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16 articles avec gallimard

l'homme de paille

Publié le par Za

 

Vous faites quoi, vous, lorsqu'au dos d'un album vous lisez ce genre de choses : "Grand-père glissait bien. Peut-être est-ce pour cela que je l'aimais."

Et si, en plus, à auteur, on découvre François Morel ?

Eh bien moi, j'ai tendance à me ruer...

 

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Gallimard Jeunesse, 2002 (toujours disponible)

 

Lorsque le grand-père est mort, le petit fils n'était pas encore né. Alors le père l'a empaillé. Il fallait bien le conserver, le garder près de soi pour la suite. Et puis un grand-père empaillé, ça peut rendre encore tellement de service...

 

Ce bien curieux texte est un genre d'ovni que je ne rangerai pas forcément tout de suite dans les albums de Petitou. Peut-être ai-je tort... Stéphane Girel l'a habillé d'illustrations crépusculo-neigeuses un peu glaçantes mais parfaites dans leur genre !  Voilà donc cette histoire rangée dans mes albums! 

 

 

De François Morel, j'avais adoré le spectacle "les Habits du dimanche". Il est de ces auteurs jamais très loin de l'enfance, mais de la vraie, celle qui grignote les croûtes de ses genoux, celle qui ne hurle pas d'épouvante devant un rat plus ou moins aplati au bord de la route, ou une taupe curieusement coupée en deux au milieu du chemin, mais s'intéresse plutôt au tableau, à l'effet produit - c'est du vécu petitouïen...

 

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En fait, cette lecture serait pile raccord avec mon humeur du moment. Chuis pas d'humeur joyeuse, c'est définitif. J'ai froid. Il fait moche. Hier, si ça intéresse quelqu'un,  j'ai sauvé un ver de terre maousse qui traversait la rue. C'est dire si je touche le fond... Je l'ai ramené dans le jardin pensant lui faire plaisir, en le portant sur un bout de carton. Comme cet ingrat tardait à s'enfouir dans la terre, de guerre lasse, je l'ai laissé sous l'arbre. Il y a aussi que je commençais à trouver dégoûtant de le voir se trémousser entre les feuilles mortes. À cette heure, dégourdi comme il avait l'air, de deux choses l'une : soit il est mort de froid (je ne suis pas retournée voir), soit il est parti engraisser un des merles du quartier...
À part ça, quelqu'un aurait-il quelque chose de rigolo à lire ?

 

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l'arbre sur la rivière

Publié le par Za

Pierre Bergounioux.

L'arbre sur la rivière, Gallimard, 1988.

 

 

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Mais pourquoi diable ai-je mis le nez là-dedans ? Les mots me sautent à la figure à chaque phrase et je n'ai qu'une envie,  vous lire ce texte, vous le faire entendre, vous le mettre entre les mains. Il est l'heure où déjà la lecture grignote les minutes précieuses du sommeil nécessaire pour supporter la journée du lendemain. Mais je lis L'arbre sur la rivière, et je fais l'expérience en direct de ce que Bergounioux appelle le temps du livre.

"Quand le bibliothécaire rabattait le couvercle des longues boites vernies où il classait les fiches, il était sept heures. C'était chaque fois comme si je retrouvais le lit principal du temps, la nuit froide de février de ce qui était (fut) notre quatorzième année après que des siècles, des ères avaient investi, occupé la lumière sans âge de l'après-midi. 

Mars a pourtant fini par venir. Ensuite la saison glissait d'elle-même jusqu'aux heures pacifiques où le temps, le vrai, pas celui des livres, s'immobilisait, cessait d'être le temps, l'inégale fuite, tantôt rapide, effarante, et tantôt rétive."

 

Depuis quand n'avais-je éprouvé une telle jubilation de lecture ? Certes, j'ai un peu le sentiment de découvrir l'eau tiède, d'être l'indécrottable de service: Bergounioux a ses amateurs depuis toujours, et je suis là, au creux de la nuit, à m'émerveiller...

"J'étais de nouveau à califourchon dans les feuilles. Nous observions un silence si parfait que le cri du martinet nous parvenait sans interruption avec le bruit d'argenterie, de table mise montant de la rivière. [...] C'était l'après-midi, à coup sûr, l'espèce de lenteur, de majesté qui succède au matin. Nous nous étions mis à attendre, à espérer si fort que le temps n'était plus la dérive impavide des heures et des jours mais le crépitement des particules qu'on voit tomber dans les sabliers. Même quand des milliers ont passé, ça ne fait jamais que trois minutes. Et quand d'autres milliers ont franchi l'étranglement, ça ne fait toujours pas beaucoup de temps, c'est encore un peu le même moment, le présent. [...] Il me semble qu'avec l'oiseau, les couverts entrechoqués de l'eau, le murmure passionné de Pomme, on entendait encore le crépitement des corpuscules dans le sablier et même le court instant de silence, d'absence de temps, quand trois minutes ont passé et qu'on le retourne pour faire passer les grains en sens inverse."

 

Ils sont quatre, Alain, Pomme, Daniel et le narrateur, perchés sur leur arbre, au-dessus de la rivière; ils ont huit, puis douze, puis quatorze, puis dix-huit ans. Leurs existences tracent des chemins, les rattrappent, les séparent. Ils font ensemble l'expérience du temps, celui des saisons et des ans, inexorable, le temps social de la famille et de l'école, le temps étiré des livres, et surtout celui de la rivière, celui-là même qui leur appartient et ne les lâche pas, alors que la ville, l'océan les appelle. Ils sont à la frontière, cheminent entre deux, conduisent des voitures sans pour autant renoncer à la rivière, qui, sous leurs yeux, invente les poissons qui entreront vivants dans la mythologie de leur amitié.

"[...] Daniel regardait l'apparence non pas d'herbe comme en plaine, mais vraiment de sable et de gravier se tordre, jeter de brèves lueurs dans l'eau pareille à l'air froid, pareillement déserte.

Pomme avait glissé. Il s'était retrouvé d'un seul coup dans l'eau mais debout, immergé jusqu'à mi-cuisse, sans avoir cessé à aucun moment de tirer et de rembobiner et alors c'était devenu une truite, une furieuse convulsion d'or et d'acier bruni qu'il avait jetée derrière lui, dans la bruyère. Daniel s'était précipité en criant dans la brande et ils s'étaient retrouvés. Pomme dont les mains tremblaient légèrement et Daniel qui n'y croyait toujours pas, penchés sur le petit poisson féroce, piqueté de rouge, dans les fougères mortes."

 

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Je ne saurais disséquer savamment le style de Bergounioux, je m'y ridiculiserais sans doute. car j'entre dans des domaines qui me dépassent, dont je ne peux qu'admirer le miroitement lointain. Je vous livre ce que j'ai reçu de ce texte, en m'excusant d'être peut-être passée à côté de l'essentiel mais je n'ai pas non plus envie de vous faire le coup de la modernité contre la ruralité, tant, vingt-deux ans après la publication de ce roman, cette opposition n'est plus de mise. La grande beauté de ce livre, lu aujourd'hui, est ailleurs. En grand sorcier du verbe, c'est du côté des sensations que Pierre Bergounioux travaille le lecteur.

"Juin, enfin, à cause de l'odeur. Elle commençait au roncier. Si on avait eu de très bons yeux ou que la couleur qu'ont les odeurs avait été lègèrement plus soutenue, peut-être qu'on l'aurait vue, comme une construction aérienne, un bloc de buée aux angles nets s'élevant à l'endroit où la ville finissait, tout contre l'ultime maisonnette, mordant même sur les jardins aventurés où des draisines, des carcasses de fourgons sans roues ni moteurs servaient de cabanons: d'un vert qui n'était celui d'aucune plante, traversé de rubans clairs - les parfums de sève et de sucre - et festonné de brun au bord même de la rivière - les senteurs de limon, de poisson et d'eau."

 

Arrivée en bas d'une page ou au bout d'un chapitre, embarquée dans un sentiment proche de l'incrédulité, je me suis souvent retournée sur une phrase ou un passage. Un texte de Bergounioux ne se dévore pas, il se savoure lentement. Et dans l'ambition de consacrer du temps à ces phrases rigoureuses et belles, dans l'effort apparent de concentration qu'elles demandent, je peux vous assurer qu'on ressort de cette lecture rassasié, vraiment.

 

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la maison rose

Publié le par Za

Un jour, on croit avoir pris le rythme. Un rythme de lecture un peu frénétique, mû par l'envie de dévorer ce qui se présente, d'en découdre avec les mots. Puis, au détour d'une étagère, on tombe sur un nom qui nous flottait autour depuis longtemps, qu'on osait approcher par peur de l'altitude ou par timidité. Mais il se trouve que ce jour-là,  va savoir pourquoi, c'est le moment d'aller à la rencontre, d'ouvrir le livre comme on pousserait une porte.

Alors, le rythme, le fameux rythme est bouleversé. Un coup de frein brutal. On est en train de lire Pierre Bergounioux. On est de ceux-là. On vient de se faire happer par un texte, une mélopée qui avance avec le pas du marcheur un peu égaré dans la neige.

 

"C'était la nuit, mais pas celle, hermétique, impénétrable, qui entoure les lieux habités, les enclaves protégées où brûlent des lampes. Celle, brunâtre, légèrement translucide et comme imparfaite où l'on est entré peu à peu. J'étais du côté de la nuit, poussant énergiquement sur mes jambes, me frayant un lent chemin vers la maison rose. J'ai passé une main sur ma figure pour chasser la mouche ou l'aigrette obstinée de chardon. Puis j'ai songé que c'était l'hiver, que c'était la neige et non pas un insecte. J'ai levé la tête vers les profondeurs brunes du ciel. Je ne voyais rien mais j'ai senti d'autres heurts infimes. "

 

 

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La maison rose, c'est la maison de famille, où vivent les grands-parents, la tante. C'est le lieu où l'on se retrouve pour les enterrements. Chaque retour à la maison rose est une étape de vie. Les saisons emportent les êtres qui deviennent les visages sépia des photos sur les murs.

 

"Ils avaient affronté le temps, la terre hostile, les périls inconnus que le temps (le leur) avait fomenté pour eux. Et ce qu'ils étaient devenus (tante Lise, le grand-oncle André, les autres) n'était pas forcément ce qu'ils avaient conçu, voulu - vivre, gravir une colline, trouver la sagesse ou la fin de l'histoire, un présent sans besoins. C'était différent, c'était presque le contraire puisqu'ils étaient mutilés, malheureux, morts et que personne, jamais, n'a pu souhaiter de l'être et de le rester."

 

La maison est le réceptacle habituel des deuils, à tel point qu'on finit par la croire vouée à la mort, au souvenir. Alors qu'elle est simplement un repère.

 

C'est exactement le genre de texte, de thème à côté desquels je passe habituellement sans m'arrêter. Trop quotidien, trop familier peut-être. Mais c'est sans compter avec l'écriture de Bergounioux, son habileté à ne pas lâcher le lecteur une fois qu'il est ferré, à le balader au bout de sa ligne, phrase après phrase. Les mots évoquent, font sentir, plus qu'ils ne montrent.

 

"La chaleur pesait comme si le peu d'espace que j'occupais lui était indispensable, qu'elle n'eût d'avoir de cesse qu'après qu'elle m'aurait expulsé, dissous."

 

"J'ai regagné ma chambre que je sentais peuplée d'arbres, d'oiseaux impalpables, de tout ce qu'une chambre abrite avant que l'aube ne dessine le joint du volet."

 

Et dans la lenteur imposée de cette lecture, à tourner les pages de papier épais (Gallimard,  1987), on va au bout de la rencontre, heureux d'être en littérature, vraiment. 

 

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Demain j'aurai vingt ans, Alain Mabanckou

Publié le par Za

 Troisième et dernier épisode de mes élucubrations littéraires et cantalisées ! Qui a dit "c'est pas trop tôt" ? Je termine avec un vrai coup de coeur pour un excellent roman que je vous obligerai bien engage à lire, voire à relire, tellement c'est beau...


 


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Michel, dix ans à peine, vit entre Maman Pauline et Papa Roger, à Pointe-Noire, République du Congo, à la fin des années soixante-dix. Faire entendre la voix d’un enfant dans un roman destiné aux adultes est une aventure risquée qui navigue, à mon sens, entre deux écueils. Le premier, c’est d’écrire à hauteur d’enfant, pensant faire œuvre de réalisme et, du coup, demeurer dans une simplicité de mots et d’idées complaisante et artificielle. Le second écueil serait, au contraire, de faire du jeune héros une sorte d'alibi destiné à traduire des préoccupations trop ancrées dans le monde des adultes. C’est pourquoi je me méfie toujours des romans ayant des enfants pour personnages principaux. Qu’est-ce qui fait alors le charme du livre de Mabanckou ? Qu’est-ce qui rend sa compagnie si précieuse, sa lecture tellement jubilatoire ?

 

Il y a d'abord la musique, une entêtante petite musique faite de phrases entremêlées, de souffle. Ce texte est fait pour être entendu.

« Hier, dans l'après-midi, un type a embrouillé la femme de Yeza le menuisier qui habite en face de nous et ça s'est très mal passé. Cet embrouilleur, on le surnomme « Le Siffleur de femmes » car il baratine toujours les femmes mariées on dirait que dans cette ville il manque de femmes célibataires alors que d'après les grandes personnes il y a plus de femmes que d'hommes dans notre pays et c'est normal que les hommes épousent trois ou quatre femmes. » (page 176)

« Moi je rentre à la maison avec mon père qui est un peu ivre. Je le tiens par la main, il raconte des choses que je ne comprends pas. Peut-être que lorsqu’on a bu on discute avec des gens invisibles que ceux qui fabriquent l’alcool ont caché dans la bouteille et que ceux qui ne boivent pas sont incapables de voir. »(page 27)

 

Il y a aussi la fausse naïveté de Michel, son regard porté sur le monde avec un grand M, celui dont on parle à la radio où passent les ombres du shah d’Iran, d’Amin Dada, de Bokassa, de Foreman et Mohamed Ali. On s’attache aux mille faits de la vie quotidienne : le travail de la mère, les matchs de football, les mangues mûres qui tombent du manguier, le bœuf aux haricots, la radiocassette, le visage d’Arthur Rimbaud au dos d’ « Une saison en enfer », Brassens et son arbre auprès duquel il vivait heureux …

 

Mais avant tout, la grande, la belle affaire de ce livre, s’il n’y en avait qu’une, serait l’amour. L’amour inconditionnel de Michel, le fils unique, pour sa mère; les liens qui unissent le petit garçon à ce père adoptif, partagé entre deux épouses, deux familles; l’amitié pour Lounès, le modèle, qui sait tant de choses, puisqu’il va déjà au collège ; et Geneviève, aux yeux « comme une rivière verte et calme avec des petits diamants qui brillent dedans » (page 223) ; mais surtout Caroline, avec qui Michel aura, c’est sûr, deux enfants, un chien et une voiture rouge à cinq places, même si pour l’instant, elle lui préfère Mabélé, qui est plus intelligent, mais tellement moins beau !

 

Mabanckou nous parle en direct d’une enfance où l’insouciance est une question de volonté… « Je fais comme si je ne comprenais pas, je continue à jouer. Tant que maman Pauline et papa Roger ne me diront pas clairement que c’est moi la cause de leur malheur, je jouerai à l’idiot qui ne sait rien et qui attend qu’on lui fasse un gros dessin au tableau. »

(page 352)

… une enfance où l’on peut encore raconter - et avec quelle sensibilité, sa vie in utero et sa naissance… « Laissez-moi tranquille, est-ce que vous ne voyez pas que je respire ? Est-ce que vous ne voyez pas que ça fait trois jours que je suis vivant et que mes sœurs n’ont pas passé un seul jour ? Si franchement je voulais aller au Ciel, est-ce que j’attendrais tout ce temps comme un imbécile qui ne sait pas ce qu’il faut faire pour mourir ? Je suis un bébé, mais attention, je sais déjà comment on meurt, mais j’ai pas envie de ne plus respirer ! Je veux vivre ! Laissez-moi me reposer, je viens de loin ! Et puis, un peu de silence s’il vous plaît, nous sommes à l’hôpital ! » (page 91)

… un paradis perdu, presque protégé des histoires des grands, où l’on est assez petit pour épier les couples enlacés, pour assister à un concert de Papa Wemba l’œil rivé à un trou percé dans un mur. L’enfance est un pays que certains, et j’en fais partie, ne quittent jamais tout à fait, ou, s’ils y ont été contraints, en sont restés inconsolables. Ce pays de tous les possibles…

« Je veux être acteur de cinéma pour embrasser les actrices des films indiens, je veux être président de la République pour faire de longs discours au stade de la Révolution et écrire un livre qui parle de mon courage contre les ennemis de la Nation, je veux être chauffeur de taxi pour ne pas trop marcher sur le goudron qui chauffe à midi, je veux être directeur du port maritime de Pointe-Noire pour prendre gratuitement les choses qui viennent de l’Europe, je veux être un docteur vétérinaire, mais je ne veux pas être agriculteur à cause de tonton René qui veut que je sois agriculteur. » (page 222)

 

Alors, peu importe, finalement, de savoir si Michel est, ou non, le double autobiographique d’Alain Mabanckou. Il y a dans ce roman une générosité, un grand bonheur de lecture qui, une fois le livre refermé, s'entêtent et nous accompagnent encore et encore...

 

le site d'Alain Mabanckou

 

 

 Voilà, ici se termine ma grande saga de rentrée.

J'ai aimé écrire ces textes, sachant qu'ils seraient lus "en direct", même si je ne les ai pas entendus, j'ai assez d'imagination, je crois, pour avoir été un peu présente quand même. À mon tour de remercier qui a eu l'idée de m'associer à ce moment épatant !

Et voilà que déjà, la pile à lire me fait de l'oeil. Je reprends un rythme plus tranquille, encore que... La route des livres n'a pas de fin, et parfois, on y croise de précieux compagnons de voyage.


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le coeur cousu

Publié le par Za

Allez, je me lance.

coeur-cousu.jpg L’idée, ce n’est pas forcément d’écrire une bafouille sur chaque livre lu. Mais quand même, celui-là… Et ce faisant, en se baladant sur la blogosphère, c’est fou le nombre de billets qu’on a peut trouver sur ce livre !  Moulon de prix (pour un premier roman), bouche à oreille fulgurant… et je n’en avais jamais entendu parler. Alors d’abord, merci à qui  me l’a conseillé !

 

Le cœur cousu, donc.

 

Le goût du soleil et de la poussière chaude.

 

Une histoire de transmission d’une mère à ses filles, où l’on hérite de la douleur, mais aussi de la liberté. Frasquita Carasco reçoit le don de coudre, broder, raccommoder les étoffes, les vies, les chairs. Durant toute la première partie, j’ai eu en tête les tableaux de Frida Kahlo : les couleurs, le sang, le cœur cousu dans la poitrine de la Vierge, les enfantements successifs.

 

Frida Kahlo le due frida

 

 

Frida-Diego-in-my-mind.jpg

 

 

La deuxième partie inscrit ce récit intemporel dans l’Histoire (les anarchistes, les allusions à Bakounine). Pour autant, les fantômes, les incantations, les miracles laissent au surnaturel une place centrale dans l'histoire. Mais c’est un surnaturel du quotidien, de l’amour, de l’enfance, du soin prodigué par lequel Frasquita poursuit son œuvre de couturière nomade.

Le dernier tiers du récit se déroule en Afrique du Nord. Une Afrique qui ressemble encore tellement à l’Espagne, escagassée de lumière et de chaleur. Les enfants ont grandi, chacun à sa manière, avec son don/malédiction.

 

Cette couturière ne pouvait que me toucher, me rappeler à ces liens du fil à coudre, à broder, du fil de laine à tricoter...

 

Au détour d'une page, un petit chapitre de deux pages, l'air de rien, m'a explosé en plein coeur:

 

"Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines.

Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d'épices, magie et recettes se côtoient. l'art culinaire des femmes regorge de mystère et de poésie.

Tout nous est enseigné à la fois: l'intensité du feu, l'eau du puits, la chaleur du fer, la blancheur des draps, les fragrances, les proportions, les prières, les morts, l'aiguille, et le fil... et le fil.

Parfois, des profondeurs d'une marmite de fonte surgit quelque figure desséchée. Une aïeule anonyme m'observe qui a tant su, tant vu, tant tu, tant enduré. [...]

Opposant à la réalité une résistance têtue, nos mères ont fini par courber la surface du monde du fond de leur cuisine."


 

Chaque livre ayant sa petite musique à lui, c’est vers elle que ce roman m’a emportée :

 

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la douane volante

Publié le par Za

Un titre mystérieux pour un livre qui ne l'est pas moins.

J'ai souvent beaucoup aimé les albums de François Place:

 


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http://ecx.images-amazon.com/images/I/51TT9G6BXvL._SS500_.jpgLà, c'est un roman qui nous attend.


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Le récit débute en Bretagne en 1914. Le personnage noir de la couverture, en décalage avec le début du récit et l'époque évoquée nous amène doucement vers des atmosphères de brumes, de pierre, d'eau, où la mer se confond avec les canaux. Car Gwen le Tousseux, le jeune héros de ce roman, semble avoir voyagé dans le temps, emporté par une sinistre charrette noire... Il croisera sur sa route des médecins, des voleurs,  un oiseau attachant et grotesque, des enfants semblant tout droits sortis d'un roman de Dickens et l'inquiétante,  l'omniprésente Douane volante...

 

Le style de François Place colle aux atmosphères froides et cotonneuses de son récit, atmosphères contrastant avec la violence des situations, des rapports humains, des personnages. Les phrases ciselées, polies,  soupesées, sont un vrai bonheur de lecture, dont on aimerait souligner et garder certains passages pour être sûr de pouvoir les relire plus tard:

 

" Long, long, très long voyage, et la voûte si près du crâne, la fatigue plaintive de l'essieu, le grincement des roues et le vacarme de leurs grands cercles de fer, les pas lourds du cheval, le bois qui gémit à chaque ressaut de la descente, et le noir absolu dans lequel tout cela se propage, et qui fait qu'on est soi-même pierre, sabot, bois, fer, et tête de douleur."

 

" On reprit notre lente glissade que la brume rendait fantomatique. La plate, dans ce grand silence ouaté, semblait flotter dans l'espace, appuyée sur son reflet."

 

"Si belles, si sages, toutes ces façades. Rien qu'à les regarder, je savais que je me cognerai contre."

 

J'ai lu après coup que François Place s'était inspiré d'un tableau du peintre Jan van Goyen.

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http://images.artnet.com/artwork_images_767_450160_janjosefszvan-goyen.jpg

 

Ces belles et inquiétantes façades de briques m'en ont rappelé d'autres, pas si lointaines dans le temps, si proches de mon coeur...

 

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"La douane volante" est publiée par Gallimard Jeunesse (à partir de 12/13 ans).

 

 

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