage, sa tranquille détermination, sa sagacité valent toutes les terreurs en embuscade.

 

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Et cet oiseau, l'Oiseau très effrayant du kapokier aux serres d'argent, à la robe de bronze, au profil tout droit sorti d'un tableau de Jérôme Bosch...


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Voici donc un album précieux, à relire, à feuilleter, pour se perdre encore et toujours dans le dédale de la forêt des Ténèbres, sur le rivage du lac de la Tristesse où vit le formidable dragon des Larmes...

 

Ratsmagic est le premier livre de Wayne Anderson, publié en Angleterre en 1976.

 

Ratsmagic

Wayne Anderson

texte de Christopher Logue

traduit par Valérie Rouzeau

éditions Delpire, 2009

 

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Publié dans albums, Wayne Anderson, Delpire

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v@c@nces

Publié le par Za

 carcassonne227

 

 

 

Nous partirons sur la route de Narbonne,

toute la nuit le moteur vrombrira,

et nous verrons les tours de Carcassonne

se profiler à l'horizon de Barbaira...

Publié dans chansongs, Charles Trenet

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samedi, c'est bibli !

Publié le par Za

Et vous allez comprendre le pourquoi du Cabas...

Aujourd'hui, c'est celui-ci qui s'y est collé :

samedi cabas

modèle "pois/radis" La Marelle,

par Mlle Héloïsesamedi cabas veso

 recto verso

(à moins que ce  ne soit le contraire...)


Un cabas et deux bibliothèques plus tard

voici la récolte

le butin

la moisson

la pêche

la cueillette

les prises

la vendange

(j'ai toujours hésité entre chasseur et cueilleur)

 

samedi 365 samedi génie 
 samedi boby  ssamedi grand ours
 samedi feng  samedi aagun
 samedi l'enfant  samedi macao
 samedi chapeau  samedi trois voeux
 samedi maison  samedi tamanna

 

365 pingouins, Jean-Luc Fromental et Joëlle Jolivet, Naïve, 2006

Le Génie de la boite de raviolis, Germano Zullo et Albertine, La Joie de lire, 2002

Le Boby Lapointe, images d'Albert Lemant, Album Dada - Mango Jeunesse, 1998

Grand Ours, François Place, les albums Duculot - Casterman 2005

Feng, Thierry Dedieu, Seuil Jenesse, 1995

Aagun, Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse, 2009

L'enfant qui grandissait, Vincent Cuvellier et Charles Dutertre, Giboulées - Gallimard Jeunesse, 2008

Macao et Cosmage, Edy-Legrand, publié pour la première fois par la N.R.F. en 1919, réédité en 2000 par Circonflexe

Chapeau ! , Rotraut Susanne Berner, Seuil Jeunesse, 2002

Les trois voeux de Barbara, Franz Hohler et Rotraut Susanne Berner, La Joie de lire, 2000

La maison, J. Patrick Lewis et Roberto Innocenti, Gallimard, 2009

Tamanna princesse d'arabesques, Françoise Jay et Frédéric Mansot, Giboulées - Gallimard Jeunesse, 2011

Publié dans albums

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les piqués de Peake # 2

Publié le par Za

 

Après Philippe-Henri Turin, le Cabas rend visite à un nouveau piqué de Mervyn Peake. Celui-ci navigue le plus souvent dans les eaux du Poisson soluble, créature subreptice et proprement impossible à pêcher, car à peine l'a-t-on aperçue qu'elle s'évanouit dans les flots, mais c'est une autre histoire...

Yann Fastier, auteur et illustrateur, a mis sa casquette de guide, et nous emmène dans les dédales de Gormenghast - si ce n'était la présence de petits cailloux blancs dans mes poches, je ne serais pas très rassurée...


titus groan

gormenghast


"Pendant des années, Mervyn Peake est resté pour moi un mythe.
Je devais avoir quatorze ou quinze ans quand j'en ai entendu parler pour la première fois dans un vieux numéro de Métal hurlant. Jamais critique ne m'avait autant donné envie de lire un roman : je connaissais déjà Jean Ray, Lovecraft, Tolkien et, par rebonds, un certain nombre d'autres mais Peake semblait d'une trempe un peu différente, plus « littéraire » peut-être, en tout cas plus singulière. Hélas ! Lorsque je me renseignai en librairie, l'édition Stock n'était déjà plus disponible, il n'en existait alors aucune autre et ils ne l'avaient même pas à la bibliothèque municipale ! Pendant les années qui suivirent, j'eus beau éplucher régulièrement les gros catalogues des Livres disponibles du Cercle de la librairie, aucune réédition ne s'annonçait. Jusqu'au jour béni où je trouvai enfin, et pour quinze francs, les deux premiers tomes de la trilogie à Emmaüs !

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La révélation fut à la hauteur de mes attentes. Peake ne ressemblait à rien de connu et, cependant, tout y semblait familier. On passait presque sans solution de continuité d'un univers à la Dickens à des visions cosmiques dignes d'un William Blake ! Ce sont ces contrastes qui m'ont le plus marqué, je crois. L'impossibilité d'assigner à cet univers une échelle stable produit à la lecture un sentiment de vertige que je n'ai retrouvé depuis chez personne d'autre.

 

titus alone

 

J'ai lu plus tard Titus errant,  dont le style s'avère si différent qu'on le met parfois au compte de la maladie. Quoi qu'il en soit, il faisait à la trilogie une conclusion en forme d'anti-apothéose, à la fois mélancolique et nécessaire.
Et, curieusement, je dois dire que j'en suis resté là. Bien sûr, j'ai lu ce qu'on trouvait d'autre en français : les Lettres d'un oncle perdu, Mr Pye, Capitaine Massacrabord et puis, bien sûr, Titus dans les ténèbres. Mais, je l'avoue, je n'ai jamais fait l'effort de pousser plus loin et, notamment, d'aller voir ses illustrations. J'avais tort, je sais... Car ses dessins ne font que confirmer mon sentiment : on y retrouve en effet la même singularité que dans ses romans, une singularité de la vision qu'on ne retrouve guère que dans l'oeuvre d'artistes comme William Blake, Roland Topor ou Bruno Schulz qui, comme par hasard, sont aussi des écrivains.

 

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Bruno Schulz (1892-1942)

 

À l'encontre d'un Arthur Rackham, dont l'oeuvre a été abondamment plagiée par toute une lignée de dessinateurs de plus en plus médiocres jusqu'à l'affadissement complet, ceux-là n'ont à ma connaissance pas de descendance directe.

 

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L'illustration de Dr Jekyll & Mr Hyde échappe ainsi à tous les clichés du monstre pour faire place à une quasi-abstraction où seule la trace jaune du visage ramène un sens et suffit à évoquer toute la malveillance qui fait l'essentiel du personnage.

 

 

 

 

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Quant à ce dessin, il démontre à quel point Peake n'était pas seulement l'illustrateur spontané du Sunday Books et de l'Oncle perdu, mais aussi un technicien hors-pair.

 

Mais mon favori reste celui-ci...

 

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... un simple croquis mais qui en dit assez long sur le talent qu'avait Mervyn Peake à camper un caractère en quelques traits de plumes.

 

Qui aujourd'hui pourrait illustrer Gormenghast ?

Je répondrais... qu'il en faudrait toute une équipe !
Gapaillard, pour l'architecture, serait parfait.
Blutch ou Carlos Nine pour les personnages ?

Merci beaucoup, dit Za !

 

Yann Fastier est l'auteur, l'illustrateur de tout ceci et de bien d'autres livres encore...

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dans le sac du cabas du sac du cabas de Za

Publié le par Za

Premier tag du ouikende ! Premier, parce qu'il y en aura un second - j'ai bien dit un second, mais pas un deuxième, puisqu'il n'y en aura pas de troisième.

Vous me suivez ?

 

Le premier défi consiste à vider son sac. Non parce que là, ça va bien ! On me tague tous les deux jours, je n'arrive plus à suivre et puis ces livres qui s'entassent dans la PAL et la vaisselle à faire et le linge à étendre et les cahiers en retard et... Comment ? Au sens propre ? Il faut que je vide vraiment mon sac à main ? Alors excusez-moi et ne tenez pas compte de ce qui précède. Mais vous savez que c'est très intime ce que vous demandez ?

 

Mon sac du moment, donc.

Comme il fait froid, j'ai choisi un modèle en laine bouillie.

Orange, évidemment.

Avec quelques fleurs, forcément.

 

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Et zou, on vide !

Par magie,

tout tombe dans un ordre géométrique parfait,

c'est dire s'il y a du surnaturel dans l'air.

 

photos-6304-texte.jpg

 

Dans le tag original, il s'agissait de mettre en avant ce qui, dans le sac, servait au blog. Pour moi, c'est le carnet et la clé USB. Pas de livre dans mon sac, ça corne, ça froisse, quelle horreur !

 

Et comme je suis très gentille, je zoome sur la clé USB du grand concours

"le poutou de Za" !

 

photos-6308.JPG

 

Un deuxième (pas un second) poutou à celui/celle (j'aimerais autant celui mais bon) qui trouvera la faute d'orthographe qui s'est glissée dans ce post mais que j'ai la flemme d'aller débusquer...

 

Sur le sac des filles, deux vidéos suggérées par mon amie Séverine...

 

 


 

 

Et en matière de sac, celle-ci en connait un rayon, des leçons à prendre, les filles !

 

 

Publié dans tag

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copinYARKge !

Publié le par Za

Et oui, encore !

Pour vous signaler aujourd'hui trois interviews sur Ricochet.

 

Le trio infernal.

 

Laurent Gapaillard, l'illustrateur démoniaque. L'entretien est agrémenté de dessins vertigineux, à tomber, au sens propre. Des perspectives époustouflantes, qui vous happent. Et des références qui trahissent un homme de goût : Mervyn Peake et Gormenghast. Et voilà. Et Howard Pyle aussi, dont il a été question ici, il y a peu. Et puis des passages hilarants.

 

"- Quel est l'animal auquel vous ressemblez le plus ? Pourquoi ?
Disons que j’ai de l’empathie pour les hirondelles. Bon je me donne le beau rôle, beaucoup de gens me voient comme un ours. Si je devais être vraiment honnête, je dirais que je ressemble à une huître plutôt.
 
- Quel est le mot que vous préférez dans la langue française ?
Anesthésie, si j’avais une fille, je l’appellerais comme cela.
 
- Que souhaiteriez-vous que l'on retienne de vous ?
Si je suis une huître, il n’y a qu’a garder la coquille pour en faire un cendrier ! "

 

Petite chanson pour la future Anesthésie...

 

 

http://www.ricochet-jeunes.org/public/imgmagazine/70-4f3b9dfbb3e55.jpg

 

Bertrand Santini, l'auteur redoutable, qui cite les si charmants Calvin et Hobbes, histoire de tromper l'ennemi. J'aime beaucoup son analyse du succès d'un livre :

 

" - Selon vous, qu'est-ce qui fait vendre un livre ?
Le budget publicitaire que lui consacre l'éditeur et/ou le talent du libraire. "

 

 

Je dédie cette phrase à Mel et Jean...

 

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Valéria Vanguelov, l'éditrice infernale qui rend ses collègues verts de jalousie, parce que le Yark, fallait oser, mais quel livre ! Quel livre ! Elle aussi a l'art des références impeccables : Sendak, Gorey, Erik Satie, Wonder Woman (pour les bottes, je suppose)... Un seul bémol à cette interview, le choix de la photo, que je prends comme une attaque personnelle...

 

http://www.ricochet-jeunes.org/public/imgmagazine/68-4f3ba040688c1.jpg

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charlepogne & poilenfrac

Publié le par Za

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Les deux rois et les quatre chevaliers se grattèrent le menton, la joue et le haut du crâne. Mais rien à faire.

Aucune idée ne pointait son nez.

" Qu'allons-nous devenir ? gémit Charlepogne. Si nous sommes incapables de faire la guerre, personne ne se souviendra de nous ! Les artistes lèguent des oeuvres inoubliables, les savants produisent des inventions qui changent la vie de tous les jours, mais les rois, à quoi servent-ils s'ils ne laissent même pas le souvenir de leurs guerres ? "

Poilenfrac acquiesça:

"Un roi sans guerre, ce n'est plus un roi."


 

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Car voilà bien tout le dilemme de ces deux rois d'opérette dont les redoutables armées, comptant chacune deux chevaliers, n'arrivent pas à bout d'un conflit sanglant et viril où, pour tout arranger, un cheval sème la pagaille en... miaulant !

 

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Ça boude, ça rigole, ça s'ennuie ferme entre deux échauffourées. Les deux enfants gâtés couronnés viendront-ils à bout de ce cas de conscience proprement historique ?

 

Le texte de Roland Fuentès est drôle et brillant. Tout le monde y trouve son compte. Le petit, ravi devant les aventures foutraques de ces chevaliers désastreux. La grande, enfin moi (je précise à cause de l'adjectif), car voilà un album foutrement bien écrit, ce qui ne se rencontre pas tous les quatre matins et qui me rappelle que dans littérature de jeunesse, il y a littérature. Le dessin d'Olivier Tallec, à mi-chemin entre geste médiévale et joyeux carnaval, apporte sa simplicité et sa clarté à l'histoire. Les bleus contre les oranges, car finalement, seule la couleur sépare des belligérants semblables, pour ne pas dire parallèles.
 

 

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À redécouvrir d'urgence !

 

Roland Fuentès et Olivier Tallec

éditions Le Baron perché, 2007



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musset

Publié le par Za

«… mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.»

Alfred de Musset

On ne badine pas avec l'amour

 

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L'énigme

Alfred Agache

1888

Musée des Beaux-Arts de Rouen

Publié dans in my heart

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les piqués de Peake # 1

Publié le par Za

Apparemment, l'admiration pour Mervyn Peake est une maladie incurable... Incurable et contagieuse. Les symptômes en sont aisément reconnaissables. Le sujet atteint devient intarissable dès qu'on évoque l'objet de son engouement et met un point d'honneur à diffuser son syndrome. De plus, il développe une certaine obsession pour des éditions anglaises passablement introuvables, qu'il nommera "mes présssieux" en vous regardant bizarrement si vous tendez la main vers l'objet en question...

Pour le reste, le patient se montrera plutôt courtois, ôtera fort civilement l'entonnoir qui lui tient lieu de couvre-chef, camouflera maladroitement les ailes qui ont poussé dans son dos, lâchera sa bouteille de rhum et engagera volontiers la conversation, pour peu que vous ayez l'après-midi entier à lui consacrer..

 Avouons-le, bien qu'assez atteinte, je suis plutôt néophyte sur le sujet, quoique prosélyte, comme tout nouveau converti. Le piqué de Peake est une engeance peu commune sous nos climats. Alors lorsqu'on en croise un, illustrateur et auteur de surcroît, et qu'il répond au nom de Philippe-Henri Turin, on ne le laisse pas s'échapper sans l'avoir laissé exprimer son admiration. J'ai dans mon cabas quelques dessins de Peake; le dessinateur de Charles en a choisi deux et a accepté d'abandonner un instant son dragonnet pour nous parler de l'art de Mervyn Peake.


" Parler de Peake pour moi, c’est comme parler de mon amour des pirates. L’Alice de Lewis Carroll m’a fait découvrir cet artiste, ses pirates m’ont confirmé que je l’aimerai toute ma vie. Pourquoi donc, me direz-vous? Parce que les pirates… LES PIRATES !

J’ai une fascination pour ces personnages terrifiants et libres, sanguinaires et rêveurs, utopistes et carnassiers, criminels et victimes… C’est sans doute la raison qui m’a poussé à imaginer des récits les mettant en scène, Les aventures de Warf le pirate. J’ai même co-écrit avec un camarade une BD, encore inédite, dans laquelle intervient notre personnage de Warf le pirate. Enfant, ce dernier avait, entre autres, deux serviteurs nommés Lip et Kip. Je les ai nommés ainsi en hommage à deux de mes artistes préférés, Howard PYLE (Lip) et Mervyn PEAKE (Kip). Il serait trop long de parler de l’influence de Pyle sur la représentation du pirate. Il suffit de dire qu’elle est primordiale. Regardez ces peintures puis les films de piraterie d'Hollywood. C’est la même vision. Pyle a influencé durablement notre imaginaire même si nous l’ignorons.

 

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Howard Pyle, Book of Pirates


De son côté, et nous arrivons enfin au cœur du sujet, Mervyn Peake a souvent joué avec ces affreux forbans. Même son premier album pour les enfants est un livre sur la piraterie: Captain slaughterboard drops anchor (capitaine Massacrabord). Dans un autre style, plus enlevé, sont ces dessins fait pour ses deux fils, réunis dans le livre The Sunday books.

 

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Mais surtout, il y a sa vision de l’Île au trésor, de Jim Hawkins et de Long John Silver, d’Israel Hands et de Ben Gunn, sa vision d’un des livres les plus connus au monde, le premier ouvrage de fiction d’un auteur extraordinaire, Robert Louis Stevenson.

Contrebandiers de Moonfleet 1955 Moonfleet 4   Il est très amusant de constater que les pirates ont aussi été le premier sujet ou un des sujets d’autres auteurs tels John Steinbeck avec son somptueux roman d’aventure La coupe d’Or, ou John Meade Falkner avec l’unique et inoubliable Moonfleet, l’équivalent de l’Île au trésor, étonnamment peu mis en image, mais lui ayant bénéficié, au contraire de l’Île au trésor, d’une adaptation cinématographique géniale due à Fritz Lang, même si ce dernier l’a reniée. Un chef d’œuvre absolu, le plus beau film de pirates, une atmosphère lourde et ténébreuse, des personnages lumineux et diaboliques… Bref vous aurez compris que j’adore ce film.

Stewart Granger y est royalement attirant et spectaculairement terrifiant. Quant à la couleur… Un CHEF D’OEUVRE.

 

Les pirates: un sujet qui m’a passionné de longues années. Pour lequel j’ai lu tellement d’ouvrages romanesques et documentaires. Les textes du “Captain Johnson” (alias Daniel Defoe) sont à cet égard indispensables. Et la vérité sur ces gens de sac et de corde est tellement éloignée de la vision romanesque ou picturale habituelle. Mais tout ceci ne m’empêche pas d’aimer les peintures de Pyle, de Wyeth ou de Schoonover, ainsi que les différentes visions de l’Île au trésor, surtout celle de Peake que je préfère par dessus tout, même si j’admire ce que Ralph Steadman a fait de ce texte.

 

Dans la version donnée par Mervyn Peake, il n’y a pas une image que je déteste. Son travail de hachure donne à l’ouvrage un côté suranné comme si ces dessins étaient tout droit sortie d’un coffre abandonné trouvé sur le trésor amassé par Ben Gunn au fond de la grotte. Ces dessins n’auraient-ils pas été faits sur le vif par un des membres de l’équipage de Flint ou de l’Hispaniola? On peut le croire tant ils ont l’air jetés et pourtant travaillés par une main légère et précise. Les gueules de ses personnages sont tellement … vraies. Ils ont dû respirer l’air iodé du grand large et leurs yeux ont dû voir tant d’abordages dantesques.

Il suffit de regarder le portrait de Long John Silver qui est extrait du dernier tiers du livre. Il est fini le temps où Long John subjuguait le jeune Hawkins. Le gamin a peur. Il est attaché et mené comme un chien par le terrible pirate et ses sbires vers la tombe contenant soi-disant le fabuleux trésor de Flint.

Pour comprendre le génie de Peake, il suffit de regarder les différentes représentations de cette scène par les illustrateurs qui se sont succédés au fil des années. La plupart ont dessiné cette séquence vue de loin avec tous les protagonistes ou du moins les deux principaux.

  Peake, lui, choisit de ne montrer que Silver, son expression d’homme décidé, de bête traquée, menacée par la voix de Gunn qu’il croit sortie de l’enfer et par ses hommes qui le menacent de mort si le trésor leur échappe. La tâche noire lui a été donné quelques heures plus tôt dans le fortin abandonné. Il protège le jeune garçon tout en le “martyrisant”. Regardez cet homme à qui il manque une jambe. Qui voudrait le rencontrer au détour d’une ruelle? Son unique jambe devrait être un handicap mais Peake nous le montre presque invulnérable en ne dessinant que son torse de loup de mer. Rien ne pourrait arrêter sa course vers le trésor. Son âme s’est enflammée. Seul l’or pourra la calmer. Une oblique puissante, une corde tendue. On suppose que le jeune Hawkins refuse d’avancer. Le maître-coq s’appuie lourdement sur sa béquille. On ne voit pas qu’il n’a qu’une seule jambe. On le sait mais on ne fait que l’imaginer. Il ne reste dans cette image que la force, la rage (regardez ses yeux!).

 

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Et ses cheveux. Ils ont l’air d’être l’émanation de ses pensées un peu folles. C’est une de mes illustrations préférées. Quelques traits et voilà ce qu’un grand artiste peut créer. Point besoin de couleur, de scène spectaculaire, de décor grandiose (seulement une forêt suggérée). Tout le contraire de ce que je dessine. C’est sans doute la raison qui fait que je l’aime tant. L’attirance des contraires. 

 

Une autre illustration extraite de cet ouvrage me plaît particulièrement: la chute d’Israel Hands. Une chute qui semble ne jamais finir, une chute éternelle, la chute de l’ange déchu, de l’homme devenu un démon, dont on sait pourtant qu’elle s’achèvera inéluctablement par l’engloutissement éternel du corps dans les flots et sa disparition totale.

Israel Hands: Voilà, un personnage fabuleux dont le nom est sorti du livre du Captain Johnson / Daniel Defoe. Defoe a compilé, répertorié, amplifié les exploits pour la plupart véridiques des pirates de son temps. Il y a aussi ajouté les minutes des procès, le nom des membres de certains équipages et dans l’un d’eux, celui du trop fameux Edward Teach dit Barbe-Noire, apparaît le sieur Israel Hands le second de l’équipage, un des rares graciés qui a sauvé sa peau en témoignant contre les fonctionnaires corrompus de l’état de Caroline du Nord.

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Regardez-le tomber! Où et quand s’arrêtera-t-il? Nul ne le sait. Peut-être même pas Jim Hawkins qui dans ses rêves de vieillard, dans son lit, devait le voir encore chuter inexorablement, après qu’il lui eut tiré une balle pour sauver sa vie. C’est un corps mou qui semble suivre les vents, comme une feuille d’automne… En effet, Peake aurait pu se contenter de dessiner le corps sans rien autour et pourtant il a tracé des centaines de lignes, de courbes, qui semblent porter cet homme terrifiant, l’entraîner vers sa tombe. Elles ont un effet hypnotique sur moi. Le vide prend vie, attire, entraîne…

Un travail admirable. Très peu spectaculaire mais totalement extraordinaire.

Voilà ce que j’aime chez ce dessinateur. Chez cet auteur. Ainsi que la beauté de ses noirs et blancs. Cette façon de dessiner les plis des vêtements, de poser des ombres, de laisser vivre les lumières. J’ai beaucoup appris en regardant son travail même si ce que je fais à l’air d’être loin, très très loin de tout ça. Je peux regarder le travail de cet artiste génial des heures sans jamais me lasser. Son travail est dans la droite ligne des maîtres. Il est un maître lui-même, pour ma part.

 

Quant à Za, qui m’a demandé: Dans une autre vie, si ton karma le permet, aimerais-tu être réincarné en illustrateur anglais ? Qu'est-ce qui, selon toi, en fait des illustrateurs hors pair, qu'est-ce qui te pousse vers ce style-là...” – je ne saurais répondre à une telle question. Tout d’abord parce que je ne crois en rien. Pas de Karma ou de paradis, juste une étincelle d’éternité sur cette terre et puis plus rien.

Il se trouve que je suis français, avec des références picturales françaises mais un amour pour cette île et ses habitants. J’ignore ce qui fait leur spécificité. Pourquoi un grand nombre des plus grands livres pour enfants (excepté Pinocchio) sont britanniques, pourquoi mes goûts me portent vers Mervyn Peake, Arthur Rackham,  Quentin Blake, Ralph Steadman, Inga Moore, Tony Ross, Ronald Searle, Wayne Anderson… Je ne saurais le dire. Je les aime, c’est tout. Je n’ai pas assez d’intelligence pour analyser et comprendre. Je fais pareil quand je dessine. Je dessine, je n’analyse pas. Un bon “crétin” de base… En revanche, je sais que j’aimerais particulièrement voir mes petits dessins de dragons traverser la Manche et amuser les enfants britanniques. Malheureusement ce marché reste très fermé.

Voilà j’espère que mes quelques mots vous auront donné envie de regarder plus attentivement le travail de Mervyn Peake, de vous plonger dans ses livres d’illustrations, ses poésies et ses romans, tout est bon à prendre. Et j’envie ceux qui sont sur le point de le découvrir.

 

Bien à vous,

Philippe-Henri Turin "

Mon cabas et moi te remercions infiniment !

 

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   Philippe-Henri Turin est l'illustrateur et parfois l'auteur de...

Les Ogres, Charles à l'école des dragons, l'Endroit rêvé, Warf le pirate, La Bombarde...

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