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10 articles avec alex cousseau

le fils de l'ombre et de l'oiseau

Publié le par Za

le fils de l'ombre et de l'oiseau

Bois de rose, bois de sang et de santal...
Je ramènerai la forêt où elle est née...

Cette histoire débute sur l'île de Pâques avant de s'envoler, au sens propre, vers le continent sud-américain, l'Amazonie, la Patagonie - comment se lasser de l'adjectif patagon... Une femme-oiseau, un homme sans ombre tout droit sorti d'un roman, une jeune fille à huit doigts, un chiffonnier manchot, Butch Cassidy... Des personnages pétris d'étrangeté peuplent ce roman d'aventure et de poésie.

Croisant son visage par-dessus son épaule, Pawel la surprend en admiration devant le ciel. La ballet des nuages, la fuite d'un oiseau lointain.
- Pas encore, finit-il par dire. Ici c'est la pampa. Les ciels patagons seront encore plus beaux que ceux-ci.

Une forêt à replanter, le rêve fou de voler comme les oiseaux, le fleuve qu'on lit comme un livre, la révolution, les chevauchées incertaines... Le temps transforme les parcours en mythes et les générations défilent, liées par des promesses qui engagent une vie entière.
On se laisse immerger dans cette épopée intime, racontée en une nuit sous un arbre par deux frères au bord de venger leur père. On vole, on galope, on laisse file les années.
La petite musique d'Alex Cousseau se construit à travers des romans d'au-delà des mers, de livre en livre, Je suis le chapeau, Les trois vies d'Antoine Anacharsis, une galerie des beaux personnages, de mondes en construction.

Alex Cousseau
le fils de l'ombre et de l'oiseau
rouergue, collection doado
2016

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Charles amoureux d'une princesse

Publié le par Za

Charles amoureux d'une princesse

Cher Charles,
Te revoilà enfin, vieux lâcheur !
Tu le sais, nous autres, ici, on t'attendait. Ce n'est pas parce que Petitou est devenu tellement grand que ce surnom a été abandonné, ce n'est pas parce que le bonhomme a onze ans qu'il t'a oublié. Et c'est en trépignant de joie que le grand dadais m'a quasiment arraché cet album des mains il y a quelques jours - en plus, il court beaucoup plus vite que moi maintenant.

Le livre rapetisse, le petit grandit...

Le livre rapetisse, le petit grandit...

Chère bestiole...
Te voilà aujourd'hui errant dans un paysage pour le moins désolé. Faut dire qu'une dragonne XXL ravage la contrée. L'album s'ouvre sur une scène hautement cinématographique, grand angle, fureur, bataille. En un mot, ça chauffe.

Charles amoureux d'une princesse

Bien inconsciemment, tu te jettes à la tête de l'immense dragonne boueuse, sans peur, la gueule pleine de poésie, d'histoires. La rencontre est savoureuse. L'une est balèze, l'autre pas. L'un lit, l'autre pas. Mais qu'importe les différences. Elle nous plait, ta nouvelle amie, cette Cornélia un peu moche, à la fois redoutable et timide, bodybuildée à mort, dont la robe et l'allure contrastent si parfaitement avec ta fragilité, ton aspect solaire.

Votre corps, Cornélia, est celui d'une athlète
Le mien ressemble hélas à une cacahuète...

Charles amoureux d'une princesse

De tes livres de contes, mon vieux Charles, tu as tiré une curiosité sans bornes pour... les princesses. Qui l'eût cru ? Tu sais, il faut quand même que je te dise que les princesses, c'est très surfait. Elles sont partout, les princesses. Des roses, des bleues, des niaises, des envahissantes. C'est une tendance un peu, comment dire... Lourde. Alors, en voir une dans le titre de tes nouvelles aventures, ça nous a un brin déconcertés.
Mais on se doutait bien que messieurs Cousseau et Turin ne pouvaient décemment pas tomber dans les travers de l'histoire à princesse. Il faut avouer qu'ici, elle n'est pas où on l'attend et son traitement donne lieu à des scènes franchement décalées, bousculant les codes du genre. Tout ça pour dire qu'on a bien rigolé, avec ex-Petitou.

Dans ce monde sans joie
où manque la tendresse,
Reste-t-il un endroit
pour soulager ses fesses ?
- C'est un peu spécial, grimace Cornélia. Et si tu te taisais un peu pour voir ? On entendrait le silence. C'est beau aussi, le silence... Chuuut !

De l'action, de l'humour, du grand spectacle aussi. Des pages, où ça s'agite en tout sens, où ça bataille ferme, au point de ne plus lire le texte tellement c'est palpitant. Et puis toujours de grandes images somputueuses, des doubles pages monstrueuses de précision, de virtuosité où l'on pourrait entendre rouler les pierres du château, où l'on pourrait sentir tomber la pluie.
Si je ne devais garder qu'une page, ce serait d'ailleurs celle de l'averse, ce moment de stupeur qui frappe les héros. Qui pourrait imaginer tout ce qu'il y a de travail, de respect du lecteur derrière cette image ?

Charles amoureux d'une princesse
Charles amoureux d'une princesse

Voilà, mon cher Charles, tout ça pour te dire que chacune de tes visites nous enchante. Pas la peine que je te dise qu'elles sont trop rares, tu le sais. Alors, à très vite, du côté de ce fameux horizon plein de promesses...
                                       Poutous,
                                       ta vieille Za

Charles amoureux d'une princesse
Alex Cousseau & Philippe-Henri Turin
Seuil Jeunesse, octobre 2015

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mon école des loisirs #1

Publié le par Za

L'école des loisirs a 50 ans.
Mon école des loisirs est un amour de grande personne. J'ai beau chercher, fouiller les malles et ma mémoire, pas d'album estampillé de la maison sise 11 rue de Sèvres Paris 6ème dans mes livres d'enfant. J'ai découvert l’école des loisirs à l'école, comme il se doit, à l'IUFM, pour être précise, l’école des professeur-e-s d'école. Là-bas, on y parlait de cette maison d'édition et pratiquement que d'elle, avouons-le. Mais qu'importait alors puisque je n'y connaisssais pas grand chose, qu'il était question de Philippe Corentin, Claude Ponti ou Tomi Ungerer et que s'ouvrait devant moi une autoroute sans fin que je parcours encore : l'alboume.

Philippe Corentin - Montreuil 2014

Philippe Corentin - Montreuil 2014

Avec le temps, on devient exigeant et comme toutes les amours, celle-ci se teinte parfois d'agacement lorsqu'on pense que l'autre n'est parfois pas à la hauteur de l'amour qu'on lui porte. On se fâche, on boude, on revient, on se retrouve. Mais on s'aime, toujours et encore. Et puis il se trouve que le plus grand alboume de tous les temps est édité en France par l'école des loisirs. Reconnaissance éternelle.

mon école des loisirs #1

Maurice Sendak
Where the wild things are

Max et les maximonstres

1963, Where The Wild Things Are paraît aux Etats-Unis - à noter que les Italiens ont le nez creux et le traduisent la même année.
1967, Max et les maximonstres débarque en France, publié par Robert Delpire.
1973, l'école des Loisirs en rachète les droits et le réédite.

Max et les maximonstres pourrait être l'alpha et l'omega de l'alboume, le sésame qui ouvrirait une vie entière de lecteur, le livre après lequel plus jamais on n'aurait de faiblesse pour la moindre mièvrerie, la moindre cucuterie éditoriale.
Tout y est : la liberté du propos, le génie du dessin, l'invention sans limite, le respect du lecteur - qu'il soit enfant ou adulte, l'articulation texte/image si simple et si complexe, le travail d'équilibriste que réprésente la narration de ce voyage fantastique.

mon école des loisirs #1

Max et les Maximonstres est devenu au fil des années un classique incontesté. Mais, célébrer l'école des loisirs, c'est aussi remettre le projecteur sur des albums moins connus. Il en est un à qui j'ai déjà consacré une chronique mais j'y reviens parce qu'il a une filiation évidente avec Max, celle du voyage imaginaire, du lit qui devient un navire.

mon école des loisirs #1

Comme Max, l'Endroit rêvé prend le pari de l'intelligence de son lecteur, ne lui assène pas une histoire de manière péremptoire mais lui laisse le loisir de flâner, d'interprêter. Cet album de 2008 n'est pas épuisé, on peut encore l'acheter, le lire, le faire lire, l'interroger, le faire vivre.

mon école des loisirs #1

Max et les maximonstres
Maurice Sendak
L'école des loisirs, 1963-1973-2015

L'endroit rêvé
Alex Cousseau & Philippe-Henri Turin
L'école des loisirs, 2008

Cette rentrée verra la réédition de 3 autres albums de Maurice Sendak. Cela ne se voit peut-être pas à l'écran mais j'en trépigne d'impatience.

mon école des loisirs #1

Et puis comme un billet ne peut suffire, bientôt le deuxième épisode de mon école des loisirs ! Il sera consacré à des romans et contiendra une déclaration d'amour. Si, si.

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Charles apprenti dragon

Publié le par Za

Charles est ici chez lui, c'est un ami de la famille. Le dragonnet grandit lentement, le petit d'homme beaucoup plus vite. Mais la fidélité qui lie les deux bestioles est très solide.

Charles apprenti dragon
Charles apprenti dragon

Charles prend aujourd'hui de l'épaisseur avec cette réédition des deux premiers albums, augmentée de suppléments tout à fait délicieux. Comme d'habitude, on ne peut tout avoir. Ce livre est plus petit que les premières éditions, mais le format reste raisonnable et ceux qui découvriraient Charles aujourd'hui ne seraient pas tout à fait lésés.

Et puis il y a les Mémoires d'un jeune dragon...

Charles apprenti dragon

Charles est déjà doté d'un solide talent de poète, personne ne l'a oublié.

J'ai le corps d'une gazelle mais je suis un dragon.
Regardez bien mes ailes, écoutez mon jargon...
Voyez mes pieds pareils à deux grosses pastèques,
N'importe quel orteil, je le transforme en steak.

Ses aventures lui ont inspiré bien d'autres vers, mais le voici aujourd'hui tenté de prendre le crayon et de dessiner.

Charles apprenti dragon

Essais, croquis, chemin de fer, premiers encrages avant la couleur, autant d'incursions dans l'art du dessinateur Philippe-Henri Turin, qui montrent les différentes étapes conduisant aux superbes aventures de Charles. C'est un travail d'orfèvre qui nous est offert.

Charles apprenti dragon

Charles se dévoile à travers une série de portraits, d'expressions, de regards, de clins d'oeil, de petits textes qui prolongent la complicité créée au fil du temps avec le petit héros aux grands pieds. Parce qu'il en a fait du chemin, notre Charles depuis la publication du premier album ! Traduit aux quatre coins du monde, il en a parcouru des paysages, il en a fait des rencontres !

Charles apprenti dragon

Et cet horizon plein de promesses en offrira d'autres, soyez-en sûrs ! D'autres promesses de belles images, de beau livre à venir qui se profilent à la fin de ce carnet. Mais à qui peut bien appartenir ce profil peu commun...

Charles apprenti dragon

Charles apprenti dragon
Alex Cousseau & Philippe-Henri Turin

Seuil Jeunesse, octobre 2014


 

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un chapeau, un trésor

Publié le par Za

Deux voyages, deux chimères.

Courir après un chapeau, courir après un trésor.

Deux romans d'Alex Cousseau qui vous envoient valdinguer à travers les mers, au-delà du froid, à la recherche de dieu sait quoi finalement. Deux textes qui mêlent habilement la fiction et la réalité, à la poursuite de personnages réels, Knut Rasmussen, Edgar Allan Poe. Deux histoires qui tanguent en trois parties, trois vies dans une.

 

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Je suis le chapeau

J'avoue avoir été un temps trompée par le suis du titre. Je suis, du verbe être, du verbe suivre ? des deux ?

Abandonnez immédiatement ce que vous êtes en train de faire, c'est à dire lire mon pauvre billet, pour vous ruer ici et lire le magistral premier chapitre de ce roman ! C'est le genre de lecture qui vous donne un coup de fouet, au cas où vous auriez oublié ce que littérature veut dire. Et ne vous laissez pas abuser par le ado de doAdo sur la couverture, c'est un roman, point.

Pourtant, quelque chose cloche.

Cet ours est coiffé d'un chapeau.

Un chapeau brun, doté d'un élastique coincé autour du cou.

Wanda et Oukiok sont orphelins. Leur père a été tué par l'ours au chapeau. L'ours tué à son tour et mangé, ne reste que le chapeau et les initiales KR, Knud Rasmussen. Durant leurs trois vies, au Groenland, au Cananda puis en Écosse, les deux jeunes inuits traquent l'explorateur dans l'espoir de lui rendre son chapeau, rencontrent Robert Flaherty en plein tournage de Nanouk l'esquimau, croisent Winston Churchill. Wanda ne parle pas, elle est muette comme les films de cette époque, sa voix ne se fait entendre que la nuit, lorsque le rêve déborde, lorsqu'elle ne parle que pour son frère, qui prend fébrilement ses paroles en notes. Un roman épique, une quête de vie, teintée de magie, de chamanisme, ancrée dans une réalité historique passionnante : les années 20, les débuts du cinéma documentaire, l'exploration des terres arctiques. Wanda et son frère rencontreront-ils Knud Rasmussen ?

L'enchaînement des courts chapitres rend la lecture haletante. Il est impossible de lâcher ce livre tant qu'on ne l'a pas terminé.

   

Trois vies encore.

Les trois vies d'Antoine Anacharsis

Une première vie au large de Madagascar, qui débute en 1831 comme débutent toutes les autres vies du monde : dans le ventre d'une mère. Et c'est là le tour de force d'Alex Cousseau: cette première vie in utero mais en pleine conscience où Taan, le futur Antoine reçoit son héritage avant même de naître. Une généalogie d'abord, une lignée de femmes, et puis un parchemin couvert d'une écriture indéchiffrable, sésame vers le trésor du pirate Olivier Levasseur.

Cette première vie, absolument fascinante, voit les parents d'Antoine arrachés à leur île, emmenés en esclavage vers un nouveau continent qu'ils ne verront jamais.

Si mon père était le kraken, ses jambes seraient des bras, des tentacules. Il aurait plusieurs paires de bras d'où pendraient plusieurs chaînes et il étranglerait les hommes qui nous retiennent prisonniers. Si mon père était le kraken, il renverserait la chaloupe d'un tour de rein. Et la goélette en même temps, pour libérer la tortue. Si mon père était le kraken, il n'aurait pas peur des fusils, perdre une jambe ou deux ne changerait rien pour lui. Si mon père était le kraken, on n'en serait pas là. Mais mon père n'est qu'un homme. Ni lui ni moi ne sommes le kraken, nous sommes moins que des hommes, nous sommes des esclaves, mon père est un esclave et je suis à peine plus gros qu'une langouste coincée au fond d'une nasse.

Les deux autres vies d'Antoine seront celles  de la vie à bord d'un baleinier, de la plantation, de la recherche, du décryptage du cryptogramme, pour lequel il cherchera à solliciter Edgar Allan Poe, grand déchiffreur de messages codés. Dans cette histoire, Antoine perdra la parole, se fera couper la langue. 

Les trois vies d'Antoine Anacharsis est un excellent roman d'aventure, et même un peu plus que ça.

J'ai lu ces deux livres à la suite et leur ai fatalement trouvé des ressemblances. La construction en triptyque, les héros privés de parole, et ces deux objets, le chapeau et le parchemin, dont on finit par comprendre qu'ils ne sont qu'un catalyseur. Voici une fois de plus la preuve éclatante de ce que la littérature de jeunesse peut donner de meilleur, de plus exigeant.

 

Alex Cousseau

Je suis le chapeau (2009)

Les trois vies d'Antoine Anacharsis (2012)

éditions du Rouergue

collection doAdo

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charles prisonnier du cyclope

Publié le par Za

2 charles

  janvier 2011                                                    octobre 2012

 

Deux ans ! Au bout de deux ans, on avait le droit de se penser à l'abri du dragonnet aux dreadlocks bleues. Eh bien non ! Voilà que le pendable duo Alex Cousseau-Philippe-Henri Turin nous refait le coup du gentil-mignon-dragon-esseulé ! Sans doute comptent-ils émouvoir les mères de familles qui ne manqueront pas d'acheter innocemment cet album - fort onéreux au demeurant. Et qu'auront-elle offert à leurs petits, les malheureuses ? Un recueil d'illustrations mégalomanes ! En effet, qu'a-t-on besoin de farcir un dessin de milliers de fleurs, là où d'autres ont brillamment démontré que trois gommettes suffisaient ? Et que dire du traumatisme que pourrait provoquer la vision atroce d'une cruelle scène de chasse où de pauvres oiseaux se font dévorer vivants par une bête sauvage qui n'a plus rien, finalement, de l'innocente bestiole du premier tome !

 

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Je vous passe les désagréments dus à certaines images que je n'ai pu examiner qu'armée de solides lunettes de soleil... Monsieur Turin pense-t-il résoudre la crise énergétique par de tels moyens ?

 

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Et cet oeil, qui saute sur le lecteur à peine a-t-il ouvert l'album... On est comme ça, chez les Cousseau-Turin, sachez-le, on hypnotise, on envoûte. C'est malhonnête.

 

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aie confiance... lis-moi...

 

Quand au texte, il est farci de mots étrangers (ciao, iglou), incompréhensibles (balbuzard, troglodytes), voire imprononçables (Polyphème)... Monsieur Cousseau, écrivain par ailleurs remarquable, ne manque pas une occasion de nous asséner des vers de mirlitons à la rime riche mais facile (faim/puffin), car le dragon est toujours poète ! Poète... Qui est encore poète de nos jours ?

 

Je ne m'étendrai pas sur le sujet mille fois rebattu de l'amitié entre les peuples, enfin entre les espèces, alors qu'on ignore ici d'autres thèmes infiniment plus formateurs pour la jeunesse, comme l'acquisition de la propreté (car ce dragon fait bien caca, non?), ou l'arrivée d'une atroce petite soeur !

 

- [...] et j'ai entendu dire que tu cherchais des amis...

- Oui, répondit Charles. Mais des amis pour la vie.   Combien de temps vis-tu coccinelle ? Un an ou deux ? Alors sache que moi, dragon, je vis plusieurs siècles.

- Un an ou deux d'amitié, c'est toujours mieux que rien. [...]

- Et une éternité à te regretter c'est beaucoup, ajoute Charles. Il y a longtemps, une mouche m'a appris à voler. Aujourd'hui, elle n'est plus que poussière.

Mais qu'est-ce que c'est que cette conception rentabiliste de l'amitié ? Si on suit cette logique, plus moyen de sympathiser avec une personne âgée !

 

D'autres choses encore ne manqueront pas de choquer les pédagogues soucieux de la sérénité des jeunes générations. La solitude de Charles... Oui, Charles est seul. Il a abandonné ses parents. Ou la réalité, que l'on nous cache, est encore plus atroce : ses géniteurs l'ont abandonné ! Ah, les Thénardiers ! Des parents indignes qui ont laissé leur progéniture voler vers des horizons peut-être plein de promesses mais plus sûrement plein de dangers ! Le voici en butte à la violence d'un inuit atrabilaire ! Plus loin, c'est un cyclope velu de la pire espèce qui s'en prend à lui ! Parlons-en du cyclope, alibi littéraire, pauvre vernis antique... Entièrement nu, exhibant une pilosité à même de troubler des générations de jeunes esprits à la libido naissante. Quand je dis entièrement nu, j'exagère un peu, la présence salvatrice d'un boqueteau ou d'un rocher opportun nous sauvant in extremis de la catastrophe.

 

Que vous dire d'autre, sinon que cet album est démesuré, trop généreux, trop grand. Trop grand pour des petits bras qui pourront à peine le tenir ouvert, pour des petits yeux qui pourront à peine embrasser certaines images, au risque de s'y perdre. Et ce n'est pas l'expertise de Monsieur Turin dès qu'il est question d'anatomie dragonnière qui nous fera oublier les outrances de ce livre en matière de couleur, mouvement, lumière et autre construction de l'image !

 

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Il n'y a qu'à voir le crayonné préparatoire de ce dessin... D'où le dessinateur tient-il qu'il faille en faire autant, qu'il faille être aussi exigeant pour un ouvrage destiné, j'ose à peine le dire... à des enfants ! Quel gâchis! 

 

En conclusion je suis navrée à l'idée que cet album, outre le fait d'encombrer les bibliothèques, aille considérablement enrichir le compte en banque de ses auteurs, dont la malhonnêteté n'a d'égal que la folie des grandeurs !  

 

Charles prisonnier du cyclope
(28,5 x 40 cm !)

Alex Cousseau & Philippe-Henri Turin

Seuil Jeunesse

septembre 2012

 

 

 

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all you need is love

Publié le par Za

 

Sur l'amour, on a tout lu. Maintes fois on a cru atteindre l'universel, la quintessence. On a voulu croire en Roméo et Juliette. On a pleuré Tristan et Iseult. On s'est retourné pour contempler Eurydice une dernière fois. On a serré les dents avec Abélard. Mais dans la vraie vie, on n'y comprenait toujours rien, que dalle, nada, nothing, que couic. Un vrai désastre !

Puis vint Alex Cousseau qui posa LA question.

 

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A cette question existentielle, il existe plusieurs niveaux de réponse, dont une, cruciale, touche à la verticalité de l'animal, car il faut savoir qu'un rhinocéros amoureux penche. D'autant que ce délicieux animal est amoureux d'un colibri. Un colibri fin et léger. Et alors ? Le colibri ne serait pas contre cette idée. Peu importe les différences ! Le colibri et le rhinocéros échangent des regards qui en disent long, découverte, complicité... Jusqu'au jour où... Mais qu'est-ce qu'elle fait là, cette mouche ?

 

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J'ai aimé les illustrations malicieuses de Nathalie Choux, leur fraîcheur, leur malice. Le texte d'Alex Cousseau est une perfection du genre, touchant et plein d'humour. 

 

Ce rhinocéros-là est amoureux.

Il est très très amoureux.

Ca ne se voit pas bien,

parce que souvent les rhinocéros font la tête.

(Si. Ca se voit un peu à son oeil, un tout petit peu.

Oui. Un petit pli inhabituel, une lueur de joie.)

 

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On peut très bien dire qu'on est amoureux en silence.

Par exemple avec les yeux. Ou avec le corps.

(Oui, ben justement, ce rhinocéros-là continue

de pencher carrément à droite...)

 

Je laisserai le mot de la fin à Petitou qui, refermant l'album, conclut doctement : "La mouche qui le suit partout, c'est comme dans Charles à l'école des dragons !" [du même Alex Cousseau]

Tu seras critique littéraire, mon fils !

 

 

Un rhinocéros amoureux pèsent-il plus lourd qu'un rhinocéros tout court ?

Alex Cousseau & Nathalie Choux

éditions Sarbacane, 2007

 

 

 

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l'endroit rêvé

Publié le par Za

Depuis le temps que cet album trépignait d'impatience sur l'étagère, attendant qu'on parle de lui !

 

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Mais comprenez-moi, ce n'est pas n'importe quel album, c'est L'endroit rêvé !  Je voulais bien faire les choses, histoire de vous donner vraiment l'envie de lire ce beau livre, de vous donner l'envie d'aller embêter votre libraire pour qu'il le commande, puisqu'il est toujours disponible, École des Loisirs cuvée 2008, ce qui n'est pas si vieux après tout.

L'endroit rêvé, c'est celui qu'on finit toujours par trouver, lorsqu'on est enfant, dans ce moment de presque vide, de délicieux ennui où on est censé faire un brin de sieste ou tout du moins prendre un peu de repos. Alors, dans le secret de sa chambre, avec son doudou ou un autre compagnon indispensable, on fait évidemment semblant de dormir et on finit par s'évader un peu...

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L'endroit rêvé est noyé de tant de soleil que le ciel peut être jaune si on veut. Et si on en a très envie, le lit devient un arbre,  enfin, à moitié un lit, à moitié un arbre. L'endroit rêvé, c'est celui où le lit est aussi un bateau avec lequel il est si facile de rejoindre cette île bizarre et belle, à mi chemin entre maison et aventure.

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L'endroit rêvé, c'est une complicité imaginaire. Enfin, imaginaire pour de vrai..endroit-reve061.jpg

Pour finir, l'Endroit rêvé est un album spécial parmi ceux que je préfère, pour son étrangeté sans concession, ses couleurs extraordinaires - au sens propre du terme, les nuages dans lesquels on peut imaginer le monde, les yeux incroyables de Rose, l'énergie de l'ours, l'originalité, l'univers sans limites des dessins de Philippe-Henri Turin. On pourrait dire que cet album est à part dans sa bibliographie mais à y réfléchir, ce monsieur ne fait que des albums à part...

Et puis il y a la grande qualité du texte d'Alex Cousseau avec cette fin maligne qui vous oblige à le relire immédiatement pour en saisir toute l'ambiguïté - alors que tout est dans les dessins, depuis le début. C'est exactement ce que j'attends d'un album jeunesse : le refermer en  me disant que j'y ai pris autant de plaisir de Petitou ! Et celui-ci mérite vraiment d'être redécouvert !

 

Mais est-ce qu'on peut laisser un lit dans un potager ?

Est-ce que Papa et Maman vont être d'accord ? On aura beau leur expliquer que ce n'est pas un vrai lit, est-ce qu'ils vont bien vouloir ?

- Non, Rose. Ils ne vont sûrement pas vouloir.

- Alors on va le mettre où ?

- Plus loin...dans la forêt...

Non. Pas dans la forêt parce que c'est sombre. On se croirait dans une chambre avec les volets fermés. Avec quelqu'un qui dort dans chaque arbre.

L'endroit rêvé
Alex Cousseau & Philippe-Henri Turin
L'école des loisirs, 2008

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pangbotchi

Publié le par Za

Ce doit être l'ambiance montagneuse du moment qui m'amène tout naturellement à une histoire de yéti, parce que pour ceux qui en doutaient encore, oui, je l'affirme bien haut (1 000 m), il y a des yétis dans le Cantal. Velus et tout. Vous n'avez qu'à jeter un oeil sur les vaches du cru et vous verrez que question poil... Mais je m'égare.

 

 

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Où en étais-je ? Ah oui, le yéti. 

 

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Celui-ci vit tout naturellement quelque part au Népal (et pas dans le Cantal) dans une douillette maison, avec son papa et sa maman, yétis eux aussi, évidemment. C'est la veille de Noël et le petit Pangbotchi doit faire face à une invasion de lutins, qui envahissent salement le frigo, squattent le canapé du salon... Pas mignons pour deux sous, ces lutins et sans gêne comme tout. Heureusement, papa Yéti est là pour les remettre sur le droit chemin, celui qui mène chez le Père Noël où les attend leur dur labeur saisonnier. Et nous voilà partis pour de belles glissades en baignoire ou en canapé sur les pentes enneigées !

 

 

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Voici une histoire épatante d'Alex Cousseau, qu'on relit dès qu'on en découvre la chute, un texte malin et plein d'humour. Le tandem Cousseau - Turin fonctionne à merveille. Tout n'est pas dit dans le texte, les illustrations de Philippe-Henri Turin ont leur part d'histoire à raconter et sèment les indices. Les yétis sont épatants, plus que vivants, griffus, à la fois drôles et effrayants, dents parfaitement acérées, regards pas que rassurants. Et ce petit Pangbotchi qui aurait des airs de Barbouille...

 

 

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De belles montagnes enneigées (pour ceux qui aiment les montagnes  enneigées, ce qui n'est pas mon cas, dois-je vous le rappeler ?), avec une mention spéciale pour un crépuscule rose de soleil couchant, qui vous scotche franchement lorsque vous tournez la page. Si vous voulez le voir et vous régaler, commandez ce bel album à votre libraire, c'est à l'École des Loisirs, cuvée 2005, approuvé par Petitou !

 

 

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quel phénomène, ce Charles !

Publié le par Za

C'est l'histoire de l'album qui se vend plus vite que son ombre ! À peine paru, déjà épuisé, en réimpression, je suppose. Je n'ai pas vraiment d'expérience dans ce domaine, mais être tiré à 10 000 exemplaires et se retrouver épuisé en à peu près deux mois, ça vous pose un album... Évidemment, j'en voulais un au pied de mon cabas  mon sapin pour moi pour Petitou. Mais non, ô désespoir, introuvable, des meilleures librairies aux plus grandes enseignes. Ou presque. On réussit, j'ose à peine l'écrire, à en commander un à la fn..., pour finalement en croiser trois exemplaires sur les rayonnages d'une librairie clermontoise, ça nous apprendra. Mais, me direz-vous, pourquoi tant d'efforts, tant d'acharnement ?  Quel est ce Graal littéraire qui a fini par atterrir cette semaine à la maison ?

 

Charles, bien sûr !!

 

 

charles

 

 

C'est ce qui s'appelle un grand  album (41X29 cm, quand même), le genre derrière lequel on peut se cacher, s'il le faut, pour se perdre dans les immenses dessins de Philippe-Henri Turin, gloire à lui. Parce que c'est époustouflant. De précision, de mouvement, de couleurs, d'humour. Le coup du dragon, ça devient risqué, rebattu même. Mais là... Charles, enfant chéri de ses parents dragons, fait sa rentrée à l'école. Il se rend vite compte qu'il est différent, lui, le maigrichon aux grands pieds - Petitou raffole du mot maigrichon qu'il met à toutes les sauces, juste pour le plaisir de le prononcer, je crois.

 

 

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Charles aux ailes démesurées, de vraies ailes de géants qui l'empêchent de voler et provoquent les moqueries de ses camarades. Et puis, pire que tout, Charles est poète. Il noircit  de vers les pages de ses cahiers. Jusqu'au jour où... Jusqu'au jour où, vous aussi, vous plongerez avec délice dans le texte d'Alex Cousseau, un texte comme on les aime, de ceux qui ne prennent pas les enfants pour des imbéciles. Ni les grands d'ailleurs. Parce que bon, je veux bien lire des histoires à Petitou - il commence à très bien se débrouiller sans moi, d'ailleurs, mais je refuse de m'ennuyer, de lui asséner des textes mal écrits, bêtifiants, bâclés.

 

Alors on ne boude pas son plaisir lorsqu'on tombe sur un trésor pareil ! 

Il sera bientôt à nouveau disponible.

Commandez-le immédiatement à votre libraire préféré.

C'est un ordre.

 

 

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