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259 articles avec albums

la légende de Momotaro

Publié le par Za

Comment vous dire, comment vous expliquer sans abuser des superlatifs, que j'aime le travail de Paul Echegoyen ? Qué travail ? Son art, ouais !
De ce monsieur, vous n'avez pu louper Le bal des échassiers. Vous ne l'avez pas loupé, hein ? Puis il y eut Baba Yaga, tout de dentelle et d'entrelacs... Le Cabas ayant l'admiration tenace, je guettais patiemment - mais pas trop - l'arrivée d'un nouvel album de monsieur Paul - ça lui va bien, monsieur Paul, non ? Et le v'là !

la légende de Momotaro

Momotaro est tout d'abord une suite d'images vertigineuses, somptueuses et chacune mérite qu'on s'y arrête. Ce qui pourrait, avouons-le, ralentir la lecture et irriter un chouïa le lecteur avide de connaître la suite la suite de l'histoire. Lecteur à qui je répondrais simplement : "Lâche ce livre, minuscule adoré, je te le rends demain. Comment ça, j'avais promis de te laisser le lire en premier ? T'es sûr ? Non, mais c'était avant. Avant que je ne l'ouvre." Sachez que l'adulte amoureux d'albums jeunesse se doit à un minimum de mauvaise foi pour survivre. Sinon il peut aussi avoir recours à la menace, mais bon. Ceci dit, je pense maintenant que cette attitude a sans doute contribué au fait que Fiston 1er tienne le livre pour un objet précieux et désirable entre tous. Mais je digresse.

la légende de Momotaro

Momotaro, donc. Et le talent immense de Paul Echegoyen, la palette des couleurs, l'infinité de verts, les bleus qui se mettent à flamboyer à l'approche de l'île des diables. Et le héro, taillé à la serpe qui évolue dans une nature d'estampe, généreuse et stylisée.

la légende de Momotaro

Momotaro est une légende du folklore japonais, l'histoire d'une espèce de Tom Pouce né d'une pêche pour faire le bonheur d'un couple âgé et sans enfant. Il grandit terriblement, devient un colosse au coeur tendre, toujours prêt à rendre service, même lorsque le seigneur, qui ne doute de rien, lui demande d'aller ratatiner les démons de l'île des diables.
De cette histoire de facture classique, Margot Rémy-Verdier tire un texte élégant et fluide, dont le narrateur ne se dévoile pas immédiatement. Récit à la première personne, présent de narration, choix des mots, tout concourt à rendre l'histoire proche, évidente. La présence bienveillante d'animaux - un chien, un singe et un faisan - accompagne l'épopée de Momotaro. L'histoire se pare alors de quatre héros intrépides, à égalité.

la légende de Momotaro

Une belle histoire d'entraide désintéressée, à lire tout petit pour s'immerger dans les grandes images de Paul Echegoyen. Cette somptueuse légende de Momotaro installe le dessinateur parmi les plus grands - si ce n'était déjà fait.

La légende de Momotaro
Margot Rémy-Verdier & Paul Echegoyen
Marmaille & compagnie, 2016

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Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

Publié le par Za

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

Il est vraiment sympa, Bouquin. Une bonne bouille, un gentil sourire, prêt à faire rire, à dépayser. Mais il est un livre parmi tant d'autres, avide d'attirer l'attention, de devenir LE livre préféré. Et un jour, ça arrive. On l'achète, on l'embarque. Et on le malmène, on le salit. Avant de lui donner la place qui lui revient, revêtu d'une belle jaquette toute neuve.

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

L'album est lui aussi paré d'une jaquette jaune, la même que celle de l'histoire et il suffit de la soulever pour découvrir qu'on ne tient rien d'autre entre les mains que le héros de l'histoire. Bouquin vous appartient vraiment, il peut devenir votre livre préféré.

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

Une mention spéciale pour Pouding le chien, croqué à grands traits mouvants, jamais immobile, flou à force de remuer, jusqu'à la grosse bêtise. 
Au-delà d'une histoire optimiste et quotidienne - sans être banale - La jaquette est un concept original et très malin.

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

La jaquette
Kirsten Hall & Dasha Tolstikova
La Pastèque, octobre 2015

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

Ce livre contient un pilote, un capitaine, un machiniste, une conductrice, un facteur, une fillette et surtout une boite, une immense boite qui voyage. Le bateau, le train, le bus... A chaque changement, la mystérieuse boite se brise, découvrant... une autre boite, suscitant autant la curiosité que la précédente. Et chacun d'y aller de son idée : et si c'était un éléphant, ou un rhinocéros ? On voyage dans cette histoire gigogne sans une seconde d'ennui. Le format à l'italienne suit le trajet de la boite sans s'interrompre, parcourant des paysages sans cesse renouvelés.

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?
Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

Le graphisme fort de cet album, les verts, les bleus, l'indispensable touche de jaune, les minuscules silhouettes qui traversent chaque page avec un petit air penché de Jacques Tati, tout concourt à rendre la lecture fluide et évidente, jusqu'au dénouement inattendu.

Qu'y a-t-il dans la boite ?
Pieter Gaudesaboos
La Pastèque, mai 2016

 

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Emily Hughes : et de deux !

Publié le par Za

Il y a des illustrateurs auxquels je m'abonne sans hésiter. Après un premier album, Sauvage, et une fracture de l'oeil, me voilà présidente du fan club.

Emily Hughes : et de deux !

Attention, mignonnerie. Le titre original A Brave Bear, résume idéalement cette merveille d'alboume. Petit ours, ultra craquant, et son papa, grand et fort et trop cool, ont l'idée essentielle d'aller se rafraichir à la rivière, parce que l'été, c'est pour tout le monde, même pour les ours. Et les voilà qui empruntent un long chemin semé d'embûches, brousailles, hautes herbes, rochers, au bout duquel les attend la fraicheur.

Emily Hughes : et de deux !

Sous l'oeil inquiet de son papa, le petit ours va prendre des risques. Le père attentif laisse à son fils assez d'espace pour qu'il essaie, pour qu'il tombe et se relève. Et c'est un regard de fierté qui brille dans ses yeux lorsqu'ils arrivent au bord de l'eau. Tendresse, complicité, bienveillance, sécurité, il y a ici tout ce tout ce qu'il faut pour grandir dans la confiance. Voilà un petit ours bien chanceux !

Emily Hughes : et de deux !

Autre album résolumment optimiste, Le tout petit jardinier. Encore un tout petit, tiens... Un minuscule jardinier s'échine, s'estramasse à faire vivre un bien grand jardin qui lui est tout : sa maison, ses repas, son travail. Mais ce jardin s'épuise lui aussi et menace de mourir. Pourtant, un miracle est possible sous la forme d'une aide inattendue. 

Emily Hughes : et de deux !

Le trait d'Emily Hughes est immédiatement reconnaissable. Elle a le chic pour plonger son lecteur dans un joyeux fouillis, avec une dose d'inattendu. Une nature accueillante, jamais inquiétante, qui permet de grandir, d'envisager la vie avec confiance. Les tout petits héros de ces deux livres sortent plus grands des épreuves qui se présentent à eux. Leur faiblesse apparente n'en est pas une, et ils acceptent sereinement l'aide qui leur est proposée.
Deux albums d'apprentissage lumineux et éminemment positifs à déguster puis à ranger à côté de Sauvage, sur l'étagère du début de l'intégrale de l'oeuvre d'Emily Hughes - grande, l'étagère !

Mon tout petit ours
A Brave Bear
Sean Taylor & Emily Hughes
adaptation française de Mim
Milan
, 2016

Le tout petit jardinier
The Little Gardener

traduit de l'anglais par Françoise de Guibert
Albin Michel Jeunesse, 2016

 


 

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encyclopédie de cet idiot d'Albert

Publié le par Za

encyclopédie de cet idiot d'Albert

Par le grand Marmaduke Lovingstone, des girafes ! Oui, ce sont des girafes qui ouvrent de leur présence très digne cette encyclopédie foutraque mais tout à fait indispensable. D'ailleurs, si vous aviez le moindre doute sur l'indispensabilité de l'ouvrage, le titre complet devrait vous rassurer...

encyclopédie de cet idiot d'Albert

Ce genre de frontispice vous pose un livre, non ? Alors, glissons-nous dans ce puits de science en commençant par la zoologie. Chats, chiens, chevaux, vaches, oiseaux... Tel un Audubon des temps modernes, cet idiot d'Albert - c'est pas moi qui le dit - croque les oiseaux de façon digne et respectueuse. Voici venir à vous toute une basse-cour caquettante, du coq au vin - coq ovin ? - jusqu'à la poule. De luxe, évidemment.

encyclopédie de cet idiot d'Albert

Il n'y a pas d'osso métier, il n'y a que d'osso bucco !

C'est pas cette sentence définitive que, plus loin, Maître Albert se délecte des bizarreries de ses contemporains dans une galerie de métiers joyeusement capillotractés. Le trait perd alors de la rondeur, se fait nerveux et dresse une collection d'humains relativement inquiétants, perdus dans de minuscules spécialités indispensables et néammoins disparues.

encyclopédie de cet idiot d'Albert

La gastronomie, les sports, rien n'échappe à l'érudition de notre encyclopède pyrénéen. Il faut aller jusqu'à se perdre dans ses planches ultra-fouillées et, loupe en main, scruter le moindre détail receleur de jeux de mots jubilatoires, de références comme autant d'hommages aux figures tutélaires qui traversent l'oeuvre d'Albert Lemant. Mais tel Diderot et/ou d'Alembert tombé-s dans un tonnelet de rhum, maître Albert n'excelle jamais autant que dans la veine maritime.

... certains détails ne trompent pas...
... certains détails ne trompent pas...

... certains détails ne trompent pas...

L'ombre de la grande girafe baleine blanche plane sur cette oeuvre, et l'on entend venir de loin la jambe en ivoire de cachalot du capitaine Achab. D'abord par petites touches - le Bibliophile baleinier, le Girafologue, l'Amateur d'estampes - le fantôme du grand Hermann Melville vient clôre cet ouvrage à travers l'épopée débridée du dernier grand dénoueur de noeuds marins, embarqué à Nantucket le 21 février 1834. 
Alors, emplissez vos poches de petits cailloux blancs, munissez-vous de votre musette à jeux de mots - et d'une flasque de rhum vieux - pour plonger sans retenue dans cette encyclopédie déroutante, à l'image du grand talent de cet idiot d'Albert, jamais vraiment là où on l'attend !

Encyclopédie de cet idiot d'Albert
Albert Lemant
L'atelier du poisson soluble
septembre 2015

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un éléphant à New-York

Publié le par Za

un éléphant à New-York

Forcément, quand John découvrit un éléphant en sortant de chez lui, il fut étonné. un peu plus que ça même. un éléphant dans les rues de New-York, c'était impossible.

Un éléphant à New-York est un album immersif. Évidemment, il y a le grand format, les doubles pages majestueuses, la grosse bestiole tranquille, la ville surdimensionnée. Rien que le titre, Un éléphant à New-York, ça vous pose immédiatement un alboume dans le grand, l'imposant.
Le texte de Benoît Broyart, tout de phrases courtes et percutantes au début de l'histoire, se calque parfois sur le rythme pépère de l'éléphant en balade. Et quelle balade ! A mi-chemin entre rêve et réalité, dans un New-York sans cesse réinventé, on croise Marylin, Superman, des new-yorkais affairés, des joggers à Central Park, une curieuse parade sur le pont de Brooklyn.
L'illustration fait alors un pas de côté par rapport au texte. Ce décalage, parfois imperceptible fait accepter l'impossible : un éléphant envahissant le paysage new-yorkais ou s'y fondant l'air de rien.

un éléphant à New-York

Mais c'est aussi dans l'impalpable que ce livre fait mouche. Dans les regards si caractéristiques des personnages de Delphine Jacquot, les yeux comme cernés de khôl, les regards précis dont on suit la trajectoire jusqu'au bout, ou les paupières baissées de ceux qui sont perdus en eux-même. Il y a aussi les profils de miniatures indiennes qui, par contraste, rendent les visages de face si intenses.

un éléphant à New-York

On ressort de cette histoire d'ami imaginaire hors norme comme on s'éveille d'un rêve agréable, avec une sensation de douceur, d'apaisement.

Un éléphant à New-York
Benoît Boyart & Delphine Jacquot
Seuil Jeunesse
octobre 2015

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PAS DE CABAS SANS SOUPE !

Publié le par Za

Que serait le Cabas sans la Soupe ?
Un panier vide.

PAS DE CABAS SANS SOUPE !
PAS DE CABAS SANS SOUPE !

Quand le Cabas n'était encore qu'un blogounet de rien, je lisais avec gourmandise les chroniques des libraires de la Soupe de l'Espace, Mélanie et Jean Pichinoty. J'y ai découvert ce qu'était l'album jeunesse dans son audace et sa modernité. Et j'en ai fait, grâce à eux, des trouvailles, des rencontres virtuelles puis bien réelles ! Pour ceux qui me connaissent un peu, imaginez ce que je leur dois...
Charles le dragon - et son tonitruant illustrateur, c'est chez eux que j'en ai entendu parler pour la première fois ! Et le Yark - accompagné de son sinistre auteur, ce sont eux qui, les premiers, ont alerté les populations ! Et je pourrais encore allonger la liste...

exposition de Judith Gueyfier

exposition de Judith Gueyfier

Mélanie et Jean sont des guetteurs toujours à l'affût, des militants du livre, de l'image, du beau, du juste, du drôle et de l'humain. Ce qui ne va pas sans énervements, emballements, bonne et mauvaise foi, parti pris assumé. Rencontres, dédicaces, la Soupe de l'Espace est un lieu d'échange et de discussion, une oasis dans l'air du temps.
La Soupe connaît aujourd'hui des difficultés financières qui, si elles ne sont pas nouvelles, n'en sont pas moins cruciales. Au point de fermer boutique. Nous aurions tous beaucoup à perdre si la Soupe devait cesser ses activités. Comme ailleurs en France, ici se joue une partie de l'avenir de la librairie indépendante. Et le rayonnement de celle qui nous occupe va bien au-delà de Hyères et du Var. Il faut voir nos Cuistots au Salon de Montreuil, remplissant leur agenda, happés par l'un, reconnus par l'autre, et tout ça ponctué d'éclats de rire.

Anaïs Massini , Gilles Bachelet

Anaïs Massini , Gilles Bachelet

Paul Echegoyen, Delphine Jacquot
Paul Echegoyen, Delphine Jacquot

Paul Echegoyen, Delphine Jacquot

Alors, soyons clairs :
je refuse tout net que l'odyssée de la Soupe de l'Espace s'arrête !
Et vous aussi.

Si chacun, chacune lui donne un coup de louche,
la librairie pourra poursuivre sa mission, en mieux même !
Pour cela,
rendez-vous sur Ulule pour participer au financement de l'avenir de la Soupe !

Vous me feriez tellement plaisir...

Vous me feriez tellement plaisir...

Et si vous êtes dans la région, petits veinards, réservez votre samedi prochain !

PAS DE CABAS SANS SOUPE !

Publié dans in my heart, albums

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Aujourd'hui, Amos

Publié le par Za

Aujourd'hui, Amos

Voici un texte.
Non pas que je minimise l'impact des images de Janick Coat. Loin de là. Mais la musique du texte d'Anne Cortey saute immédiatement aux oreilles.

Un voile de brume
s'est abattu sur la maison.
Au-delà du marronnier,
Amos ne voit plus rien.
La maison est repliée sur elle-même.
Le blanc a chassé les reliefs.

Un petit format carré, discret, le genre qui se glisse partout, sur lequel on retombe par hasard au détour d'un magazine ou d'une pelote de laine - je vis dans un certain désordre, que je qualifierai évidemment de créatif.
Amos appréhende le monde en candide généreux. Il vit chaque instant avec cette dose de naïveté, de perplexité qui le conduit tout naturellement à une vision poétique des choses. Le hibou sert ici de contrepoint et révèle, en l'admirant, la particularité d'Amos.

Amos se tient devant la fenêtre.
Il ne bouge pas, il attend,
il ne sait trop quoi.
Il attrape son carnet et se met à écrire.
"Le brouillard a réveillé l'ennui.
Il faudrait un balai pour le chasser."

Les paysages de Janick Coat sont à la fois étranges et familiers. Amos y balade tranquillement son petit air perpétuellement étonné, sa bouille irrésistible - ah, le bonnet à rayures...

Aujourd'hui, Amos

(J'ajouterai également une mention spéciale pour l'épatante cagoule du hibou dont on imagine sans peine qu'elle gratte un petit peu.)

Aujourd'hui, Amos

La maison est un hâvre douillet, tout en rondeurs, sans un angle droit qui heurte. L'économie de la couleur, le velouté du crayon, tout concourt à donner au lecteur l'envie irrépressible d'une poêlée de champignons au coin du feu.

Aujourd'hui, Amos

Tout d'abord édité par les très regrettées éditions Autrement Jeunesse, Amos trouve aujourd'hui chez Grasset un écrin sur mesure.

Aujourd'hui, Amos
Anne Cortey & Janick Coat
Grasset Jeunesse, 2016

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la piscine

Publié le par Za

la piscine

Des cris, des rires, l'écho, on s'amuse dans cette piscine bondée. Il y a un monde fou mais le petit bonhomme est seul au monde, au bord du bassin, paralysé par ce moment d'incertitude. J'y vais, j'y vais pas. Bloqué par l'appréhension, assis au bord, les pieds ballants, impassible face à cette mer de visages grimaçants sûrs de leur fait.

Alors il se glisse. Au fond, en dessous, là où il pourrait n'y avoir personne. Et c'est là que l'aventure commence. Une rencontre qui embarque vers un monde abyssal merveilleux où nulle crainte n'entrave le voyage. Le petit gars en bleu n'est finalement pas si seul. Il y a aussi la demoiselle en rouge.

Le monde du dessous contraste violemment avec le dessus qui n'est que bruit et bousculade. Au fond de la piscine règne une étrange harmonie entre des poissons aux airs d'oiseaux, des bancs de bestioles avec un drôle de regard, un cétacé maousse et vaguement velu.

la piscine

Chaque espace vacant est un prélude à la nouveauté, au merveilleux qui attend de l'autre côté de la page.

la piscine

La piscine est le premier album de JiHyeon Lee, un coup de maître absolu pour cette artiste coréenne. Chaque double page entraine le lecteur dans un mouvement ininterrompu qui force à tourner la page, mais pas trop vite. Pas un mot. Que l'eau, l'amitié et l'envie d'aller voir plus loin.

La piscine (Pool)
JiHyeon Lee
kaléidoscope, 2016

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La belle et le fuseau

Publié le par Za

La belle et le fuseau
La belle et le fuseau

Ils avaient des noms, ces nains, mais les êtres humains n'étaient point autorisés à les connaître, ce genre de choses étant sacrées.
La reine aussi avait un nom, mais par ces temps on ne l'appelait plus que Majesté. Les noms n'abondent pas dans ce récit.

- Deux contes revisités avec intelligence pour n'en faire plus qu'un...
- Normal. Neil Gaiman transforme en intelligence tout ce qu'il touche comme l'autre, dont j'ai oublié le nom, le faisait avec l'or.
- Midas.
- ?
- Celui qui transformait ce qu'il touchait en or. Deux contes, donc. La Belle au bois dormant, bien sûr mais aussi Blanche-Neige, l'héroïne de cette histoire vénéneuse, accompagnée de trois des nains.
- Mais quelle Blanche-Neige ! Guerrière en armure, qui n'hésite pas à planter là son prince, la veille de leur mariage, pour courir l'aventure.
- Pas sûre d'ailleurs, que ce mariage l'emballe vraiment.
- Je ne te le fais pas dire !

La belle et le fuseau

- Tous les éléments du conte classique sont là : le château entouré de ronces, une vilaine sorcière super maléfique, un fuseau... Et puis le conte prend des chemins de traverses. Neil Gaiman le tord allègrement pour en faire une histoire originale et ébourriffante.
- Et Chris Riddell, dans tout ça ? Parce qu'on parlait d'or, tout à l'heure...

La belle et le fuseau

- De l'or, il y en a ! Dans les doigts de Chris Riddell, dans son oeil. Des images vertigineuses, noir et blanc, trouze milliards de petits traits (je suis fasciné par les petits traits et l'art si subtil de la gravure), et quelques touches d'or comme autant de points d'exclamation. Sa reine n'échappe pas aux stéréotypes cependant. Je lui ai trouvé un petit air de Lara Croft - le costume moulant sur des jambes interminables.
- Pfff, jalouse...

La belle et le fuseau

- S'tu veux, et j'admets que c'est aussi ce qui donne au conte cette allure moderne. Mais ce serait ma seule micro-réserve parce que pour le reste, c'est du grand art, de l'envoûtement. Les personnages ont autant de relief dans le texte que dans le dessin.

La belle et le fuseau

- Alors, conclusion ?
- Alboom !

La Belle et le fuseau
(The Sleeper and The Spindle, 2013-2014)
Neil Gaiman & Chris Riddell
traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec
Albin Michel, 2015

 

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Auprès de La Fontaine...

Publié le par Za

Auprès de La Fontaine...

Et de trois ! Après Il était une fois... et Autrefois l'Olympe..., voici Auprès de La Fontaine, troisième opus de recueil d'haïkus d'Agnès Domergue et Cécile Hudrisier. Objet précieux au dos toilé, petit format élégant. Les contes, les mythes, les fables, la trilogie parfaite.
La Fontaine, donc. Des fables archi-connues, d'autres moins. Certains haïkus vous paraîtront transparents, d'autres vous pousseront à aller voir plus loin. Evocations et devinettes, à mi-chemin entre la poésie et le jeu.
Le trait de Cécile Hudrisier se pare parfois d'atours japonisants, comme pour se mettre à l'unisson de la forme du texte. Ce héron...

Auprès de La Fontaine...

Au menu du jour
limaçon sur un caillou
Oh ! Le bec dans l'eau

L'illustration si délicate frôle parfois l'abstraction. Chaque image est un monde en soi, mouvement et lumière.

Auprès de La Fontaine...

Un monde dans lequel, comme chez La Fontaine, le renard est particullièrment soigné...

Auprès de La Fontaine...
Auprès de La Fontaine...

Croissant de lune
seul au sommet de son arbre
croassant de honte

Il y a de la malice dans les mots d'Agnès Domergue.  Elle tisse une connivence avec le lecteur adulte qui fouille dans ses souvenirs d'écolier, puisque c'est l'essentiel qui reste - le parfum, la silhouette, une impression ravivée par ces trois lignes avares de mots, mais si riches de réminiscences. La recherche, la découverte de l'animal entrainera les plus jeunes dans un aller-retour texte/image puis, sans doute vers les textes originaux, à disposer non loin du lecteur - ceci étant également valable pour le lecteur adulte, bien entendu.
Ce recueiil, solaire et lumineux, est un magnifique portrait des fables de La Fontaine mais se suffit aussi à lui-même, image et texte en parfait contrepoint.

Auprès de La Fontaine
Fables en haïku
Agnès Domargue & Cécile Hudrisier
éditions Thierry Magnier, 2016

 

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