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91 articles avec romans

Louis Pasteur contre les loups-garous

Publié le par Za

Louis Pasteur contre les loups-garous

C'est l'histoire d'une lecture.
Et vas-y que je te raconte ma vie.
J'ai offert ce livre au Fiston pour Noël. Une espèce d'enthousiasme entourait alors ce roman, d'où l'achat. Etant donné que sa PAL n'a rien à envier à la mienne, il ne l'a pas encore lu - c'te honte.

De mon côté, l'étais sceptique, car je suis un monstre d'a priori. Le rapprochement entre un personnage historique et des créatures fantastiques m'arrêtait un brin. Mais je ne suis pas exactement le public visé. Là où le lecteur d'âge idoine verra d'abord les loups-garous, je bloque sur Pasteur, car je suis une rationnaliste sans fond.  J'aurais dû pourtant me fier au côté feuilleton de ce titre. A son côté Scoubidou aussi.

Et puis, un mien camarade, auteur de son état - enfin, largement secondé par son chien ces temps derniers - me fait savoir qu'il a adoré ce roman. Ni une ni deux, je me jette dessus - le livre - et ne le lâche plus - le livre.

Le personnage de Louis Pasteur est réel, certes, sa soif de savoir, sa force de travail herculéenne sont historiques, les dates collent. Mais le reste... Eh bien ce reste est haletant, mouvementé, teinté d'humour et surtout, salement bien écrit !

Attention, il y a aussi une héroïne. Et pas une moitié, une vraie héroïne de roman. Constance de Villeneuve Letang se pique d'escrime tout en se débarassant, parfois involontairement, du carcan qui enserre les filles de son époque. Avec Louis Pasteur, ils forment un duo fort complémentaire de chasseurs de loups-garous, deux personnages principaux, à égalité.

Comme cela arrive parfois après une frayeur intense, Louis se sentit étrangement euphorique. Ses récepteurs opiacés s'étaient mis en route à toute bringue. Son organisme enregistrait une décharge d'enképhalines. Il avait envie d'éclater de rire. Il était debout sur le toit de l'école, il dominait le monde. Il tenait Constance dans ses bras et était bien décidé à ne plus jamais la lâcher.

Les faits épouvantables qui ensanglantent l'Institution Royale Saint-Louis sont vus à travers le prisme de l'esprit cartésien et exclusivement scientifique du jeune Pasteur. Cette mise à distance régulière est franchement réjouissante. Si l'on ajoute l'emballement des dernières pages, nous voici face à ce que j'appellerais un roman jeunesse mais pas que.

Une dernière chose. Dans la vie, à part lire des livres, tricoter et préparer des plats, j'adore apprendre des mots. A mon grand âge, je commence à en connaître un petit paquet. Eh bien je voudrais remercier Flore Vesco de façon plus personnelle pour m'en avoir appris un nouveau. Un nouveau mais un beau, un magnifique, que je vais essayer de replacer dès demain. C'est pas gagné. Encore que. Certaines canalisations de ma connaissance pourraient m'aider.

Un courant d'air chaud lui souffla en pleine figure, déversant une puanteur pouacre qui lui souleva le coeur.

Pouacre...

Flore Vesco
Louis Pasteur contre les loups-garous
Didier Jeunesse, 2016

 

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quand sort la recluse

Publié le par Za

quand sort la recluse

A l'inverse, le commandant Danglard redoutait toujours quelque chose. Il scrutait l'horizon à l'affut des menaces de tous ordres, écorchant sa vie sur les aspérités de ses craintes.

Habituellement, peut me chaut - du verbe chaloir - de savoir où se situe ma lecture du moment sur l'échelle des ventes, échelle grandement déprimante la  plupart du temps. Mais il se trouve que ce polar a tout explosé, à la faveur d'un lancement géant, il est vrai, qu'il a joyeusement écrasé les habitués des cimes et de la médiocrité commerciale. Chouette.
Il faut avouer que ce Vargas est un très grand cru, haletant et alambiqué, fidèle au cahier des charges, Adamsberg et Veyrenc, Danglard et Retancourt. Retancourt, justement. Depuis une adaptation télévisée, Corinne Masiero s'est imposée dans mon esprit de lectrice. Elle est Retancourt. Les autres acteurs se sont effacés de ma mémoire mais pas elle.
Cet Adamsberg-là - on peut ici employer le nom du héro pour définir la série - ne fait pas exception à la règle. On suit pas à pas les méandres de l'esprit du commissaire, ses bulles gazeuses, idées en cours de formation, évanescentes avant de se faire évidentes.  Quand sort la recluse mêle Histoire et arachnologie. L'intrigue avance, se perd, se retrouve. Et même s'il vous vient une petite idée à mi-chemin, le mode opératoire reste la clé impénétrable et le chemin est une fin en soi, au-delà de la découverte de l'assassin. 
Les lecteurs de Fred Vargas retrouveront avec bonheur le style, efficace, teinté d'humour et de distance, les personnages - avec une surprise, un retour qui m'a ravie. Les néophytes, arrivés haletants à la dernière page, se rueront sur les autres romans de la dame. Ou je ne m'appelle pas Za.

Fred Vargas
Quand sort la recluse
Flammarion, mai 2017


 

Publié dans romans, Fred Vargas, Flammarion

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Parée pour l'hiver

Publié le par Za

Moi, j'adore être en vie, comme ça, on peut de balader, faire des bises et manger des plats.

Ça s'est un peu battu à la maison.
Fiston - Je le lis en premier !
Za - Tu rigoles ? Je chronique donc je lis.
Fiston - Mais moi, je lis plus vite !
Mamie - Et moi, je repars dans trois jours. Je DOIS le lire avant vous.
Parce que, chez nous, Gurty transcende les générations. Lecture jeunesse, lecture vieillesse, même combat.

Parée pour l'hiver

Ce journal commence le 4 décembre, dont j'avais toujours crû, naïve que je suis, que c'était le jour de la Sainte-Barbe, mais que nenni puisque, visiblement, c'est le jour de Sainte Clapsy - si vous connaissez des Clapsy, il faudra y penser. Le 4 décembre donc, le plein hiver, la saison de la moufle et de l'écharpe, pire, de la neige, tout ce que j'aime.
Pour Gurty, ce mois béni commence à Paris, la grande ville où elle coule des jours heureux avec son Gaspard. Enfin heureux... Tout serait parfait, s'il n'y avait les fiancées. Les affreuses, les vilaines, celles qui font tout pour pourrir la merveilleuse vie de Gurty et de son compagnon à deux pattes. Il y a Léa, Anouchka, Justine... et la pire : Myrtille.

Il est pourtant tout à fait normal que mon Gaspard m'aime plus que Myrtille, vu que je suis pure et innocente, alors que Myrtille, elle est machiavélique et pourrie.

Si d'aventure vous hésitiez à sortir les modestes - voire dérisoires, 9.90€ que coûte ce livre, sachez qu'il est indispensable. Car Le journal de Gurty ringardise en 155 pages tout ce qu'on a pu écrire sur le sentiment amoureux. Roland Barthes, Pétrarque, Goethe, Aragon, Fitzgerald peuvent aller se rhabiller.

- Être amoureux, il parait que ça fait des guilis dans le ventre comme quand on mange de la mortadelle.
- On voit bien que tu n'y connais rien en amour ! j'ai rétorqué. L'amour, c'est comme le chocolat ou des Knackis. Au moment de les manger, on est content, mais ensuite, on a mal au cœur, le ventre qui gargouille, et conclusion générale : on se retrouve tout seul dans un coin avec la colique.

L'amour des fiancées, l'amitié, mais aussi cette sorte de sentiment bizarre et exclusif qui unit parents / progéniture et inversement, tout y passe. Qu'on soit humain, chien, chat, écureuil ou souris, c'est pareil. Le spécisme n'a pas sa place ici. Ce texte est une somme, croyez-moi sur parole.

L'histoire de Fleur atteste néanmoins qu'il est important de réussir son enfance, sinon, après, la traversée de la vie devient tout une affaire.
Moi, mon enfance, je l'ai réussie du premier coup grâce à l'amour de mon Gaspard et c'est pour cela qu'aujourd'hui, je suis belle, gentille, décontractée, et que mon poil brille en toute saison.

Pour les lecteurs qui auraient déjà lu le premier opus du Journal de Gurty, cette chroniquounette ne sert strictement à rien puisqu'ils sont déjà en train de faire la queue devant la porte de leur librairie indépendante préférée, légèrement fébriles, sautillant sur place, à moitié d'excitation, à moitié de froid. Pour ceux-là donc, qu'ils soient rassurés, Gurty et Gaspard vont passer leurs vacances de Noël en Provence et y retrouver Fleur, la merveilleuse Fleur, tout comme l'impayable Tête de Fesse et l'écureuil qui fait hi hi - le rôle de ce dernier s'étant considérablement étoffé...

Parée pour l'hiver

Et puis il y a l'hiver. L'atroce hiver plein de neige. Parce que, pour ceux qui l'ignoreraient, j'ose à peine l'écrire, il peut neiger en Provence. Pas souvent, mais ça peut.

Ah, se rouler dans la neige ! L'un des plus grands bonheurs, pour un chien... C'est presque aussi chouette que de se rouler dans le caca, sauf que la neige, c'est salissant.

Oui, la neige, ça craint. Et c'est là que le talent de Bertrand Santini éclate. Tenez-vous bien, il parvient à rendre poétique et doux ce moment fugace mais pénible de l'hiver. Gurty et Fleur redeviennent alors les deux petites louves qu'elles n'ont cessé d'être.

Parée pour l'hiver

Alors oui, on se marre franchement à la lecture de ce journal. A cet égard, je vous laisse découvrir le chapitre du 16 décembre, tout entier consacré à une bataille d'acronymes très chics.  On se marre, mais pas que. La tendresse est toujours là, en embuscade, discrète et pas dégoulinante. Ce qui prouve, s'il en était besoin, qu'on peut se rouler dans le caca tout en gardant une grande distinction des sentiments.

Allez zou, c'est demain !

 

Le journal de Gurty - Parée pour l'hiver
Bertrand Santini
éditions Sarbacane - collection Pépix
novembre 2016

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1723 pages

Publié le par Za

Moi, l'été, je tourne des pages.

Za, blogueuse et lectrice impénitente

1723 pages

Intrigante, accrocheuse, cette couverture. Et l'annonce d'un roman dont l'héroïne est un gorille femelle, n'en parlons pas. Alors, on tourne autour, on l'ouvre, et on est embarqué par une histoire formidable, à mi-chemin entre l'intrigue policière et le roman d'aventure, formidable galerie de portraits, de la chanteuse de fado au maharadja.

1723 pages

Sally Jones, puisque c'est son nom, sait lire, écrire, manie la clé à molette avec génie. Mécanicienne à bord du Song of Limerick, elle est plongée dans une sombre histoire de complot (mais une histoire de complot n'est-elle pas toujours sombre ?) qui voit le capitaine Koskela accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis. Sally Jones n'aura de cesse que de prouver son innocence. Et c'est parti pour une enquête hors norme, menée - à la première personne - par l'intelligente et courageuse Sally Jones. 
Retenez le nom de Jakob Wegelius, auteur illustrateur suédois, à qui l'on doit aussi les images qui ouvrent le livre, les en-tête de chapitres.  Le 5 octobre paraitra Sally Jones, La grande aventure, récit qui se situe chronologiquement avant ce roman.

Sally Jones
Jakob Wegelius
traduit par Agneta Ségol & Marianne Ségol-Samoy
Editions Thierry Magnier, 2016

 

1723 pages

Et de 3 ! Miss Peregrine sera donc une trilogie. Ce dernier opus plonge le lecteur dans un univers encore une fois fort différent des précédents, Miss Peregrine et les enfants particuliers et Hollow City. Jack et Emma sont sur les traces de Miss Peregrine, des Ombrunes et des Particuliers enlevés par les Estres et sous bonne garde de redoutables Sépulcreux - ami lecteur, si tu n'as pas encore lu Ransom Riggs, cette phrase te paraitra sans doute obscure, j'ai fait exprès. Voici nos héros évoluant dans une version parallèle des bas-fonds de Londres, l'Arpent du Diable - nul doute que Ransom Riggs ait lu Le peuple d'en bas de Jack London. La bibliothèque des âmes est de loin le roman plus sombre de la série. Il galope sans un temps mort vers le dénouement dont je ne dévoilerai évidemment rien, même si, je l'avoue, il mitige un peu l'enthousiasme que j'aurai pu avoir pour ces enfants particuliers. Les photographies sont toujours-là, étranges et inquiétantes. Elles demeurent la marque de fabrique de ces romans à l'univers taillé sur mesure pour Tim Burton, évidemment. Rendez-vous le 5 octobre pour le film... Tiens, le même jour que la sortie des pré-aventures de Sally Jones...

Miss Peregrine et les enfants particuliers
La bibliothèque des âmes
Ransom Riggs
traduit par Sidonie Van den Dries
Bayard Jeunesse, 2016

 

1723 pages

Si, comme moi, vous avez dévoré le premier tome, Les fiancés de l'hiver, vous devriez retrouver avec plaisir Ophélie, la passe-miroir.  On ne peut que s'attacher à cette anti-héroïne maladroite, déterminée, à l'écharpe tout droit sortie d'un roman de Boris Vian. Christelle Dabos creuse avec bonheur le sillon du premier tome. Chaque lieu est un personnage à part entière, doté de ses propres pouvoirs, tout comme les protagonistes de cette histoire. Une enquête policière s'entremêle cette fois aux intrigues de cour. On évolue sans peine d'un ascenseur à un autre, d'un miroir à l'autre, dans la citacielle hostile et baroque de Farouk, l'esprit de famille du Pôle. Les faux-semblants s'accumulent, les coups de théâtre tiennent en haleine. Les disparus du Clairdelune  est un roman immersif et terriblement efficace. Et n'oublions pas la magnifique couverture signée Laurent Gapaillard !

La passe-miroir
Les disparus du Clairdelune, tome 2
Christelle Dabos
Gallimard Jeunesse, 2015

 

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Passe à Beau !

Publié le par Za

Pour Vincent et David,
J'ai découvert à la fin de l'année que le gymnase où s'active Fiston 1er deux fois par semaine s'appelle "Gymnase Roger Couderc". J'y ai vu un signe et j'en aurais presque versé une larmichette. Alors, et si, pour changer, on parlait rugby ?

Passe à Beau !

Quelle belle composition que l'image de cette couverture ! L'oeil du dessinateur qui accompagne le beau mouvement du rugby, la chorégraphie parfaite de la passe en arrière.

Vois-tu, Antonin, le rugby est comme la vie, à la fois simple et compliqué, sommaire et subtil, immuable et changeant, logique et absurde... Pratiqué par des adultes redoutables obéissant comme des enfants à un petit homme à sifflet qui les punit parfois et les envoie au piquet, il est aussi, le rugby, un conte merveilleux plein d'exploits chevaleresques, de héros légendaires partis chercher sur un chemin semé d'embûches un fabuleux trésor ovale.

Allez savoir pourquoi le rugby pousse au lyrisme, à l'épopée. Il aurait ceci de commun avec le cyclisme, peut-être. Et encore.
Si les règles du rugby vous semblent nébuleuses, jetez-vous sur ce roman, quel que soit votre âge. Vous y trouverez un esprit, des valeurs, une ambiance, la découverte d'une culture à travers les yeux de néophytes prêts à se frotter à la rudesse d'un sport épique - ça se voit que je ne suis pas objective ?
Antonin Beau débarque à Montmartigues, ville de rugby. Dans ces cas-là, et quand de surcroit on est Parisien, il n'y a pas trente-six manières de s'intégrer. Surtout lorsqu'on se révèle avoir un talent inattendu pour le cadrage débordement (cadrage débord pour les intimes) ou l'art de mettre un vent à son adversaire.

Mais ce roman, c'est aussi l'histoire d'une communauté humaine forgée sur le rugby depuis des générations, d'une vieille histoire qui ressurgit au gré de la curiosité des jeunes héros. Il faut saluer le texte de Rémi Chaurand, savoureux, plein d'humour et présentant le noble avantage de voir surgir, page 109, c'est peut-être un détail, mais non, pas pour moi, un de mes mots préférés, certes présenté entre guillemets, ce qui le rend encore plus pécieux, mais je vous laisse juge...

Jean-Charles, qui a deux "bougnettes" de graisse de canard sur sa chemise blanche et une sur sa cravate rose, estime que l'arbitre a sifflé des pénalités injustes contre les nôtres.

Bougnettes... Mais quelle poésie dans ce simple mot.
Le grand avantage de ce roman, aussi, c'est la présence de monsieur Yvan Pommaux à l'illustration. Enfin, à la co-écriture serait plus juste. On navigue sans cesse du roman illustré à la BD, les moments de jeu étant les mieux traités à mon avis. Ce qui aurait pu être un essai (!) de plus sur le rugby devient une histoire haletante dont on sort un peu plus gagné par l'Ovalie. 

Passe à Beau !
Passe à Beau !

Que vous aimiez le rugby, ou que vous ayez envie d'y comprendre quelque chose, jetez-vous sur Passe à Beau ! Achetez-le pour vos petits !

Passe à Beau !
Yvan Pommaux & Rémi Chaurand
L'école des loisirs, 2016

Et pour finir ce billet, un petit bijou de reportage signé Roger Couderc sur la famille Spanghero. Nous sommes en 1966 dans une campagne en noir et blanc... 

le 10/07/2016 - Lecteur chéri, avant de quitter cette page, tu ne manqueras pas d'aller lire les gouleyants commentaires des deux dédicataires de cette chronique - lyriques en diable pour l'occasion.

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le fils de l'ombre et de l'oiseau

Publié le par Za

le fils de l'ombre et de l'oiseau

Bois de rose, bois de sang et de santal...
Je ramènerai la forêt où elle est née...

Cette histoire débute sur l'île de Pâques avant de s'envoler, au sens propre, vers le continent sud-américain, l'Amazonie, la Patagonie - comment se lasser de l'adjectif patagon... Une femme-oiseau, un homme sans ombre tout droit sorti d'un roman, une jeune fille à huit doigts, un chiffonnier manchot, Butch Cassidy... Des personnages pétris d'étrangeté peuplent ce roman d'aventure et de poésie.

Croisant son visage par-dessus son épaule, Pawel la surprend en admiration devant le ciel. La ballet des nuages, la fuite d'un oiseau lointain.
- Pas encore, finit-il par dire. Ici c'est la pampa. Les ciels patagons seront encore plus beaux que ceux-ci.

Une forêt à replanter, le rêve fou de voler comme les oiseaux, le fleuve qu'on lit comme un livre, la révolution, les chevauchées incertaines... Le temps transforme les parcours en mythes et les générations défilent, liées par des promesses qui engagent une vie entière.
On se laisse immerger dans cette épopée intime, racontée en une nuit sous un arbre par deux frères au bord de venger leur père. On vole, on galope, on laisse file les années.
La petite musique d'Alex Cousseau se construit à travers des romans d'au-delà des mers, de livre en livre, Je suis le chapeau, Les trois vies d'Antoine Anacharsis, une galerie des beaux personnages, de mondes en construction.

Alex Cousseau
le fils de l'ombre et de l'oiseau
rouergue, collection doado
2016

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Sauveur et fils

Publié le par Za

Sauveur et fils

C'est du grand, du très grand Marie-Aude Murail que nous avons là.
A condition de faire abstraction de la couverture, certes.
Marie-Aude Murail n'a pas son pareil pour dénicher l'humain, pour le rendre au centuple à son lecteur. Alors quel meilleur héros qu'un psychologue pour sonder les âmes ?
Autant vous le dire tout de suite, il me plait, ce Sauveur Saint-Yves. D'abord, il est joli garçon. Et Marie-Aude Murail n'y va pas avec le dos de la cuillère. Métis, grand, terriblement humain, n'en jetez plus. Et c'est bien là une preuve de la supériorité de la littérature sur le cinéma. L'image de Sauveur Saint-Yves ne nous est pas imposée, mais dès la page 10, on craque :

Sauveur avait la voix caressante de Nat King Cole vous chantant : "Unforgettable, that's what you are..."

Vous voyez le genre ?

Dans le cabinet de Sauveur défile une galerie d'adolescents, de familles qui souffrent, s'épaulent, essaient de comprendre, d'aller mieux. Phobie scolaire, séparations, recompositions, crise d'identité, chacun apporte ici un pan de réalité contemporaine. Toutes ces histoires sont regardées avec bienveillance par l'auteur/héros - tant il est clair que, de ce point de vue, Marie-Aude Murail et Sauveur ne font qu'un. Aucun jugement, mais la voix du narrateur, à la fois empathique et distanciée, insuffle humour et légèreté, là où il serait si facile de tartiner du désespoir.
Et puis il y a la relation entre Sauveur et son fils, Lazare. Un sauveur, un ressuscité. Entre ces deux-là, rien n'est simple non plus. La mort de la mère, les non dits, le racisme, la Martinique originelle, la vengeance, autant de fils difficiles à dénouer pour le psychologue, lui qui sait si bien éclaircir les sacs de noeuds des autres.
On rit, on s'émeut, on colle aux personnages. Sauveur et fils fait partie de ces livres qu'on dévore d'abord pour en ralentir la lecture vers la fin, parce qu'on sait pertinemment qu'ils vont tous nous manquer, les Gabin, Margaux, les Augagneur, Ella, Cyrille... Et Louise. Et les hamsters, aussi. Parce qu'il y a des hamsters.
D'un point de vue très très personnel, j'ai un faible pour Madame Dumayet. On sait les liens que Marie-Aude Murail a tissé au fil des années avec l'école - elle en est un auteur phare -, avec les enseignants. Et le personnage de Madame Dumayet est la preuve de cette perception juste et tendre. 
 

Madame Dumayet, suite à une conférence pédagogique donnée par monsieur l'Inspecteur, avait découvert la semaine précédente que l'écolier français manquait d'autonomie. Portant sur ses épaules l'avenir de la nation, elle afficha au mur de sa classe, grâce à ce soutien indéfectible du pédagogue qu'est la Patafix, un TABLEAU DES RESPONSABILITES.

Pour la Patafix au moins, je confirme.
J'ai fini par me résoudre à terminer Sauveur et Fils. Mais uniquement parce que je sais qu'à la rentrée, il y aura un deuxième tome. Et pourtant, je me lasse un brin des séries, des suites. Mais il y a des exceptions. Ce roman est est une. De taille.
Considérez cette modeste chronique comme la suite de ma grande déclaration d'admiration à Marie-Aude Murail. Et ce n'est qu'un début.

Sauveur et Fils, saison 1
Marie-Aude Murail
L'école des loisirs
avril 2016


 

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Hugo de la nuit

Publié le par Za

Hugo de la nuit

Alors, le nouveau Santini, il est comment ?
Parce qu'on en est là. Depuis le Yark, Jonas ou le Journal de Gurty, on sait que cette seule signature est la garantie d'un excellent moment passé avec un livre comme un rendez-vous avec un excellent ami.
Commençons par la couverture. Elle est pas magnifique, la couverture ? Ces couleurs, ce dessin en ombres chinoises, délicat comme pas deux. Et ce fronton orné d'animaux nocturnes élégants, souligné d'une lampe/lune inattendue, c'est pas une splendeur ? Un véritable écrin ?

Hugo de la nuit

Mais je digresse, je préambule. Alors tout d'abord, sachez que votre dévouée Za n'a pas du tout la culture du film / du livre qui fait peur. Mais alors pas du tout. Et ce simple détail de la couverture aurait suffi, en d'autres temps, à me refroidir.

Hugo de la nuit

Mais je te suis, ô lecteur, toute dévouée - c'est écrit plus haut. Alors, j'ai bravé ma peur de la-main-crispée-crochue-qui-sort-du-sol et j'ai ouvert ce roman. Pour ne plus le refermer.

Hugo aurait dû ressentir de la peur, de la terreur même, à planer au-dessus du monde dans les bras d'un fantôme. L'enfant n'éprouvait pourtant qu'un sentiment d'abandon, tout au plus teinté d'une vague appréhension.

Hugo est un garçon de douze ans moins un jour, entouré de parents, d'une nourrice (grandiose), d'un chien, d'amour. Mais, car il y a un hic, voilà qu'une sombre - mais alors très sombre - affaire fait exploser la quiétude provençale et l'embarque - et nous avec - dans un tourbillon fantastique au sens propre du terme.
Vous avez lu L'étrange réveillon, un album de Bertrant Santini et Lionel Richerand, dans lequel des fantômes excessivement sympatiques sont invités à un banquet de fête ?

Hugo de la nuit

Eh bien, j'ai eu la très agréable impression des les retrouver, ces spectres. Mais en mieux. Je serais tentée de dire en plus vivant, s'ils n'étaient aussi franchement décédés. Ils sont magnifiques, ces fantômes : amoureux, touchants, truculents, tordants, un peu foldingues, terriblement savoureux. Ce sont eux, les véritables héros de ce roman. Bertrand Santini leur offre des chapitres d'une fraicheur jubilatoire. Chacun d'eux est traité par leur auteur avec bienveillance et amicale moquerie. Mention spéciale au Père Poudevigne, mon préféré...

"Benezet Trophime, dit Père Poudevigne. Disparu le 1er Aprilis 1503 à l'âge de quarante et un ans !
Cause du décès : Mort par noyade dans un tonneau de vin blanc."

Chacun de ces fantômes est une histoire en soi. Nicéphore, Dame Betti, Gertrude, Adélaïde, Cornille, Poudevigne, une petite société de morts s'étripant joyeuse autour d'une hypothétique poêlée de champignons, de scènes de ménage éternelles, de fous rires nerveux, d'amour maternel étouffant. Tout cela rend la mort bien douillette et finalement moins terrible que la vie.
Il y a aussi les zombies, juste affreux comme il faut - j'ai assez bien supporté, merci - avides, goulus, des zombies, quoi.
Au jeux des références, où seul Bertrand Santini aurait le dernier mot, derrière Kubrick, Shakespeare, Scoubidou, Gremlins, et d'autres choses horrifiques que je me refuse à entrevoir, il me vient encore un auteur qui m'a sauté aux yeux, à la mémoire, au coeur, avec ce passage :

En reprenant de l'altitude, il aperçut sa maison. "Qu'elle est petite !" songea-t-il, presque dans un rire. "Comment ai-je pu tenir là-dedans ?"

Allez, je vous raconte ma vie cinq minutes. Quand j'étais petite, il y avait chez moi un gros coffret de 33 tours (on dit vinyles, aujourd'hui). C'était Les lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, lues par Fernandel. Un chef d'oeuvre d'intelligence. Et de trouille aussi. Qui n'a jamais entendu la fin de La chèvre de Monsieur Seguin par Fernandel ne sait rien des terreurs enfantines et vespérales - parce qu'on n'écoute jamais ce genre de trucs le matin, allez savoir. Et pourquoi La chèvre de Monsieur Seguin ? Pour ça :

Une fois, s'avançant au bord au bord d'un plateau, une fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas dans la plaine, la maison de M. Seguin avec le clos derrière. Cela la fit rire aux larmes.
"Que c'est petit ! dit-elle; comment ai-je pu tenir là-dedans ?"

Et puis il y a l'emprunt des noms, comme un hommage, Cornille, Gringoire, ou l'esprit du texte, L'élixir du révérend père Gaucher et Les trois messes basses où le fameux Poudevigne pourrait se balader à l'aise.... Alphonse Daudet donc.
Et puis des noms qui sonnent doucement à mon oreille, Bouffarel - ici bien peu angélique... Et que dire d'Aza, cette merveille de nourrice, de ces gens qui ne peuvent aimer sans rouspéter. Elle, dans mon petit cinéma de lectrice, c'est l'Honorine de Marius - la sublime Alida Rouffe. Ces références ne bouleversont pas le jeune lecteur de 12 ans et + préconisé sur la quatrième de couverture. Mais ils font aussi la profondeur de cette histoire, la manière inimitable de raconter les histoires qui fait la patte de Bertrand Santini.
Alors, oui, Hugo de la nuit est un roman haletant, hilarant, effrayant, mais pour moi, c'est un livre tendre. Tendre comme la chair sous la dent acérée du zombie affamé, tendre comme les engueulades pagnolesques d'Aza, tendre comme une léchouille de Fanette - Gurty, on t'a reconnue !
Donc, pour résumer cette chronique beaucoup trop longue, Hugo de la nuit est désopilant, très bien écrit, flippant, terriblement attachant. Lisez-le ! Et comme ce samedi c'est la  Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, achetez-le ! 

Hugo de la nuit
Bertrand Santini
Grasset Jeunesse, avril 2016

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mon école des loisirs #3

Publié le par Za

Elle aurait pu faire l'effort de m'appeler Violette. Mais non, il a fallu qu'elle choisisse Verte. Quelquefois j'ai eu l'envie de l'attaquer en justice. Mais quelquefois je l'aime et j'ai envie de lui offrir des vacances de rêve à Honolulu. Rien n'est plus fatigant qu'une mère. Etant entendu que je ne sais pas ce que c'est qu'un père.

mon école des loisirs #3

La première fois que j'ai rencontré Verte, il y a presque longtemps aujourd'hui, elle ne ressemblait pas à la jeune fille dessinée par Soledad Bravi. La première édition de ce roman avait pour couverture un dessin de Gaudelette, tiré de Radada la méchante sorcière. Autant vous dire que l'ambiance proposée était sensiblement différente...

mon école des loisirs #3

Ce premier roman, paru en 1996, racontait l'histoire de Verte, dernier rejeton d'une lignée de sorcières pas communes, pas commodes non plus. Des sorcières tout ce qu'il y a de moderne, vivant dans une ville banale, immeuble, appartement, tribu matriarcale, mais rien de trop voyant non plus. On est sorcière mais pas trop. L'histoire se raconte à plusieurs voix, chacun présentant son point de vue, ses doutes, ses agacements. Ursule la mère, Verte la fille, Anastabotte la grand-mère et un personnage masculin aussi, Soufi, l'ami/amoureux - à cet âge-là, on ne sait jamais vraiment.
Comment se construire une identité vivable, lorsqu'on trimblle une généalogie aussi peu banale, comment intégrer un père dans cette famille où la cocotte-minute ne sert pas qu'à préparer la soupe, vaste programme... Et défi relevé haut la main par une Marie Desplechin très en verve.

Pome débarque en 2007. Encore une sorcière... Ce deuxième roman gagne quelques personnages masculins. Soufi est rejoint par Gérard, le père, apparu dans Verte et par Ray, inénarrable grand-père, ancien commissaire de police, qui trouve bien des charmes à Anastabotte... La famille s'élargit avec bonheur.

Et puis Mauve en 2014. Un troisième roman bien différent. Plus profond, un peu venimeux - avec le personnage de Mauve-, tenté par l'aventure, par un surnaturel plus spectaculaire mais aussi bien ancré dans le monde - harcèlement, exclusion. On veut y brûler des sorcières. La différence fait désordre, chassons-la, rallumons les bûchers.

Le vieil appel s'est levé, il a enflé, il est monté vers le ciel. "Sorcières... Sorcières..." Des briquets se sont allumés dans la nuit. La bousculade autour de nous s'est aggravée.

Ces trois textes forment une trilogie cohérente et attachante, à lire d'une traite !

Verte, Pome, Mauve
Marie Desplechin
L'école des Loisirs
1996, 2004, 2014

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mon école des loisirs #2

Publié le par Za

Mon école des loisirs, ce sont aussi des romans, et parmi eux, une signature. Parce que s'il n'y en avait qu'une, ce serait Marie-Aude Murail. De ses personnages, Emilien est le premier à être venu vers moi, avec l'inénarrable Martine-Marie.

mon école des loisirs #2

Puis Simple, Miss Charity et Malo de Lange...

mon école des loisirs #2
mon école des loisirs #2

Et un jour, j'ouvre Oh, boy ! C'était avant. Ce roman date de 2000. Tout rond. Une époque pourtant si proche où on pouvait rencontrer un texte comme ça, sans craindre la moindre crispation. Un texte d'avant les pisse-vinaigre. Oh, boy ! est l'opposé absolu du roman à thème - que je déteste. Et pourtant Murail y aborde la question de la famille - ou ce qu'il en reste. Mais elle le fait tranquillement, sans chercher à imposer une quelconque idéologie. Et l'homosexualité d'un des héros n'est pas une question en soi, elle est un élément comme un autre du l'intrigue, ni plus ni moins. Tout cela nous donne un superbe roman d'amour et d'humour - magnifiquement adapté au théâtre par Catherine Verlaguet et mis en scène par Olivier Letellier.

mon école des loisirs #2

Les livres de Marie-Aude Murail m'ont appris que la littérature de jeunesse est avant tout de la littérature, et une littérature qui transcende les âges. Ils m'ont appris qu'un roman, c'est une histoire qu'on peut raconter sans se regarder écrire, sans prendre de pose. Le style de Marie-Aude Murail est tout ce que j'aime et tout ce que je respecte en littérature. Sans alourdir la phrase pour faire genre, en allant droit au but, droit au sens, l'écriture avance, sans se vautrer dans l'adverbe et l'adjectif. Cette efficacité, modeste et simple, laisse toute sa place aux personnages. Et quels personnages !

Alors donc, voilà. Ce deuxième épisode de mon école des loisirs était en réalité une déclaration d'admiration béate. Le prochain sera consacré à une chouette trilogie... Et pour la bibliographie de Marie-Aude Murail, les romans que je vous conseille ici et les autres, allez donc chez Ricochet !

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