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33 articles avec l'ecole des loisirs

Passe à Beau !

Publié le par Za

Pour Vincent et David,
J'ai découvert à la fin de l'année que le gymnase où s'active Fiston 1er deux fois par semaine s'appelle "Gymnase Roger Couderc". J'y ai vu un signe et j'en aurais presque versé une larmichette. Alors, et si, pour changer, on parlait rugby ?

Passe à Beau !

Quelle belle composition que l'image de cette couverture ! L'oeil du dessinateur qui accompagne le beau mouvement du rugby, la chorégraphie parfaite de la passe en arrière.

Vois-tu, Antonin, le rugby est comme la vie, à la fois simple et compliqué, sommaire et subtil, immuable et changeant, logique et absurde... Pratiqué par des adultes redoutables obéissant comme des enfants à un petit homme à sifflet qui les punit parfois et les envoie au piquet, il est aussi, le rugby, un conte merveilleux plein d'exploits chevaleresques, de héros légendaires partis chercher sur un chemin semé d'embûches un fabuleux trésor ovale.

Allez savoir pourquoi le rugby pousse au lyrisme, à l'épopée. Il aurait ceci de commun avec le cyclisme, peut-être. Et encore.
Si les règles du rugby vous semblent nébuleuses, jetez-vous sur ce roman, quel que soit votre âge. Vous y trouverez un esprit, des valeurs, une ambiance, la découverte d'une culture à travers les yeux de néophytes prêts à se frotter à la rudesse d'un sport épique - ça se voit que je ne suis pas objective ?
Antonin Beau débarque à Montmartigues, ville de rugby. Dans ces cas-là, et quand de surcroit on est Parisien, il n'y a pas trente-six manières de s'intégrer. Surtout lorsqu'on se révèle avoir un talent inattendu pour le cadrage débordement (cadrage débord pour les intimes) ou l'art de mettre un vent à son adversaire.

Mais ce roman, c'est aussi l'histoire d'une communauté humaine forgée sur le rugby depuis des générations, d'une vieille histoire qui ressurgit au gré de la curiosité des jeunes héros. Il faut saluer le texte de Rémi Chaurand, savoureux, plein d'humour et présentant le noble avantage de voir surgir, page 109, c'est peut-être un détail, mais non, pas pour moi, un de mes mots préférés, certes présenté entre guillemets, ce qui le rend encore plus pécieux, mais je vous laisse juge...

Jean-Charles, qui a deux "bougnettes" de graisse de canard sur sa chemise blanche et une sur sa cravate rose, estime que l'arbitre a sifflé des pénalités injustes contre les nôtres.

Bougnettes... Mais quelle poésie dans ce simple mot.
Le grand avantage de ce roman, aussi, c'est la présence de monsieur Yvan Pommaux à l'illustration. Enfin, à la co-écriture serait plus juste. On navigue sans cesse du roman illustré à la BD, les moments de jeu étant les mieux traités à mon avis. Ce qui aurait pu être un essai (!) de plus sur le rugby devient une histoire haletante dont on sort un peu plus gagné par l'Ovalie. 

Passe à Beau !
Passe à Beau !

Que vous aimiez le rugby, ou que vous ayez envie d'y comprendre quelque chose, jetez-vous sur Passe à Beau ! Achetez-le pour vos petits !

Passe à Beau !
Yvan Pommaux & Rémi Chaurand
L'école des loisirs, 2016

Et pour finir ce billet, un petit bijou de reportage signé Roger Couderc sur la famille Spanghero. Nous sommes en 1966 dans une campagne en noir et blanc... 

le 10/07/2016 - Lecteur chéri, avant de quitter cette page, tu ne manqueras pas d'aller lire les gouleyants commentaires des deux dédicataires de cette chronique - lyriques en diable pour l'occasion.

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Sauveur et fils

Publié le par Za

Sauveur et fils

C'est du grand, du très grand Marie-Aude Murail que nous avons là.
A condition de faire abstraction de la couverture, certes.
Marie-Aude Murail n'a pas son pareil pour dénicher l'humain, pour le rendre au centuple à son lecteur. Alors quel meilleur héros qu'un psychologue pour sonder les âmes ?
Autant vous le dire tout de suite, il me plait, ce Sauveur Saint-Yves. D'abord, il est joli garçon. Et Marie-Aude Murail n'y va pas avec le dos de la cuillère. Métis, grand, terriblement humain, n'en jetez plus. Et c'est bien là une preuve de la supériorité de la littérature sur le cinéma. L'image de Sauveur Saint-Yves ne nous est pas imposée, mais dès la page 10, on craque :

Sauveur avait la voix caressante de Nat King Cole vous chantant : "Unforgettable, that's what you are..."

Vous voyez le genre ?

Dans le cabinet de Sauveur défile une galerie d'adolescents, de familles qui souffrent, s'épaulent, essaient de comprendre, d'aller mieux. Phobie scolaire, séparations, recompositions, crise d'identité, chacun apporte ici un pan de réalité contemporaine. Toutes ces histoires sont regardées avec bienveillance par l'auteur/héros - tant il est clair que, de ce point de vue, Marie-Aude Murail et Sauveur ne font qu'un. Aucun jugement, mais la voix du narrateur, à la fois empathique et distanciée, insuffle humour et légèreté, là où il serait si facile de tartiner du désespoir.
Et puis il y a la relation entre Sauveur et son fils, Lazare. Un sauveur, un ressuscité. Entre ces deux-là, rien n'est simple non plus. La mort de la mère, les non dits, le racisme, la Martinique originelle, la vengeance, autant de fils difficiles à dénouer pour le psychologue, lui qui sait si bien éclaircir les sacs de noeuds des autres.
On rit, on s'émeut, on colle aux personnages. Sauveur et fils fait partie de ces livres qu'on dévore d'abord pour en ralentir la lecture vers la fin, parce qu'on sait pertinemment qu'ils vont tous nous manquer, les Gabin, Margaux, les Augagneur, Ella, Cyrille... Et Louise. Et les hamsters, aussi. Parce qu'il y a des hamsters.
D'un point de vue très très personnel, j'ai un faible pour Madame Dumayet. On sait les liens que Marie-Aude Murail a tissé au fil des années avec l'école - elle en est un auteur phare -, avec les enseignants. Et le personnage de Madame Dumayet est la preuve de cette perception juste et tendre. 
 

Madame Dumayet, suite à une conférence pédagogique donnée par monsieur l'Inspecteur, avait découvert la semaine précédente que l'écolier français manquait d'autonomie. Portant sur ses épaules l'avenir de la nation, elle afficha au mur de sa classe, grâce à ce soutien indéfectible du pédagogue qu'est la Patafix, un TABLEAU DES RESPONSABILITES.

Pour la Patafix au moins, je confirme.
J'ai fini par me résoudre à terminer Sauveur et Fils. Mais uniquement parce que je sais qu'à la rentrée, il y aura un deuxième tome. Et pourtant, je me lasse un brin des séries, des suites. Mais il y a des exceptions. Ce roman est est une. De taille.
Considérez cette modeste chronique comme la suite de ma grande déclaration d'admiration à Marie-Aude Murail. Et ce n'est qu'un début.

Sauveur et Fils, saison 1
Marie-Aude Murail
L'école des loisirs
avril 2016


 

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mon école des loisirs #3

Publié le par Za

Elle aurait pu faire l'effort de m'appeler Violette. Mais non, il a fallu qu'elle choisisse Verte. Quelquefois j'ai eu l'envie de l'attaquer en justice. Mais quelquefois je l'aime et j'ai envie de lui offrir des vacances de rêve à Honolulu. Rien n'est plus fatigant qu'une mère. Etant entendu que je ne sais pas ce que c'est qu'un père.

mon école des loisirs #3

La première fois que j'ai rencontré Verte, il y a presque longtemps aujourd'hui, elle ne ressemblait pas à la jeune fille dessinée par Soledad Bravi. La première édition de ce roman avait pour couverture un dessin de Gaudelette, tiré de Radada la méchante sorcière. Autant vous dire que l'ambiance proposée était sensiblement différente...

mon école des loisirs #3

Ce premier roman, paru en 1996, racontait l'histoire de Verte, dernier rejeton d'une lignée de sorcières pas communes, pas commodes non plus. Des sorcières tout ce qu'il y a de moderne, vivant dans une ville banale, immeuble, appartement, tribu matriarcale, mais rien de trop voyant non plus. On est sorcière mais pas trop. L'histoire se raconte à plusieurs voix, chacun présentant son point de vue, ses doutes, ses agacements. Ursule la mère, Verte la fille, Anastabotte la grand-mère et un personnage masculin aussi, Soufi, l'ami/amoureux - à cet âge-là, on ne sait jamais vraiment.
Comment se construire une identité vivable, lorsqu'on trimblle une généalogie aussi peu banale, comment intégrer un père dans cette famille où la cocotte-minute ne sert pas qu'à préparer la soupe, vaste programme... Et défi relevé haut la main par une Marie Desplechin très en verve.

Pome débarque en 2007. Encore une sorcière... Ce deuxième roman gagne quelques personnages masculins. Soufi est rejoint par Gérard, le père, apparu dans Verte et par Ray, inénarrable grand-père, ancien commissaire de police, qui trouve bien des charmes à Anastabotte... La famille s'élargit avec bonheur.

Et puis Mauve en 2014. Un troisième roman bien différent. Plus profond, un peu venimeux - avec le personnage de Mauve-, tenté par l'aventure, par un surnaturel plus spectaculaire mais aussi bien ancré dans le monde - harcèlement, exclusion. On veut y brûler des sorcières. La différence fait désordre, chassons-la, rallumons les bûchers.

Le vieil appel s'est levé, il a enflé, il est monté vers le ciel. "Sorcières... Sorcières..." Des briquets se sont allumés dans la nuit. La bousculade autour de nous s'est aggravée.

Ces trois textes forment une trilogie cohérente et attachante, à lire d'une traite !

Verte, Pome, Mauve
Marie Desplechin
L'école des Loisirs
1996, 2004, 2014

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mon école des loisirs #2

Publié le par Za

Mon école des loisirs, ce sont aussi des romans, et parmi eux, une signature. Parce que s'il n'y en avait qu'une, ce serait Marie-Aude Murail. De ses personnages, Emilien est le premier à être venu vers moi, avec l'inénarrable Martine-Marie.

mon école des loisirs #2

Puis Simple, Miss Charity et Malo de Lange...

mon école des loisirs #2
mon école des loisirs #2

Et un jour, j'ouvre Oh, boy ! C'était avant. Ce roman date de 2000. Tout rond. Une époque pourtant si proche où on pouvait rencontrer un texte comme ça, sans craindre la moindre crispation. Un texte d'avant les pisse-vinaigre. Oh, boy ! est l'opposé absolu du roman à thème - que je déteste. Et pourtant Murail y aborde la question de la famille - ou ce qu'il en reste. Mais elle le fait tranquillement, sans chercher à imposer une quelconque idéologie. Et l'homosexualité d'un des héros n'est pas une question en soi, elle est un élément comme un autre du l'intrigue, ni plus ni moins. Tout cela nous donne un superbe roman d'amour et d'humour - magnifiquement adapté au théâtre par Catherine Verlaguet et mis en scène par Olivier Letellier.

mon école des loisirs #2

Les livres de Marie-Aude Murail m'ont appris que la littérature de jeunesse est avant tout de la littérature, et une littérature qui transcende les âges. Ils m'ont appris qu'un roman, c'est une histoire qu'on peut raconter sans se regarder écrire, sans prendre de pose. Le style de Marie-Aude Murail est tout ce que j'aime et tout ce que je respecte en littérature. Sans alourdir la phrase pour faire genre, en allant droit au but, droit au sens, l'écriture avance, sans se vautrer dans l'adverbe et l'adjectif. Cette efficacité, modeste et simple, laisse toute sa place aux personnages. Et quels personnages !

Alors donc, voilà. Ce deuxième épisode de mon école des loisirs était en réalité une déclaration d'admiration béate. Le prochain sera consacré à une chouette trilogie... Et pour la bibliographie de Marie-Aude Murail, les romans que je vous conseille ici et les autres, allez donc chez Ricochet !

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mon école des loisirs #1

Publié le par Za

L'école des loisirs a 50 ans.
Mon école des loisirs est un amour de grande personne. J'ai beau chercher, fouiller les malles et ma mémoire, pas d'album estampillé de la maison sise 11 rue de Sèvres Paris 6ème dans mes livres d'enfant. J'ai découvert l’école des loisirs à l'école, comme il se doit, à l'IUFM, pour être précise, l’école des professeur-e-s d'école. Là-bas, on y parlait de cette maison d'édition et pratiquement que d'elle, avouons-le. Mais qu'importait alors puisque je n'y connaisssais pas grand chose, qu'il était question de Philippe Corentin, Claude Ponti ou Tomi Ungerer et que s'ouvrait devant moi une autoroute sans fin que je parcours encore : l'alboume.

Philippe Corentin - Montreuil 2014

Philippe Corentin - Montreuil 2014

Avec le temps, on devient exigeant et comme toutes les amours, celle-ci se teinte parfois d'agacement lorsqu'on pense que l'autre n'est parfois pas à la hauteur de l'amour qu'on lui porte. On se fâche, on boude, on revient, on se retrouve. Mais on s'aime, toujours et encore. Et puis il se trouve que le plus grand alboume de tous les temps est édité en France par l'école des loisirs. Reconnaissance éternelle.

mon école des loisirs #1

Maurice Sendak
Where the wild things are

Max et les maximonstres

1963, Where The Wild Things Are paraît aux Etats-Unis - à noter que les Italiens ont le nez creux et le traduisent la même année.
1967, Max et les maximonstres débarque en France, publié par Robert Delpire.
1973, l'école des Loisirs en rachète les droits et le réédite.

Max et les maximonstres pourrait être l'alpha et l'omega de l'alboume, le sésame qui ouvrirait une vie entière de lecteur, le livre après lequel plus jamais on n'aurait de faiblesse pour la moindre mièvrerie, la moindre cucuterie éditoriale.
Tout y est : la liberté du propos, le génie du dessin, l'invention sans limite, le respect du lecteur - qu'il soit enfant ou adulte, l'articulation texte/image si simple et si complexe, le travail d'équilibriste que réprésente la narration de ce voyage fantastique.

mon école des loisirs #1

Max et les Maximonstres est devenu au fil des années un classique incontesté. Mais, célébrer l'école des loisirs, c'est aussi remettre le projecteur sur des albums moins connus. Il en est un à qui j'ai déjà consacré une chronique mais j'y reviens parce qu'il a une filiation évidente avec Max, celle du voyage imaginaire, du lit qui devient un navire.

mon école des loisirs #1

Comme Max, l'Endroit rêvé prend le pari de l'intelligence de son lecteur, ne lui assène pas une histoire de manière péremptoire mais lui laisse le loisir de flâner, d'interprêter. Cet album de 2008 n'est pas épuisé, on peut encore l'acheter, le lire, le faire lire, l'interroger, le faire vivre.

mon école des loisirs #1

Max et les maximonstres
Maurice Sendak
L'école des loisirs, 1963-1973-2015

L'endroit rêvé
Alex Cousseau & Philippe-Henri Turin
L'école des loisirs, 2008

Cette rentrée verra la réédition de 3 autres albums de Maurice Sendak. Cela ne se voit peut-être pas à l'écran mais j'en trépigne d'impatience.

mon école des loisirs #1

Et puis comme un billet ne peut suffire, bientôt le deuxième épisode de mon école des loisirs ! Il sera consacré à des romans et contiendra une déclaration d'amour. Si, si.

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Le pirate et le roi

Publié le par Za

Le pirate et le roi

Jehan 1er, roi replet, fait naufrage. Il échoue sur une île déserte pas déserte, puisque Matt le pirate tout maigre y vit déjà. L'énervement inaugural et réciproque cède la place à un échange fructeux. Tellement fructueux que les deux personnages se rapprochent au point de se confondre...

Le pirate et le roi

Jean Leroy et Matthieu Maudet transforment cette situation robinsonnesque classique en une confrontation jubilatoire. Depuis la Fontaine, on sait que le lion est noble, mais ces deux-là sont aussi naïfs, roublards, enragés, sacrément tenaces. On s'interroge tout au long du livre sur la nature de chacun, jamais figée, roi, pirate, faux semblants.

Le pirate et le roi

L'humour qui parcourt l'album donne lieu à une lecture haute en couleur, portée par des dialogues ravageurs. La lutte des classes prend une tournure inattendue et c'est à savoir qui dominera l'autre. A mi-chemin entre l'album classique et la BD, Le pirate et le roi est une histoire alerte, juste grinçante comme j'aime.

Le pirate et le roi
Jean Leroy & Matthieu Maudet
L'école des loisirs
avril 2015

logo challenge albums 2015

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le château des étoiles

Publié le par Za

le château des étoiles

C'est tout d'abord l'objet qui attire. Un journal de vingt-quatre pages, un papier épais qui craque lorsqu'on tourne les pages, un format plus que généreux - 30 x 42, ce qui nous fait, arrêtez-moi si je me trompe, 60 x 42 lorsqu'il est ouvert, derrière lequel on peut se planquer à l'aise.

le château des étoiles

La bande-dessinée proprement dites est présentée dans cet écrin journalistique digne de l'Illustration ou du Petit Journal, tous deux publiés au tournant de la fin du 19ème siècle, jusqu'après la Première Guerre mondiale. Et c'est cet esprit que l'on retrouve dans les premières et dernières pages du Château des étoiles, mêlant documents historiques contemporains de l'intrigue (1868), informations plus fantaisistes sans oublier le cliffhanger palpitant vous donnant envie de vous ruer sur l'épisode suivant.

L'histoire s'ouvre sur deux doubles pages magistrales qui plantent le décor dans le ciel, où la mère du jeune Séraphin disparait à bord d'un ballon, à la recherche de l'éther - source d'énergie, chimère électro-magnétique. Cette exploratrice d'un nouveau monde laisse en héritage à son fils une curiosité à toute épreuve, un goût pour l'aventure qui les poussera, lui et son père à poursuivre ses recherches, parfois au péril de leur vie.

le château des étoiles
le château des étoiles

Le Château des étoiles est un cocktail épatant : une dose de Jules Verne, une dose d'Histoire (Louis II de Bavière et sa cousine Elisabeth d'Autriche font partie du voyage), une dose de sciences, le tout saupoudré d'un suspens rigoureux, de scènes dignes du Tour du monde en 80 jours, de personnages haut en couleurs...  La lecture est haletante, portée de bout en bout par le dessin léger et vivant d'Alex Alice, par son magnifique travail d'aquarelle.

le château des étoiles

Publiée en mai, juin et juillet derniers, cette histoire forme en réalité le début d'un diptyque. Les trois journaux ressortiront ce 24 septembre en un seul album cartonné. Les amateurs de grands formats - dont je suis - attendront la suite des aventures de Séraphin qui paraîtra au printemps prochain, sous la forme de trois nouvelles gazettes : Les naufragés du ciel  (mai 2015), Les secrets de la face cachée  (juin 2015) et Le roi-lune  (juillet 2015). Patience...

le château des étoiles

Le Château des étoiles

Alex Alice

Rue de Sèvres, 2014

Plus d'images et une interview passionnante d'Alex Alice sur BD'Gest.

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ogre vole

Publié le par Za

L'ogre, c'est comme le loup. Incontournable. Quasi obligatoire. Encore que. Il doit y avoir moins d'ogres que de loups en ce monde de livres. La figure du loup, bien que menaçante, n'est pas dérangeante comme l'ogre. Le loup est aujourd'hui lointain, l'ogre l'est moins. Et même si le croque-mitaine est passé de mode, le personnage fait toujours frémir.

Des ogres, on en a croisé quelques-uns dans le Cabas, certains dans l'indispensable encyclopédie de Sylvie Chausse - illustrée par les non moins indispensables Durual et Turin, d'autres - et non des moindres - dans le conte délicat d'Albert Lemant...

 

ogre vole

Tout commence par un matin de neige et un ogre possiblement sympathique, bien que mal vu dans la région. Un matin de neige donc, de ceux qui vous donnent l'envie de crapahuter en forêt (enfin vous peut-être, moi toujours pas).

ogre vole

La nature vous fait parfois de drôles de cadeaux. En l'occurence, une belle paire d'ailes, prêtes à l'emploi, enthousiasmantes de nouveauté. Ogre vole !

ogre vole

Le texte de Rascal est d'une élégante sobriété, renvoyant cet ogre à celui des contes par une langue classique, sans effets.

Ogre battait à présent des deux ailes et volait comme un oiseau au-dessus de la campagne. Il pouvait aperceoir sa maison qui avait désormais la taille d'un briquet à pierre, le moulin du père Roland à peine plus haut qu'un pain de sucre, et la rivière gelée qui scintillait entre les vallons comme une couleuvre blanche. Ogre volait de plus en plus haut, et finit par traverser les larges nuages gonflés de neige.

Et qu'y trouve-t-il, dans cet au-delà des nuages d'hiver ? Une punition pour la noirceur de sa vie, la possibilité de changer d'existence, de se repentir, une vengeance ourdie depuis des années par ses victimes, un juste châtiment ? Eh bien, à vrai dire, chacun pourra y voir un peu de tout ça.

ogre vole

Le dessin d'Edith campe un ogre plutôt rigolard, qui, là aussi, laissera à chacun le loisir d'imaginer son ogre. Cette histoire d'ange étrange voletant au-dessus de l'hiver nous offre de grands aplats à peine mouchetés sur lesquels se détachent les bottes rouges, bottes de sept lieux bien inutiles à ces altitudes. Les visages d'enfants souriants seraient, eux, presque inquiétants de tant de similitude, avec leurs grands yeux noirs et leurs sourires à l'unisson.

Ogre vole est un conte merveilleux et subtil où j'aimerais finalement que les apparences soient trompeuses...

 

Ogre vole

Rascal & Edith

Pastel / L'école des loisirs

mars 2014

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les pigeons du Luxembourg

Publié le par Za

Et voilà qu'au détour d'un catalogue, je craque pour cette couverture.

les pigeons du Luxembourg

La tête des pigeons... Etonnés, apeurés, ahuris. Les pigeons du Luxembourg, qui plus est. Les pigeons parisiens donc, honnis, détestés, gavés, adorés. Coursés par une gamine aux cheveux jaunes, à la robe bleue. Le titre joue des boucles, sert de perchoir. Et de tout cela se dégage un charme délicat que la lecture ne fera que confirmer.

les pigeons du Luxembourg

Les cousins des champs rendent visite aux cousins des villes le temps du Salon de l'agriculture à Paris. Et, lorsqu'on est perdue sur le macadam, qu'est-ce qui ressemble plus à un pigeon qu'un autre pigeon, qu'est-ce qui est plus rassurant, plus familier que la bestiole qu'on a l'habitude de nourrir tous les jours ? Au jardin du Luxembourg, Manon découvre, joue et se lance avec les autres enfants dans une chasse au pigeon où sa débrouillardise fera des merveilles.

les pigeons du Luxembourg

Voici un album tout en sourires, une ligne claire de bon aloi d'où émergent les deux couleurs associées à la petite Manon, le gris des ailes des pigeons. Les illustrations d'Arthur Le Diouris soulignent le texte sans l'alourdir, esquissent les décors. Les enfants courent, les pigeons volent, on suit l'histoire à ras du sol ou du haut d'une branche. Pas de message à deux balles non plus : on est bien à la campagne, certes, mais rien ne dit que les pigeons sont malheureux à Paris. On change de vie le temps d'une découverte, on retourne chez soi, on reviendra sans doute. D'autant qu'un brin de magie s'est peut-être mêlé à la promenade...

Les pigeons du Luxembourg

Dorothée Noyon & Arthur Le Diouris

L'école des loisirs, mars 2014

 

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calpurnia

Publié le par Za

Venez que je vous présente ma nouvelle amie !

calpurnia

Elle a onze ans, presque douze, un esprit en alerte, une curiosité insatiable. D'ailleurs, tout est dit sur la magnifique couverture. Elle a tout de la petite fille modèle : la natte sage, le tablier, la robe à volants, le dos droit, l'air sérieux. Mais regardez mieux... Calpurnia - quel prénom ! - tient un filet à papillons et autour d'elle volètent des insectes. Des oiseaux, des écureuils, un tatou, un microscope, des bocaux d'observation l'entourent.

Bon-papa m'avait dit que les guêpes peuvent choisir d'être mâle ou femelle quand elles sont à l'état de larve. une idée intéressante : je me demandais pourquoi les enfants humains n'avaient pas ce choix pendant qu'ils étaient encore en cours de formation, disons jusqu'à cinq ans. Après tout ce que j'avais vu sur la vie des garçons et sur celle des filles, j'aurais choisi sans hésiter d'être une larve masculine.

Le roman suit Calpurnia tout au long de cet été texan étouffant qui épuise les corps mais laisse vagabonder les esprits. Puis viens l'automne, passe le temps, le siècle s'achève, et se rapproche le moment où les obligations de toute jeune fille de bonne famille prennent le pas sur la liberté, l'envie de découvrir.

Au-delà de l'aventure scientifique vécue avec ce grand-père étrange et lointain, c'est l'avenir d'une femme qui se joue, tiraillée entre ce qu'elle doit faire et ce qu'elle veut faire. Et ce qu'elle veut faire est si loin de l'éducation qu'elle reçoit. Au point de se demander si les filles peuvent devenir des savants, elles aussi... Cette simple question plonge le grand-père dans un abîme de perplexité. Car la réponse, évidente pour lui, risque fort de poser des difficultés à cette enfant, si singulière qu'elle se croit seule de son espèce.

- Je vois, dit-il. Est-ce que tu te rappelles le jour où nous nous sommes assis au bord de la rivière, il y a quelques mois pour parler de Copernic et de Newton ?

- Je m'en souviens, comment pourrais-je l'oublier ?

- N'avions-nous pas parlé de l'élément de Mme Curie ? De la chouette de Mrs Maxwell ? Du ptérodactyle de Miss Anning ? De son ichtyosaure ?

- Non.

- Des équations de madame Kovalevsky ? des voyades de Miss Bird aux îles Sandwich ?

- Non.

- Tant d'ignorance... marmonna-t-il.

Les larmes me montèrent aussitôt aux yeux. Etais-je donc si ignorante ?

- Pardonne mon ignorance, s'il te plait, Calpurnia. Tu m'avais siffisamment mis au courant de l'état rudimentaire de l'éducation publique que tu as reçue, et j'aurais dû savoir que tu n'avais aucune connaissance de certaines questions scientifiques. Laisse-moi te parler de ces femmes.

Pas un temps mort dans ce texte, rien qui donnerait envie de remettre à demain une nouvelle rencontre avec une héroïne terriblement attachante.

Vous partez bientôt en vacances ? Glissez  Calpurnia dans votre valise !

 

Calpurnia

Jacqueline Kelly

traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Diane Ménard

illustration de couverture : Beth White

mars 2013

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