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92 articles avec romans

Pauline ou la vraie vie

Publié le par Za

Pauline ou la vraie vie

Sous ce titre un peu lourdaud - quel dommage - se cache une série de romans franchement épatants signés Guus Kuijer entre 2000 et 2010 - à la louche.

Pauline ou la vraie vie

Au début du premier roman, Pauline (Polleke en néerlandais) a un amoureux, Mimoun et un instituteur, amoureux lui aussi... de sa mère. De quoi faire enrager la demoiselle au caractère bien trempé. Les six cents pages qui suivent et se lisent ennui aucun la suivront dans ce début d'adolescence où  tout est matière à complication. Comment devenir poète ? Voir grandir son animal de compagnie lorsque c'est... un veau ? Comment survivre à la trahison de sa meilleure amie ?

Le ton est donné dès le début, aucun tabou dans ces pages, et une liberté de ton magnifique.

Pauline ou la vraie vie

La question de l'autre est au centre de ces romans. Jamais Pauline ne se vautre dans une introspection purement nombriliste. Sa relation tourmentée avec Mimoun, l'amoureux d'origine marocaine, oblige Pauline à confronter son éducation anti-raciste à la réalité des rapports humains, tout comme sa rencontre avec Consuelo, mexicaine exilée qui devient sa meilleure amie.

Rien n'est épargné à Pauline, la toxicomanie de son SDF de père, la mort de son grand-père. Mais là où d'autres en auraient tartiné des kilos, Guus Kuijer ne met aucun pathos dans ses textes. Oui, le père de Pauline part en désintoxication. Et sa fille l'accompagne. Et c'est normal. Elle aura sa part dans la rédemption bizarre de ce père perdu, qui ne sera pas poète, lui.

La question de la mort et de la religion est permanente. Pauline est athée et le revendique, même si elle accompagne comme elle le peut les prières de sa grand-mère croyante. Et lorsque son grand-père meurt, elle aborde le deuil avec son bon sens, sa simplicité habituelle.

Les gens autour de moi croient en quelque chose. Ils croient, par exemple, au paradis. Que Grand-père s'y trouve et qu'il nous y attend. Ou ils croient que Grand-père s'est réincarné et qu'il est devenu un bébé, ou un petit veau ou autre chose. Ou qu'il est invisible et qu'il flotte autour de nous et vit avec nous. ou qu'il survit en moi. Oui, c'est ça ! Je ne suis pas mon grand-père, je vous le signale ! Moi, c'est Pauline ! J'ai fait de mon mieux pour croire en quelque chose. Mais je ne crois en rien. Je pense qu'une fois mort, on ne vit plus.

Lorsque ce gros livre se clôt, Pauline a treize ans. Elle ne croit toujours en rien. Mais elle sait qu'elle sera poète. Qu'elle est poète.

 

J'avais déjà parlé de Pauline, il y a quelques années déjà, quand mon cabas était petit encore.

Voir aussi les avis de LetterBee, de Céline, et de Jean, cuistot de la Soupe de l'Espace.

 

Pauline ou la vraie vie, 2013

(première publication en quatre volumes)

Unis pour la vie, 2003

La vie, ça vaut le coup, 2005

Le bonheur surgit sans prévenir, 2009

Porté par le vent vers l'océan, 2010

et un volume inédit : Je suis Pauline ! , 2013

traduit du néerlandais par Maurice Lomré

illustrations d'Adrien Albert

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petit réassort

Publié le par Za

Au milieu de l'été, un petit réassort s'impose toujours. Surtout lorsque mes pas me mènent vers la librairie que j'aime, ma préférée, celle que j'ai presque vue naître et que je vois grandir, pousser, devenir ce qu'elle est depuis le premier jour : un lieu où l'on échange des idées, des conseils contre des mots, de la poésie, des images, des histoires. Jamais je n'en suis sortie bredouille, j'y ai même gagné deux belles amitiés du genre précieuses et irremplaçables. Ceci dit, qu'en ai-je rapporté, ce jeudi frisquet ?

petit réassort

Dans mon coeur, il y a...

(Marie-France Chevron & Séverine Robin, 2012, points de suspension)
Je ne commenterai pas cet achat qui manquait à mes présssieux, il suffit d'aller lire ici, ou , ou là-bas !

 

Pourquoi j'ai mangé mon père (Roy Lewis, 1960, Babel)

Le livre que j'ai le plus prêté, qu'on m'a le moins rendu, ce qui me laisse à penser qu'il plait. Si vous ne le connaissez pas et cherchez une lecture favorable à la musculation intelligente des zygomatiques, allez-y, je vous l'offre. Je n'en suis plus à un près...

 

Simples, magistraux et autres antidotes (Verdier, 2001)

Géologies (Galilée, mai 2013)

Deux textes de Pierre Bergounioux, un auteur dont j'ai souvent parlé ici, dont la langue me porte et ne cesse de m'émerveiller.

 

Et puis Émile !

Émile est invisible (Vincent Cuvellier & Ronan Badel, Gallimard Jeunesse/Giboulées, 2012)

Ce tout jeune album est déjà un classique et je vous en parle bientôt !

 

petit réassort

Publié dans albums, romans, essais, in my heart

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l'éternel # 2

Publié le par Za

Commençons par un soupçon d'honnêteté qui me dédouanera du reste. Je suis très fan de Joann Sfar. Depuis Petit vampire va à l'école, depuis le Chat du rabbin, je suis fan. J'ai aimé son film sur Gainsbourg qui ne ressemblait à rien d'autre. Et même si j'ai parfois du mal à suivre son hyperactivité créatrice, je ne me lasse pas. Plus que son trait, je crois que c'est le côté touche à tout qui a fini par me fasciner. Jusqu'au jour où on découvrira que Joann Sfar, en réalité, ce sont des quadruplés : un qui dessine, un qui réalise des films, un qui parle dans le poste avec un fond d'accent niçois et le quatrième qui vient de se fendre d'un roman, une petite chose de 455 pages.

l'éternel # 2

Je l'avoue, les romans de vampires, ce n'est pas ma coupe de sang. Et, pour tout dire, je trouve franchement risqué de se lancer dans ce genre galvaudé, resucé, pour ne pas dire exsangue. 

Entre L'éternel et moi, tout avait commencé par un atroce malentendu lorsque François Busnel, invitant Joann Sfar dans sa Grande librairie, avait présenté ce texte comme, je cite, "l'un des livres les plus cruels, les plus sombres, les plus violents et, osons le mot, qui n'est pas français, tant pis pour l'Académie, les plus trash et gore qu'on n'ait jamais lu." Et moi, je suis du genre très impressionnable. Alors, j'ai failli ne pas le lire. Juste pour ça. Mais je suis aussi très curieuse. Heureusement. Parce qu'il faut avouer que finalement, il n'y a pas de quoi fouetter un chat noir. Et depuis, j'avoue que je m'interroge sur ce monsieur Busnel, pire chochotte que moi, si c'est possible.

L'éternel,donc. La référence religieuse est posée dès le titre. Notre vampire sera juif, ce qui n'est pas commun, loin s'en faut. Allez chasser un vampire juif avec un crucifix, il vous rira au nez. Surtout que celui-là, en plus, est devenu absolument incroyant.

En 1917, Ionas Fuhrman est amoureux, croit encore en Dieu et attend la fin de la guerre dans une boucle de la Volga avec son frère Caïn, d'autres cosaques et des filles. Un début de roman picaresque, paillard, drôle à force d'être grinçant. Cette première partie du livre est emportée par un souffle tout ce qu'il y a d'épique, le style à vous accrocher par le col sur le thème lis-ça-et-tais-toi. Puis Ionas est tué, enfoui sous une montagne de cadavres pendant que son frère épouse sa bien-aimée. Des trucs à vous faire regretter d'être mort. Il revient donc au monde sous les traits d'une créature assez cousine du Nosferatu de Murnau...


Ionas était couvert de sang et un monstre lui faisait face en le dévisageant : crâne gris argent, oreilles déchiquetées, dents de brochets et yeux fendus de pupilles félines. (page 105)

Il a l'air du Cri de Munch, d'une araignée d'Odilon Redon. Voilà. Penser qu'il ressemble à un octopode. Oublier qu'il a tout du chat égyptien. Si ça se trouve, il sait mordre sans déchirer. Je voudrais être son morceau de poulet. (page 280)

l'éternel # 2

Ionas traine sa condition de mort-vivant comme un boulet métaphysique, se plonge sans satisfaction dans l'écriture, répugne à donner la mort au point de finalement s'en abstenir. Ce parcours chaotique le mène tout naturellement, une centaine d'années plus tard, dans les bras de la psychanalyse, sous la forme, enfin sous les formes rebondies d'une analyste ukraino-new-yorkaise. Le vampire tente la psychanalyse pour retrouver le chemin de la mort, la sienne et celle qu'il pourrait donner à nouveau. Sans grande conviction...

- Eh bien, docteur Rebecka, je n'ai jamais pris la psychanalyse au sérieux. Je sais que c'est une connerie; mais par pitié, ça doit rester une connerie juive. (page 283)

Plus loin...

- Ne me prenez pas pour un ennemi, Rebecka ! J'essaie juste de vous dire que si on tente, comme moi, de sauver la psychanalyse, on est contraint de la réfuter comme science exacte et de ne garder que son aspect poétique, littéraire, et, pardonnez-moi de le dire, religieux. (page 284)

Cette seconde partie vire au foutraque le plus total. On jubile de tant de désespoir, on se laisse aller au vol vertigineux de la créature, on rit franchement en suivant le couple hallucinant du vampire hiératique et de la psychanalyste quillée sur des stilettos de douze centimètres. Une mention spéciale aussi aux grandioses personnages secondaires : la redoutable goule rousse enceinte jusqu'aux yeux de vengeance et de sang, la mandragore meurtrière et amoureuse, le loup-garou dragueur et velu, fatalement italien. Et ne me demandez pas ce que fait H.P. Lovecraft dans cette histoire, je ne vous le dirai pas.

Comme à son habitude, Joann Sfar fait dans la démesure. Une démesure jubilatoire issue d'une imagination sans borne, portée par un style efficace, redoutable même, qui vous porte au bout du livre sans même que vous ne vous en aperceviez.

Alors soyons francs, si vous tenez à votre brushing et à votre dignité, n'ouvrez pas ce livre. Vous n'en sortirez pas effrayé, n'en déplaise au monsieur bien coiffé de France 5, mais vous risquez bien de finir dépeignés, débraillés, un peu malmenés, très heureux de l'expérience et secoués de restes de rire.

Noir, le rire, mais tout de même.

 

Joann Sfar

L'éternel

Albin Michel, 2013

Publié dans romans, Joann Sfar, Albin Michel

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laisse aller

Publié le par Za

Il faut bien l'avouer, mon Cabas a toujours eu des airs de vacanciers. Il prend son temps, n'est pas très régulier, boude parfois la nouveauté, bref, le Cabas se la coule douce en toute saison. Alors imaginez-le l'été...

Pour la première fois cette année, pourtant, on ne fera pas relâche. Car la pile à lire - PAL - est du voyage. Je me disais l'autre jour en remplissant la valise de livres que si le pal était un supplice, la PAL est en train d'en devenir un, au moins pour le dos et le bras lorsqu'il faut charrier la valdingue. Mais cessons de chougner, et surprenons mes futures lectures en pleine séance de farniente dans le thym, sous les lavandes, à deux pas des tomates encore vertes, dans les délicieuses odeurs de chlore...

laisse aller

La ménagerie d'Agathe

Eric Chevillard & Frédéric Rébéna

Hélium/Actes Sud, 2013

La déjeunite de madame Mouche (et autres tracas pour lesquels elle consulta le docteur Lapin-Wicott)

Elsa Valentin

& Fabienne Cinquin

L'atelier du poisson soluble, 2013

Vite, vite, chère Marie !

N.M. Bodecker & Erik Blegvad

Autrement Jeunesse, collection Fil rouge, 1998

laisse aller

Jean Teulé

Je, François Villon (Pocket)

Fleur de Tonnerre (Julliard)

Pierre Bergounioux

L'orphelin (Gallimard)

La mort de Brune (Folio)

Le Chevron (Verdier)

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éd. On verra bien

Terry Pratchett

& Neil Gaiman

De bons présages (J'ai lu)

Didier Daeninckx

Têtes de Maures (l'Archipel)

Alain Mabanckou

Tais-toi et meurs

(éd. la branche)

Philipp Pullman

Lyra et les oiseaux

(Folio Junior)

Et comme je sortais du grand bain chloré, il s'est mis à pleuvoir, alors, que voulez-vous, ne reste plus qu'à se caler dans un coin, à l'abri et commencer par...

Publié dans albums, romans

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douze minutes avant minuit

Publié le par Za

Amateurs de fantastique, de feuilletons, d'étrange, voici un roman qui devrait vous plaire.

douze minutes avant minuit

Nous sommes à Londres en 1899. La guerre fait rage entre les feuilletonistes, les romanciers de tout poils. C'est à qui gagnera la palme de l'étrange, du haletant. Dans cette ruche qui ne compte pas moins que les talents de Conan Doyle ou de H.G. Wells, Montgomery Flinch tient le haut du pavé. Qui pourrait se douter que derrière ce pseudonyme se cache Penelope Tredwell, demoiselle de treize ans à peine, au style aussi affûté que l'esprit...

Dans ce cadre propice à l'imagination, Christopher Edge plante une intrigue qui avance toute seule, de rebondissements en retournements de situation. Imaginez les malades d'un hôpital psychiatrique qui, tous les soirs à la même heure, sortent de leur torpeur, mus par un irrépressible besoin d'écrire. Tous les soirs, douze minutes avant minuit, ils tracent sur le papier, sur les murs, des visions d'apocalypse, de mondes en flammes... C'est ce mystère glaçant que devra résoudre Penelope Tredwell, au risque d'y laisser sa vie, sa raison.

Voici un roman qui pourrait figurer dans la valise de tout lecteur de 12 ans avide de suspens, d'ambiances crépusculaires. À condition de ne pas craindre les araignées mais c'est une autre histoire...

 

Douze minutes avant minuit

Christopher Edge

Flammarion

 

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l'éternel #1

Publié le par Za

pour David

 

Vous y croyez, vous, aux fées ? Je veux dire celles qui se penchent sur le berceau d'innocents qui ne leur ont rien fait. Le 28 août 1971 naissait Joann Sfar et je serais curieuse de connaître celles qui se sont réunies autour du couffin où il roupillait.

Je les imagine, quatre balèzes à hennin, le muscle tendu sous la tunique vaporeuse, la mâchoire carrée, l'air martial, brandissant de solides gourdins en guise de baguettes. Parce que, pour tout vous dire, il allait recevoir du costaud, le pauvret...

- Boudu qu'il est beau, ce minot ! Té, il dessinera ! Tout le monde n'aimera pas forcément, mais peuchère, il dessinera beaucoup !

- Oh fan de pieds ! Mais c'est qu'il n'a pas l'air bête ! Il réalisera des films en plus ! Et des bons !

- Mais laissez que je le regarde ! Qu'il est gracieux ! J'en suis toute estransinée ! Il aura du style, ce niston ! Mais littéraire le style, le genre à écrire des romans !

La quatrième fée était la moins costaud mais la plus maligne. Elle s'est frayé un chemin à coups de latte jusqu'au petitou.

- C'est bien beau les filles, mais sans imagination, tout ça ne sert à rien !

Sa baguette à elle, un poil moins guerrière quoique nettement plus inquiétante, était un fémur poli par les ans. Elle le leva au-dessus du gniard. Jaillirent alors des étincelles, des chats, des animaux volants, des monstres, des violons, un tourbillon d'histoires insensées, des éclats de rire, des grincements de dents, un coq et un âne pour sauter de l'un à l'autre.

Après quoi, elles ont disparu comme elles étaient arrivées, laissant derrière elles un parfum de miel et de jasmin. Le petit Joann dormait du sommeil du juste.

Plus pour très longtemps.

l'éternel  #1

Tout ça pour vous dire que je suis en train de lire L'éternel et que je ne vois pas d'autre explication au talent de ce monsieur dont ce premier roman m'a embarquée dès la première ligne, me fait rire et frissonner, m'empêche de dormir tellement je me régale.

Chronique à venir...

 

L'éternel

Joann Sfar

Albin Michel

avril 2013

 

 

 

Publié dans romans, Joann Sfar, Albin Michel

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monsieur kipu

Publié le par Za

Tous ceux qui pensaient que Roald Dahl était mort, et moi la première, se fourraient le doigt dans l'oeil. Profondément. Car c'est peu dire que l'ombre de l'auteur de Matilda plane sur ce livre.

 

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Les dés sont pipés dès le départ. L'illustration de couverture de Quentin Blake impose un arrière-plan dahlien immédiat et c'est ainsi que j'ai ouvert ce roman, sous influence. D'autant que je lis peu l'anglais et n'ai aucun point de repère qui me permettrait de différencier le style de Walliams de celui de Dahl. À se demander si, finalement, être illustré par Blake est vraiment une aubaine (commerciale au moins) ou un genre de boulet à traîner en répétant "je ne suis pas Roald Dahl, je ne suis pas Roald Dahl..."

 

Chloé Croûton a douze ans et une famille bien lourde à porter. Un père effacé, une mère psychorigide et une soeur parfaite. Les archétypes idéaux dont on sent immédiatement qu'ils nous promettent de belles scènes d'hystérie. D'autant que le second héros de cette histoire est un clochard magnifique, un vrai, un qui pue. Mais pas qu'un peu, non. Il pue au point qu'on peut représenter son odeur, ce dont Blake ne se prive, d'autant qu'on le lui demande directement.

 

Tel un nuage brun foncé et menaçant, l'odeur avait en effet traversé le bois de la cabane, décollant la peinture au passage. elle avait ensuite subrepticement franchi la pelouse, avant d'ouvrir la chatière et de lancer dans une occupation agressive de la cuisine. Vous êtes-vous jamais demandé à quoi ressemblait une mauvaise odeur ? À ceci.

 

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Oh, elle est vraiment terrible, cette odeur. En posant le nez contre la page, vous pourriez presque la respirer.

 

La jeune fille est la seule personne au monde à pouvoir, semble-t-il, passer outre ces remugles presque palpables. Elle tisse un lien de curiosité avec ce vagabond. Lui, il préfère promeneur. Sans a priori, elle s'intéresse à la personne derrière l'attirail du clochard, intriguée par des détails incongrus, semés comme autant d'indices, ces couverts en argent dont il ne se sépare pas, cette manière très stylée qu'il a de jeter un papier à la poubelle, d'un geste sûr.

 

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Je m'en voudrais de dévoiler davantage cette histoire haute en couleur, qui verra la politique faire une entrée remarquée dans la vie de la famille Croûton, en la personne du premier ministre David Cameron ! La fin pourra sembler rapide mais les retournements de situation n'en sont pas vraiment et le naturel revient méchamment au galop. Monsieur Kipu est un personnage formidable, débarrassé de tout attirail bien pensant, et pourtant parfaitement idéaliste. Son franc parler faussement détaché saura bouleverser Chloé et sa famille joyeusement dysfonctionnelle.

 

Ce roman ne révolutionne pas le roman jeunesse. Il brasse allègrement les clichés, le clochard, la mère frappadingue, le père largué, l'épicier indien... Mais tous ces personnages sont vivants au possible et on ne va pas bouder son plaisir. Cependant, je ne peux m'empêcher de me demander ce que serait cette histoire sans Quentin Blake... 

 

Monsieur Kipu

David Walliams

illustrations de Quentin Blake

Albin Michel Jeunesse

Coll. Witty

 

Un autre roman de Walliams, également illustré par Blake,

a obtenu en 2009 le Roald Dahl's Funny Price.

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un chapeau, un trésor

Publié le par Za

Deux voyages, deux chimères.

Courir après un chapeau, courir après un trésor.

Deux romans d'Alex Cousseau qui vous envoient valdinguer à travers les mers, au-delà du froid, à la recherche de dieu sait quoi finalement. Deux textes qui mêlent habilement la fiction et la réalité, à la poursuite de personnages réels, Knut Rasmussen, Edgar Allan Poe. Deux histoires qui tanguent en trois parties, trois vies dans une.

 

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Je suis le chapeau

J'avoue avoir été un temps trompée par le suis du titre. Je suis, du verbe être, du verbe suivre ? des deux ?

Abandonnez immédiatement ce que vous êtes en train de faire, c'est à dire lire mon pauvre billet, pour vous ruer ici et lire le magistral premier chapitre de ce roman ! C'est le genre de lecture qui vous donne un coup de fouet, au cas où vous auriez oublié ce que littérature veut dire. Et ne vous laissez pas abuser par le ado de doAdo sur la couverture, c'est un roman, point.

Pourtant, quelque chose cloche.

Cet ours est coiffé d'un chapeau.

Un chapeau brun, doté d'un élastique coincé autour du cou.

Wanda et Oukiok sont orphelins. Leur père a été tué par l'ours au chapeau. L'ours tué à son tour et mangé, ne reste que le chapeau et les initiales KR, Knud Rasmussen. Durant leurs trois vies, au Groenland, au Cananda puis en Écosse, les deux jeunes inuits traquent l'explorateur dans l'espoir de lui rendre son chapeau, rencontrent Robert Flaherty en plein tournage de Nanouk l'esquimau, croisent Winston Churchill. Wanda ne parle pas, elle est muette comme les films de cette époque, sa voix ne se fait entendre que la nuit, lorsque le rêve déborde, lorsqu'elle ne parle que pour son frère, qui prend fébrilement ses paroles en notes. Un roman épique, une quête de vie, teintée de magie, de chamanisme, ancrée dans une réalité historique passionnante : les années 20, les débuts du cinéma documentaire, l'exploration des terres arctiques. Wanda et son frère rencontreront-ils Knud Rasmussen ?

L'enchaînement des courts chapitres rend la lecture haletante. Il est impossible de lâcher ce livre tant qu'on ne l'a pas terminé.

   

Trois vies encore.

Les trois vies d'Antoine Anacharsis

Une première vie au large de Madagascar, qui débute en 1831 comme débutent toutes les autres vies du monde : dans le ventre d'une mère. Et c'est là le tour de force d'Alex Cousseau: cette première vie in utero mais en pleine conscience où Taan, le futur Antoine reçoit son héritage avant même de naître. Une généalogie d'abord, une lignée de femmes, et puis un parchemin couvert d'une écriture indéchiffrable, sésame vers le trésor du pirate Olivier Levasseur.

Cette première vie, absolument fascinante, voit les parents d'Antoine arrachés à leur île, emmenés en esclavage vers un nouveau continent qu'ils ne verront jamais.

Si mon père était le kraken, ses jambes seraient des bras, des tentacules. Il aurait plusieurs paires de bras d'où pendraient plusieurs chaînes et il étranglerait les hommes qui nous retiennent prisonniers. Si mon père était le kraken, il renverserait la chaloupe d'un tour de rein. Et la goélette en même temps, pour libérer la tortue. Si mon père était le kraken, il n'aurait pas peur des fusils, perdre une jambe ou deux ne changerait rien pour lui. Si mon père était le kraken, on n'en serait pas là. Mais mon père n'est qu'un homme. Ni lui ni moi ne sommes le kraken, nous sommes moins que des hommes, nous sommes des esclaves, mon père est un esclave et je suis à peine plus gros qu'une langouste coincée au fond d'une nasse.

Les deux autres vies d'Antoine seront celles  de la vie à bord d'un baleinier, de la plantation, de la recherche, du décryptage du cryptogramme, pour lequel il cherchera à solliciter Edgar Allan Poe, grand déchiffreur de messages codés. Dans cette histoire, Antoine perdra la parole, se fera couper la langue. 

Les trois vies d'Antoine Anacharsis est un excellent roman d'aventure, et même un peu plus que ça.

J'ai lu ces deux livres à la suite et leur ai fatalement trouvé des ressemblances. La construction en triptyque, les héros privés de parole, et ces deux objets, le chapeau et le parchemin, dont on finit par comprendre qu'ils ne sont qu'un catalyseur. Voici une fois de plus la preuve éclatante de ce que la littérature de jeunesse peut donner de meilleur, de plus exigeant.

 

Alex Cousseau

Je suis le chapeau (2009)

Les trois vies d'Antoine Anacharsis (2012)

éditions du Rouergue

collection doAdo

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coraline

Publié le par Za

Le courage, c'est quand on a peur, mais qu'on y va quand même.


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Chers parents, si un jour, d’aventure, vos minuscules ont émis l’hypothèse qu'ils seraient mieux considérés dans une autre famille, ce film est pour vous. Enfin pour eux…

Chers oncles, tantes, parrains, marraines, en butte à de ravissants tyrans de moins d’un mètre cinquante maudissant leur sort de sales enfants gâtés, ce film est pour vous. Enfin, pour eux…

Car dans la vie de Coraline, tout va de travers. Des parents très affairés, un déménagement  inopportun, une nouvelle maison de guingois, loin de tout, sans compter la pluie. Parce que, sachez-le, parfois, les éléments eux-mêmes se liguent avec les circonstances. Si vous voyez ce que je veux dire…

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Coraline est à l'origine un court roman de Neil Gaiman publié en 2002, aussi sec couronné d'une rafale de prix, tartiné de louanges et comparé à Alice au pays des merveilles, rien que ça – parce qu’à partir du moment où une petite fille passe dans un univers parallèle, vlan ! nous voilà du côté d’Alice. C’est bien d’avoir des repères simples. Quoi qu'il en soit, ce texte à peine terminé, Neil Gaiman demandait à son agent de le faire parvenir, au cas où, à Henry Selnick, réalisateur de l'Étrange Noël de Mr Jack...

 

Coraline a donc des parents très occupés - Petitou laisse-moi, j'ai une chronique sur le feu - qui ne lèvent guère les yeux de leur ordinateur - je n'en ai pas pour longtemps, sois patient. Ou va jouer. Mais tout seul. Au hasard de l'exploration de leur nouvelle maison, parce que les enfants désœuvrés finissent toujours par trouver de quoi s’occuper, n’est-ce pas mon mignon ? la demoiselle va trouver ailleurs l'attention qu’elle cherche, au risque de tomber sur de nouveaux parents formidables, copie conforme des siens, absolument disponibles, mais vaguement inquiétants. Oh, trois fois rien, ils ont de gros boutons noirs à la place des yeux, comme ces poupées de chiffon, figée à jamais sur un sourire cousu main.  Souriantes mais flippantes…

Coraline hésita. Elle se retourna. Son autre mère et son autre père venaient vers elle en se tenant par la main. Leurs yeux-boutons noirs étaient fixés sur elle. En tout cas, elle en avait l'impression. Elle n'aurait pu en jurer.

L'autre mère tendit sa main libre et, l'index replié, lui fit gentiment signe de revenir. Ses lèvres décolorées articulèrent les mots Reviens vite, mais aucun son ne sortit de sa bouche.

Coraline inspira profondément, puis fit un pas dans les ténèbres où murmuraient des voix étranges tandis que le hurlement du vent résonnait dans le lointain. Tout à coup, elle eut la certitude qu'il y avait quelque chose derrière elle, dans le noir - quelque chose de très ancien et de très lent.

Le texte de Gaiman est finalement assez abstrait. Et c’est ainsi que l'envoûtement fonctionne, de Charybde en Scylla. Neil Gaiman va à l'essentiel, nous livre un squelette, une ossature solide et inspirante, construite sur l’os, sans superflu.

Et le film, me direz-vous…

 

 

Tout commence avec ce générique, ces premières images percutantes, envoûtantes. La référence à Burton et Edward aux mains d'argent saute immédiatement aux yeux, sans parler de la musique de Bruno Coulais qui, s'il zyeute souvent du côté de Danny Elfman, a - encore une fois - bien révisé son Benjamin Britten... Le genre de générique qui vous ferre immédiatement.

Le film traduit à la perfection la fascination vénéneuse, noire, oppressante que les parents alternatifs exercent sur Coraline. Car, comme dans tous les contes, la sorcière est en embuscade, le chat noir rôde, les artistes de music-hall empaillent leurs chiens. Ah non, ça, ce n'est pas très courant. Pas plus que les acrobates dresseurs de rats savants, d'ailleurs. La parenté avec Burton est aveuglante, il n’y a qu’à voir les éléments végétaux pas rassurants - ces gens-là ont une manière de représenter les arbres qui pourraient me dégoûter des balades en forêt, si ce n'était déjà fait. 

L'action se tend comme le fil de l'araignée, entre beauté et terreur, scènes loufoques et suspens à couper au couteau.  À déconseiller aux plus jeunes. Petitou a fait quelques bonds. Si nous avions vu ce film au cinéma, sur un grand écran, il m'aurait certainement arraché un bras... Nous dirons donc qu'à partir de 8 ans, c'est jouable. Mais surtout, chers adultes qui accompagnez avec abnégation votre progéniture dans sa découverte de la création cinématographique, et regrettez parfois d'avoir si bon cœur, je vous jure que vous ne vous ennuierez pas (non, je n'ai rien contre Rebelle) ! Tout le monde en aura pour son argent, les grands et les petits, sans clins d'œil appuyés aux grands (non, je n'ai rien contre Shrek), sans guimauve mystique (non, je n'ai rien contre Brendan et le livre de Kells).

Coraline est, en un mot comme en cent, un pur moment de jubilation.

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miss peregrine et les enfants particuliers

Publié le par Za

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Non.

Je ne vous raconterai pas Miss Peregrine et les enfants particuliers, que j’ai lu en deux jours.  N’insistez pas. Lisez plutôt le résumé de la quatrième de couverture, tiens !

Une histoire merveilleusement étrange, émouvante et palpitante. Un roman fantastique qui fait réfléchir sur le nazisme, la persécution des juifs, l’enfermement, l’immortalité.

Gnagnagnagnagna... Ah, l’indispensable résumé de la quatrième de couverture… Exercice de haute voltige ! Sauf qu'à mon sens, celui-ci n’a qu’un très lointain rapport avec l’histoire, à se demander si son rédacteur a seulement lu le roman jusqu’au bout.

Certes, il est question d’enfermement, d’immortalité mais point de réflexion sur le nazisme – convoqué ici de manière anecdotique, tant il est vrai que le nazi est un méchant très photogénique - et encore moins de réflexion sur la persécution des juifs – si ce n’est dans une scène où l’auteur frôle le (très) mauvais goût. À moins qu’il ne s’agisse d’une métaphore, mais si lourdingue que je me refuse tout simplement à l’envisager.

Mais alors, qu’est-ce qui se cache derrière cette énigmatique couverture, hein, hein ? Ne comptez pas sur moi pour soulever le moindre petit bout de voile sur cette histoire. Que dalle. D'autant que le livre est d'ores et déjà traduit dans une trentaine de langues (si, si !), c'est dire si c'est une découverte... L’intrigante photo de couverture devrait d’ailleurs suffire à vous mettre l’eau à la bouche. Regardez bien les pieds de la fillette, à quelques centimètres du sol, son regard fatigué, ce sérieux qui colle si mal à son âge...

Le texte seul ne brillerait pas par son originalité. Il brode autour de thèmes maintes fois abordés ailleurs : des enfants doués de pouvoirs particuliers, des créatures effrayantes, la quête de la vérité, un voyage dans le temps, une histoire d’amour…  Mais qu’est-ce que je raconte ? Oubliez immédiatement ce que vous venez de lire !

Non, ce qui m'a scotchée à mon hamac, c'est la maîtrise dont Ransom Riggs fait preuve pour son premier roman. 433 pages construites selon un scénario implacable, avec rebondissements et crescendo final – un bon film. D'ailleurs, ce serait pour 2013, avec Tim Burton dans le rôle du réalisateur ! Ransom Riggs est un vrai page turner à l’américaine (pléonasme), le genre d'auteur que vous suppliez de vous laisser aller faire pipi à la page deux cents, que vous implorez cent pages plus loin de vous permettre de souffler un peu vu que le hamac est désormais au soleil  et que je crame. Il y a du métier derrière tout ça, une technique impeccable, un pragmatisme d’horloger, un art qui ne laisse deviner ni ficelle ni échafaudage. Une fois que Miss Peregrine aura refermé ses serres sur votre nuque, vous comprendrez ce que je veux dire…

Mais l'idée géniale de Miss Peregrine repose sur les photos, qui illustrent le livre de leur glaçante étrangeté et lui confèrent un réalisme inattendu.6a00d8341c630a53ef0154324a70b4970c-320wi.jpg

 

Des photos que j’ai crues réalisées pour le livre, naïve que je suis, mais qui sont en réalité d’authentiques clichés, trésors de collectionneurs. Une fois intégrés à l’intrigue, de bizarres au premier abord, ils deviennent saisissants, mettent mal à l’aise et les moins spectaculaires feront courir de délicieux frissons le long de votre échine enduite de crème solaire…

 

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De ces images est née l'histoire, de ces enfants à mi-chemin entre Freaks et Edward Gorey. Edward Gorey que Riggs cite volontiers, comme une parenté qu'il partagerait avec Burton et qui me ravit au plus haut point."I was thinking maybe they could be a book, like 'The GashlycrumbTinies' ", he said "Rhyming couplets about kids who had drowned. That kind of thing."   (Los Angeles Times, 17 mai 2011)

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Voilà, j’espère avoir été assez confuse pour vous donner envie d’aller voir Miss Peregrine et les enfants particuliers de plus près. Mais pas trop près, on ne sait jamais…

 

Miss Peregrine et les enfants particuliers

(Miss Peregrine's Home for Particular Children)

Ransom Riggs

traduit par Sidonie Van den Dries

Bayard Jeunesse, mai 2012

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