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le Noël blanc de Chloé

Publié le par Za

Quand on est une petite fille courageuse et futée, rien n'est impossible.

(il est pas beau, le cabas du Cabas ?)

(il est pas beau, le cabas du Cabas ?)

le Noël blanc de Chloé

En cette veille de Noël, il fait chaud à Québec. Tellement chaud que les moufles sont inutiles. Pas le moindre nuage à l'horizon. Rien. Un hiver qui ne vient pas. André Marois aurait-il des dons de voyance, serait-il en cheville avec une super agence méto qui aurait tout prévu ? Allez savoir. Mais tout cela ne fait pas l'affaire de Chloé. Parce que si l'hiver ne vient pas, qui sait si le Père Noël, lui, sera au rendez-vous ? C'en est trop pour la petite fille qui décide d'aller chercher l'hiver où il se trouve, cap au Nord !

le Noël blanc de Chloé

Tout l'imaginaire de Chloé est là, dans ce voyage, embarquée par les harfangs des neiges, comme Nils Holgersson à dos d'oie sauvage. Et la petite fille se démène, traverse l'album avec son manteau rouge, absorbée par sa tâche, courant, sautant, ne délaissant l'action que pour se livrer à  une intense réflexion. La belle (et fausse) simplicité du dessin, le style inimitable d'Alain Pilon, les aplats de couleurs passant du bleu du ciel au noir de la nuit, au blanc de la neige enfin au rendez-vous, tout cela rend le rêve palpable. Car c'est le courage et l'obstination d'une toute petite fille qui ramènent enfin l'hiver, qui remettent un peu d'ordre et de joie dans cette insupportable attente.

le Noël blanc de Chloé

Après Lettres à mon cher petit frère qui n'est pas encore né, Alain Pilon nous offre un merveilleux conte d'hiver, entre rêverie et aventure échevelée.

Le Noël blanc de Chloé
André Marois & Alain Pilon
Grasset Jeunesse
Octobre 2015

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C’est où qu’on crèche ?

Publié le par Za

(Avignon - 2012)

(Avignon - 2012)

S'empoigner autour d'une crèche, si c'est pas une honte... Je sais, il y a d'autres combats plus urgents et celui-ci pourrait confiner au ridicule. D'ailleurs, il l'est. Mais quand même.
Déjà, s’accaparer Jeanne d’Arc, c’était gonflé. Je suis à moitié lorraine et Jeanne d’Arc, elle est un peu à nous, la voir se faire enlever par des gros bras, pauvrette...  Il y a eu le drapeau aussi. On a mis du temps à le récupérer, on l’a bien lavé, mis à sécher, repassé un peu et le revoilà flambant propre, affiché il y a peu sur le mur de ma maison, si on m’avait dit… L’hymne, n’en parlons pas, on avait fait la fine bouche sur certaines paroles, certains couplets - moi la première, et nous voilà à le revendiquer, nom de nom ! Je me disais qu’on en avait fini, qu’on était tranquille, on avait récupéré notre bien commun.
Je me trompais lourdement.
Depuis quelques hivers, la dernière mode, c’est le hold-up municipal des crèches et comme je suis à moitié occitane, comment vous dire...
Des crèches dans les mairies, jusqu'à présent, je n’en avais vu qu’en Avignon, où l’on met en avant le travail des santonniers et où elle est tellement grande et peuplée qu’il faut un bon trois quart d’heure pour trouver le petit Jésus, plus ou moins planqué dans un coin.

(Avignon - 2012)
(Avignon - 2012)

(Avignon - 2012)

Sinon, pour voir des crèches, il fallait aller dans les églises, où est leur place naturelle.
Ou chez les gens.
La crèche, c’est une histoire de famille. Mon grand-père était champion du monde de crèche. Tous les ans, à la maison, on s’escrimait à faire un joli décor, avec de la mousse, du lierre, et c’était toujours un peu minable. Il arrivait, jetait un œil averti et
atterré, bidouillait trente seconde et c’était sublime. Rien à dire, c’était le meilleur. Du temps de sa splendeur, il était chargé de la crèche de l’hôpital de Narbonne, une sublimité monumentale, avec moulin qui tourne pour de vrai, lumières et eau qui coule. Chez nous, la sainte famille, après s’être fait virer de partout comme c’est écrit dans les livres, trouvait l’asile dans une jolie maison en bois, avec de la paille et de la lumière, limite chauffage central. Je l’ai toujours la maison. Depuis que Papi a eu le mauvais goût de nous quitter, faire la crèche, c’est un moment sacré, où je sais qu’il regarde par-dessus mon épaule et qu’il se marre parce que franchement, je m’y prends comme une quiche (le côté lorrain, évidemment).
Du coup, vous comprendrez que la récupération politique de ce rituel si intime m'exaspère au plus haut point. J'en fais une affaire personnelle.

C’est où qu’on crèche ?

Dans son film Mon père est ingénieur, Robert Guédiguian évoque une crèche laïque, sans présence de Jésus, juste ces modestes santons, représentation naïve d'un petit monde provençal d'un autre âge. C'est un des aspects de la crèche qui me tient à cœur, ce moment de concorde où les bergers se mêlent aux pêcheurs, où les bohémiens hauts en couleurs côtoient les belles arlésiennes richement vêtues, où le curé et le maire échangent fraternellement, loin des revendications identitaires...

Et puis il y a les Rois mages... Ah, les Rois mages. En réalité, c'est là que j'ai attrapé les nerfs.
Voilà qu'en Moselle, encore et toujours la Lorraine, on s'étripe autour des Rois mages. Déjà, les Rois mages, ils ne sont pas encore arrivés, à cause d'un de leurs chameaux qui trainait la jambe (Yvan Audouard, La Pastorale des santons de Provence). Chez moi, ils attendent dans la bibliothèque avec le petitou, qui naîtra demain soir, chaque chose en son temps.

Hugo van der Goes, dans son retable dit de Monforte, daté de 1468-70,

Copy the BEST Traders and Make Money : http://bit.ly/fxzulu
Hugo van der Goes, dans son retable dit de Monforte, daté de 1468-70,

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C’est où qu’on crèche ?

Les Rois mages de la navrante polémique mosellane, si vous les avez vus, ils sont vilains comme tout, et tous les trois blancs comme des culs. Allons donc. Tant qu'à récupérer les symboles, les traditions, autant le faire un minimum avec finesse. Oui bon, la finesse... Sans trahir de manière aussi ridicule. Oui bon, le ridicule... Je peux pardonner certaines formes d'ignorance, mais l'inculture triomphale, revendiquée, malhonnête, c'est pire que tout. Les Rois mages, c'est le monde accouru au berceau de l'humanité, c'est la richesse et la beauté qui se prosternent devant le dénuement, c'est l'ONU à Bethléem ! Ou alors, mais il fallait le dire, on veut revenir à une représentation de l'adoration des Mages d'avant Hugo van der Goes qui fut, pense-t-on le premier à avoir représenté un Balthazar africain en 1470, à moins de vouloir s'en tenir à une vision de cet épisode d'avant Bède le Vénérable, mort en 735 et auteur de ce texte :

Le premier des Mages s’appelait Melchior ; c'était un vieillard à cheveux blancs et à la barbe longue ; il offrit de l'or au Seigneur pour reconnaître sa royauté.
Le second, Gaspard, jeune encore, imberbe et rouge de peau, lui offrit de l’encens pour reconnaitre sa divinité.
Quant au troisième, au visage noir et portant également toute sa barbe, il avait nom Balthazar ; il présente de la myrrhe sachant que Jésus, Fils de Dieu était aussi fils de l'homme, et, comme tel, il devait mourir pour notre salut.

C’est où qu’on crèche ?

Évidemment que ces personnages ont changé de forme et de couleur au fil de l'Histoire, s'il ont jamais existé, ne soyons pas bêtes. Oui bon, la bêtise...
Ma crèche, cette année, ressemble à un immeuble, une tour de Babel, on s'y promène tranquillou, comme tous les ans. Et on voudrait simplement avoir la paix. Vous savez, celle que l'on souhaite sur la Terre, aux hommes (et aux femmes) de bonne volonté...

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mon école des loisirs #3

Publié le par Za

Elle aurait pu faire l'effort de m'appeler Violette. Mais non, il a fallu qu'elle choisisse Verte. Quelquefois j'ai eu l'envie de l'attaquer en justice. Mais quelquefois je l'aime et j'ai envie de lui offrir des vacances de rêve à Honolulu. Rien n'est plus fatigant qu'une mère. Etant entendu que je ne sais pas ce que c'est qu'un père.

mon école des loisirs #3

La première fois que j'ai rencontré Verte, il y a presque longtemps aujourd'hui, elle ne ressemblait pas à la jeune fille dessinée par Soledad Bravi. La première édition de ce roman avait pour couverture un dessin de Gaudelette, tiré de Radada la méchante sorcière. Autant vous dire que l'ambiance proposée était sensiblement différente...

mon école des loisirs #3

Ce premier roman, paru en 1996, racontait l'histoire de Verte, dernier rejeton d'une lignée de sorcières pas communes, pas commodes non plus. Des sorcières tout ce qu'il y a de moderne, vivant dans une ville banale, immeuble, appartement, tribu matriarcale, mais rien de trop voyant non plus. On est sorcière mais pas trop. L'histoire se raconte à plusieurs voix, chacun présentant son point de vue, ses doutes, ses agacements. Ursule la mère, Verte la fille, Anastabotte la grand-mère et un personnage masculin aussi, Soufi, l'ami/amoureux - à cet âge-là, on ne sait jamais vraiment.
Comment se construire une identité vivable, lorsqu'on trimblle une généalogie aussi peu banale, comment intégrer un père dans cette famille où la cocotte-minute ne sert pas qu'à préparer la soupe, vaste programme... Et défi relevé haut la main par une Marie Desplechin très en verve.

Pome débarque en 2007. Encore une sorcière... Ce deuxième roman gagne quelques personnages masculins. Soufi est rejoint par Gérard, le père, apparu dans Verte et par Ray, inénarrable grand-père, ancien commissaire de police, qui trouve bien des charmes à Anastabotte... La famille s'élargit avec bonheur.

Et puis Mauve en 2014. Un troisième roman bien différent. Plus profond, un peu venimeux - avec le personnage de Mauve-, tenté par l'aventure, par un surnaturel plus spectaculaire mais aussi bien ancré dans le monde - harcèlement, exclusion. On veut y brûler des sorcières. La différence fait désordre, chassons-la, rallumons les bûchers.

Le vieil appel s'est levé, il a enflé, il est monté vers le ciel. "Sorcières... Sorcières..." Des briquets se sont allumés dans la nuit. La bousculade autour de nous s'est aggravée.

Ces trois textes forment une trilogie cohérente et attachante, à lire d'une traite !

Verte, Pome, Mauve
Marie Desplechin
L'école des Loisirs
1996, 2004, 2014

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j'ai un calendrier de l'avent

Publié le par Za

j'ai un calendrier de l'avent

Je suis pétrie de contradictions.
Si.
Quand j'étais petite, j'avais un calendrier de l'Avent genre pop-up avec une super chouette scène de la Nativité et des fenêtres à ouvrir. En réalité, j'en avais deux, un chez moi, et un chez mes grands-parents, dans la cuisine. Ces calendriers ont servi plusieurs années de suite. L'étoile derrière la double fenêtre du 24 était fatalement toujours la même, mais je me réjouissais quand même de la voir se pointer, dans les odeurs de sapin et de papier crèche. Comprenez-moi, je ne suis pas en train de vous faire le coup de l'orange de Noël - encore que.
Ce préambule pour vous dire que Fiston 1er a essuyé l'autre soir - pov'chéri, appelez le 119 - un sermon économico-éducatif sur le thème du calendrier-légo-playmo-qui-coûte-un-bras-et-que-tu-es-grand-et-que-tu-ne-seras-même-pas-là-pour-les-dernières-fenêtres-franchement.
Et puis samedi dernier, en flanant à la recherche de scotch double-face - j'ai une vie fascinante - je suis tombée sur ça.

j'ai un calendrier de l'avent
j'ai un calendrier de l'avent
j'ai un calendrier de l'avent

Et comme, en plus d'être une personne pétrie de contradictions, je ne suis que faiblesse, je l'ai acheté. Et comme, en plus de n'être que faiblesse, je peux être d'une mauvaise foi abyssale, eh bien, ce-calendrier-là-c'est-pas-pareil-c'est-Marc-Boutavant-quand-même ! Y a des bestioles trop cool, des sapins super moelleux, et une maison douillette comme tout ousk'on voudrait passer Noël !
Un rabat par jour dévoile un autocollant à ajouter au décor, délice.

Bref, en un mot, comme en cent, j'ai un calendrier de l'Avent.

j'ai un calendrier de l'avent

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Charles amoureux d'une princesse

Publié le par Za

Charles amoureux d'une princesse

Cher Charles,
Te revoilà enfin, vieux lâcheur !
Tu le sais, nous autres, ici, on t'attendait. Ce n'est pas parce que Petitou est devenu tellement grand que ce surnom a été abandonné, ce n'est pas parce que le bonhomme a onze ans qu'il t'a oublié. Et c'est en trépignant de joie que le grand dadais m'a quasiment arraché cet album des mains il y a quelques jours - en plus, il court beaucoup plus vite que moi maintenant.

Le livre rapetisse, le petit grandit...

Le livre rapetisse, le petit grandit...

Chère bestiole...
Te voilà aujourd'hui errant dans un paysage pour le moins désolé. Faut dire qu'une dragonne XXL ravage la contrée. L'album s'ouvre sur une scène hautement cinématographique, grand angle, fureur, bataille. En un mot, ça chauffe.

Charles amoureux d'une princesse

Bien inconsciemment, tu te jettes à la tête de l'immense dragonne boueuse, sans peur, la gueule pleine de poésie, d'histoires. La rencontre est savoureuse. L'une est balèze, l'autre pas. L'un lit, l'autre pas. Mais qu'importe les différences. Elle nous plait, ta nouvelle amie, cette Cornélia un peu moche, à la fois redoutable et timide, bodybuildée à mort, dont la robe et l'allure contrastent si parfaitement avec ta fragilité, ton aspect solaire.

Votre corps, Cornélia, est celui d'une athlète
Le mien ressemble hélas à une cacahuète...

Charles amoureux d'une princesse

De tes livres de contes, mon vieux Charles, tu as tiré une curiosité sans bornes pour... les princesses. Qui l'eût cru ? Tu sais, il faut quand même que je te dise que les princesses, c'est très surfait. Elles sont partout, les princesses. Des roses, des bleues, des niaises, des envahissantes. C'est une tendance un peu, comment dire... Lourde. Alors, en voir une dans le titre de tes nouvelles aventures, ça nous a un brin déconcertés.
Mais on se doutait bien que messieurs Cousseau et Turin ne pouvaient décemment pas tomber dans les travers de l'histoire à princesse. Il faut avouer qu'ici, elle n'est pas où on l'attend et son traitement donne lieu à des scènes franchement décalées, bousculant les codes du genre. Tout ça pour dire qu'on a bien rigolé, avec ex-Petitou.

Dans ce monde sans joie
où manque la tendresse,
Reste-t-il un endroit
pour soulager ses fesses ?
- C'est un peu spécial, grimace Cornélia. Et si tu te taisais un peu pour voir ? On entendrait le silence. C'est beau aussi, le silence... Chuuut !

De l'action, de l'humour, du grand spectacle aussi. Des pages, où ça s'agite en tout sens, où ça bataille ferme, au point de ne plus lire le texte tellement c'est palpitant. Et puis toujours de grandes images somputueuses, des doubles pages monstrueuses de précision, de virtuosité où l'on pourrait entendre rouler les pierres du château, où l'on pourrait sentir tomber la pluie.
Si je ne devais garder qu'une page, ce serait d'ailleurs celle de l'averse, ce moment de stupeur qui frappe les héros. Qui pourrait imaginer tout ce qu'il y a de travail, de respect du lecteur derrière cette image ?

Charles amoureux d'une princesse
Charles amoureux d'une princesse

Voilà, mon cher Charles, tout ça pour te dire que chacune de tes visites nous enchante. Pas la peine que je te dise qu'elles sont trop rares, tu le sais. Alors, à très vite, du côté de ce fameux horizon plein de promesses...
                                       Poutous,
                                       ta vieille Za

Charles amoureux d'une princesse
Alex Cousseau & Philippe-Henri Turin
Seuil Jeunesse, octobre 2015

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une journée parfaite, un ballon sous la pluie

Publié le par Za

Deux albums résolument optimistes, ça vous dit ?

une journée parfaite, un ballon sous la pluie

Une journée parfaite... Rien que ça ! Les pages de garde s'ouvrent sur un ciel bleu à peine nuageux, deux hirondelles. Le ton est donné, cet album sera aérien. Trois enfants pieds nus et libres dessinent, jouent, bricolent, se promènent. De belles pages sereines égrainent les moments de la journée, sans heurts. Une idée en amène une autre, on a le temps de rêver, on a le temps de ne rien faire aussi. Pas d'adulte qui traine dans le coin, juste un chat qui accompagne. Une journée parfaite, on vous dit !

une journée parfaite, un ballon sous la pluie

Les dessins de Freya Blackwood, crayon et acrylique, sont d'une grande douceur, d'une sérénité sans ombre. Chaque image déroule un chemin qui va de gauche à droite de la double page, sans se presser, et conduit tout naturellement vers la soirée, aussi paisible que la journée fut radieuse et fatigante. Ces images de facture classique me replongeraient presque - vieille que je suis - dans l'ambiance de mes Pomme d'Api. Cet optimisme sans faille rappelerait les dessins de Lucille Butel - pas le style mais l'esprit. Une journée parfaite est un livre qui incite à faire de chaque instant un petit trésor à engranger précieusement. D'une beauté pas tapageuse, d'une approche modeste, voici une merveille d'album.

une journée parfaite, un ballon sous la pluie
une journée parfaite, un ballon sous la pluie

Matilda et Clémi se réveillent un samedi pluvieux comme tout. Une horreur, de quoi se pourrir un ouikede. Mais il en faut plus pour décourager la grande Matilda que ce temps de chien met en joie. Il pleut ? Fantastique !

une journée parfaite, un ballon sous la pluie

Liniers met en scène ses propres filles par une matinée maussade où la grande démontre à la petite combien la pluie est un fantastique terrain de jeu, changeant, passionnant. Sauter dans les flaques, jouer dans la boue, trouver des vers de terre... Et le vent, le tonnerre, l'arc en ciel... Un ballon sous la pluie se présente comme une bande dessinée remuante, débordante de spontanéité.

une journée parfaite, un ballon sous la pluie

Là encore, les deux fillettes ne sont contraintes par aucune présence adulte. L'imagination seule tient lieu de fil conducteur. Elles rentreront trempées, boueuses, éternueront un peu, et après ? La spontanéité qui règne ici est tout simplement jubilatoire. On suivrait Matilda et Clémi jusqu'au bout du... jardin sans hésiter !

une journée parfaite, un ballon sous la pluie

Si Une journée parfaite est un brin plus contemplatif qu'Un ballon sous la pluie, les deux albums se complètent finalement à merveille. Alors, n'hésitez pas, lisez les deux !

une journée parfaite, un ballon sous la pluie

Une journée parfaite
Danny Parker & Freya Blackwood
Grasset Jeunesse, septembre 2015

Un ballon sous la pluie
Liniers
éditions de la Pastèque, 2015

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premier matin

Publié le par Za

premier matin
premier matin

Des alboumes comme celui-ci, il ne vous en tombe pas entre les pattes tous les quatre matins. La rentrée est passée - elle finit toujours par passer, et on prend l'habitude de se lever le matin, de prendre la route, le cœur léger ou pas. Petit ours ne veut pas aller à l'école. Rien de nouveau, direz-vous. Si, il y a du nouveau. Il y a Fleur Oury qui signe ici son premier album. Et je suis sciée. Dès la page de garde.

premier matin

Grand ours(e) accompagne le petit sur le chemin de l'école, ce chemin sur lequel on grandit avant même d'avoir rencontré ses pairs. Fleur Oury a tout compris de la boule au ventre, de l'envie irrépressible de rester trop petit pour aller à l'école. Tout est dans le geste, simple et quotidien. Les regards changent, on apprivoise l'inquiétude, doucement, à coup de phrases bienveillantes. Et lorsque le petit ours arrive, il n'est plus si petit, il n'est plus tout à fait le même. Il est prêt. Il a appris la curiosité qui transcende la crainte.

premier matin

Je ne suis pas une technicienne de l'image. Je ressens plus que je n'analyse et ces dessins au feutre m'ont happée. La robe des ours, est mouvante, profonde. Les regards sont précis, parlants. Le chemin se peuple doucement et la classe entière arrive à bon port.

premier matin

Le texte se la joue à l'économie, quelques phrases, juste ce qu'il faut, là où un dessin est plus efficace. Rien de redondant, un chemin qui se déroule sans arrêt, sans retour en arrière. Une perfection, vous dis-je.

premier matin

Il émane de ce livre une intelligence, une douceur, une bienveillance qui vous tirerait des larmes. Premier matin est une évidence. Et Fleur Oury est une auteure à suivre d'urgence.

Premier matin
Fleur Oury
Les fourmis rouges, août 2015

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et alors ?

Publié le par Za

et alors ?

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l'arbragan

Publié le par Za

l'arbragan

Bertolt et le petit garçon sont amis. Bertold est un arbre. Et après ? Cela n'empêche pas les rendez-vous, les confidences, les jeux. Et il n'a pas d'autre ami, le bonhomme, il est un peu différent des autres garçons. Dès le premier dessin, on s'attache aux basques du héro. Il est vif, plein d'imagination. Il est toujours en mouvement, ce petit gars et l'arbre semble bouger avec lui. Chaque trait du dessin de Jacques Goldstyn les accompagne.

l'arbragan

J'ai toujours hâte au printemps, parce qu'à ce moment-là, son immense feuillage devient une cachette formidable.
Ce n'est pas seulement une cachette mais aussi une maison, un refuge, un labyrinthe, une forteresse.

Au fil des saisons, les jeux changent mais la complicité est la même. L'enfant apprend de l'arbre qui renferme un monde foisonnant.

l'arbragan

L'été, ses feuilles en font un poste d'observation tout à fait discret. Mais justement, un jour, ces feuilles ne reviennent pas et il faut bien admettre qu'il est mort, lui qui semblait indestructible. A sa manière, l'enfant va accepter la mort de l'arbre, va lui rendre un dernier hommage, trouver une façon de lui dire au revoir. La mort de l'arbre est naturelle et le garçon l'accepte naturellement.
Le crayon de Jacques Goldstyn brosse avec bienveillance et humour l'entourage de l'enfant, il donne vie à ses deux personnages principaux jusqu'au bout.
Et le mouvement du petit homme n'est jamais stoppé, même par la mort de son ami. S'il prend le temps de la réflexion, c'est pour mieux repartir.

l'arbragan

Dans l'histoire, c'est le garçon qui parle, il n'a pas de nom. L'arbre, lui, en a un et c'est ce qui en fait un personnage à part entière. L'histoire n'est jamais triste, au contraire. Et c'est ce qui fait toute la qualité de cet album. Il est tendre, optimiste. Il est à hauteur d'enfant, c'est à dire bien haut, sur la dernière branche, celle où on voit loin.

L'arbragan
Jacques Goldstyn
Les éditions de la Pastèque, 2015

 

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mon école des loisirs #2

Publié le par Za

Mon école des loisirs, ce sont aussi des romans, et parmi eux, une signature. Parce que s'il n'y en avait qu'une, ce serait Marie-Aude Murail. De ses personnages, Emilien est le premier à être venu vers moi, avec l'inénarrable Martine-Marie.

mon école des loisirs #2

Puis Simple, Miss Charity et Malo de Lange...

mon école des loisirs #2
mon école des loisirs #2

Et un jour, j'ouvre Oh, boy ! C'était avant. Ce roman date de 2000. Tout rond. Une époque pourtant si proche où on pouvait rencontrer un texte comme ça, sans craindre la moindre crispation. Un texte d'avant les pisse-vinaigre. Oh, boy ! est l'opposé absolu du roman à thème - que je déteste. Et pourtant Murail y aborde la question de la famille - ou ce qu'il en reste. Mais elle le fait tranquillement, sans chercher à imposer une quelconque idéologie. Et l'homosexualité d'un des héros n'est pas une question en soi, elle est un élément comme un autre du l'intrigue, ni plus ni moins. Tout cela nous donne un superbe roman d'amour et d'humour - magnifiquement adapté au théâtre par Catherine Verlaguet et mis en scène par Olivier Letellier.

mon école des loisirs #2

Les livres de Marie-Aude Murail m'ont appris que la littérature de jeunesse est avant tout de la littérature, et une littérature qui transcende les âges. Ils m'ont appris qu'un roman, c'est une histoire qu'on peut raconter sans se regarder écrire, sans prendre de pose. Le style de Marie-Aude Murail est tout ce que j'aime et tout ce que je respecte en littérature. Sans alourdir la phrase pour faire genre, en allant droit au but, droit au sens, l'écriture avance, sans se vautrer dans l'adverbe et l'adjectif. Cette efficacité, modeste et simple, laisse toute sa place aux personnages. Et quels personnages !

Alors donc, voilà. Ce deuxième épisode de mon école des loisirs était en réalité une déclaration d'admiration béate. Le prochain sera consacré à une chouette trilogie... Et pour la bibliographie de Marie-Aude Murail, les romans que je vous conseille ici et les autres, allez donc chez Ricochet !

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