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odilon redon

Publié le par Za

Quelle expo, mes enfants, quelle expo !

 

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Je serais bien incapable de vous livrer une critique digne de ce nom sur ce peintre à l'imagination révolutionnaire. Je n'aurais pas les mots précis et égrainerais sans doute bêtise sur bêtise. Quel intérêt ? Mieux vaut rester dans le partage, l'emballement, l'amour fou pour des images inattendues et inquiétantes.

 

D'Odilon Redon, je n'aime que les "Noirs". C'est ainsi qu'il appelait lui-même ses fusains, gravures, eaux-fortes. Ces dessins liés à l'univers d'Edgar Allan Poe et que je n'avais pu m'empêcher de faire coller au monde de Mervyn Peake, dans une proximité obsédante avec Gormenghast. L'émotion de voir ces oeuvres vraiment, longuement, m'a encore embarquée dans cette confusion. Des visages, des yeux, des chevaux, des arbres, des fenêtres étouffantes, des êtres plus tout à fait humains mais si terriblement humains quand même, et des regards perdus, éperdus, vides, trop pleins, troublants. Alors tout naturellement, j'ai commencé à raconter Gormenghast à l'amie qui m'accompagnait - et n'en demandait sans doute pas tant, la pauvre...

 

tetard

le têtard

 

 

éclosionéclosion

Lui, ce pourrait être Craclosse...


"Il ne semblait pas qu'un visage aussi osseux fût capable d'émettre le moindre son, mais qu'il dût en sortir quelque chose de plus fêlé, de plus ancien, de plus sec qu'une esquille, quelque chose qui pût se comparer à un éclat de pierre."

(Titus d'enfer)


 

 Et je ne t'ai pas encore parlé de Finelame, le séduisant, le vénéneux qui sème la mort à la volée, avec délectation...

cellule auriculaire

cellule auriculaire

 

 

l'esprit des boisl'esprit des bois
Se laisser gagner par l'esprit des arbres, par l'esprit du lierre comme une gangrène qui dévore les pierres, les vivants, et étouffe l'amour, s'il lui venait jamais l'idée d'éclore ici.
 

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le coeur révélateur

le-jour-redon.jpg  le jour derrière les barreaux fusain Redontête laurée derrière des barreaux

 

Chez Redon aussi, j'ai vu cette idée d'un dehors séduisant et dangereux, d'un ailleurs à épier, faute de pouvoir un jour le rejoindre...

 

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 "Et il apprit qu'il y a toujours des yeux. Des yeux qui guettent. [...] Les vivants et les morts. Les formes, les voix qui se pressent dans sa tête, car il y a des jours où les vivants n'ont pas de substance et où les morts sont plein d'énergie." (Gormenghast)
 


Cette exposition est au Grand Palais à Paris jusqu'au 20 juin,

puis elle déménage à Montpellier au Musée Fabre du 7 juillet au 16 octobre.

Régalez-vous !

 

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chimères génétiques

Publié le par Za

Pour le bizarre, l'inquiétant, le beau, le pas pareil, on peut compter sur l'Atelier du Poisson Soluble ! Une fois de plus, me direz-vous. Eh bien oui, une fois de plus.

 

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Tout commence par l'exposition des planches de cet album à la librairie du Théâtre du Rond-Point. Un peu tristounette l'expo. Les dessins sont présentés dans un couloir, certains ont un air penché, mais peu importe, ils sont incroyables !

 

Chimère génétiques, c'est l'histoire du croisement possible/impossible qui abolirait les frontières entre l'animal et le végétal. Le gène de la luminescence de la méduse insufflé à une pomme de terre qui en deviendrait fluorescente sous l'effet du manque d'eau. Ou un gène de la tomate qui permettrait au poisson rouge de voir s'élever son taux de vitamine E.

 

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De ces chimériques OGM, Julie Lannes donne des représentations qui naviguent entre le cauchemar, la folie et la beauté surréaliste. Une fascination qui naît du mélange impensable entre l'humain et la plante, du cannibalisme possible et consenti, en dégustant ce riz qu'un gène d'origine humaine rendrait résistant à treize herbicides différents.

 

Présenté comme une succession de planches de botanique, réalistes et effrayantes au détail près, cet album est un objet magnifique qui donne à penser, un beau travail d'édition (rendu des couleurs, choix du papier), à conserver dans les recoins précieux de sa bibliothèque qui se transformera un temps en un vénéneux cabinet de curiosités...

 

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gormenghast # 3

Publié le par Za

Ça y est.

J'ai terminé.

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J'aurais pu dire "j'en ai terminé", mais a-t-on jamais fini d'errer dans cette "abstraction de pierre" - l'expression est de Peake lui-même. Dans ce troisième et dernier tome, Titus a quitté Gormenghast,  s'est libéré du protocole, de son destin de soixante-dix-septième comte d'Enfer. Il erre, incapable de retrouver le chemin du château, plongeant toujours plus profondément dans les entrailles de la Terre, dans le ventre de l'humanité. Rien ne le retient ici, aucune rencontre, ni la gratitude envers qui lui sauve la vie, ni les bras d'une femme. Le vaste monde et son goût sauvage de nouveauté ne peuvent remplacer Gormenghast. " Je veux l'odeur de ma terre natale et le souffle du château dans mes poumons. Donnez-moi une preuve de moi-même. Donnez-moi la mort de Finelame. Les orties. Donnez-moi les corridors. Donnez-moi ma mère ! Donnez-moi la tombe de ma soeur. Donnez-moi le nid. Rendez-moi mes secrets... car cette terre est étrangère. Oh ! rendez-moi le royaume dans ma tête ! " 

 

À vrai dire, moi aussi, je le regrettais, ce château. J'aurais voulu avoir des nouvelles du Dr Salprune, de sa soeur, de Belaubois...

 

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Et pourtant, une fois encore, Mervyn Peake excelle à créer des mondes. À côté de Gormenghast et de ses traditions séculaires, il existe un univers peuplé de machines, d'usines inquiétantes, de voitures rapides, d'engins volants. Un univers qui ne sait rien de Gormenghast. Perdu et ignoré, Titus n'est pas loin de tomber dans la folie. Les personnages de ce dernier tome n'ont rien à envier aux habitants du château, Musengroin et Junon rivalisent avec la Comtesse d'Enfer, avec Craclosse et Cheeta devient un genre de double démoniaque de Fuchsia.

 

Ce texte, arraché par Peake à la maladie qui rongeait son corps et son esprit, est sans doute bancal et imparfait. Mais c'est cette imperfection-même qui en fait toute la beauté. Et puis, une fois qu'on a lu les deux premiers, il est impossible de faire l'impasse sur Titus errant. Tout simplement impossible.

 

Cette lecture au long cours m'a touchée, remuée, secouée, emballée, accrochée. En conclusion, je devrais à Gormenghast :

- quelques éclats de rire,

- une tendance au ricanement, parfois, 

- une ou deux moues dégoûtées,

- des images obsédantes,

- la découverte d'un grand auteur, d'un immense illustrateur, mort l'année de ma naissance, le jour de ma fête (un rien me trouble, ces temps-ci)

- des  passages lus et relus pour leur beauté - bon sang, la traduction de Patrick Remaux ! 

- l'usure momentanée de la patience de certaines personnes que je bassine avec ces livres qu'ils n'ont pas lus et auprès desquels je m'excuse - mais ils me remercieront plus tard...

- l'usure momentanée de la patience d'une personne que je bassine avec ces livres qu'il a lus et auprès de qui je m'excuse - mais là, c'est moi qui le remercie...

 

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Mervyn Peake

 

"Here was an extraordinary man, his head a treasure-house of invention, poetry, characters, ideas, being destroyed from within while his genius was rejected by the literary and art world of the day."  Michael Moorcock, "An excellence of Peake"

Publié dans romans, Mervyn Peake

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Ricet Barrier

Publié le par Za

 

 

À l'ensemble des membres du Vocal Blues (oui, encore), passés et à venir 

À ma chère Karen B. de Newrobi


Ricet Barrier est mort il y a quelques jours et, ma foi, me voilà bien triste. Apprendre qu'il n'était pas immortel m'a beaucoup choquée. Les chansons de Ricet Barrier retentissent régulièrement chez moi. J'emploie à dessein le verbe retentir parce que, comme généralement je chante avec le disque, ça fait un peu de barouf. Mais vous avouerez que chanter à tue-tête La Java des hommes-grenouilles, fût-ce en tondant la pelouse, a quelque chose d'assez jouissif...

 


Ricet Barrier est l'auteur de chansons inhabituelles et drôles, poétiques et lègères, inclassables. Dans l'étendue insondable et parfois inattendue de ses sources d'inspiration, j'ai un faible pour la veine... rurale : Eh, la Marie, Les cousins de Paris, La servante du château et celle-ci :

 

 

Il y a aussi l'association avec les Frères Jacques, autre pierre angulaire de mon Panthéon personnel, une vingtaine de chansons dont Stanislas, Dolly 25, 300 millions...

 

Et n'oublions pas non plus que Ricet Barrier fut, et restera à jamais TOUTES les voix des Barbapapas ! Ce qui n'est pas rien.

 

 

 

 

Je laisserai le mot de la fin à un autre monument, radiophonique celui-là, José Artur : "Mieux vaut être Ricet Barrier que pauvre et célibataire."

 

Allez, une dernière pour la route ! J'aime à penser que cette chanson, en son temps a plu à Goscinny et à Uderzo...

 

Publié dans chansongs

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élégance et malice

Publié le par Za

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photo Valérie Mathilde


Quelle soirée, mes enfants, quelle soirée !

L'élégance : un costume noir, une chemise blanche, des chaussures interminables.

La malice : un sourire en coin, des yeux brillants de connivence.

 

 

 

Élégance et malice réunies sur scène, ce jeudi soir, derrière le ukulélé de Thomas Fersen. Et moi, au cinquième rang, je jubilais. Quelle soirée, mes enfants, quelle soirée ! Quelle classe ! Et cette manie d'allumer régulièrement la salle et de scruter le spectateur...

 

 

 

J'aime tellement ces textes, si intelligents, brillants, drôles et fins. Fersen est un raconteur d'histoires hors pair, un raconteur d'histoires folles, constellées d'humour, inquiétantes, noires, virevoltantes, inattendues.

 

 

 

J'aime tellement cette musique, simple en apparence et qui, sans en imposer, vous trotte dans la tête. Quelle soirée, mes enfants, quelle soirée ! Jusqu'à la séance de dédicace à la fin, tout sourire !

Eh, les filles ! Psst ! De tout près... il a une fossette au menton, je ne vous dis que ça... ouais, j'avoue... j'adore les fossettes au menton !

 

 

 

Mais quelle soirée, mes enfants, quelle soirée !

Publié dans chansongs

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vendredi, c'est poisson (soluble) !

Publié le par Za

Et deux albums de l'Atelier du Poisson soluble, deux !

Trouvés dans l'excellente libraire Les Belles Pages à Murat, Cantal, qui est à la librairie ce que la caverne d'Ali Baba est à la spéléologie... Si vous passez dans le coin, entrez-y pour fureter, discuter, vous n'en sortirez pas les mains vides, ni l'esprit, d'ailleurs !

C'est par ici !

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Deux albums, donc, signés Sylvie Chausse et Anne Letuffe.

 

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Sylvie Chausse, d'abord, auteur de Tendres Dragons et des Ogres, deux perles de ma bibliothèque, aimerais-je dire, si les Ogres n'étaient pas épuisés (scandale !) et si le type qui vend le sien sur Amazon était un tantinet moins gourmand..., Sylvie Chausse, donc,  nous a mitonné deux textes drôles, vifs et savants, jouant avec la rime comme avec une balle, ça vole, ça rebondit, c'est intellligent, un vrai plaisir de lecture ! Une conclusion tout à fait coquine pour le Prince au petit pois et une merveilleuse -  presque - sorcière très séduisante, à l'heure où les confitures redeviennent follement de saison - d'ailleurs, ça sentirait pas un peu la rhubarbe, par ici ?

 

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Pour illustrer ces histoire, rien de tel que les collages d'Anne Letuffe, joyeux et spirituels. Tissus, photos, gravures, dessins, gâteaux, bonbons, enfants espiègles, parents grognons, copains bizarres, princes charmants et princesse bien décidée à trouver l'élu de son coeur, mais pas n'importe lequel, oh que non !

 

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  Et par ici, une expo d'Anne Letuffe à Limoges !

 

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gormenghast # 2

Publié le par Za

     irmanuscrit Moi, Irma Salprune, je vous écris d'un monde de pierres démentes qui nous retient prisonniers, j'ai dit : prisonniers. Je n'ai jamais vécu ailleurs qu'à l'ombre de ces tours hérissées de chats blancs, les tours de Gormenghast.

 

      Tel le caméléon, j'ai revêtu l'aspect des murs qui m'entourent, l'obscurité des couloirs, la lumière froide qui filtre des cours, la douce poussière recouvrant toute chose. Je suis, des pieds à la tête, toute de dentelle et de soie noires,  de perles.

 

         Ai-je jamais éprouvé la chaleur du soleil, le souffle du vent, la morsure  de la pluie, la brûlure de la neige... Non, rien n'avait jamais malmené la blancheur de ma gorge, m'entendez-vous ? Ni les éléments, ni les mains, ni les lèvres d'un homme. Personne, avant le Principal Belaubois, n'avait eu l'audace de défaire mon chignon gris, ce petit galet si serré, si parfait, lové sur ma nuque. L'a-t-il seulement défait, d'ailleurs? Je n'en sais plus rien. Avez-vous souri de notre rencontre? De ce moment si pur sous la lune froide où, le premier, il a su voir l'être exceptionnel que cachaient mon nez pointu et mes lunettes sombres. Je vous le demande encore une fois, avez-vous ricané devant le grotesque de cette scène ou avez-vous fini par vous émouvoir de tant de touchante maladresse, j'ai dit : touchante maladresse.

 

    Depuis quelques années, les morts et les disparitions dépeuplent le château. Les murs se fissurent, les vitres éclatent sous les assauts de l'hiver.  Finelame rôde, épie, trame d'implacables machinations dans les dédales de Gormenghast. Car il est dans cette demeure des couloirs inconnus, des chambres secrètes où l'on oublie des êtres jusqu'à ce qu'ils meurent de désespoir et de faim.  Craclosse, le banni hante ce labyrinthe pour déjouer les complots, au péril de sa vie.

 

    Les saisons qui passent n'ont aucune prise sur moi. J'ai survécu à un incendie, à la solitude, au déluge interminable qui a manqué de nous engloutir et à la folie. M'écoutez-vous à la fin ? Je ne suis pas plus folle que les autres ! Pas plus folle que Titus, le soixante-dix-septième comte d'Enfer, aimanté au dehors par une créature mi-oiseau mi-femme dont on dit qu'elle fut sa soeur de lait. Titus, qui croit pouvoir échapper à Gormenghast mais finit toujours par y revenir. Ceci dit, il y a bien longtemps que je ne l'ai croisé, serait-il possible qu'il soit parti pour de bon ?

 

     Ou alors oui, je suis folle. Aussi folle que Fuchsia, recluse entre des murs de poèmes, qui va  bientôt perdre son coeur et la flamme vive qui l'habite.

 

     Mon frère, le Docteur Salprune, est le seul à conserver un semblant de raison. Mais peut-on garder la raison lorsqu'on est condamné à se heurter sans fin aux murailles de Gormenghast, à en soigner les maux, sans faillir, sans détourner le regard du corps sans vie de ceux qu'on a aimés. Je vous le demande : peut-on conserver la raison ?

 

     Alors moi, Irma Salprune, je vous écris d'un monde de pierres noyées et cruelles qui nous retient tous prisonniers, j'ai dit : tous.

 

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Les dessins en marge du manuscrit sont ceux de Mervyn Peake

qui était aussi, surtout, autant, un immense dessinateur.

 

 

Publié dans romans, Mervyn Peake

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l'arbre rouge, un dragon et quelques poules...

Publié le par Za

Samedi dernier, Petitou avait des sous à dépenser à la librairie... Alors, pendant qu'il furetait dans les rayonnages, eh bien, j'ai fait pareil. Et d'album en album, j'ai fini par tomber sur ça:

 

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Le choc.

Peu de mots. Une atmosphère.

 

 

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Une petite bonne femme trimballe sa mélancolie, sa douce tristesse, les yeux baissés, dans des décors oppressants, inquiétants, sans que rien laisse à penser qu'il pourrait y avoir un peu d'espoir... Sauf qu'à la dernière page... Plongez-vous dans les somptueuses et subtiles illustrations de Shaun Tan, qui expriment si bien le poids du monde, sa démesure et sa folie et laissez-vous embarquer dans cette poésie douce amère. Un album pour les grands, Gallimard Jeunesse.

 

 

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Et Petitou, me direz-vous, qu'a-t-il choisi ? Des petites poules bien sûr ! Un poule tous et tous poule un ! Ici, on les aime bien les malignes petites bêtes, Carmen, Carmelito, Belino... C'est drôle, vif, plein de références... Un succès mérité pour les  deux Christian, Heinrich et Jolibois.

 

 

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Et comme avec vingt euros, des fois, on peut se payer deux livres -  j'ai dit : des fois - on est aussi rentrés avec Zébulon le dragon, de Julia Donaldson et Axel Scheffler, les heureux parents du Gruffalo (qui n'est jamais très loin, d'ailleurs). Zébulon n'est pas l'élève le plus doué de l'école des dragons. Tiens, encore des dragons à l'école ? Et oui, mais ceux-là sont à la mode Scheffler, colorés et foutraques. Zébulon ne serait jamais le premier de la classe sans un petit coup de pouce clandestin... Une histoire où les dragons ne sont pas ce que l'on croit et où les princesses bousculent un peu les idées reçues !

 

 

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cow & flower power

Publié le par Za

Je dédie ce billet aux membres de l'éternel Vocal Blues...

 

Il est des évènements dans la vie qui méritent un peu de solennité. Les premières fois font parties de ces moments. Je viens de vivre une première fois et pas des moindres, de celles qui vous laissent songeurs et plein de gratitude. Voilà, aujourd'hui, au détour d'une route, quelque part entre Albepierre et Murat, Cantal, j'ai croisé ma première... Salers noire ! Vous avez bien lu, une Salers noire, de celle qui vous semblent débouler de la nuit des temps, comme ça, sans prévenir. Une rareté absolue, une merveille. Une vraie émotion pour tout amoureux des vaches en général et de celles-là en particulier.  

 

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Vous avouerez que 7772 est un modèle inspirant, non ?

 

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Une de ses camarades rouges, plus commune, certes, mais quand même...

 

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Aubracs des pentes de Bredons,

Murat en fond, avec les travaux du clocher, mais Murat quand même...

 

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Et puis des fleurs, des fleur, des fleurs !

 

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Pensées sauvages, fleurs de cerisier, jonquilles, orchidées du lac du Pêcher, anémones si pourpres qu'on les dirait noires, et autres inconnues non répertoriées encore... 

 

Publié dans in my heart

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gormenghast #1

Publié le par Za

 

C'est l'histoire d'une rencontre entre deux univers renversants. Une rencontre hautement subjective, mais qui risque de m'obséder pendant un moment. Comme ce roman, assurément.

 

Il y a d'un côté les "noirs" d'Odilon Redon, un univers singulier, renversant.

Et puis Mervyn Peake et sa trilogie de Gormenghast.

 

Ces deux-là se sont télescopés dans mon esprit et ma lecture de Titus d'Enfer a pris naturellement les contours des dessins de Redon, à mi-chemin entre rêve et cauchemar. Les admirateurs de Mervyn Peake, génial illustrateur, me pardonneront de rapprocher ces deux images que j'ai découvertes presque en même temps. À gauche, une illustration de Peake pour Alice au pays des merveilles, à droite un fusain d'Odilon Redon, Derrière les barreaux. 

 

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derrière les barreaux fusain Redon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je  me permettrai donc d'illustrer ce billet des images de Redon  car ce sont elles qui m'ont accompagnée au long de cette lecture. Je découvre aujourd'hui les dessins de Peake et ils sont bouleversants. Ils s'inviteront naturellement pour le deuxième tome.

 

Titus d'Enfer (Titus Groan), est le premier volume de cette trilogie - dont j'ai imprudemment commandé le deuxième tome avant d'avoir lu la moitié de celui-ci. Imprudemment, oui, parce qu'arrivée aux deux tiers, je me disais qu'il faudrait que je fasse une pause avant d'entamer le suivant. Imprudemment, oui, parce que je me suis laissée envahir par ce texte proprement incroyable. Peake commence la rédaction de Titus Groan en 1940. Ce premier tome est publié en 1946, le deuxième, Gormenghast, le sera en 1950 et le dernier en 1959.

 

Gormenghast est un univers noir au possible, fascinant en diable, un monde gris et pourpre, minéral, frémissant d'arbres et d'oiseaux, un livre qui devient un prolongement de la main, tant il est impossible de le lâcher une fois qu'on y a plongé. 

 

Il serait difficile de raconter l'intrigue sans laisser à penser qu'elle est bien mince. Cinq cent quatre-vingt-douze pages (édition de poche à l'atroce couverture) à errer dans les couloirs inextricables du château des seigneurs de Gormenghast, à en épier les habitants monstrueux, magnifiques, flamboyants, glaçants, inquiétants, grotesques.

 

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Le mélancolique Comte d'Enfer, sa monumentale épouse environnée d'oiseaux innombrables, leur fille Fuschia si délicieusement folle, Lenflure le monstrueux cuisinier, Craclosse le serviteur fidèle, le Dr Salprune et son inénarrable soeur Irma, les soeurs jumelles du Comte dont la conversation n'est pas sans rappeler celle du Chapelier fou de Lewis Caroll, l'avide Finelame, Keda et ses deux amants, Brigantin, et les chats, les dizaines de chats blancs comme un tapis ronronnant. Des personnages inoubliables et éternels, dignes des grands romans, car Titus d'Enfer est un immense roman.  

 

Tout commence avec la naissance de l'héritier Titus.  

- Ma très chère dame, aimez-vous les bébés, demanda le docteur en faisant passer la vieille dame d'une rotule sur l'autre afin de pouvoir étendre la jambe. Êtes-vous friande de ces petites créatures ?

- Les bébés ? dit Nannie Glu d'une voix qui s'anima soudain. Je pourrais les manger, ces mignons. Je pourrais les dévorer.

- Très bien, dit le Dr Salprune, très, très bien, ma bonne dame. Mais ce ne sera pas nécessaire. Je dirais même que ce sera déplacé, ma chère madame Glu, totalement déplacé dans les circonstances présentes. Un enfant va vous être confié. Ne le mangez pas, Nannie Glu. vous devez l'élever, c'est vrai, mais ce n'est pas la peine de le dévorer d'abord. Vous avaleriez l'Enfer, ha, ha, ha !

 

Cet enfant déboule dans un monde dont chaque acte est réglé par une étiquette pointilleuse et impitoyable. Il arrive dans un château comme vous n'en verrez jamais, car Mervyn Peake nous donne autant à voir qu'à lire. Il faut suivre Finelame dans son errance sur les tois de la forteresse, une errance qui semble pouvoir durer des jours et des jours, où l'on finit par confondre l'intérieur et l'extérieur.

- Aujourd'hui, j'ai vu une grande cour de pierres grises au milieu des nuages. Un champ immense. Personne n'y va jamais. Sauf un héron. Aujourd'hui, j'ai vu un arbre qui sortait d'un mur, et des gens qui marchaient sur l'arbre, loin au-dessus du sol. J'ai vu le visage d'un poète dans une fenêtre noire. Mais l'immense cour de pierres perdue dans les nuages est ce que vous auriez préféré. C'est un endroit merveilleux pour se distraire... et pour rêver. [...] Aujourd'hui, j'ai vu un cheval nager au sommet  d'une tour. J'ai vu un million de tours. Et des nuages, la nuit dernière. J'avais froid. Mon corps était comme de la glace. Je n'avais rien à manger et je ne pouvais pas dormir.

 

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L'humour cède parfois la place à l'absurde, à la poésie, au suspens, à la peur.

Son irruption chez les Salprune fut absolument dramatique. Irma, qui ne connaissait de l'anatomie masculine que ce qui dépasse du col et des manchettes, poussa un cri strident et ne tomba dans les bras de son frère que pour se ruer hors de la pièce dans un tourbillon de soie noire. Elle monta précipitamment dans sa chambre en faisant gémir toutes les marches de l'escalier, et sa porte claqua si fort que, dans toutes les pièces du bas, les tableaux valsèrent sur les murs.

  

J'oubliais, le Comte d'Enfer ne trouve de consolation qu'[...]entre les hautes murailles de livres où d'autres mondes étaient enfermés vivants dans le réseau de millions de virgules, de points-virgules, de points, de traits d'union et d'autres symboles.

 

Les mots finissent par prendre vie, c'en est vertigineux...

La phrase "Tu crois qu'il faut la brûler, elle ?" s'installa paresseusement dans le cerveau du Dr Salprune, qui était presque vide. La ridicule petite expression qui sommeillait sur une case fut vite expulsée par l'intrus, et, depuis le t de la tête jusqu'au e de la queue, le long mille-patte s'étendit de tout son long sur la case, pour faire un petit somme. Chaque lettre fit un clin d'oeil avant de s'endormir, et la phrase entière croisa deux fois les doigts pour conjurer le mauvais sort, car son sommeil était compté : le propriétaire de la case (et de toute la maison d'os) pouvait à n'importe quel moment cueillir les phrases qui avaient eu l'imprudence de s'assoupir au beau milieu de son cerveau, voire dans les plus obscurs recoins de ses cellules grises. Il n'y avait pas de paix véritable.

Je n'avais jamais rien lu de tel.

 

Titus d'enfer est un de ces livres qui vous happent voire même pourraient vous rendre passablement fou. On l'aime ou on le déteste, pour les mêmes raisons, d'ailleurs. Mais si on l'aime, c'est d'amour.  Au bout de deux cents pages, j'étais terriblement mal à l'aise, tout en ayant hâte d'être au soir. Je lis le plus souvent la nuit, ce qui sied merveilleusement aux crépusculaires dédales de Gormenghast.  Il y avait bien longtemps qu'un roman ne m'avait habitée à ce point. Je commence donc ici et aujourd'hui mon travail de propagande !

 

 

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