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5 articles avec editions courtes et longues

heure bleue

Publié le par Za

heure bleue

Le jour s'éloigne... bientôt la nuit.
Entre les deux, elle passe...
C'est l'heure bleue.

heure bleue

C'est dans cet interstice infime que se glisse Isabelle Simler avec cet indescriptible imagier. Et il s'en passe des choses, durant ce crépuscule. Un nuancier ouvre le livre, 32 nuances de bleu, du bleu dragée, au bleu nuit. Tout un tas de bestioles se presse, dans l'air, sous l'eau, chacun darde son regard au fur et à mesure que le jour décline. La nuit tombe, elles ne sont plus que noires silhouettes.

heure bleue

Isabelle Simler est une valeur sûre de l'émerveillement, mais avouons-le, avec cet album, on est plus proche de l'uppercut visuel. Les majestueuses doubles pages donnent envie de s'approcher, le nez dans le papier, pour scruter chaque détail, chaque trait. C'est un travail de virtuose, magnifié par une qualité de papier, d'impression qui laisse rêveur. Bref, tout cela est simplement à tomber par terre, mais bien calé sur un tapis moelleux avec des coussins, histoire de pouvoir continuer à lire.

heure bleue
heure bleue

heure bleue
Isabelle Simler
éditions Courtes et longues
mars 2015

Gaëlle est sous le charme, la Soupe de l'espace n'en revient pas...

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Fadoli

Publié le par Za

Autant vous l’avouer, Marie-France Zérolo et moi, on se connaît en vrai, on ne s’est même pas rencontrées au bord du Cabas - parce qu’elle vit au bord d’un volcan, c’est vous dire ! Tout ça pour vous expliquer que ça va être une interview décontractée  comme tout, où on se tutoie en buvant des choses – enfin du thé.

Voici donc Fadoli, son troisième album aux éditions Courtes et Longues. Comme pour les précédents, Mathilde Magnan a chaussé ses crayons de sept lieues et nous en met plein la vue.

Fadoli

Le Cabas de Za – Je peux dire sans me tromper que Fadoli est, de loin, ton album le plus personnel…

Marie-France Zérolo – Oui ! C’est le tout premier texte fini que j’ai écrit…il y a 12 ans. L’écriture est un moyen que j’ai trouvé pour transformer les « maux » en « mots ». Je suis psychomotricienne de profession et je reçois beaucoup de personnes, disons, abîmées corporellement et/ou psychiquement. J’ai besoin de soupapes parfois pour  transformer ce qu’ils m’adressent.

Fadoli est l’un de ces textes « digestion », sorti tout d’un coup sans rature (ou presque), c’est un élan fort et le seul qui soit à ce point proche de ma profession, et donc de mon quotidien. 12 ans après je me reconnais encore dans ce quotidien et dans cette rencontre avec l’Autre.

Et puis Fadoli, c’est pas seulement l’autre-différent, dans le sens « handicapé », pas du tout, c’est aussi l’autre, étrangement familier dans ses différences toutes banales, et c’est aussi et surtout terriblement purement… moi. Voilà pourquoi c’est mon texte le plus personnel… sans compter le titre aux consonances provençales.

LCdZ – Tu parles d’un texte… Mais justement, dans cet album, il n’y en a pas beaucoup de texte ! Toi qui manie le verbe avec tant de délectation - rappelons-nous  Le héron et l’escargot en alexandrins ! – , as-tu dû te faire violence pour effacer à ce point les mots au profit de l’image ? Comment Mathilde Magnan et toi avez-vous travaillé pour cet album-là ?

MFZ - C’est un texte qui est sorti tout seul : POUF ! Quasiment sans rature. Et quand il a été fini il était… comme plein. Aucune frustration, donc. Il est écrit aussi par les images. Je porte les images depuis très longtemps dans ma tête. Les images étaient floues, dans un registre plutôt fantasmagorique, en gros je savais bien où je voulais en venir…mais il n’y avait que moi. Ce texte a attendu sur le bureau de quelques illustrateurs sans le moindre germe de début d’image. Au détour d’une « foire au tandem » (petit jeu de rencontre virtuelle entre des bouts de texte et des images pour création commune - la dernière chez Lydie Sabourin), Mathilde a attrapé mes premières phrases, et comme on se connaît bien maintenant, elle m’a dit « qu’est-ce que tu entends par là ? », du coup j’ai compris que le texte seul était un peu obscur.

J’ai alors scénarisé une histoire faite d’images, les fées qui ne seraient pas des petites bonnes femmes, le village avec ses « on dit », la colonie de fourmi, l’allumette, l’envol, la montagne dévoreuse, la digestion, le bateau, le naufrage… le bain. Tout ce qui représente certaines angoisses très archaïques rencontrées par des patients (angoisses d’engloutissement et de dévoration, de morcellement aussi, etc..).

Fadoli

MFZ - Avec Mathilde on a parlé  de couleurs, de vide, de pleins, d’éclats, de bouts de corps, de fil, de lumière, de fêlures pour que TOUT raconte et Mathilde a tout su traduire par ses propres images, sa jungle d’idées, tout son petit peuple à elle, ses couleurs travaillées si profondément, ses compositions, sa sensibilité, ses angles de vue…

Ensuite, il  y a notre éditeur qui a aussi tout compris au propos, qui a bien su voir que ce n’était pas un livre « sur le handicap », il nous a demandé plus d’images sans texte par exemple.

LCdZ – J’aime particulièrement la double page où Fadoli est paré d’ailes de papillon. La disproportion entre les ailes majestueuses et le corps accroupi, focalisé sur une minuscule bestiole, est frappante. A contrario, il est parfois représenté en très gros plan, comme fractionné…

Fadoli

MFZ - Elle est magnifique cette image, quand je l’ai découverte j’ai marqué une pause de quelques minutes. Mathilde a vraiment tout interprété avec sa palette d’émotions à elle. L’idée c’était de représenter le corps fractionné, morcelé, pour que la forme rejoigne le fond, et pour que ce soit un « corps qui raconte ». Ce qui est le cœur même de mon métier de psychomotricienne.
Il y a de la grâce dans ces disproportions, il y a de la beauté dans les fêlures. Et je ne parle pas seulement des fêlures du Fada, mais aussi des fêlures de tout le monde, de tout un chacun.

LCdZ - C'est exactement ce qui m'a touchée dans Fadoli. Il parle de nous tous, du pas de côté qu'on peut faire un jour, qu'on a déjà fait, qu'on fait de temps en temps.

Fadoli

Mais sinon, et pour être un peu plus indiscrète, et parce que je n’ai pas tous les jours l’honneur et l’avantage de recevoir une de mes auteures préférées, voici une rafale de questions brèves et senties. Quel est ton état d’esprit du moment, là,  tout de suite ?

MFZ – Je suis fatiguée. Fatiguée de ma petite virée dans le Sud, dans ma famille : qu’est-ce que tu veux, c’est tous des fadas !

LCdZ – Quelles étaient tes lectures d’enfant ?

MFZ – D’enfant ? « Oui-Oui » avec une très grande fierté de les commencer ET de les finir !!!! et des BD : « Boule et Bill », « Astérix », « Gaston Lagaffe » et adolescente : la série des Thorgal. Entre les deux des contes.

LCdZ – Quelles sont tes lectures d’aujourd’hui ?

MFZ – ça fait des années que je ne lis plus que de la littérature jeunesse. J’adore la Fantasy et le Théâtre jeunesse contemporain (Bottero, Mourlevat, Orson Scott Card, Oppel), le point commun étant… la poésie qui émane de l’écriture, des mondes inventés, de la langue, selon.
Et puis l’humour con, donc toujours les BD, Léonard est un génie, Achille Talon, Le Chat.
Harry Potter, de 1 à 7, et les Thorgal, (toujours) en livres de chevet.

LCdZ – Et quand je dis brèves, les questions…
Pourquoi ?

MFZ – Mais sans doute pour la bonne et simple raison, que , lorsque l’on veut aller  plus loin on DOIT ménager ses montures. Donc court. Oui.
Bien.
Bon.

Soit.
De fait.

LCdZ – Où ?

MFZ – Plus loin.

LCdZ – Et alors ?

Eh bé, voui.

Fadoli

Fadoli
Marie-France Chevron Zérolo & Mathilde Magnan
Éditions Courtes et l
ongues, 2015

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gipsy

Publié le par Za

Qu'est-ce que je me fiche de leur nid !!

Qu'est-ce que j'en ferais ?

gipsy

La pie a une sale réputation : voleuse, bruyante, agressive avec ses congénères.... Qui se soucierait de cet oiseau peu sympathique si ce n'est Manu, bienveillant petit bonhomme, tranquille et heureux, planté dans une famille un peu hors norme. Et Gipsy la pie rentre dans cette famille, la fait sienne. Elle fait sienne aussi le voyage. Pas besoin de nid, pas besoin d'entasser, de garder. Du coup, on n'a rien à défendre, si ce n'est l'essentiel, sa liberté.

Marie-France Chevron nous offre un texte émouvant et beau, une histoire d'amitié et de vent, où l'oiseau n'appartient pas à l'enfant, il l'accompagne, simplement. C'est un texte simple et fluide comme le vol de la pie.

Pourtant, je n'emporte rien avec moi que mes rêves et mes souvenirs. Je me nourris de ce que je trouve sur le chemin.

Je me nourris aussi de la liberté d'aller et venir où bon me semble.

On n'a pas besoin de plus pour vivre bien.

gipsy
gipsy

Et puis il y a le travail de Mathilde Magnan, qui insuffle une vie incroyable à cette pie ! Madame Magnan étant une aimable personne, elle a bien voulu répondre à quelques questions. C'te chance !

Quelle a été la genèse de cet album, ta rencontre avec le texte – magnifique - de Marie-France Chevron ?

Eh bien c'est un soir de mars (donc il n'y a même pas un an!) que j'ai reçu un mail de Marie-France me demandant si je cherchais toujours des textes à illustrer, j'ai dis que voui, surtout les siens, et hop voilà t'y pas que je reçois Gipsy dans ma boîte mail ! Le texte était quasiment ce qu'il est aujourd'hui, l'histoire m'a beaucoup plu et beaucoup touchée. Alors j'ai dit ouiouioui mais à condition qu'il y ait beaucoup beaucoup de pie et pas trop trop d'humains ….

Après le héron, la pie ! Je m’égare ou tu aurais un goût particulier pour les oiseaux…

Ah bon ? Ça se voit tant que ça ?? Plus sérieusement, j'aime effectivement beaucoup dessiner les oiseaux, mais beaucoup d'autres animaux ou insectes aussi !

Je ne saurais trop te conseiller, lecteur chéri, un petit tour sur le site de Mathilde Magnan, tu t'y régaleras de ses illustrations documentaires & nature, un vrai bonheur légumier, floral, insectifère, voire même champignonnier !

 

J’ai été frappée par la différence de traitement entre le dessin de la pie, vif, acéré, et celui des humains, en tout cas les adultes, plus indistincts, presque flous. Me trompe-je ?

Heuuu non, point du tout... Tu touches ici un point sensible, je me débrouille beaucoup mieux avec les bestioles qu'avec le genre humain d'une manière générale (sauf quand je me concentre furieusement et que je m'applique, comme pour la dernière double page par exemple). Mais outre le fait que j'ai plus de mal avec un corps humain qu'avec des centaines de plumes, c'était aussi voulu que le traitement de la pie soit différent du reste. C'est elle qui raconte, c'est elle qu'on suit et c'est par ses yeux que l'on rencontre cette famille et son histoire.

gipsy

Tu utilises ici une palette de couleurs peu commune dans la production d’albums jeunesse…

Ah … ! J'avoue que je ne connais pas non plus toutes les parutions en éditions jeunesse, mais les couleurs (et même si dans le Héron et l'Escargot il y en a beaucoup moins que dans Gipsy finalement), c'est un peu ma façon de présenter les choses, comme une marque de fabrique. J'ai appris assez vite (surtout dans les cours d'atelier BD que j'ai suivi à St Luc à Bruxelles pendant trois ans) à me l'approprier, plutôt qu'elle reste « l'obligée » de ce qu'elle colore. Je veux dire par là que très vite mes arbres n'ont plus été marron et vert, mon ciel bleu, mon soleil jaune et ma peau rose... J'aime jouer avec les couleurs, les contrastes, bidouiller mes palettes... Des fois je me surprend toute seule à mettre des couleurs que je n'aurais pas choisi d'entrée de jeu (les roses surtout …), faire qu'on lise et découvre l'image par d'autres « codes » que celui des couleurs « conventionnelles ».

 

Quelles sont les différentes étapes de la création d’une de ces images, les techniques utilisées ? Dans quelle mesure utilises-tu l’ordinateur ?

Hinhin, c'est un secret ! Enfin pas trop, vu que je l'explique lorsque je rencontre des classes, donc, bon, hein …

En gros, j'ai le dessin (taille réelle du livre voire plus grand, réalisé à la mine 0,3 d'un critérium – oui ça fait long pour les poils du chien – et au crayon gris 5B) d'un côté, et les fonds (lavis, pigments, café, thé, encres, terre...) de l'autre et je réunis les deux sur ordinateur. C'est donc un outil plus qu'une fin en soi, ça me permet de me tromper, de changer de fond, de couleurs, de taille... sans avoir à tout recommencer !

 

Comment se passe le travail avec l’éditeur, en l’occurrence Jean Poderos des éditions Courtes et Longues ? Y a-t-il eu des modifications dans le texte, les images ?

Déjà ça se passe bien ! Et c'est en soi le plus important... Sinon, il y a beaucoup d'échanges. Ici le texte a été un peu modifié mais pas beaucoup. Il a vu ça avec Marie-France, il me semble, une fois que les illustrations étaient terminées. Pour les images, je lui ai d'abord envoyé un chemin de fer de tout l'album avec des petites vignettes pour chaque planches. Nous en avons discuté pour être bien d'accord tous les deux sur le même chemin à suivre, et une fois que c'était ok, je lui envoyais les planches une par une. Il y a eu des fois quelques modifications à faire (notamment sur celles avec de l'humain dedans, on ne se refait pas …), et d'échanges en échanges on fini par mettre tous le monde d'accord. Jean Poderos est quelqu'un avec qui l'on peut discuter et argumenter sans qu'il y ait de malaise ou de malentendu.

 

Qui a décidé de la silhouette finale de l’album, notamment de l’intrusion du texte dans les images, des différentes tailles de lettres ?

Pour Gipsy, c'est Jean Poderos qui a fait appel à Sophie Dupriez pour la mise en page du texte, c'est elle qui a choisi ces différentes polices et ces choix de tailles de typo. C'est chouette de voir ce qu'une autre personne à en tête pour un projet sur lequel on planche depuis plusieurs mois. J'étais très curieuse du résultat - que j'ai vu avant parution bien sûr ! On en discuté aussi pas mal. Pour le Héron c'était moi qui avait aussi fait la mise en page du texte, mais c'est une bonne expérience d'apprendre à « lâcher son bébé » de temps en temps aussi !

gipsy

Qui sont tes modèles parmi les illustrateurs classiques, qui sont tes insurpassables ?

Huuum Quentin Blake, même s'il est aussi actuel (mais pour moi il fait partie de mon enfance), beaucoup d'illustrateurs Russes (mais je suis archi-nulle pour retenir les noms), comme par exemple celui de « Michka » (Rojankovsky). Eva Eriksson aussi, Babette Cole, Kazuo Iwamura (La Famille souris), tous ont bercé mon imaginaire d'enfant... Dans les plus vieux, je penche aussi sur Benjamin Rabier, Gustave Doré... Il y en sûrement d'autres (sans doute je m'en souviendrai cette nuit!)

Ah si, et Fmurr, Gotlib, Fred et cie … Merveilleuse époque plongée dans les Pilotes chez ma grand mère !

Et dans la production actuelle ?

J'aime beaucoup le trait et l'imaginaire de Gilles Bachelet, je suis fascinée par les images d'Antoine Guillopé, le noir et blanc est un domaine qui m'attire et qui m'effraie un peu aussi (mais ça chemine doucement), j'aime énormément Wolf Erlbrucht, Einar Turkowski (que j'ai découvert dans ton cabas*), Olivier Tallec, Pef (mon enfance montrepoilutesque), Isabelle Simler, Kris Di Giacomo, Pierre Déom (de la Hulotte)... j'en oublie des tas, la liste est sans fin !

*Je rougis légèrement.

© Pierre Déom - La Hulotte n°83

© Pierre Déom - La Hulotte n°83

Quel serait ton album idéal – existant ou encore à créer ?

Ouhla ! Là, je ne sais pas quoi répondre ! Je crois que je n'ai pas d'idéal d'album, le monde bouge et évolue dans tous les sens et tout le temps, et qu'heureusement il reste des tas d'albums idéaux à créer !

 

Merci Mathilde d'avoir pris le temps de rendre une petite visite au Cabas !

 

Gipsy

Marie-France Chevron & Mathilde Magnan

éditions Courtes et longues

février 2014

 

La librairie du Pouzadou se trouve au Vigan (Gard).

La librairie du Pouzadou se trouve au Vigan (Gard).

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plume & toile

Publié le par Za

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Quoi de plus léger qu'une plume ?

Et quoi de plus fin et délicat que le dessin d'Isabelle Simler ?

Son album Plumes virevolte entre le graphisme magnifiquement dépouillé d'oiseaux touchants ou majestueux et le réalisme de leurs plumes, rendues telles qu'elles, jusqu'à la moindre barbe de duvet.

 

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C'est un album presque sans texte que l'on pourrait de prime abord prendre pour un imagier superbe. Ou encore les archives d'un collectionneur - il parait que ça s'appelle un ptérophile. D'ailleurs, il y a un collectionneur. Inattendu, espiègle, élégant, bien présent mais discret, une silhouette, parfois à peine une ombre. Et c'est alors que l'imagier est rattrappé par la narration. Mais là où ses congénères félins seraient prédateurs, lui est esthète. Et comment ne pas s'arrêter devant la beauté de ces oiseaux, ibis flamboyant, mésange quotidienne, tous aux aguets, le regard en alerte, pas tranquilles, dans un style peut-être influencé par les images de Charley Harper - que je vénère - dans cette économie de moyen qui va à l'essentiel, dans cette élégance absolue.

 

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Encore une histoire de collectionneur. De ceux qui rentrent de balade les poches pleines de petites choses qui n'ont l'air de rien, mais valent bien leur pesant de poésie, d'histoires en devenir. De ceux qui vous remplissent la baraque de branches, glands, bogues... Cette fois, c'est l'araignée aux longues pattes qui s'y colle, prélevant délicatement autour d'elle des trésors évocateurs. Chacune des merveilles présentées sur la page de droite est déclinée en face sous toutes ses formes.

 

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Et voilà des planches botaniques qu'un coup de vent aurait dérangées, des tiroirs d'entomologistes dont les insectes seraient prêt pour la grande évasion. Pas une de ces pages qui ne soit infiniment vivante ! Et modeste. Quelques brindilles, des cailloux, et des fleurs quotidiennes, des plantes de rien du tout. Tout ce dont l'araignée a besoin pour réaliser son oeuvre, pour arriver à la spectaculaire dernière page, aussi délicate que de la dentelle.

 

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Comme souvent - toujours ? - , les éditions Courtes et longues ont fait des merveilles avec ces albums. Choix du papier, soin apporté à la couverture, dont le grain me ravit, rendu des couleurs... Voici deux livres à caresser autant qu'on les lit. Et puis certains savent que je fais partie de ceux qui reniflent les livres. Et ceux-là sentent si bon ! Chaque fois que je les ouvre, c'est ce parfum qui vient le premier, avant l'image. Et il est d'un suave que vous ne pouvez imaginer ! Une odeur de livre qui vous plonge dans votre addiction instantanément. Si ça, c'est pas un argument !

 

 

Plume

La toile

Isabelle Simler

éditions Courtes et longues

mai 2012 & février 2013

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le héron et l'escargot

Publié le par Za

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Monsieur le Doyen de la Faculté,

éminents confrères,

 

Il est grand temps !

Il est même plus que temps ! Plus tard serait trop tard. Oui, chers confrères aujourd'hui réunis, il est urgent d'étudier ce cas étrange et qui défie toute logique : le cas Mathilde Magnan. Voici, messieurs, mesdames, une jeune femme  qui l'air de rien, en s'excusant presque, vient de balancer un album dans la mare, qui dis-je, un pavé dans le marigot !

Armée de son seul crayon, mais encore nous faudra-t-il un jour examiner le-dit crayon, mademoiselle Magnan vient de donner vie à un héron. Un héron cendré, ardea cinerea de la plus belle espèce, qui semble à chaque page s'affranchir du papier, un oiseau qui nous scrute de son oeil vif avant de s'envoler. Chaque double-page, impeccablement construite, nous le donne à voir sous un angle différent, la patte affûtée, l'aigrette insolente. Le crayon précis des plumes contraste avec un arrière-plan juste esquissé, parfois abstrait, diffus, aux couleurs automnales évoquant la terre, la feuille morte. Et que dire de cet escargot, passablement ahuri, cet escargot au pied si réalistement rendu, aux replis peu ragoûtants - quoique alléchants pour certains. N'oublions pas le texte qui se balade au gré des pages, élégamment vêtu d'une police d'écriture tout à fait dans le ton.

 

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Alors, comment tout cela est-il possible, chers confrères ? J'avoue n'y rien comprendre. Ah, mes infortunés amis, je vous dois la vérité. Ce n'est pas un cas mais deux que je soumets à votre sagacité. Car ces animaux parlent. Oui, m'entendez-vous, ils parlent ! Grâce à Marie-France Chevron, ces bestioles s'expriment comme vous et moi. Enfin mieux que vous et moi, car ils manient la rime avec élégance et choisissent leurs mots avec plus de soin que vous n'en apporterez jamais, le matin, au choix de votre cravate. Dans un vertigineux procédé, le héron et l'escargot dialoguent à travers la voix d'une grenouille qui conte leur histoire. Et quelle est cette fable que leur souffle Marie-France Chevron ? Que la loi de la nature, aussi dure soit-elle, demeure intangible. Qu'un héron, fût-il oiseau de papier, n'en demeure pas moins un prédateur. Qu'un escargot, même s'il a eu le bonheur de s'envoyer en l'air avant son trépas - et vous me pardonnerez ce trait scabreux - n'en demeure pas moins comestible. 

 

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Voilà pourquoi je vous ai réunis. Pour que vous m'aidiez à comprendre par quel miracle ces deux personnes, par ailleurs tout à fait respectables, ont réussi ce genre d'album à la fois classique et terriblement moderne. Il faut évidemment associer à ce travail magnifique leur éditeur audacieux autant qu'il est exigeant. Pour terminer, je vais faire circuler parmi vous mon propre exemplaire de cet album. Avant de l'ouvrir, vous veillerez, s'il vous plaît, à vérifier que vous avez les mains propres.

Ben quoi ?

 

Marie-France Chevron & Mathilde Magnan

Le héron et l'escargot

éditions courtes et longues

février 2013

 

 

 

 

petit aparté...

également dans le catalogue

des éditions Courtes et longues,

ce livre consacré aux photos de Félix Thiollier.

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Thomas Galifot

Félix Thiollier, photographies

novembre 2012

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