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18 articles avec grasset jeunesse

mille petits poucets

Publié le par Za

On peut cheminer avec un texte pour finalement le rencontrer vraiment un jour, le redécouvrir comme si on ne l'avait jamais croisé.

mille petits poucets

J'avais lu déjà ce livre, j'en avais senti toutes les qualités, le texte est brillant, l'image est magnifique, l'ensemble est pétri d'intelligence, édité avec talent et humour.

Et puis l'autre jour, je me suis radinée avec à l'école. Ne me demandez pas pourquoi. Je me suis assise sur ma petite chaise, les minuscules autour. Quand je dis minuscules, c'est une image, ils ont entre 8 et 10 ans et certains sont aussi grands que moi. Mais bon, ils savent encore s'asseoir par terre et écouter des histoire, des romans entiers parfois.

Alors, je leur ai lu Mille petits poucets.

 

Il repartait donc vers les bois dans l'espoir d'y perdre les enfants,

et dans le désespoir d'y parvenir.

 

Le plaisir de lire à haute voix demande du texte une certaine coopération. Tout ne se lit pas avec aisance, tout ne s'écoute pas avec plaisir. Après avoir échoué à partager James et la grosse pêche de Roald Dahl, je me suis méfiée de certains textes comme de la peste. Le plaisir de faire entendre une histoire ne tient que si la langue s'y prête, le talent du lecteur n'étant qu'un facteur parmi d'autres. Rappelons-nous que la lecture silencieuse n'a pas toujours été de mise, qu'il fut des temps où seule existait la lecture à haute voix.

Mais revenons à nos lardons !

 

Car voici : les profondeurs nuiteuses de la forêt luisaient du regard innombrable des fillettes et des garçonnets perdus là par des parents plus habiles (ou plus désespérés) que lui.

 

Mais quel texte, mes enfants, quel texte ! Avec ses airs sages de belle langue d'autrefois, il installe par petites touches l'image d'une famille perpétuellement mouvante ou la filiation se définit au hasard de la rencontre. 

Et si ce n'était que ça... Mais non, encore fallait-il une histoire d'amour. Vous savez que j'ai les histoires d'amour en horreur. Et pourtant celle-ci a failli me tirer des larmes. Expliquez-moi pourquoi, alors que je la trouvais presque convenue à première et silencieuse lecture, en l'entendant de ma propre bouche, elle m'a émue.

 

"D'habitude, ce sont les amoureuses qui vous donnent des enfants. Moi, ce sont les enfants qui m'ont donné une amoureuse !" se dit l'homme doux.

Que les forêts soient si pleines d'enfants et de femmes tendres lui sembla une belle et bonne chose.

 

Et là, c'est moi qui suis tombée amoureuse de ce texte serein, qui avance tranquillement, sans à coup, qui déroule sa petite pelote de douceur jusqu'à la fin en forme de morale moderne.

Ce petit Poucet revu par Yann Autret et Sylvie Serprix est l'exact inverse de l'abandon, il devient un conte optimiste dans lequel tout est possible. Car les petits enfants ne sont plus aussi naïfs qu'avant. Non seulement il est impossible de les perdre mais ils reviennent chaque fois plus nombreux qu'ils n'étaient partis. Et leur père, cet homme si doux, après l'avoir perdu, finit par y trouver son compte.

 

Yann Autret & Sylvie Serprix

Mille petits poucets

Grasset Jeunesse, 2011

Vous pouvez voir ici quelques-unes des belles images de Sylvie Serprix.

 

En passant, que je vous dise, le sommet de la lecture et de l'interprétation a été atteint pour moi un soir d'été par Guillaume Galienne lisant l'Odyssée. J'y ai découvert des mystères et une sensualité que jamais je n'avais associés à ce texte.

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sacré Père Noël

Publié le par Za

Si l'évocation de Noël vous file des boutons, si la vue d'un sapin enguirlandé vous fout les boules, vous pouvez quand même lire cet album car vous y découvrirez que vous n'êtes pas le seul que cette fête agace. Il y en a un autre chez qui elle éveille une mauvaise humeur tenace.

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Il ne vous aura pas échappé que la fête de Noël pousse le mauvais goût jusqu'à se situer en hiver, ce qui est du dernier désagréable lorsque c'est le seul jour où l'on travaille. Et en extérieur, s'il vous plaît. Et de nuit, tant qu'à faire. J'avoue avoir été un moment au bord de l'identification. Oui, le Père Noël, c'est moi.

La preuve.

 

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Aux prises avec les intempéries, il peste, râle, jure. L'hiver est une saison détestable.

 

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Sacré Père Noël raconte heure par heure cette nuit de labeur, dans le froid, sous la neige, depuis le réveil dans la maison douillette jusqu'au retour chez soi, la tâche accomplie, tout en rêvant de cieux plus cléments, de soleil, de vacances. C'est ma vie, je vous dis ! Hier, je suis partie travailler sous la neige et revenue sous une pluie battante. Le tout à pied. 

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Les pages découpées comme celles d'une bande-dessinée impriment le rythme du récit, glissant d'une case à l'autre, presque sans texte. Les détails qui peuplent le dessin nous rendent le vieux bonhomme sympathique en diable. Il m'a suffi de le voir déguster les gourmandises déposées au pied du sapin, pour être sûre que cette année, nous ne déposerons pas de tisane avec la carotte pour le renne mais quelque chose de plus... revigorant. Car ce Père Noël est un bon vivant, qui aime boire, manger, fumer un cigare... Oui, fumer. Cet album, publié pour la première fois en 1973, date d'avant la tentative d'aseptisation des livres pour enfants. Et c'est un régal !

 

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À qui le dis-tu !

 

... et l'article d'Alice, c'est par ici !

Raymond Briggs

Sacré Père Noël

Grasset Jeunesse, 2012

première publication en Grande-Bretagne en 1973 

première publication en France en 1974

 


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l'étrange réveillon

Publié le par Za

Il y a les albums qu'on attend et les autres.

Celui-là, je l'attendais.

Et de pied ferme.

 

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Arthur est orphelin. Un vrai orphelin, avec des parents vraiment morts, un manoir et des serviteurs pas du tout inquiétants, mais non... Tous identiques les domestiques, à moins que ce ne soit le même qui bouge très vite, je me suis un moment posé la question. Comme une joie n'arrive jamais seule, voilà que se pointe Noël, la jolie fête qu'attendent en trépignant toutes les âmes esseulées. Mais Arthur veut un réveillon. Avec des invités. Et quels plus joyeux convives que les morts ?

 

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Ce qui, chez d'autres, pourrait donner lieu à de larmoyantes mélopées, à de déchirants lamentos devient, sous la plume de Bertrand Santini, une danse macabre malicieuse.

 

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Point de tristesse dans ce réveillon. Ni dans le texte ni dans les images réjouissantes de Lionel Richerand. Rien de glaçant, de triste. Au contraire. Arthur pose un regard candide sur la mort, un regard confiant où jamais ne passe l'ombre de la moindre inquiétude. La mort et la vie à égalité, dans les souliers, sous le sapin.

On aurait évidemment envie de convoquer l'ombre de Tim Burton, tant il semble que les univers crépusculaires lui soient désormais dévolus - et les invités au banquet rappellent les personnages des Noces funèbres. Ceci dit, j'ajouterai bien un cousinage avec le Petit vampire de Joan Sfar et son ami Marcel, rejetons de parents morts-vivants ou morts-morts, sans parler de ce chat désopilant, lointain parent du chien Fantomate...

 

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Mais ce serait réduire l'Étrange réveillon à un rôle d'album sous influence alors qu'il est bien plus que cela. L'objet d'abord, format à l'italienne, belle couverture noire, titre argenté : la classe, quoi. Puis les images de Lionel Richerand, foisonnantes, jamais effrayantes. La couleur se fait discrète, sourde, juste ce qu'il faut pour souligner l'étrangeté d'un visage, l'incongruité d'un costume. Il faut vraiment prendre le temps d'explorer chaque page, d'y dénicher un détail saugrenu, un regard singulier, un clin d'oeil inattendu. Et puis écouter les mots de Bertrand Santini, l'auteur du Yark, qui nous embarquent loin, loin dans une histoire étonnante, tendrement déjantée, doucement loufdingue, où la mort, la vie se mêlent pour finir par se confondre, tout naturellement.

 

La compagnie des vivants m'attriste et m'accable...

Et pour célébrer Noël,

Je souhaite cette année,

Accueillir des Morts à ma table.

 

Mais les Morts étant morts,

Balbutia le valet,

Ils sont tout à fait injoignables !

 

On peut être mort

Sans avoir disparu !

Répliqua l'enfant

D'une voix douce et morose.

 

Je ne vous dévoilerai pas la fin de l'histoire. Je me la garde. Et je vais la relire, histoire de pouvoir, une fois de plus, refermer ce livre en souriant, attendrie par ce dénouement qui ne dit rien de la Mort,

                     Ni de la vie...

                     Mais quelle importance ?

 

L'étrange réveillon

Bertrand Santini & Lionel Richerand

Grasset Jeunesse

octobre 2012

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histoire du prince pipo

Publié le par Za

Le prince Pipo est heureux. Heureux comme on peut l'être lorsqu'on est le fils unique d'un roi débonnaire, et que l'on a été choisi par son père avant même d'être né. Le prince Pipo a un cheval rouge qui s'appelle Pipo aussi, Pipo le cheval. Et le temps pourrait s'écouler de façon parfaitement ennuyeuse si le cheval, un jour, n'écoutant que son instinct de bête aventureuse, n'entraînait son maître à l'orée d'un volcan, si près du bord qu'ils seront, le prince et sa monture, expédiés très loin par le souffle du volcan.

C'est là que la vie commence, la vie proprement dite, une vie faite pour les livres d'histoires, avec un dragon, des enchantements, une sorcière, une princesse endormie et des tiroirs qui s'ouvrent sur d'autres contes... Le prince Pipo découvre alors une réalité bien triste, où ses parents sont des êtres cruels, où le monde est carcéral, militaire.

 

Le texte de Pierre Gripari, publié la première fois en 1976 dans une édition illustrée par une quinzaine de dessinateurs dont Claude Lapointe et René Haussmann, est aujourd'hui réédité par Grasset Jeunesse. Nouvelle maquette, claire et moderne, nouvel illustrateur ! Et cette fois, c'est Laurent Gapaillard qui s'y colle, tout seul ! Oui, le Monsieur du Yark, lui-même !

Déjà, rien que la couverture vaut le détour... Mouvement, couleur, tout y est !

 

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J'aime ce cheval qui saute par-dessus la lune, comme la vache de la comptine...

 

On se jette alors dans le livre pour voir tout, et tout de suite, et l'on reste coi, quoi !

 

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Car loin de trahir le texte d'une quelconque manière, Laurent Gapaillard l'attire du côté noir et désespéré de la quête de Pipo, il l'embarque directement chez Dickens, à l'ombre de Gustave Doré, une ombre qui hante les arbres menaçants. Et que dire des espaces oniriques et vertigineux, de ce monde oppressant, des trognes inquiétantes...

 

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C'est magistral, virtuose au meilleur sens du terme, lorsque la virtuosité est au service du texte, le dépoussière, nous le donne à redécouvrir. Car sans ces images, et malgré l'immense talent de conteur de Gripari, je n'aurais peut-être pas autant aimé cette histoire impossible à résumer...

 

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" Et c'est pourquoi, mes petits amis, si vos aînés se moquent de vous parce que vous aimez les contes, laissez-les dire et soyez bien tranquilles : des tas de gens d'autrefois, très vieux, très sages, avec de grandes barbes, les ont aimés, comme vous, et ils avaient pour ce la d'excellentes raisons ! "


Sur les rééditions de Gripari chez Grasset Jeunesse,

voir l'article de la Soupe de l'Espace...

 

Histoire du prince Pipo, de Pipo le cheval et de la princesse Popi

Pierre Gripari

ill. Laurent Gapaillard

Grasset Jeunesse, mars 2012

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copinYARKge !

Publié le par Za

Et oui, encore !

Pour vous signaler aujourd'hui trois interviews sur Ricochet.

 

Le trio infernal.

 

Laurent Gapaillard, l'illustrateur démoniaque. L'entretien est agrémenté de dessins vertigineux, à tomber, au sens propre. Des perspectives époustouflantes, qui vous happent. Et des références qui trahissent un homme de goût : Mervyn Peake et Gormenghast. Et voilà. Et Howard Pyle aussi, dont il a été question ici, il y a peu. Et puis des passages hilarants.

 

"- Quel est l'animal auquel vous ressemblez le plus ? Pourquoi ?
Disons que j’ai de l’empathie pour les hirondelles. Bon je me donne le beau rôle, beaucoup de gens me voient comme un ours. Si je devais être vraiment honnête, je dirais que je ressemble à une huître plutôt.
 
- Quel est le mot que vous préférez dans la langue française ?
Anesthésie, si j’avais une fille, je l’appellerais comme cela.
 
- Que souhaiteriez-vous que l'on retienne de vous ?
Si je suis une huître, il n’y a qu’a garder la coquille pour en faire un cendrier ! "

 

Petite chanson pour la future Anesthésie...

 

 

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Bertrand Santini, l'auteur redoutable, qui cite les si charmants Calvin et Hobbes, histoire de tromper l'ennemi. J'aime beaucoup son analyse du succès d'un livre :

 

" - Selon vous, qu'est-ce qui fait vendre un livre ?
Le budget publicitaire que lui consacre l'éditeur et/ou le talent du libraire. "

 

 

Je dédie cette phrase à Mel et Jean...

 

Calvin_Hobbes_grimaces.png

 

Valéria Vanguelov, l'éditrice infernale qui rend ses collègues verts de jalousie, parce que le Yark, fallait oser, mais quel livre ! Quel livre ! Elle aussi a l'art des références impeccables : Sendak, Gorey, Erik Satie, Wonder Woman (pour les bottes, je suppose)... Un seul bémol à cette interview, le choix de la photo, que je prends comme une attaque personnelle...

 

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la boulangerie de la rue des dimanches

Publié le par Za

Attention, ce livre est hautement subversif ! Il véhicule en effet une idéologie dangereuse qu'il serait judicieux de ne le réserver qu'à des lecteurs avisés.

 

boulangerie

 

Jack Talboni est le fils d'Adèle Pelviaire et de Louis Talboni, deux musiciens sans le sou qui élèvent leur enfant dans la pauvreté et l'amour. Et dans la musique, aussi. Les quatre saisons de Vivaldi. Curieuses saisons, transposées dans une hasardeuse version pour tuba et flûte traversière...

 

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Six ans plus tard, Adèle et Louis étaient encore plus pauvres. Ils n'avaient plus que les mouches à manger.

L'été : Vivaldi et mouches fraîches.

L'hiver : mouches sèches et Vivaldi sous les combles glacés.

Mais, couvé entre les quatre murs de sa soupente cloquée, tendrement chéri par ses deux parents mélomanes, le petit Jack ignorait ce qu'était ma misère, puisqu'il ignorait ce qu'était la richesse.

Tous les jours, avec Papa et  Maman, c'était dimanche, tant il est vrai qu'Amour et Musique savent reboucher bien des trous, et panser bien des plaies.

 

Ces deux-là finissent par se consumer assez rapidement, et Jack atterrit dans un orphelinat, prouvant par là-même que, franchement, quand on est pauvre, ce n'est pas très malin, d'être, en plus, musicien. À moins que ce ne soit l'inverse.

 

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Jack Talboni ne suit pas les traces de ses parents, même s'il conserve précieusement leurs instruments et que bon sang ne saurait mentir. Il devient boulanger-pâtissier. Enfin, il apprend à faire les baguettes pas trop cuites et les religieuses au chocolat. Je dois avouer que c'est ce dernier point qui m'a donné envie de lire ce roman. Connaissez-vous rien de plus beau, de plus parfait qu'une (excellente) religieuse au chocolat ?

 

Et c'est là que l'histoire exemplaire de ce jeune homme méritant dérape. Car la suite du livre tendrait à prouver qu'on peut vivre un éternel dimanche, de délices oisifs en promenades ensoleillées, comme ça, gratuitement. Pour le plaisir, sans contrepartie vénale. On croit rêver...

 

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Tout le monde réapprit à tout le monde ce qu'était le dimanche, car les lundis passant, on avait presque oublié : pas de réveil, on traîne au lit le matin, on joue sous la couette à pince-mi à pince-moi, on va chercher sa baguette et sa religieuse chez Talboni, puis on se donne un tas d'occupation récréatives pour chasser le spleen en baillant et se détendre les mollets.

Autant dire, au fond, qu'avec un peu d'application et de concentration, ça ne fut pas un effort si violent.

 

Une réjouissante utopie que peu de candidats à la présidence de la République oseraient afficher à leur programme. Je suis d'ailleurs prête à apporter mon soutien au premier qui le ferait.

J'ai déjà l'accessoire idéal...

 

KIF 5049

religieuse196-copie-1..accessoire discret, certes,

   mais je n'ai pas encore osé tricoter celui-là...


Je ne saurais trop recommander aux gourmands que vous êtes l'écriture délicieuse d'Alexis Galmot, ses personnages doucement dingues dont le charme ne devrait plus vous quitter. Et que dire des fragiles et savoureuses illustrations de Till Charlier, dans une palette aux accents sépia, au charme incontestable...

 

Dans une interview pour Le choix des libraires, Alexis Galmot associait son roman à cette chanson de Lou Reed.

 

 

 

La boulangerie de la rue des dimanche

Alexis Galmot

Till Charlier

Grasset Jeunesse

Collection Lecteurs en herbe

mai 2011

 

Bravo et merci à Grasset Jeunesse pour cette collection originale où l'on retrouve le Yark, c'est dire si j'attends les suivants avec impatience !

 

le 1er juillet 2012 : lecture commune de ce livre

sur le site coopératif

à l'ombre du grand arbre !

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y a-t-il une vie après le Yark ?

Publié le par Za

Il semblerait que la saison soit à l'emballement, alors emballons-nous ! J'ai devant moi un album tout frais qui va vous plaire, j'en suis sûre. Après le Yark, je l'avoue, j'étais un peu embarrassée... Qu'est-ce qui, après ce scud littéraire et visuel pouvait trouver grâce à nos yeux tourneboulés ? Car notre nouvel ami a beau être charmant, il n'en est pas moins encombrant (ôte ta patte de là !). Et depuis qu'il rôde chez nous, la vie est un peu compliquée (non, ne bave pas dans la soupe ! Ben oui, il n'y a que des légumes dedans, désolée, pas de ravitaillement, Petitou est malade et je n'ai pas encore repris l'école). Je vous parlerai donc aujourd'hui de cet album magnifique :

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(oui, d'accord, depuis que tu te laves les dents trois fois par jour, tu as un très joli sourire, je l'avoue, non, non, ça va, je l'ai vu, mais dis-moi, tu te laisserais pas pousser les griffes, par hasard ? C'est pour mieux me ? Montre-moi le livre que tu es en train de lire ! "Le petit chap..." ? Laisse tomber, ça ne va pas te plaire ! Rends-le moi tout de suite !) Cet album incroyable, disais-je, d'autant plus remarquable que (quoi ? Oui, moi aussi j'ai faim, je termine ça et je mouline la soupe. Comment ça "très faim" ? Dis donc, je n'aime pas trop la façon dont tu me regardes... Il y a du jambon dans le frigo, si tu veux. Un ? Un bisou ? Je ne saurais pas t'expliquer pourquoi mais je ne le sens pas, là...

Non...

Nooon !

Pas ça !

AAAAAHHH !!!!!)

photocabine2-copie-1Le Yark

Bertrand Santini et Laurent Gapaillard

Grasset Jeunesse

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le yark

Publié le par Za

Voilà pourquoi je garde toujours les cheveux très courts.

Même décoiffée par ce genre de livre,

je reste digne, impeccable.

Alors, mettez vos capuches,

resserrez  les élastiques vos couettes,

accrochez-vous à votre ombrelle...

Prêts ? 

 

 

Car voici

le Yark !

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Enfin, un bout du Yark.

 

Je vous livre immédiatement le nom des deux coupables : Bertrand Santini et Laurent Gapaillard. Car ce livre est un pur scandale. Oui, un pur scandale d'intelligence, salement bien écrit, salement bien illustré. Autant vous le dire franchement, on n'a pas affaire à des amateurs. Non, la noirceur de leur âme transparaît derrière chaque mot, derrière chaque trait. On se retrouve contraint de lire ce court roman jusqu'au bout, d'une traite, et on finit par retourner en savourer les premiers chapitres, les plus croustillants, le genre qui craque sous la dent comme un os tendre. Quelle délicieuse torture que ce texte enlevé, pétillant, drôle, brillant. Quand je vous dis qu'on est dans l'exceptionnel, le redoutable ! 

 

Le Yark est un ogre monstrueux et goulu, un vrai gourmet à la digestion délicate. Seul l'enfant sage trouve grâce à ses papilles. Seulement, vous l'admettrez avec moi, ce genre de gourmandise se fait rare. Et c'est là tout le drame. Trouver du chérubin à se mettre sous la dent n'est pas une mince affaire. Le Yark moderne n'est pas à la fête.

 

Hélas notre époque contraint le Yark au régime. Les temps modernes ne produisent quasiment plus d'enfants comestibles.

De nos jours les chenapans pullulent sur terre comme des pustules au menton des sorcières. Les cours d'école grouillent d'un petit peuple bête et méchant, portrait craché de leurs parents. (chapitre 3, Les enfants modernes) 

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Si encore ce Yark n'avait été qu'un texte purement jubilatoire, mais non ! Il fallait encore l'accompagner d'illustrations monstrueuses, réjouissantes d'horreur et de virtuosité, d'influences et de références bien digérées. Je vous conseille l'article enthousiaste de Jean de la Soupe de l'Espace avec, en commentaire, l'emballement d'un autre illustrateur, pas manchot lui non plus, avouons-le ! 

 

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Le Yark ne rejoindra pas tout de suite l'étagère des mes présssssieux, non, je vais le laisser traîner, exprès, à portée d'yeux minuscules et impressionnables. Ce livre est un remède contre la médiocrité. Après l'avoir lu, jamais plus un marmot ne supportera de guimauve à base de mignonne coccinelle ou de trognon lapin.

 

Seul bémol, mais tout petit, seul bémolounet donc, la fin. J'aurais aimé me vautrer dans le ricanement jusqu'au bout... À croire que ce livre libère les pires instincts en chacun de nous, ou seulement est-il salvateur pour ceux qui sont quotidiennement et professionnellement en butte aux grouillantes créatures dont le Yark se repaît...

 

- Que fais-tu ici ? insiste le petit Anglais.

Ne surtout pas répondre ! se redit le Yark en se mordillant l'intérieur des joues. Pas question de se laisser embobiner ou attendrir ! C'est que c'est un sensible, le Yark ! Combien de fois pour avoir trop conversé avec sa proie, a-t-il ressenti un peu de peine au moment de la croquer ? Ce n'est déjà pas drôle de devoir chasser sa nourriture. S'il faut en plus sympathiser avec son dîner!

Tuer son prochain est une sale besogne et aucun monstre ne trouve de charme à ces crimes carnivores, exception faite, bien sûr, des vampires, des zombies et des toréadors. (chapitre 6, Lewis)

 

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Grasset Jeunesse (chapeau bas !)

Octobre 2011 (tout frais)

80 pages (pas assez)


 

Et allez donc jeter un oeil au blog de Laurent Gapaillard,

vous n'en reviendrez pas !

Ou alors, dans très longtemps...

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