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2 articles avec memo

Un trou, c'est pour creuser

Publié le par Za

L'herbe, c'est pour mettre sur la terre avec du sale dessous et du trèfle dedans.

Un trou, c'est pour creuser

Voici un petit livre absolument délicieux ! Publié pour la première fois en 1952, ce recueil de définitions enfantines présente des termes aussi essentiels que neige, trou, orteil, chats, soleil, terre, château...

Un trou, c'est pour creuser

Ce qui serait déjà touchant et plein de fantaisie en temps normal prend une dimension toute particulière sous le crayon de Maurice Sendak. Ce livre pourrait être une gentille réédition vintage, flatter notre nostalgie. Mais il n'en est rien. Les pages grouillent, sautillent, bruissent de minuscules réjouis. Courir, creuser, danser, manger, dormir, jouer, faire des câlins à un chien, dévaler, glisser, faire des grimaces...

Un trou, c'est pour creuser

C'est un concentré de vie qui se cache sous la couverture de ce livre, comme il s'en échappe parfois de ces moments simples où l'on surveille des jeux de loin, en tendant l'oreille et en riant sous cape.

Un trou, c'est pour creuser
Mon premier livre de définitions premières
Ruth Krauss & Maurice Sendak

éditions MeMo

logo challenge albums 2017

Cet album ouvre ma participation au Challenge "Je lis aussi des albums".

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Баба-Яга / baba yaga # 1

Publié le par Za

Le conte de Baba Yaga est un classique parmi les classiques Des adaptations de ce conte russe, dans toutes ses versions paossibles, il y en a des charrettes. On en connait les figures imposées : la maison montée sur pattes de poule (flippant), le mortier ambulant à propulsion de pilon (pas rassurant), les chiens féroces (j'aime pas), le portail qui grince (pour l'ambiance), le bouleau taquin (ouille !)... Mais ce que je préfère, j'avoue, ce sont les crânes aux yeux ardents, dans le genre déco joyeuse, on n'a guère fait mieux depuis.

J'en ai quatre versions sous le coude, je vous propose donc d'aller allègrement à la rencontre de l'ogresse, passez devant, je vous suis.
Parce que la première, c'est celle d'Ivan Bilibin (1876-1942).

Баба-Яга / baba yaga   # 1

La Baba Yaga de Bilibin est d'une réalité effrayante. Elle est sèche, impitoyable. Vassilissa est une jeune femme, à cent lieues d'Hansel et Gretel, du Chaperon rouge. On ne sait où donner du regard. Chaque image est enluminée avec soin, chaque détail est traité avec le même respect. L'illustration témoigne en ethnologue, décrit en entomologiste. On est évidemment plus proche de la terreur pure que du conte gentillet. Car il était question de transmettre à tous - et pas seulement aux enfants - un conte traditionnel.

Contes russes

illustrés par Ivan Bilibin(e)

(vous trouverez les deux orthographes)

Seuil Jeunesse

réédition à paraître le 20 mars 2014

Баба-Яга / baba yaga   # 1

Nathalie Parain illustre le conte en 1932. Il est publié simultanément aux Etats-Unis et en France, par Flammarion pour les albums du Père Castor. Une économie de moyens admirable, blanc et noir, rouge, brun, vert, pas de fond, de décor, chaque élément codifie le texte comme un pictogramme. Le dessin participe de la mise en page, gagne le texte parfois pour lui laisser ensuite toute la place. La couverture rassurante semble présenter le conte comme cette petite chanson qui accompagne la ronde. On dirait qu'il y aurait une sorcière, mais on sait au fond que ça n'existe pas.

Баба-Яга / baba yaga   # 1

Le texte de cet album est proprement surprenant. Il s'agit d'une traduction du conte russe de 1932 qui accompagnait l'édition américaine, l'album du Père Castor était, pour sa part accompagné d'un texte de Rose Celli qui sera ensuité réédité deux fois mais avec d'autres illustrations chaque fois. La version russe, donc, de Nadiejda Teffi, traduit par Françoise Morvan est une pure merveille, faite pour être entendu, même par soi-même si l'on est seul.

Elle rage, elle tonne contre le chat : d'avoir attendu toute la matinée, elle a une faim de loup, elle veut manger la petite. La voilà qui se met à battre le chat. Et que je te le rosse, et que je te le cogne et que je te rogne et que je te grogne :

- Sale chat, sale voleur, comment as-tu osé laisser sortir la fille sans lui crever les yeux ?

Lisez-le à haute voix si vous le rencontrez, c'est une surprise permanente. Des phrases qui roulent seules, dans une langue collant à l'oralité, ménageant le suspens de la poursuite, savourant les échanges de Baba Yaga avec ses serviteurs si mal traités.

A peine a-t-elle touché l'herbe que la serviette se déploie en rivière large, large comme la mer - même en trois jours, on ne la passerait pas.
Arrivée au bord de la rivière, la Yaga regarde... Que faire ? En mortier de cuivre, comment naviguer ? Elle grince des dents, cogne du pilon, rebrousse chemin, et roule et roule, rentre chez elle, rassemble ses boeufs, les mène à la rivière et leur ordonne de boire.

Ils ont bu, les boeufs, ils ont bu, ils n'ont pas laissé une goutte dans la rivière.

C'est dans ce contraste entre la rudesse des mots et la sobriété des images, c'est dans cet espace que se loge le travail du lecteur qui fera le lien, remplira les vides laissés volontairement. C'est aussi ce qui rend cet album - créé il y a plus de quatre-vingts ans - résolument moderne, intemporel, indispensable.

Pour en voir plus, rendez-vous sur l'excellent site de Cligne-Cligne Magazine !

Baba Yaga

dessins de Nathalie Parain

première édition en français : Père Castor-Flammarion, 1932

texte de Nadiejda Teffi, première édition en russe : YMCA-Press, 1932

traduction de Françoise Morvan

éditions MeMo, septembre 2010

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