Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Ricet Barrier

Publié le par Za

 

 

À l'ensemble des membres du Vocal Blues (oui, encore), passés et à venir 

À ma chère Karen B. de Newrobi


Ricet Barrier est mort il y a quelques jours et, ma foi, me voilà bien triste. Apprendre qu'il n'était pas immortel m'a beaucoup choquée. Les chansons de Ricet Barrier retentissent régulièrement chez moi. J'emploie à dessein le verbe retentir parce que, comme généralement je chante avec le disque, ça fait un peu de barouf. Mais vous avouerez que chanter à tue-tête La Java des hommes-grenouilles, fût-ce en tondant la pelouse, a quelque chose d'assez jouissif...

 


Ricet Barrier est l'auteur de chansons inhabituelles et drôles, poétiques et lègères, inclassables. Dans l'étendue insondable et parfois inattendue de ses sources d'inspiration, j'ai un faible pour la veine... rurale : Eh, la Marie, Les cousins de Paris, La servante du château et celle-ci :

 

 

Il y a aussi l'association avec les Frères Jacques, autre pierre angulaire de mon Panthéon personnel, une vingtaine de chansons dont Stanislas, Dolly 25, 300 millions...

 

Et n'oublions pas non plus que Ricet Barrier fut, et restera à jamais TOUTES les voix des Barbapapas ! Ce qui n'est pas rien.

 

 

 

 

Je laisserai le mot de la fin à un autre monument, radiophonique celui-là, José Artur : "Mieux vaut être Ricet Barrier que pauvre et célibataire."

 

Allez, une dernière pour la route ! J'aime à penser que cette chanson, en son temps a plu à Goscinny et à Uderzo...

 

Publié dans chansongs

Partager cet article

Repost 0

élégance et malice

Publié le par Za

fersen.jpg

photo Valérie Mathilde


Quelle soirée, mes enfants, quelle soirée !

L'élégance : un costume noir, une chemise blanche, des chaussures interminables.

La malice : un sourire en coin, des yeux brillants de connivence.

 

 

 

Élégance et malice réunies sur scène, ce jeudi soir, derrière le ukulélé de Thomas Fersen. Et moi, au cinquième rang, je jubilais. Quelle soirée, mes enfants, quelle soirée ! Quelle classe ! Et cette manie d'allumer régulièrement la salle et de scruter le spectateur...

 

 

 

J'aime tellement ces textes, si intelligents, brillants, drôles et fins. Fersen est un raconteur d'histoires hors pair, un raconteur d'histoires folles, constellées d'humour, inquiétantes, noires, virevoltantes, inattendues.

 

 

 

J'aime tellement cette musique, simple en apparence et qui, sans en imposer, vous trotte dans la tête. Quelle soirée, mes enfants, quelle soirée ! Jusqu'à la séance de dédicace à la fin, tout sourire !

Eh, les filles ! Psst ! De tout près... il a une fossette au menton, je ne vous dis que ça... ouais, j'avoue... j'adore les fossettes au menton !

 

 

 

Mais quelle soirée, mes enfants, quelle soirée !

Publié dans chansongs

Partager cet article

Repost 0

vendredi, c'est poisson (soluble) !

Publié le par Za

Et deux albums de l'Atelier du Poisson soluble, deux !

Trouvés dans l'excellente libraire Les Belles Pages à Murat, Cantal, qui est à la librairie ce que la caverne d'Ali Baba est à la spéléologie... Si vous passez dans le coin, entrez-y pour fureter, discuter, vous n'en sortirez pas les mains vides, ni l'esprit, d'ailleurs !

C'est par ici !

par-ici--018.jpg

 

Deux albums, donc, signés Sylvie Chausse et Anne Letuffe.

 

masure couv014

 

 

pois-couv015.jpg

 

 

Sylvie Chausse, d'abord, auteur de Tendres Dragons et des Ogres, deux perles de ma bibliothèque, aimerais-je dire, si les Ogres n'étaient pas épuisés (scandale !) et si le type qui vend le sien sur Amazon était un tantinet moins gourmand..., Sylvie Chausse, donc,  nous a mitonné deux textes drôles, vifs et savants, jouant avec la rime comme avec une balle, ça vole, ça rebondit, c'est intellligent, un vrai plaisir de lecture ! Une conclusion tout à fait coquine pour le Prince au petit pois et une merveilleuse -  presque - sorcière très séduisante, à l'heure où les confitures redeviennent follement de saison - d'ailleurs, ça sentirait pas un peu la rhubarbe, par ici ?

 

masure012

 

Pour illustrer ces histoire, rien de tel que les collages d'Anne Letuffe, joyeux et spirituels. Tissus, photos, gravures, dessins, gâteaux, bonbons, enfants espiègles, parents grognons, copains bizarres, princes charmants et princesse bien décidée à trouver l'élu de son coeur, mais pas n'importe lequel, oh que non !

 

pois013.jpg

 

  Et par ici, une expo d'Anne Letuffe à Limoges !

 

challenge-copie-2.jpg

Partager cet article

Repost 0

gormenghast # 2

Publié le par Za

     irmanuscrit Moi, Irma Salprune, je vous écris d'un monde de pierres démentes qui nous retient prisonniers, j'ai dit : prisonniers. Je n'ai jamais vécu ailleurs qu'à l'ombre de ces tours hérissées de chats blancs, les tours de Gormenghast.

 

      Tel le caméléon, j'ai revêtu l'aspect des murs qui m'entourent, l'obscurité des couloirs, la lumière froide qui filtre des cours, la douce poussière recouvrant toute chose. Je suis, des pieds à la tête, toute de dentelle et de soie noires,  de perles.

 

         Ai-je jamais éprouvé la chaleur du soleil, le souffle du vent, la morsure  de la pluie, la brûlure de la neige... Non, rien n'avait jamais malmené la blancheur de ma gorge, m'entendez-vous ? Ni les éléments, ni les mains, ni les lèvres d'un homme. Personne, avant le Principal Belaubois, n'avait eu l'audace de défaire mon chignon gris, ce petit galet si serré, si parfait, lové sur ma nuque. L'a-t-il seulement défait, d'ailleurs? Je n'en sais plus rien. Avez-vous souri de notre rencontre? De ce moment si pur sous la lune froide où, le premier, il a su voir l'être exceptionnel que cachaient mon nez pointu et mes lunettes sombres. Je vous le demande encore une fois, avez-vous ricané devant le grotesque de cette scène ou avez-vous fini par vous émouvoir de tant de touchante maladresse, j'ai dit : touchante maladresse.

 

    Depuis quelques années, les morts et les disparitions dépeuplent le château. Les murs se fissurent, les vitres éclatent sous les assauts de l'hiver.  Finelame rôde, épie, trame d'implacables machinations dans les dédales de Gormenghast. Car il est dans cette demeure des couloirs inconnus, des chambres secrètes où l'on oublie des êtres jusqu'à ce qu'ils meurent de désespoir et de faim.  Craclosse, le banni hante ce labyrinthe pour déjouer les complots, au péril de sa vie.

 

    Les saisons qui passent n'ont aucune prise sur moi. J'ai survécu à un incendie, à la solitude, au déluge interminable qui a manqué de nous engloutir et à la folie. M'écoutez-vous à la fin ? Je ne suis pas plus folle que les autres ! Pas plus folle que Titus, le soixante-dix-septième comte d'Enfer, aimanté au dehors par une créature mi-oiseau mi-femme dont on dit qu'elle fut sa soeur de lait. Titus, qui croit pouvoir échapper à Gormenghast mais finit toujours par y revenir. Ceci dit, il y a bien longtemps que je ne l'ai croisé, serait-il possible qu'il soit parti pour de bon ?

 

     Ou alors oui, je suis folle. Aussi folle que Fuchsia, recluse entre des murs de poèmes, qui va  bientôt perdre son coeur et la flamme vive qui l'habite.

 

     Mon frère, le Docteur Salprune, est le seul à conserver un semblant de raison. Mais peut-on garder la raison lorsqu'on est condamné à se heurter sans fin aux murailles de Gormenghast, à en soigner les maux, sans faillir, sans détourner le regard du corps sans vie de ceux qu'on a aimés. Je vous le demande : peut-on conserver la raison ?

 

     Alors moi, Irma Salprune, je vous écris d'un monde de pierres noyées et cruelles qui nous retient tous prisonniers, j'ai dit : tous.

 

irma-manuscrit.jpg

Les dessins en marge du manuscrit sont ceux de Mervyn Peake

qui était aussi, surtout, autant, un immense dessinateur.

 

 

Publié dans romans, Mervyn Peake

Partager cet article

Repost 0

l'arbre rouge, un dragon et quelques poules...

Publié le par Za

Samedi dernier, Petitou avait des sous à dépenser à la librairie... Alors, pendant qu'il furetait dans les rayonnages, eh bien, j'ai fait pareil. Et d'album en album, j'ai fini par tomber sur ça:

 

l-arbre-rouge_.jpg

 


Le choc.

Peu de mots. Une atmosphère.

 

 

lire---relire-4663-copie-1.jpg

 

 

Une petite bonne femme trimballe sa mélancolie, sa douce tristesse, les yeux baissés, dans des décors oppressants, inquiétants, sans que rien laisse à penser qu'il pourrait y avoir un peu d'espoir... Sauf qu'à la dernière page... Plongez-vous dans les somptueuses et subtiles illustrations de Shaun Tan, qui expriment si bien le poids du monde, sa démesure et sa folie et laissez-vous embarquer dans cette poésie douce amère. Un album pour les grands, Gallimard Jeunesse.

 

 

lire---relire-4667.jpg

 

 

Et Petitou, me direz-vous, qu'a-t-il choisi ? Des petites poules bien sûr ! Un poule tous et tous poule un ! Ici, on les aime bien les malignes petites bêtes, Carmen, Carmelito, Belino... C'est drôle, vif, plein de références... Un succès mérité pour les  deux Christian, Heinrich et Jolibois.

 

 

un-poule-tous_.jpg

 

 

Et comme avec vingt euros, des fois, on peut se payer deux livres -  j'ai dit : des fois - on est aussi rentrés avec Zébulon le dragon, de Julia Donaldson et Axel Scheffler, les heureux parents du Gruffalo (qui n'est jamais très loin, d'ailleurs). Zébulon n'est pas l'élève le plus doué de l'école des dragons. Tiens, encore des dragons à l'école ? Et oui, mais ceux-là sont à la mode Scheffler, colorés et foutraques. Zébulon ne serait jamais le premier de la classe sans un petit coup de pouce clandestin... Une histoire où les dragons ne sont pas ce que l'on croit et où les princesses bousculent un peu les idées reçues !

 

 

zebulon-copie-1.jpg

 

challenge-copie-1

Partager cet article

Repost 0

cow & flower power

Publié le par Za

Je dédie ce billet aux membres de l'éternel Vocal Blues...

 

Il est des évènements dans la vie qui méritent un peu de solennité. Les premières fois font parties de ces moments. Je viens de vivre une première fois et pas des moindres, de celles qui vous laissent songeurs et plein de gratitude. Voilà, aujourd'hui, au détour d'une route, quelque part entre Albepierre et Murat, Cantal, j'ai croisé ma première... Salers noire ! Vous avez bien lu, une Salers noire, de celle qui vous semblent débouler de la nuit des temps, comme ça, sans prévenir. Une rareté absolue, une merveille. Une vraie émotion pour tout amoureux des vaches en général et de celles-là en particulier.  

 

cantalIMG 4605 crop

 

Vous avouerez que 7772 est un modèle inspirant, non ?

 

cantalIMG 4602 crop

 

Une de ses camarades rouges, plus commune, certes, mais quand même...

 

AUTRE-4614.JPG

 

Aubracs des pentes de Bredons,

Murat en fond, avec les travaux du clocher, mais Murat quand même...

 

cantalIMG 4564 crop

 

Et puis des fleurs, des fleur, des fleurs !

 

cantalIMG 4474 CROP crop

 

cantalIMG 4476 crop

 

cantalIMG 4558 

cantalIMG 4630

 

cantalIMG 4549 crop

 

cantalIMG 4637    cantalIMG 4641

 

cantalIMG 4577

 

Pensées sauvages, fleurs de cerisier, jonquilles, orchidées du lac du Pêcher, anémones si pourpres qu'on les dirait noires, et autres inconnues non répertoriées encore... 

 

Publié dans in my heart

Partager cet article

Repost 0

gormenghast #1

Publié le par Za

 

C'est l'histoire d'une rencontre entre deux univers renversants. Une rencontre hautement subjective, mais qui risque de m'obséder pendant un moment. Comme ce roman, assurément.

 

Il y a d'un côté les "noirs" d'Odilon Redon, un univers singulier, renversant.

Et puis Mervyn Peake et sa trilogie de Gormenghast.

 

Ces deux-là se sont télescopés dans mon esprit et ma lecture de Titus d'Enfer a pris naturellement les contours des dessins de Redon, à mi-chemin entre rêve et cauchemar. Les admirateurs de Mervyn Peake, génial illustrateur, me pardonneront de rapprocher ces deux images que j'ai découvertes presque en même temps. À gauche, une illustration de Peake pour Alice au pays des merveilles, à droite un fusain d'Odilon Redon, Derrière les barreaux. 

 

peake alice

derrière les barreaux fusain Redon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je  me permettrai donc d'illustrer ce billet des images de Redon  car ce sont elles qui m'ont accompagnée au long de cette lecture. Je découvre aujourd'hui les dessins de Peake et ils sont bouleversants. Ils s'inviteront naturellement pour le deuxième tome.

 

Titus d'Enfer (Titus Groan), est le premier volume de cette trilogie - dont j'ai imprudemment commandé le deuxième tome avant d'avoir lu la moitié de celui-ci. Imprudemment, oui, parce qu'arrivée aux deux tiers, je me disais qu'il faudrait que je fasse une pause avant d'entamer le suivant. Imprudemment, oui, parce que je me suis laissée envahir par ce texte proprement incroyable. Peake commence la rédaction de Titus Groan en 1940. Ce premier tome est publié en 1946, le deuxième, Gormenghast, le sera en 1950 et le dernier en 1959.

 

Gormenghast est un univers noir au possible, fascinant en diable, un monde gris et pourpre, minéral, frémissant d'arbres et d'oiseaux, un livre qui devient un prolongement de la main, tant il est impossible de le lâcher une fois qu'on y a plongé. 

 

Il serait difficile de raconter l'intrigue sans laisser à penser qu'elle est bien mince. Cinq cent quatre-vingt-douze pages (édition de poche à l'atroce couverture) à errer dans les couloirs inextricables du château des seigneurs de Gormenghast, à en épier les habitants monstrueux, magnifiques, flamboyants, glaçants, inquiétants, grotesques.

 

OdilonRedon_TheHaunting.jpg

 

Le mélancolique Comte d'Enfer, sa monumentale épouse environnée d'oiseaux innombrables, leur fille Fuschia si délicieusement folle, Lenflure le monstrueux cuisinier, Craclosse le serviteur fidèle, le Dr Salprune et son inénarrable soeur Irma, les soeurs jumelles du Comte dont la conversation n'est pas sans rappeler celle du Chapelier fou de Lewis Caroll, l'avide Finelame, Keda et ses deux amants, Brigantin, et les chats, les dizaines de chats blancs comme un tapis ronronnant. Des personnages inoubliables et éternels, dignes des grands romans, car Titus d'Enfer est un immense roman.  

 

Tout commence avec la naissance de l'héritier Titus.  

- Ma très chère dame, aimez-vous les bébés, demanda le docteur en faisant passer la vieille dame d'une rotule sur l'autre afin de pouvoir étendre la jambe. Êtes-vous friande de ces petites créatures ?

- Les bébés ? dit Nannie Glu d'une voix qui s'anima soudain. Je pourrais les manger, ces mignons. Je pourrais les dévorer.

- Très bien, dit le Dr Salprune, très, très bien, ma bonne dame. Mais ce ne sera pas nécessaire. Je dirais même que ce sera déplacé, ma chère madame Glu, totalement déplacé dans les circonstances présentes. Un enfant va vous être confié. Ne le mangez pas, Nannie Glu. vous devez l'élever, c'est vrai, mais ce n'est pas la peine de le dévorer d'abord. Vous avaleriez l'Enfer, ha, ha, ha !

 

Cet enfant déboule dans un monde dont chaque acte est réglé par une étiquette pointilleuse et impitoyable. Il arrive dans un château comme vous n'en verrez jamais, car Mervyn Peake nous donne autant à voir qu'à lire. Il faut suivre Finelame dans son errance sur les tois de la forteresse, une errance qui semble pouvoir durer des jours et des jours, où l'on finit par confondre l'intérieur et l'extérieur.

- Aujourd'hui, j'ai vu une grande cour de pierres grises au milieu des nuages. Un champ immense. Personne n'y va jamais. Sauf un héron. Aujourd'hui, j'ai vu un arbre qui sortait d'un mur, et des gens qui marchaient sur l'arbre, loin au-dessus du sol. J'ai vu le visage d'un poète dans une fenêtre noire. Mais l'immense cour de pierres perdue dans les nuages est ce que vous auriez préféré. C'est un endroit merveilleux pour se distraire... et pour rêver. [...] Aujourd'hui, j'ai vu un cheval nager au sommet  d'une tour. J'ai vu un million de tours. Et des nuages, la nuit dernière. J'avais froid. Mon corps était comme de la glace. Je n'avais rien à manger et je ne pouvais pas dormir.

 

pegase.jpg

 

L'humour cède parfois la place à l'absurde, à la poésie, au suspens, à la peur.

Son irruption chez les Salprune fut absolument dramatique. Irma, qui ne connaissait de l'anatomie masculine que ce qui dépasse du col et des manchettes, poussa un cri strident et ne tomba dans les bras de son frère que pour se ruer hors de la pièce dans un tourbillon de soie noire. Elle monta précipitamment dans sa chambre en faisant gémir toutes les marches de l'escalier, et sa porte claqua si fort que, dans toutes les pièces du bas, les tableaux valsèrent sur les murs.

  

J'oubliais, le Comte d'Enfer ne trouve de consolation qu'[...]entre les hautes murailles de livres où d'autres mondes étaient enfermés vivants dans le réseau de millions de virgules, de points-virgules, de points, de traits d'union et d'autres symboles.

 

Les mots finissent par prendre vie, c'en est vertigineux...

La phrase "Tu crois qu'il faut la brûler, elle ?" s'installa paresseusement dans le cerveau du Dr Salprune, qui était presque vide. La ridicule petite expression qui sommeillait sur une case fut vite expulsée par l'intrus, et, depuis le t de la tête jusqu'au e de la queue, le long mille-patte s'étendit de tout son long sur la case, pour faire un petit somme. Chaque lettre fit un clin d'oeil avant de s'endormir, et la phrase entière croisa deux fois les doigts pour conjurer le mauvais sort, car son sommeil était compté : le propriétaire de la case (et de toute la maison d'os) pouvait à n'importe quel moment cueillir les phrases qui avaient eu l'imprudence de s'assoupir au beau milieu de son cerveau, voire dans les plus obscurs recoins de ses cellules grises. Il n'y avait pas de paix véritable.

Je n'avais jamais rien lu de tel.

 

Titus d'enfer est un de ces livres qui vous happent voire même pourraient vous rendre passablement fou. On l'aime ou on le déteste, pour les mêmes raisons, d'ailleurs. Mais si on l'aime, c'est d'amour.  Au bout de deux cents pages, j'étais terriblement mal à l'aise, tout en ayant hâte d'être au soir. Je lis le plus souvent la nuit, ce qui sied merveilleusement aux crépusculaires dédales de Gormenghast.  Il y avait bien longtemps qu'un roman ne m'avait habitée à ce point. Je commence donc ici et aujourd'hui mon travail de propagande !

 

 

Le-corbeau-de-Odilon-Redon.jpg

 

Partager cet article

Repost 0

15 dessinateurs

Publié le par Za

Après 15 auteurs, Violette et moi  vous lançons un nouveau tag : 

"15 dessinateurs / illustrateurs" !

Qu'ils soient illustrateurs, dessinateurs de BD,

vivants ou trépassés,

mettez à l'honneur ceux qui enchantent vos mirettes,

ceux qui vous font rêver,

ceux qui vous font rire,

ceux qui vous plantent un monde en quelques traits,

ceux sans qui vos bibliothèques seraient bancales,

ceux sans qui vos lectures manqueraient de sel !

Et soyez forcément frustré(e)s d'en oublier,

de n'en citer que quinze (vous pouvez en citer plus, on s'en fiche, en fait !).

 

Je me suis lancée sans réfléchir trop, quinze noms sur un bout de papier...

 

15 dessinateurs 1010

15 dessinateurs 2011

 

Et puis, les doigts un peu poisseux, je bidouille mon collage en roumégant, parce que j'ai oublié, en vrac, Beatrix Potter, Gustave Doré, Benjamin Rabier, François Boucq, Schuiten, Civiello, Dubout, Loisel, et Joan Sfar (même s'il y en a que ça énerve), Christophe Blain, Marie Desbons, Miss Clara ... Comment ça, je triche ?

 

Alors, en premier - forcément, je tagge Séverine (parce que je suis curieuse de connaitre ses admirations), puis Mirontaine, Suhani, Carotte, L'Or, Christine, David, Karine (qui pourront répondre en commentaire), Lustucru, Mango...

 

le 28 avril, 23h24

Ce tag fait son chemin, un peu partout... Je découvre des univers, des bloggers que je ne connaissais pas, des pages passionnantes. Et puis je me rends compte que tout le monde met son grain de sel, explique un peu. Alors comme je suis bavarde, je rajoute une bafouille sur mes 15 à moi, des fois que ça intéresserait quelqu'un...

 

Maurice Sendak et Tomi Ungerer, les figures tutélaires et inégalables, les inventeurs.

Quentin Blake, l'humour, l'esprit même des textes de Roald Dahl.

Uderzo parce que Petitou découvre Astérix, et que je m'y replonge avec joie !

Frédéric Pillot pour l'incroyable vitalité, l'énergie de ses dessins, Lulu présidente !

Kitty Crowther, ses univers étranges et en demi-teinte, dérangeants, jamais gratuits...

Mandrafina, pour avoir vécu pendant des mois et des mois la quête du premier tome des Spaghetti Brothers, un chef d'oeuvre !

Philippe-Henri Turin... parce que Philippe-Henri Turin.

Enki Bilal, par qui je suis entrée dans la BD.

Philippe Corentin : L'Afrique de Zigomar, Plouf!, L'ogre, le loup..., Mademoiselle tout à l'envers, et tout et tout !

Tardi parce que j'aime tout, Adèle Blanc-Sec, le Cri du peuple, Nestor Burma, et ses images de la guerre de 14/18, tout, je vous dis, tout !

François Place, le type agaçant, qui écrit aussi bien qu'il dessine, à moins que ce ne soit l'inverse, je ne sais plus...

Larcenet : je n'ai rien lu de plus drôle, de plus tendre que son Retour à la Terre, je n'ai rien lu de plus vrai que son Combat ordinaire.

Jacques Ferrandez pour ses carnets d'Orient et son trait reconnaissable entre tous.

 

Publié dans albums

Partager cet article

Repost 0

tranchecaille

Publié le par Za

1917

L'offensive du Chemin des Dames charrie la boucherie que l'on sait. Le soldat Jonas, surnommé Tranchecaille, est accusé du meurtre de son officier. Le capitaine Duparc est chargé de sa défense. Le conseil de guerre approche.

 

Les voix des protagonistes de cette affaire à l'issue trop certaine se répondent dans de courts chapitres de quelques pages à peine. Des voix sorties des tranchées, de l'arrière, émergeant de l'absurdité glaciale de cette guerre. Le portrait du soldat Jonas se construit par touches contradictoires. Qui est-il ? Un pauvre gars, égaré comme les autres, avec son uniforme trop grand, dans une horreur qui le dépasse... Ou est-il un véritable assassin...

"Tenez, sa façon de saluer. de la main gauche. Et de présenter les armes à l'envers. Elle lui a valu je ne sais combien de motifs. Croyez-vous que ça y a changé quelque chose ? Il n'était pas plutôt sorti du gnouf que le premier gradé croisé, pan ! la main gauche. Pourquoi pas la crosse en l'air ? Mais voilà, Jonas est gaucher. Un vrai gaucher, dyslexique. De ceux qu'il ne faut pas contrarier à ce qu'en disent les bonnes âmes. Il finissait par convaincre que s'il ne se corrigeait pas, ce n'était nullement par mauvais esprit, mais parce qu'il en était incapable."


Le récit avance au gré des offensives, des morts par centaines. Qui échappera à la tuerie ?  Mais même en survivant, y échappe-t-on vraiment ? "Vous avez connu l'horreur, les copains hachés par la mitraille. Les corps qui se décomposent, pendus aux barbelés, les mourants qui appellent leur mère, des jours durant, entre les lignes, jusqu'à ce qu'un tir les achève. Parce qu'il faut bien que quelqu'un le fasse, mon Dieu. Et ce quelqu'un, c'est vous."


Mais la vraie question qui hante les officiers, au front et à l'arrière, c'est le moral des troupes, les tentations de rébellion, de désertion. Tout est bon pour étouffer dans l'oeuf les tentatives de fraternisation avec l'ennemi.On se parle d'une tranchée à l'autre, on ne s'envoie pas que des grenades, pas que de la mort, on s'envoie du tabac, du chocolat, du schnaps, avant de recommencer à s'étriper.

"Cette guerre s'éternise, les hommes renâclent. L'insubordination... les mutineries... les fraternisations, même. La dernière en date a eu lieu dans le secteur. je ne vous apprends rien, je pense. Nos soldats ont échangé de la nourriture avec l'ennemi. Ils ont fini par la manger ensemble... Il faut casser ça tout net. Pas un régiment n'est à l'abri. On commence par s'échanger du chocolat, on finit par zigouiller ses supérieurs."

 

tranchecaille_.jpg

 

La force de ce livre est dans ces voix mêlées, accablées, dans la faconde des discours, dans leur froideur calculée, dans l'écriture magnifique de Patrick Pécherot.

"Les sillons sont abreuvés de sang impur à flanquer la courante. La grosse colique pierreuse. Avec l'argile jaune et les mottes bien noires qui vous giclent à la gueule. Sur les casques, la caillasse tambourine. Ça lansquine dru, des silex et des sédiments. Le minéral est chamboulé dans les profondeurs. Il en est soufflé. Il crache des fossiles et des ossements. C'est la nuit des temps qui tombe."


Partager cet article

Repost 0

samedi matin

Publié le par Za

Qu'on ne s'y trompe pas. Déjà, toute petite, les Fabulettes m'ennuyaient. En grandissant, les autres chansons d'Anne Sylvestre ne m'ont jamais accrochée non plus. Trop de gravité, de sérieux, une question de génération peut-être, des chansons trop datées... Je ne sais pas.

Quoi qu'il en soit, je n'étais donc pas préparée à recevoir ce texte, au volant de la bétaillère familiale, de retour des courses du samedi (yerk !), juste avant le rond-point en bas du village. Trois minutes et des poussières, c'est pile le temps qu'il me fallait pour arriver à la maison et me garer devant le portail, en larmes.

 

Publié dans chansongs

Partager cet article

Repost 0