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89 articles avec romans

laisse aller

Publié le par Za

Il faut bien l'avouer, mon Cabas a toujours eu des airs de vacanciers. Il prend son temps, n'est pas très régulier, boude parfois la nouveauté, bref, le Cabas se la coule douce en toute saison. Alors imaginez-le l'été...

Pour la première fois cette année, pourtant, on ne fera pas relâche. Car la pile à lire - PAL - est du voyage. Je me disais l'autre jour en remplissant la valise de livres que si le pal était un supplice, la PAL est en train d'en devenir un, au moins pour le dos et le bras lorsqu'il faut charrier la valdingue. Mais cessons de chougner, et surprenons mes futures lectures en pleine séance de farniente dans le thym, sous les lavandes, à deux pas des tomates encore vertes, dans les délicieuses odeurs de chlore...

laisse aller

La ménagerie d'Agathe

Eric Chevillard & Frédéric Rébéna

Hélium/Actes Sud, 2013

La déjeunite de madame Mouche (et autres tracas pour lesquels elle consulta le docteur Lapin-Wicott)

Elsa Valentin

& Fabienne Cinquin

L'atelier du poisson soluble, 2013

Vite, vite, chère Marie !

N.M. Bodecker & Erik Blegvad

Autrement Jeunesse, collection Fil rouge, 1998

laisse aller

Jean Teulé

Je, François Villon (Pocket)

Fleur de Tonnerre (Julliard)

Pierre Bergounioux

L'orphelin (Gallimard)

La mort de Brune (Folio)

Le Chevron (Verdier)

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éd. On verra bien

Terry Pratchett

& Neil Gaiman

De bons présages (J'ai lu)

Didier Daeninckx

Têtes de Maures (l'Archipel)

Alain Mabanckou

Tais-toi et meurs

(éd. la branche)

Philipp Pullman

Lyra et les oiseaux

(Folio Junior)

Et comme je sortais du grand bain chloré, il s'est mis à pleuvoir, alors, que voulez-vous, ne reste plus qu'à se caler dans un coin, à l'abri et commencer par...

Publié dans albums, romans

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douze minutes avant minuit

Publié le par Za

Amateurs de fantastique, de feuilletons, d'étrange, voici un roman qui devrait vous plaire.

douze minutes avant minuit

Nous sommes à Londres en 1899. La guerre fait rage entre les feuilletonistes, les romanciers de tout poils. C'est à qui gagnera la palme de l'étrange, du haletant. Dans cette ruche qui ne compte pas moins que les talents de Conan Doyle ou de H.G. Wells, Montgomery Flinch tient le haut du pavé. Qui pourrait se douter que derrière ce pseudonyme se cache Penelope Tredwell, demoiselle de treize ans à peine, au style aussi affûté que l'esprit...

Dans ce cadre propice à l'imagination, Christopher Edge plante une intrigue qui avance toute seule, de rebondissements en retournements de situation. Imaginez les malades d'un hôpital psychiatrique qui, tous les soirs à la même heure, sortent de leur torpeur, mus par un irrépressible besoin d'écrire. Tous les soirs, douze minutes avant minuit, ils tracent sur le papier, sur les murs, des visions d'apocalypse, de mondes en flammes... C'est ce mystère glaçant que devra résoudre Penelope Tredwell, au risque d'y laisser sa vie, sa raison.

Voici un roman qui pourrait figurer dans la valise de tout lecteur de 12 ans avide de suspens, d'ambiances crépusculaires. À condition de ne pas craindre les araignées mais c'est une autre histoire...

 

Douze minutes avant minuit

Christopher Edge

Flammarion

 

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l'éternel #1

Publié le par Za

pour David

 

Vous y croyez, vous, aux fées ? Je veux dire celles qui se penchent sur le berceau d'innocents qui ne leur ont rien fait. Le 28 août 1971 naissait Joann Sfar et je serais curieuse de connaître celles qui se sont réunies autour du couffin où il roupillait.

Je les imagine, quatre balèzes à hennin, le muscle tendu sous la tunique vaporeuse, la mâchoire carrée, l'air martial, brandissant de solides gourdins en guise de baguettes. Parce que, pour tout vous dire, il allait recevoir du costaud, le pauvret...

- Boudu qu'il est beau, ce minot ! Té, il dessinera ! Tout le monde n'aimera pas forcément, mais peuchère, il dessinera beaucoup !

- Oh fan de pieds ! Mais c'est qu'il n'a pas l'air bête ! Il réalisera des films en plus ! Et des bons !

- Mais laissez que je le regarde ! Qu'il est gracieux ! J'en suis toute estransinée ! Il aura du style, ce niston ! Mais littéraire le style, le genre à écrire des romans !

La quatrième fée était la moins costaud mais la plus maligne. Elle s'est frayé un chemin à coups de latte jusqu'au petitou.

- C'est bien beau les filles, mais sans imagination, tout ça ne sert à rien !

Sa baguette à elle, un poil moins guerrière quoique nettement plus inquiétante, était un fémur poli par les ans. Elle le leva au-dessus du gniard. Jaillirent alors des étincelles, des chats, des animaux volants, des monstres, des violons, un tourbillon d'histoires insensées, des éclats de rire, des grincements de dents, un coq et un âne pour sauter de l'un à l'autre.

Après quoi, elles ont disparu comme elles étaient arrivées, laissant derrière elles un parfum de miel et de jasmin. Le petit Joann dormait du sommeil du juste.

Plus pour très longtemps.

l'éternel  #1

Tout ça pour vous dire que je suis en train de lire L'éternel et que je ne vois pas d'autre explication au talent de ce monsieur dont ce premier roman m'a embarquée dès la première ligne, me fait rire et frissonner, m'empêche de dormir tellement je me régale.

Chronique à venir...

 

L'éternel

Joann Sfar

Albin Michel

avril 2013

 

 

 

Publié dans romans, Joann Sfar, Albin Michel

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monsieur kipu

Publié le par Za

Tous ceux qui pensaient que Roald Dahl était mort, et moi la première, se fourraient le doigt dans l'oeil. Profondément. Car c'est peu dire que l'ombre de l'auteur de Matilda plane sur ce livre.

 

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Les dés sont pipés dès le départ. L'illustration de couverture de Quentin Blake impose un arrière-plan dahlien immédiat et c'est ainsi que j'ai ouvert ce roman, sous influence. D'autant que je lis peu l'anglais et n'ai aucun point de repère qui me permettrait de différencier le style de Walliams de celui de Dahl. À se demander si, finalement, être illustré par Blake est vraiment une aubaine (commerciale au moins) ou un genre de boulet à traîner en répétant "je ne suis pas Roald Dahl, je ne suis pas Roald Dahl..."

 

Chloé Croûton a douze ans et une famille bien lourde à porter. Un père effacé, une mère psychorigide et une soeur parfaite. Les archétypes idéaux dont on sent immédiatement qu'ils nous promettent de belles scènes d'hystérie. D'autant que le second héros de cette histoire est un clochard magnifique, un vrai, un qui pue. Mais pas qu'un peu, non. Il pue au point qu'on peut représenter son odeur, ce dont Blake ne se prive, d'autant qu'on le lui demande directement.

 

Tel un nuage brun foncé et menaçant, l'odeur avait en effet traversé le bois de la cabane, décollant la peinture au passage. elle avait ensuite subrepticement franchi la pelouse, avant d'ouvrir la chatière et de lancer dans une occupation agressive de la cuisine. Vous êtes-vous jamais demandé à quoi ressemblait une mauvaise odeur ? À ceci.

 

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Oh, elle est vraiment terrible, cette odeur. En posant le nez contre la page, vous pourriez presque la respirer.

 

La jeune fille est la seule personne au monde à pouvoir, semble-t-il, passer outre ces remugles presque palpables. Elle tisse un lien de curiosité avec ce vagabond. Lui, il préfère promeneur. Sans a priori, elle s'intéresse à la personne derrière l'attirail du clochard, intriguée par des détails incongrus, semés comme autant d'indices, ces couverts en argent dont il ne se sépare pas, cette manière très stylée qu'il a de jeter un papier à la poubelle, d'un geste sûr.

 

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Je m'en voudrais de dévoiler davantage cette histoire haute en couleur, qui verra la politique faire une entrée remarquée dans la vie de la famille Croûton, en la personne du premier ministre David Cameron ! La fin pourra sembler rapide mais les retournements de situation n'en sont pas vraiment et le naturel revient méchamment au galop. Monsieur Kipu est un personnage formidable, débarrassé de tout attirail bien pensant, et pourtant parfaitement idéaliste. Son franc parler faussement détaché saura bouleverser Chloé et sa famille joyeusement dysfonctionnelle.

 

Ce roman ne révolutionne pas le roman jeunesse. Il brasse allègrement les clichés, le clochard, la mère frappadingue, le père largué, l'épicier indien... Mais tous ces personnages sont vivants au possible et on ne va pas bouder son plaisir. Cependant, je ne peux m'empêcher de me demander ce que serait cette histoire sans Quentin Blake... 

 

Monsieur Kipu

David Walliams

illustrations de Quentin Blake

Albin Michel Jeunesse

Coll. Witty

 

Un autre roman de Walliams, également illustré par Blake,

a obtenu en 2009 le Roald Dahl's Funny Price.

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un chapeau, un trésor

Publié le par Za

Deux voyages, deux chimères.

Courir après un chapeau, courir après un trésor.

Deux romans d'Alex Cousseau qui vous envoient valdinguer à travers les mers, au-delà du froid, à la recherche de dieu sait quoi finalement. Deux textes qui mêlent habilement la fiction et la réalité, à la poursuite de personnages réels, Knut Rasmussen, Edgar Allan Poe. Deux histoires qui tanguent en trois parties, trois vies dans une.

 

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Je suis le chapeau

J'avoue avoir été un temps trompée par le suis du titre. Je suis, du verbe être, du verbe suivre ? des deux ?

Abandonnez immédiatement ce que vous êtes en train de faire, c'est à dire lire mon pauvre billet, pour vous ruer ici et lire le magistral premier chapitre de ce roman ! C'est le genre de lecture qui vous donne un coup de fouet, au cas où vous auriez oublié ce que littérature veut dire. Et ne vous laissez pas abuser par le ado de doAdo sur la couverture, c'est un roman, point.

Pourtant, quelque chose cloche.

Cet ours est coiffé d'un chapeau.

Un chapeau brun, doté d'un élastique coincé autour du cou.

Wanda et Oukiok sont orphelins. Leur père a été tué par l'ours au chapeau. L'ours tué à son tour et mangé, ne reste que le chapeau et les initiales KR, Knud Rasmussen. Durant leurs trois vies, au Groenland, au Cananda puis en Écosse, les deux jeunes inuits traquent l'explorateur dans l'espoir de lui rendre son chapeau, rencontrent Robert Flaherty en plein tournage de Nanouk l'esquimau, croisent Winston Churchill. Wanda ne parle pas, elle est muette comme les films de cette époque, sa voix ne se fait entendre que la nuit, lorsque le rêve déborde, lorsqu'elle ne parle que pour son frère, qui prend fébrilement ses paroles en notes. Un roman épique, une quête de vie, teintée de magie, de chamanisme, ancrée dans une réalité historique passionnante : les années 20, les débuts du cinéma documentaire, l'exploration des terres arctiques. Wanda et son frère rencontreront-ils Knud Rasmussen ?

L'enchaînement des courts chapitres rend la lecture haletante. Il est impossible de lâcher ce livre tant qu'on ne l'a pas terminé.

   

Trois vies encore.

Les trois vies d'Antoine Anacharsis

Une première vie au large de Madagascar, qui débute en 1831 comme débutent toutes les autres vies du monde : dans le ventre d'une mère. Et c'est là le tour de force d'Alex Cousseau: cette première vie in utero mais en pleine conscience où Taan, le futur Antoine reçoit son héritage avant même de naître. Une généalogie d'abord, une lignée de femmes, et puis un parchemin couvert d'une écriture indéchiffrable, sésame vers le trésor du pirate Olivier Levasseur.

Cette première vie, absolument fascinante, voit les parents d'Antoine arrachés à leur île, emmenés en esclavage vers un nouveau continent qu'ils ne verront jamais.

Si mon père était le kraken, ses jambes seraient des bras, des tentacules. Il aurait plusieurs paires de bras d'où pendraient plusieurs chaînes et il étranglerait les hommes qui nous retiennent prisonniers. Si mon père était le kraken, il renverserait la chaloupe d'un tour de rein. Et la goélette en même temps, pour libérer la tortue. Si mon père était le kraken, il n'aurait pas peur des fusils, perdre une jambe ou deux ne changerait rien pour lui. Si mon père était le kraken, on n'en serait pas là. Mais mon père n'est qu'un homme. Ni lui ni moi ne sommes le kraken, nous sommes moins que des hommes, nous sommes des esclaves, mon père est un esclave et je suis à peine plus gros qu'une langouste coincée au fond d'une nasse.

Les deux autres vies d'Antoine seront celles  de la vie à bord d'un baleinier, de la plantation, de la recherche, du décryptage du cryptogramme, pour lequel il cherchera à solliciter Edgar Allan Poe, grand déchiffreur de messages codés. Dans cette histoire, Antoine perdra la parole, se fera couper la langue. 

Les trois vies d'Antoine Anacharsis est un excellent roman d'aventure, et même un peu plus que ça.

J'ai lu ces deux livres à la suite et leur ai fatalement trouvé des ressemblances. La construction en triptyque, les héros privés de parole, et ces deux objets, le chapeau et le parchemin, dont on finit par comprendre qu'ils ne sont qu'un catalyseur. Voici une fois de plus la preuve éclatante de ce que la littérature de jeunesse peut donner de meilleur, de plus exigeant.

 

Alex Cousseau

Je suis le chapeau (2009)

Les trois vies d'Antoine Anacharsis (2012)

éditions du Rouergue

collection doAdo

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coraline

Publié le par Za

Le courage, c'est quand on a peur, mais qu'on y va quand même.


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Chers parents, si un jour, d’aventure, vos minuscules ont émis l’hypothèse qu'ils seraient mieux considérés dans une autre famille, ce film est pour vous. Enfin pour eux…

Chers oncles, tantes, parrains, marraines, en butte à de ravissants tyrans de moins d’un mètre cinquante maudissant leur sort de sales enfants gâtés, ce film est pour vous. Enfin, pour eux…

Car dans la vie de Coraline, tout va de travers. Des parents très affairés, un déménagement  inopportun, une nouvelle maison de guingois, loin de tout, sans compter la pluie. Parce que, sachez-le, parfois, les éléments eux-mêmes se liguent avec les circonstances. Si vous voyez ce que je veux dire…

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Coraline est à l'origine un court roman de Neil Gaiman publié en 2002, aussi sec couronné d'une rafale de prix, tartiné de louanges et comparé à Alice au pays des merveilles, rien que ça – parce qu’à partir du moment où une petite fille passe dans un univers parallèle, vlan ! nous voilà du côté d’Alice. C’est bien d’avoir des repères simples. Quoi qu'il en soit, ce texte à peine terminé, Neil Gaiman demandait à son agent de le faire parvenir, au cas où, à Henry Selnick, réalisateur de l'Étrange Noël de Mr Jack...

 

Coraline a donc des parents très occupés - Petitou laisse-moi, j'ai une chronique sur le feu - qui ne lèvent guère les yeux de leur ordinateur - je n'en ai pas pour longtemps, sois patient. Ou va jouer. Mais tout seul. Au hasard de l'exploration de leur nouvelle maison, parce que les enfants désœuvrés finissent toujours par trouver de quoi s’occuper, n’est-ce pas mon mignon ? la demoiselle va trouver ailleurs l'attention qu’elle cherche, au risque de tomber sur de nouveaux parents formidables, copie conforme des siens, absolument disponibles, mais vaguement inquiétants. Oh, trois fois rien, ils ont de gros boutons noirs à la place des yeux, comme ces poupées de chiffon, figée à jamais sur un sourire cousu main.  Souriantes mais flippantes…

Coraline hésita. Elle se retourna. Son autre mère et son autre père venaient vers elle en se tenant par la main. Leurs yeux-boutons noirs étaient fixés sur elle. En tout cas, elle en avait l'impression. Elle n'aurait pu en jurer.

L'autre mère tendit sa main libre et, l'index replié, lui fit gentiment signe de revenir. Ses lèvres décolorées articulèrent les mots Reviens vite, mais aucun son ne sortit de sa bouche.

Coraline inspira profondément, puis fit un pas dans les ténèbres où murmuraient des voix étranges tandis que le hurlement du vent résonnait dans le lointain. Tout à coup, elle eut la certitude qu'il y avait quelque chose derrière elle, dans le noir - quelque chose de très ancien et de très lent.

Le texte de Gaiman est finalement assez abstrait. Et c’est ainsi que l'envoûtement fonctionne, de Charybde en Scylla. Neil Gaiman va à l'essentiel, nous livre un squelette, une ossature solide et inspirante, construite sur l’os, sans superflu.

Et le film, me direz-vous…

 

 

Tout commence avec ce générique, ces premières images percutantes, envoûtantes. La référence à Burton et Edward aux mains d'argent saute immédiatement aux yeux, sans parler de la musique de Bruno Coulais qui, s'il zyeute souvent du côté de Danny Elfman, a - encore une fois - bien révisé son Benjamin Britten... Le genre de générique qui vous ferre immédiatement.

Le film traduit à la perfection la fascination vénéneuse, noire, oppressante que les parents alternatifs exercent sur Coraline. Car, comme dans tous les contes, la sorcière est en embuscade, le chat noir rôde, les artistes de music-hall empaillent leurs chiens. Ah non, ça, ce n'est pas très courant. Pas plus que les acrobates dresseurs de rats savants, d'ailleurs. La parenté avec Burton est aveuglante, il n’y a qu’à voir les éléments végétaux pas rassurants - ces gens-là ont une manière de représenter les arbres qui pourraient me dégoûter des balades en forêt, si ce n'était déjà fait. 

L'action se tend comme le fil de l'araignée, entre beauté et terreur, scènes loufoques et suspens à couper au couteau.  À déconseiller aux plus jeunes. Petitou a fait quelques bonds. Si nous avions vu ce film au cinéma, sur un grand écran, il m'aurait certainement arraché un bras... Nous dirons donc qu'à partir de 8 ans, c'est jouable. Mais surtout, chers adultes qui accompagnez avec abnégation votre progéniture dans sa découverte de la création cinématographique, et regrettez parfois d'avoir si bon cœur, je vous jure que vous ne vous ennuierez pas (non, je n'ai rien contre Rebelle) ! Tout le monde en aura pour son argent, les grands et les petits, sans clins d'œil appuyés aux grands (non, je n'ai rien contre Shrek), sans guimauve mystique (non, je n'ai rien contre Brendan et le livre de Kells).

Coraline est, en un mot comme en cent, un pur moment de jubilation.

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miss peregrine et les enfants particuliers

Publié le par Za

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Non.

Je ne vous raconterai pas Miss Peregrine et les enfants particuliers, que j’ai lu en deux jours.  N’insistez pas. Lisez plutôt le résumé de la quatrième de couverture, tiens !

Une histoire merveilleusement étrange, émouvante et palpitante. Un roman fantastique qui fait réfléchir sur le nazisme, la persécution des juifs, l’enfermement, l’immortalité.

Gnagnagnagnagna... Ah, l’indispensable résumé de la quatrième de couverture… Exercice de haute voltige ! Sauf qu'à mon sens, celui-ci n’a qu’un très lointain rapport avec l’histoire, à se demander si son rédacteur a seulement lu le roman jusqu’au bout.

Certes, il est question d’enfermement, d’immortalité mais point de réflexion sur le nazisme – convoqué ici de manière anecdotique, tant il est vrai que le nazi est un méchant très photogénique - et encore moins de réflexion sur la persécution des juifs – si ce n’est dans une scène où l’auteur frôle le (très) mauvais goût. À moins qu’il ne s’agisse d’une métaphore, mais si lourdingue que je me refuse tout simplement à l’envisager.

Mais alors, qu’est-ce qui se cache derrière cette énigmatique couverture, hein, hein ? Ne comptez pas sur moi pour soulever le moindre petit bout de voile sur cette histoire. Que dalle. D'autant que le livre est d'ores et déjà traduit dans une trentaine de langues (si, si !), c'est dire si c'est une découverte... L’intrigante photo de couverture devrait d’ailleurs suffire à vous mettre l’eau à la bouche. Regardez bien les pieds de la fillette, à quelques centimètres du sol, son regard fatigué, ce sérieux qui colle si mal à son âge...

Le texte seul ne brillerait pas par son originalité. Il brode autour de thèmes maintes fois abordés ailleurs : des enfants doués de pouvoirs particuliers, des créatures effrayantes, la quête de la vérité, un voyage dans le temps, une histoire d’amour…  Mais qu’est-ce que je raconte ? Oubliez immédiatement ce que vous venez de lire !

Non, ce qui m'a scotchée à mon hamac, c'est la maîtrise dont Ransom Riggs fait preuve pour son premier roman. 433 pages construites selon un scénario implacable, avec rebondissements et crescendo final – un bon film. D'ailleurs, ce serait pour 2013, avec Tim Burton dans le rôle du réalisateur ! Ransom Riggs est un vrai page turner à l’américaine (pléonasme), le genre d'auteur que vous suppliez de vous laisser aller faire pipi à la page deux cents, que vous implorez cent pages plus loin de vous permettre de souffler un peu vu que le hamac est désormais au soleil  et que je crame. Il y a du métier derrière tout ça, une technique impeccable, un pragmatisme d’horloger, un art qui ne laisse deviner ni ficelle ni échafaudage. Une fois que Miss Peregrine aura refermé ses serres sur votre nuque, vous comprendrez ce que je veux dire…

Mais l'idée géniale de Miss Peregrine repose sur les photos, qui illustrent le livre de leur glaçante étrangeté et lui confèrent un réalisme inattendu.6a00d8341c630a53ef0154324a70b4970c-320wi.jpg

 

Des photos que j’ai crues réalisées pour le livre, naïve que je suis, mais qui sont en réalité d’authentiques clichés, trésors de collectionneurs. Une fois intégrés à l’intrigue, de bizarres au premier abord, ils deviennent saisissants, mettent mal à l’aise et les moins spectaculaires feront courir de délicieux frissons le long de votre échine enduite de crème solaire…

 

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De ces images est née l'histoire, de ces enfants à mi-chemin entre Freaks et Edward Gorey. Edward Gorey que Riggs cite volontiers, comme une parenté qu'il partagerait avec Burton et qui me ravit au plus haut point."I was thinking maybe they could be a book, like 'The GashlycrumbTinies' ", he said "Rhyming couplets about kids who had drowned. That kind of thing."   (Los Angeles Times, 17 mai 2011)

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Voilà, j’espère avoir été assez confuse pour vous donner envie d’aller voir Miss Peregrine et les enfants particuliers de plus près. Mais pas trop près, on ne sait jamais…

 

Miss Peregrine et les enfants particuliers

(Miss Peregrine's Home for Particular Children)

Ransom Riggs

traduit par Sidonie Van den Dries

Bayard Jeunesse, mai 2012

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le mardi sur son 31 [4]

Publié le par Za

" Pourtant, c'est insensé, elle n'est pas enterrée au Père-Lachaise.

Autrefois, elle habitait dans les Ardennes et, à sa mort, on a dispersé les cendres de son corps brûlé dans le vent. "

 

Comme cet extrait ne le montre pas forcément, je suis en train de lire un roman d'amour, ce qui est suffisamment rare pour être noté. Lorsque son prof de français propose à Marie d'imaginer une histoire d'amour dont elle serait l'héroïne, la jeune fille décide de se lancer dans les rues de Paris à la recherche du jeune homme idéal...

 

Un roman que j'ai emprunté aussi pour la couverture de Laurent Moreau, dont j'aime infiniment le style et les images.

 

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Le garçon sans visage

Kochka

Oskar éditeur

avril 2012

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Publié dans romans

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veuf

Publié le par Za

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"L'homme est un animal inconsolable et gai."

Cette phrase de Jean Anouilh pourrait figurer au frontispice de ce livre. Mais la citation de Voltaire qui s'y trouve n'est pas mal non plus... "Il est poli d'être gai."

 

Il est poli d'être gai...

 

On savait Jean-Louis Fournier élégant. Qui ne l'a pas vu, à l'émission La Grande Libraire, arborant un pantalon moutarde éclatant, ne sait rien de l'élégance.

 

Je repose ce livre délicatement, après l'avoir lu d'une traite. Je ne voudrais pas déranger. Je ne voudrais troubler la quiétude des roses du jardin. Je ne voudrais pas froisser les draps brodés. Je ne saurais décrire la délicatesse de ce texte. Enfin, de ces courts textes, rarement plus de quatre pages. De brefs instants de la vie sans elle, un portrait en creux de la vie d'avant. De tendres reproches, des phrases efficaces.

Le plus terrible, c'est que je vais mourir seul, tu ne seras pas là pour me rassurer, me tenir la main, me fermer les yeux.

En même temps, je préfère que tu évites tout ça. Toi, au moins, tu ne seras jamais veuve.

Une foule de détails, de petites choses glaçantes et tendres.

Chaque fois que je vois des affaires à toi, j'ai du chagrin, surtout ton sac à main. Chaque fois que je rentrais à la maison et que je le voyais assoupi sur une chaise de l'entrée, j'étais rassuré, tu étais là.

Maintenant, ton sac est toujours là, mais pas toi.

García Márquez a écrit : "Les gens qu'on aime devraient mourir avec toutes leurs affaires."

L'humour dévastateur et iconoclaste de Fournier n'est évidemment jamais bien loin. L'ami de Desproges n'aurait pu nous offrir une tristesse simplement noire, purement grise. Avez-vous jamais lu plus belle déclaration d'amour...

La belle pendule Napoléon III refuse de se remettre en route. Je l'ai remontée, je l'ai calée, je ne comprends pas. Peut-être qu'elle n'ose plus sonner, parce qu'elle a une sonnerie joyeuse ? Ou alors, ça ne l'intéresse plus de compter le temps depuis que tu es partie, il passe trop lentement. Les journées sont longues depuis le 12 novembre. j'aurais dû récupérer tes cendres, faire un grand sablier pour les mettre dedans, je t'aurais regardée passer le temps.

On pense inévitablement à Où on va, papa ? dans lequel Fournier racontait son expérience de père de deux fils handicapés, et qui était un texte cocasse et déchirant. Rien de tel avec Veuf, vous l'aurez compris. Le chagrin de Jean-Louis Fournier se déplace sur la pointe des pieds, en s'excusant presque. Et c'est bouleversant.

 

Jean-Louis Fournier

Veuf

Stock, octobre 2011

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le jour où je suis devenu écrivain

Publié le par Za

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À tous ceux qui penseraient que la littérature dite de jeunesse est une daube démago et formatée, je propose de plonger dans ce texte de Vincent Cuvellier, écrit d'un souffle, lu d'une traite.

 

À tous ceux qui penseraient que les livres pour ados sont un ramassis de vampires asexués, je suggère d'accompagner le jeune Vincent sur le chemin chaotique de l'écriture, cette évidence qui veut que ce sera ça et rien d'autre.

 

À tous ceux qui penseraient que l'édification littéraire des jeunes cerveaux passe par une langue classique et châtiée, j'enverrais volontiers en rafales les phrases de ce récit qui ne se regarde pas écrire mais s'écoute.

 

À tous ceux qui penseraient que la vraie littérature, la seule, ne s'adresse qu'aux adultes, je demande poliment d'enlever leurs oeillères et de goûter ce style, accroché à l'oralité à s'en écorcher les doigts.

 

À tous ceux qui penseraient que les bons sentiments font oeuvre de pédagogie, ce texte enlevé et réjouissant devrait faire du bien.

 

Et à tous ceux qui, comme moi, passent leur chemin lorsqu'un livre est estampillé adolescence, je dirais qu'ils ont tort.  

 

La fois où je suis devenu écrivain est un grand texte comme je n'en avais pas lu depuis longtemps.

 

Et je pratique l'anaphore si je veux.

 

Vincent Cuvellier

La fois où je suis devenu écrivain

Rouergue, collection DoAdo

mars 2012

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