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6 articles avec flammarion

quand sort la recluse

Publié le par Za

quand sort la recluse

A l'inverse, le commandant Danglard redoutait toujours quelque chose. Il scrutait l'horizon à l'affut des menaces de tous ordres, écorchant sa vie sur les aspérités de ses craintes.

Habituellement, peut me chaut - du verbe chaloir - de savoir où se situe ma lecture du moment sur l'échelle des ventes, échelle grandement déprimante la  plupart du temps. Mais il se trouve que ce polar a tout explosé, à la faveur d'un lancement géant, il est vrai, qu'il a joyeusement écrasé les habitués des cimes et de la médiocrité commerciale. Chouette.
Il faut avouer que ce Vargas est un très grand cru, haletant et alambiqué, fidèle au cahier des charges, Adamsberg et Veyrenc, Danglard et Retancourt. Retancourt, justement. Depuis une adaptation télévisée, Corinne Masiero s'est imposée dans mon esprit de lectrice. Elle est Retancourt. Les autres acteurs se sont effacés de ma mémoire mais pas elle.
Cet Adamsberg-là - on peut ici employer le nom du héro pour définir la série - ne fait pas exception à la règle. On suit pas à pas les méandres de l'esprit du commissaire, ses bulles gazeuses, idées en cours de formation, évanescentes avant de se faire évidentes.  Quand sort la recluse mêle Histoire et arachnologie. L'intrigue avance, se perd, se retrouve. Et même s'il vous vient une petite idée à mi-chemin, le mode opératoire reste la clé impénétrable et le chemin est une fin en soi, au-delà de la découverte de l'assassin. 
Les lecteurs de Fred Vargas retrouveront avec bonheur le style, efficace, teinté d'humour et de distance, les personnages - avec une surprise, un retour qui m'a ravie. Les néophytes, arrivés haletants à la dernière page, se rueront sur les autres romans de la dame. Ou je ne m'appelle pas Za.

Fred Vargas
Quand sort la recluse
Flammarion, mai 2017


 

Publié dans romans, Fred Vargas, Flammarion

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Баба-Яга / baba yaga # 1

Publié le par Za

Le conte de Baba Yaga est un classique parmi les classiques Des adaptations de ce conte russe, dans toutes ses versions paossibles, il y en a des charrettes. On en connait les figures imposées : la maison montée sur pattes de poule (flippant), le mortier ambulant à propulsion de pilon (pas rassurant), les chiens féroces (j'aime pas), le portail qui grince (pour l'ambiance), le bouleau taquin (ouille !)... Mais ce que je préfère, j'avoue, ce sont les crânes aux yeux ardents, dans le genre déco joyeuse, on n'a guère fait mieux depuis.

J'en ai quatre versions sous le coude, je vous propose donc d'aller allègrement à la rencontre de l'ogresse, passez devant, je vous suis.
Parce que la première, c'est celle d'Ivan Bilibin (1876-1942).

Баба-Яга / baba yaga   # 1

La Baba Yaga de Bilibin est d'une réalité effrayante. Elle est sèche, impitoyable. Vassilissa est une jeune femme, à cent lieues d'Hansel et Gretel, du Chaperon rouge. On ne sait où donner du regard. Chaque image est enluminée avec soin, chaque détail est traité avec le même respect. L'illustration témoigne en ethnologue, décrit en entomologiste. On est évidemment plus proche de la terreur pure que du conte gentillet. Car il était question de transmettre à tous - et pas seulement aux enfants - un conte traditionnel.

Contes russes

illustrés par Ivan Bilibin(e)

(vous trouverez les deux orthographes)

Seuil Jeunesse

réédition à paraître le 20 mars 2014

Баба-Яга / baba yaga   # 1

Nathalie Parain illustre le conte en 1932. Il est publié simultanément aux Etats-Unis et en France, par Flammarion pour les albums du Père Castor. Une économie de moyens admirable, blanc et noir, rouge, brun, vert, pas de fond, de décor, chaque élément codifie le texte comme un pictogramme. Le dessin participe de la mise en page, gagne le texte parfois pour lui laisser ensuite toute la place. La couverture rassurante semble présenter le conte comme cette petite chanson qui accompagne la ronde. On dirait qu'il y aurait une sorcière, mais on sait au fond que ça n'existe pas.

Баба-Яга / baba yaga   # 1

Le texte de cet album est proprement surprenant. Il s'agit d'une traduction du conte russe de 1932 qui accompagnait l'édition américaine, l'album du Père Castor était, pour sa part accompagné d'un texte de Rose Celli qui sera ensuité réédité deux fois mais avec d'autres illustrations chaque fois. La version russe, donc, de Nadiejda Teffi, traduit par Françoise Morvan est une pure merveille, faite pour être entendu, même par soi-même si l'on est seul.

Elle rage, elle tonne contre le chat : d'avoir attendu toute la matinée, elle a une faim de loup, elle veut manger la petite. La voilà qui se met à battre le chat. Et que je te le rosse, et que je te le cogne et que je te rogne et que je te grogne :

- Sale chat, sale voleur, comment as-tu osé laisser sortir la fille sans lui crever les yeux ?

Lisez-le à haute voix si vous le rencontrez, c'est une surprise permanente. Des phrases qui roulent seules, dans une langue collant à l'oralité, ménageant le suspens de la poursuite, savourant les échanges de Baba Yaga avec ses serviteurs si mal traités.

A peine a-t-elle touché l'herbe que la serviette se déploie en rivière large, large comme la mer - même en trois jours, on ne la passerait pas.
Arrivée au bord de la rivière, la Yaga regarde... Que faire ? En mortier de cuivre, comment naviguer ? Elle grince des dents, cogne du pilon, rebrousse chemin, et roule et roule, rentre chez elle, rassemble ses boeufs, les mène à la rivière et leur ordonne de boire.

Ils ont bu, les boeufs, ils ont bu, ils n'ont pas laissé une goutte dans la rivière.

C'est dans ce contraste entre la rudesse des mots et la sobriété des images, c'est dans cet espace que se loge le travail du lecteur qui fera le lien, remplira les vides laissés volontairement. C'est aussi ce qui rend cet album - créé il y a plus de quatre-vingts ans - résolument moderne, intemporel, indispensable.

Pour en voir plus, rendez-vous sur l'excellent site de Cligne-Cligne Magazine !

Baba Yaga

dessins de Nathalie Parain

première édition en français : Père Castor-Flammarion, 1932

texte de Nadiejda Teffi, première édition en russe : YMCA-Press, 1932

traduction de Françoise Morvan

éditions MeMo, septembre 2010

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une petite fille... à croquer

Publié le par Za

Comme tous les ans, à la même époque, c'est à dire peu ou prou la rentrée, allez savoir pourquoi je me replonge dans la littérature ogresque. C'est généralement le moment que je choisis pour replacer sur mon lieu de travail cette délicieuse phrase d'Alphonse Allais qui veut qu'il y a des jours où l'absence d'ogres se fait cruellement sentir. Succès garanti.

 

une petite fille... à croquer

Ceci dit, il faut bien avouer que cette mignonne-là est à croquer. Jolie et futée comme tout ! Wardé, warda, c'est la rose en arabe. Rose comme les joues de cette fillette prenant vie sous les crayons de Geneviève Godbout. La dessinatrice nous offre ici un dessin comme je les aime, frais, vivant, jamais mièvre, tout en lumières savantes, sourires irrésistibles.

 

une petite fille... à croquer

Son ogresse est parfaite : énorme, omniprésente, étouffante, obstinée, étudiée jusqu'au poireau qui orne sa joue. Mais pas si maligne, car, comme tous les ogres, elle est rattrapée par sa voracité, perdue par sa gloutonnerie.

une petite fille... à croquer

Une petite fille à croquer est un conte tout ce qu'il y a de traditionnel, dans le sens noble du terme. Le texte est ponctué de mots en arabe, il balance son rythme sans faiblir jusqu'au dénouement qui, s'il est attendu, n'en demeure pas moins une revanche jubilatoire pour l'auditoire minuscule. Testé et aussitôt approuvé, Wardé est adoptée !

 

Une petite fille... à croquer

Christine Frasseto & Geneviève Godbout

Père Castor, Flammarion

septembre 2013

 

Geneviève Godbout est également co-auteur de Joseph Fipps,

publié par les éditions La Pastèque

 

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douze minutes avant minuit

Publié le par Za

Amateurs de fantastique, de feuilletons, d'étrange, voici un roman qui devrait vous plaire.

douze minutes avant minuit

Nous sommes à Londres en 1899. La guerre fait rage entre les feuilletonistes, les romanciers de tout poils. C'est à qui gagnera la palme de l'étrange, du haletant. Dans cette ruche qui ne compte pas moins que les talents de Conan Doyle ou de H.G. Wells, Montgomery Flinch tient le haut du pavé. Qui pourrait se douter que derrière ce pseudonyme se cache Penelope Tredwell, demoiselle de treize ans à peine, au style aussi affûté que l'esprit...

Dans ce cadre propice à l'imagination, Christopher Edge plante une intrigue qui avance toute seule, de rebondissements en retournements de situation. Imaginez les malades d'un hôpital psychiatrique qui, tous les soirs à la même heure, sortent de leur torpeur, mus par un irrépressible besoin d'écrire. Tous les soirs, douze minutes avant minuit, ils tracent sur le papier, sur les murs, des visions d'apocalypse, de mondes en flammes... C'est ce mystère glaçant que devra résoudre Penelope Tredwell, au risque d'y laisser sa vie, sa raison.

Voici un roman qui pourrait figurer dans la valise de tout lecteur de 12 ans avide de suspens, d'ambiances crépusculaires. À condition de ne pas craindre les araignées mais c'est une autre histoire...

 

Douze minutes avant minuit

Christopher Edge

Flammarion

 

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ceux qui nous oublient nous assassinent

Publié le par Za

C'est cette phrase, un moment scandée par Fatou Diome qui pourrait donner la couleur, le goût de ce roman  - et pas le texte ridicule du bandeau éditeur..." le prix de l'amour "... au secours...

 

 

attendent

 

 

Une île du Sénégal.

Quatre femmes.

Deux mères , deux épouses qui attendent deux hommes partis un jour à bord d'une pirogue à destination de l'Espagne. On ne saura qu'à la fin combien de temps cette absence a duré, combien les enfants auront grandi, combien cette attente aura alourdi les jours et les nuits de celles qui s'obstinent en silence, ou presque. Les mères organisent le départ des fils vers une Europe fantasmée et prometteuse d'une vie meilleure pour tous. Elles les envoient au loin en toute bonne foi, et leurs brus attendent avec elles, font bouillir la marmite. Les unes ne savent pas lire, les autres sont allées à l'école, mais à la fin, elles sont toutes soumises au carcan du quotidien, à la polygamie, au regard sans pitié de la communauté. Plus douloureusement encore pour les secondes.

 

Les récits de cuisine rythment le récit; il fait trouver chaque jour de quoi manger, l'accommoder le mieux possible. Les mères comptent sur leurs belles-filles pour les seconder, voire les remplacer dans ces tâches harassantes, préoccupantes, où l'honneur même est parfois en jeu.

" Cuisine de peu d'ingrédients, plat rapide, pas le temps de jouer l'artiste en cherchant la meilleure présentation. Quand il s'agit de simplement tenir la carcasse d'aplomb, les repas nécessitent peu de préambules. C'est cuit, c'est servi, c'est tout. De toute façon, personne n'y verrait rien: avec la lampe tempête qui rougeoyait de pudeur, on distinguerait à peine la forme du bol, le toucher et l'odorat suffiraient à susciter l'appétit. Pour le goût, Arame avait écrasé des oignons et quelques épices, en signe de respect pour ces belles daurades qu'elle n'aurait jamais pu s'offrir. "

 

Et les hommes, pendant ce temps ? Les rares nouvelles ne sont pas rassurantes. Vont-ils revenir ? Fatou Diome répond à cette question en ménageant deux fins à son roman. "Celles qui attendent" est un texte sans concession pour l'Afrique, sans concession pour l'Europe.

 

Fatou Diome a le sens de la formule lapidaire - "Cette femme avait la délicatesse d'une éclaboussure." L'importance et la détermination du propos font passer au second plan le style un peu inégal à mon sens, et pourtant flamboyant par moment, à l'image des toutes premières lignes: " Arame, Bougna, Coumba, Daba, mères et épouses de clandestins, portaient jusqu'au fond des pupilles des rêves gelés, des fleurs d'espoir flétries et l'angoisse permanente d'un deuil hypothétique; mais quand le rossignol chante, nul ne se doute du poids de son coeur. Longtemps, leur dignité rendit leur fardeau invisible. Tous les suppliciés ne hurlent pas."

 

 

Voir l'avis de Gangoueus sur son excellent blog.

Publié dans romans, Fatou Diome, Flammarion

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la sentinelle

Publié le par Za

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41SJ3bGGlxL._SS500_.jpg
Juste un regret: que cet ouvrage n'ait pas vu le jour il y a six ans. Cela m'aurait évité sans doute la culpabilité, la blessure. Connaître les mouvements, les idéologies qui sous-tendent les injonctions à allaiter m'aurait sans doute permis de faire mon choix en toute connaissance de cause, sans me laisser embarquer dans une aventure pas faite pour moi. Je le sais maintenant. C'est un peu tard, mais j'en ai ressenti beaucoup de soulagement. Et de colère. Je ne décolère pas d'avoir été manipulée, au nom du "bien" de mon bébé (comme si je lui avais voulu du mal...).
Quant au reste, je ressors de la lecture de cet essai confirmée dans les impressions qui étaient les miennes, sur l'espèce d'obligation faite aux femmes d'avoir des enfants (j'emploie à dessein le pluriel), sur cette image de mère parfaite, inatteignable, à moins d'entrer en maternité comme on entre dans les ordres.

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