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89 articles avec romans

ma rentrée littéraire

Publié le par Za

En ces temps de rentrée littéraire, ousk'il faut avoir lu ceci, avoir un avis sur cela, dans la jungle inextricable des centaines de livres indispensables qui sortent en septembre, juste au moment où on a le moins le temps de lire - d'ailleurs, c'est comme le cinéma: pourquoi l'été est-il un désert total de nouveaux et bons films, alors que c'est là que j'ai plein de baby-sitters volontaires sous la main... Bref, trop d'abondance nuit à l'envie. En fait, dans ces circonstances, je crois que je vais me planquer derrière un ou deux classiques, ou encore, derrière quelques livres confidentiels et introuvables, que moi seule aurait l'idée de lire...

 

Alors, allons-y dans l'inhabituel, lâchons-nous dans le pas commun, tentons le sommet du slow book... Et mettez ça, si ça vous fait plaisir, au crédit d'un séjour prolongé à mille mètres d'altitude, alors qu'habituellement je réside en des contrées dont le point culminant, le fier et définitif Mont Pagnotte, affiche crânement ses deux cent vingt mètres ! Je digresse, je digresse, surtout parce que je ne sais pas trop comment vous faire partager ma lecture du jour dont, en plus, le titre, un brin daté, risque d'en faire fuir certains, voire même de faire hurler de rire ceux qui n'auraient pas encore pris leurs jambes à leurs cou. Enfin, leurs yeux.

 

Allez, j'y vais.

 

Je viens de lire Rabiounel, berger d'Auvergne de Suzanne Robaglia, couronné par l'Académie française en 1935. Je vous épargne la couverture, très vilaine. Résumons: la couverture est moche, le titre pas engageant... Mais je l'ai ouvert,. Et une fois ouvert, je ne l'ai plus refermé. Je l'ai évidemment abordé sans aucune arrière pensée régionaliste qui ne ferait qu'appauvrir le texte.

 

 

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Ce recueil de courtes nouvelles, de récits de vie, s'inscrit dans un petit coin de monde, grand comme quelques champs, plat relatif au milieu des montagnes, battu par les vents glaciaux de l'hiver, coincé entre moutons et cailloux, égrainant les travaux et les saisons. Les hommes sont des revenants au sens propre du terme: revenus de la Grande Guerre ou revenus de Paris où ils ont trouvé du travail et laissé leur santé. Ils ont choisi de revenir vivre ici. Aux femmes les tâches agricoles et domestiques, les repas préparés qu'on ne prendra pas en commun... Suzanne Robaglia décrit ce quotidien intemporel de la Planèze dans la première moitié du XXème siècle, au plus près des gens, partageant son émerveillement pour un pays finalement plus vaste et moins simple qu'il n'y paraît.

 

"D'ailleurs, sur la Planèze, une incandescente blancheur brûle l'oeil attardé à la contempler; une poussière d'or tombe sur la neige, mêlée d'étoiles bleues, froides comme l'acier."

"Au-dessus des blocs basaltiques, les rochers se détachent en noir sur un ciel doré et rose, les petits arbres de pin ont des façons de genévriers et les genévriers des façons de fantômes noirs."

"À cette plénitude de la saison, il n'est plus donné de rien espérer, tout est définitif, chacun doit se contenter de récolter et déjà, dans la prévision des mauvais jours, de le faire vite."

 

Suzanne Robaglia est également l'auteur d'un ovni culinaire, Margaridou (préfacé à l'époque par Henri Pourrat),  journal d'une cuisinière scrupuleuse - hélas une fois encore laidement édité. 

"C'était des recettes parlées, avec des images de vie qu'il faut connaître pour les comprendre, c'était presque des contes de fées".

J'aime beaucoup cette idée d'une cuisine féerique - voir Christine Ferber et sa Cuisine des Fées.

 

On peut lire des extraits numérisés de Margaridou et de Rabiounel pour se faire une idée.

À quand une vrai belle réédition ?

 

 

Publié dans romans

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la controverse de Bethléem

Publié le par Za

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Toujours chez Actes Sud, La controverse de Bethléem.

Pourquoi ce livre a-t-il attiré mon oeil au milieu de tous les autres ? Le tableau du Greco y est certainement pour quelque chose. Le titre, rappelant la passionnante controverse de Valladolid... Il s'agit ici de la traduction du grec vers le latin des Évangiles par Jérôme au IVème  siècle. Les points qui l'opposent à Rufin d'Aquilée sont loin d'être anecdotiques: le péché, l'expiation, le sacrifice, le personnage du Diable... Tant de dogmes qui ont réglé la vie des chrétiens pendant les siècles et dont on découvre qu'ils étaient un peu flous à cette époque.  Cette controverse n'est pas anecdotique car la traduction de Jérôme est toujours la traduction en vigueur dans l'Église contemporaine. Ce roman-correspondance, qui court de 380 à 410, entre disputes et réconciliations, se lit d'une traite et nous fait vivre en direct l'invasion de l'actuelle Italie par les Wisigoths.

Moment savoureux, dont je ne sais que penser, sourire ou m'effrayer, l'évocation des ermites du désert, dont la vie de mortification repose là encore sur la traduction, l'interprétation d'un simple mot. Reclus dans des trous creusés dans le sol, enfermés volontaires dans des cages suspendues, broutant l'herbe à même le sol, les "stationnaires" dont certains, par le truchement d'une corde restent debout plusieurs années, les "stylitiques" vivant sur une colonne... Ces pratiques incroyables de mise à mal du corps pour la gloire de Dieu,  prêtent aujourd'hui à sourire et me rappelle l'indépassable, l'impayable Thérèse d'Avila vue par Claire Bretécher, à relire absolument. Mais j'ai un peu mauvais esprit, je sais...

 

 

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les beaux jours # 4

Publié le par Za

Lire, lire, lire, toujours... Quatre livres lus d'affilée quasiment sans respirer entre.

Août.

Sous le soleil du Cantal, mais pile dessous, dans les coins où il n'y a pas d'ombre et, du coup, supprimer sauvagement la sieste parce que c'est à cette heure-là que la lumière est la meilleure, à moins qu'il ne faille profiter des derniers rayons, assise dans l'herbe, un chat soudainement câlin pour reposer son dos...

 

Le cabas était plein, souvenez-vous... Mais j'avais tout lu en arrivant ici, ou presque...

Pour ce qui est des Vargas, Salut et Liberté est un recueil de nouvelles que j'avais déjà lues séparément. Bon. Les deux autres, des essais, me sont tombés des mains: trop bavard à mon goût.

 

J'ai repoussé ma lecture de Moby Dick à l'achat d'une nouvelle traduction. Snob, moi ? Que nenni ! Mais l'édition Folio est en fait une très ancienne traduction, sans doute passionnante mais finalement datée, arrêtez-moi si je blasphème (Jean Giono y a participé). De plus, et là, je fais ma chochotte, le rapport format/police est insupportable à mes petits yeux de quarantenaire pré-lunetteuse. Je les sens se pointer tranquillement au détour de l'automne, ces lunettes, sans anxiété - ça me donnera peut-être enfin  l'air sérieux (sait-on jamais...). J'ai donc commandé une autre édition/traduction. D'aucun pensant que ce texte est inépuisable, me voilà dans de beaux draps...

 

Tout étant lu, il a fallu donc procéder à un léger réapprovisionnement. Ah, l'affreux prétexte à deux sous pour aller discuter, découvrir, papoter, rencontrer, bavarder en des lieux très amis !

 

Alors en route pour un nouveau Monénembo, en passe de devenir un de mes auteurs de chevet...

 

 

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Je ne me lasse pas du style impitoyable de Tierno Monénembo qui s'attaque ici au portrait d'un homme pris au piège de la tradition et de la modernité, impuissant à décider de son parcours, perdu aux confins de l'administration et de la corruption. Monénembo navigue entre vitriol et compassion (merveilleux personnage du fou).

 

"Des vallées escarpées, prêtant généreusement leurs flancs à de folles chutes d'eau. Des monticules dodus, des plaines à perte de vue, inondées par des fleuves nourris... Des boeufs roux, mauves, gris ou tachetés, paissant dans les plaines, dans les vallons, en troupeaux serrés, comme semés par une main large. Du riz, du fonia, de la belle herbe verte; une panoplie de tiges et de feuilles, d'épis et de lianes, l'atmosphère gorgée d'une saisissante odeur de terre et de bouse de vache."

 

 

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les beaux jours #2

Publié le par Za

Lectures de juillet, toujours.

Dickens et Murail.

Murail et Dickens. Encore, tant ces deux-là, par sa faute à elle, sont pour moi un peu indissociables.

 

marie aude dickens

 

 

Une biographie enlevée et admirative écrite par Marie-Aude Murail pour celui qu'elle surnomme son "père céleste". De l'enfance chahutée de Dickens à la gloire immense, des tournées harassantes de lectures publiques au petit ouvrier de douze ans, emballant des boites de cirage, le portrait est passionnant.

 

 

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"Pour ma part, j'avais lâché le mouchoir en route. Il y a des souvenirs dont il vaut mieux ne pas s'encombrer, comme disait le monsieur qui avait scié sa femme en morceaux."

 

Lire Malo de Lange, c'est s'embarquer dans un roman d'aventures classique: voleurs, enfants perdus, saintes femmes, prêtres retors, douces demoiselles, auberges borgnes. Un héros de seize ans, marqué à l'épaule de l'infamante fleur de lys. Inoubliable Craquelin, fragile petit acrobate, personnage infiniment touchant.

Marie-Aude Murail excelle encore et toujours dans les dialogues, cette fois émaillés d'argot des voleurs. Référence absolue en la matière: Eugène-François Vidocq, dont l'ombre tutélaire plane sur cette histoire.

 

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les beaux jours #1

Publié le par Za

Premier épisode d'une petite revue de choses lues, avant de se remettre à jongler avec les heures, avant de sombrer un peu dans la nostalgie des beaux jours.

 

Lire, lire, lire...

Juillet.

À l'abri du soleil nord-vauclusien, engluée dans le chatouillis assourdissant des cigales, blottie dans la tiédeur du soir quand les pierres rendent généreusement, sans qu'on leur ait rien demandé d'ailleurs, la chaleur emmagasinée dans la journée. Entre deux plongées vertigineuses dans le programme du Off d'Avignon.

 

Il y a eu Peuls (Tierno Monenembo).

Puis l'Histoire de lecture (Alberto Manguel).

 

Mais aussi...

 

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Dans le sillage d'Emile Zola, Contrucci, en bon feuilletoniste, nous embarque pour ces Nouveaux Mystères de Marseille, situés dans les années 1900. Une énigme par quartier, des villages dont on a peine à croire aujourd'hui qu'il étaient à l'époque des havres de paix campagnarde. Un duo familial mène l'enquête: Eugène Barateau, chef adjoint de la Sûreté et son séduisant neveu, Raoul Signoret, journaliste au Petit Provençal. Contrucci connaît son Marcel Pagnol sur le bout des doigts. Le sermon du curé lors de l'enterrement de Gaston Cadenel dans Le guet-apens de Piscatoris rappelle délicieusement celui de Manon des Sources. Tout comme les éternelles railleries des anti-calotins. La langue de Contrucci est savoureuse, émaillée d'expressions marseillaises. Ces Nouveaux mystères se lisent avec un sourire au coin des lèvres.

 

piscatoris

 

"On percevait les souffles rauques de deux chiens: un grand flandrin à l'air mélancolique - né des amours passagères d'un bruno du Jura et d'une chienne basset d'origine improbable - accompagné d'une boule de poils hirsutes de couleur non répertoriée, semblait-il issue de la copulation contre-nature d'une mère griffon fauve de Bretagne avec un écouvillon à bouteilles."   (Le guet-apens de Piscatoris)

 

"Des fauteuils en rotin étaient disposés sous un figuier. Il dispensait une ombre fraîche, mais représentait un danger permanent à cause des fruits mous et sucrés qu'il laissait choir à intervalles imprévisibles. De préférence sur les vêtements clairs. Mme Bonnafoux cousait à l'ombre, en évitant les projectiles grâce à un petit parasol individuel, constellé de figues éclatées.

[...]

Le figuier choisit le moment où le chef d'escadron [M. Bonnafoux] allait quitter son fauteuil pour laisser choir un fruit d'un calibre particulièrement remarquable. Il s'écrasa sur la pantalon du vieux militaire et le décora sur la cuisse droite d'une éclaboussure sanglante.

- Nom de Dieu de putain de la Bonne Manière* ! s'écria Bonnafoux.

Ivre de fureur, il avait spontanément retrouvé un vocabulaire de corps de garde.

- Demain sans faute, je fais venir l'émondeur pour faire abattre ce foutu figuier de bordel de merde qui m'a déjà baisé trois tenues !

- Charles... dit douloureusement Mme Bonnafoux, c'est là un langage de soudard, indigne d'un officier supérieur honoraire de l'armée française. Et tu te laisses aller devant un invité, en plus !

* façon marseillaise de blasphémer le nom de la Bonne Mère sans en avoir l'air. "  (L'énigme de la Blancarde)

 

On est Marseillais ou on ne l'est pas, et dans le premier cas, on développe une méfiance  toute particulière pour les contrées situés au-delà du 45ème parallèle - ce qui est, nous le savons tous ( ? ), grandement exagéré...

"En dépit de son austérité, Riom est une cité remarquable pour l'Auvergnat patient et courageux qui y a vu le jour. Pour un Méridional elle a deux défaut rédhibitoires: il y pleut souvent et les laves ayant servi à l'édifier lui confèrent une tonalité sombre qui est celle du deuil pour qui arrive encore ébloui par la lumière du Midi."  (L'énigme de la Blancarde)

 

Après avoir goulûment avalé ces deux romans, il m'est naturellement venu l'envie de revoir ces trois films-là dont je suis une adepte forcenée au point de m'y replonger une ou deux fois l'an avec délice. Au point d'en déclamer les meilleures pages avec certains de mes amis très chers, pour peu qu'un mot déclenche chez nous cette connivence...

Pour les amateurs, régalez-vous... (extraits sous-titrés en anglais...)

 

 
 
 
 
 
 

 

 

Petite info: cet article est le centième de ce p'tit blog ! Ça se fête ! Truffade pour tous ! hum... Il y avait atelier truffade-maison aujourd'hui: on n'en ressort pas totalement indemne...

 

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Peuls, Tierno Monénembo

Publié le par Za

La grande histoire des Peuls commence par un choix impossible pour un père: choisir entre ses deux fils aînés, jumeaux. Un récit qui roule sans s'arrêter une seconde du XVème siècle  jusqu'à aujourd'hui, sans repos, une route ininterrompue de paroles, d'hommes et de femmes, de railleries, de mort, d'errance, de jalousies...

 

peuls

 

"La nuit est vaste, obscure, profonde. Ses mystères peuvent contenir la douleur et l'indicible. Le jour est trop clair, trop évident, trop fragile. Il est interdit de conter, le jour; de forniquer, le jour; d'offrir des libations, le jour; d'évoquer les morts, les sujets qui fâchent ou quoi que ce soit de pénible et de contrariant, le jour."

 

 

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Thierry Jonquet, 1954 - 2009

Publié le par Za

C'était il y a longtemps, à Gardanne, Bouches du Rhône. Un festival, Polar sur la ville ou quelque chose comme ça. Et là, sur un podium, assis côte à côte, Patrick Raynal, Jean-Claude Izzo, Didier Daeninckx et Thierry Jonquet. Je suis assise par terre, au premier rang, abasourdie par cette brochette de pointures, ma bibliothèque noire devant moi, en chair et en os. Trop beau.

 

C'était dimanche dernier, une balade sur le site de la canadienne librairie Monet, une édition de poche regroupant plusieurs romans de Jonquet et le commentaire qui va avec: Thierry Jonquet nous ayant quitté l’année dernière, il ne nous reste plus qu’à relire ses romans devenus des classiques. Folio ressort dans un recueil quatre de ses romans noirs : Mygale, L’orpailleur, Moloch et La Bête et la belle. Pour découvrir ou redécouvrir un des grands du polar français !

 

Et voilà.

Moi et ma manie de n'être au courant de rien.

Tout ça n'est pas sérieux.

Relire d'urgence.

 

Engagé, c'est comme ça qu'on dit, un auteur engagé. Éveillé, aux aguets, sur le chemin du ronde à scruter le monde et ses locataires. Témoin impitoyable des soubresauts de notre société, de ses absurdités et des ses chienneries. Sentinelle jusqu'au bout avec Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, titre magnifique emprunté à Victor Hugo (À ceux qu'on foule aux pieds), il n'y a pas de hasard à l'admiration.

 

Alors, je me plante devant une étagère pas très rangée, et ils sont là, nombreux, un peu partout.

 

 

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J'ai dû commencer par La vie de ma mère, sur les conseils de V. (s'en souvient-il?), à une époque où je découvrais les murs riants d'une SEGPA, décor de ce roman. La mienne était marseillaise. Puis il y a eu Moloch et son premier chapitre en forme d'uppercut. Et vite, les Orpailleurs, que je place tout en haut de l'oeuvre de Jonquet. Ces deux livres abritent les impayables et désormais éternels Rovère, Pluvinage, Dimeglio...

 

Le relire alors, toujours et encore et se mentir un peu en gardant ce rendez-vous régulier du temps où on sortait de la librairie avec le nouveau Jonquet sous le bras...

 

 

Publié dans romans

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prodigieuses créatures

Publié le par Za

Tout d'abord, il y a le plaisir de tenir entre les mains un volume des éditions quai Voltaire: le bleu caractéristique de la couverture, son grain si agréable au bout des doigts. Et le logo, en ombres chinoise, François Marie Arouet, dit Voltaire, confortablement installé, un livre sur les genoux, les jambes croisées, la mule en équilibre sur le bout du pied...

 

 

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Le voilà donc, le nouveau Tracy Chevalier, Prodigieuses créatures. Mary Anning et Elizabeth Philpot ont bel et bien existé. Elles ont vécu au sud de l'Angleterre, au bord de la mer, cherchant, scrutant, grattant, à la recherche de fossiles, apportant leur contribution à la naissance de la paléontologie. Les trouvailles de Mary Anning vont bousculer les dogmes, comme celui qui voulait la création divine parfaite et finie et n'acceptait pas l'idée de l'extinction des espèces. Mary Anning, c'était elle:

 

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À lire Tracy Chevalier, on comprend comment sa passion pour les fossiles, sa condition sociale l'ont condamnée au célibat, tout comme son amie Elizabeth Philpot, trop bizarre pour prétendre au mariage... Des femmes faisant une incursion, une intrusion plutôt, dans un monde d'hommes et de certitudes.

 

L'ombre de Jane Austen plane sur ce roman (elle est citée plusieurs fois). Comme dans le Récital des anges - autre roman de Tracy Chevalier, les femmes n'ont d'autre choix que l'ennui d'une vie déjà écrite ou l'étrangeté et la solitude, mais surtout pas la reconnaissance: les découvertes de Mary Anning ne lui seront pratiquement jamais attribuées.

 

C'est un roman fluide et limpide, sans doute pas mon préféré... De Tracy Chevalier, j'aime surtout la Jeune fille à la perle, peut-être parce que je l'avais en partie lu à Bruges, dans des décors qui sonnaient un peu comme Delft, et surtout l'Innocence, dont vous trouverez un bel écho du côté de chez Christine.

 

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Fifi Brindacier

Publié le par Za

Un grand classique, relu/lu avec bonheur, en compagnie de vingt-huit paires d'oreilles, toutes accros à la rouquine !!

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Pipi Långstrump se paie le luxe d'avoir désormais quelque chose comme 65 ans... et pas une ride, pas un cheveu blanc dans ses nattes carotte. Une éternelle jeunesse, une insolence toujours moderne, comme une cousine de notre Zazie ( je viens de me rendre compte qu'elles étaient voisines dans ma bibliothèque).

 

Fifi est absolument, parfaitement libre. 

 

Pas d'école.

"Tu comprends, mademoiselle, quand on a une maman qui est un ange et un papa qui est roi des cannibales et quand on a passé sa vie à courir les océans, eh bien on ne sait pas très bien se tenir à l'école [...] "

La maîtresse dit qu'elle comprenait et qu'elle n'était plus triste pour Fifi. Fifi pourrait peut-être revenir à l'école quand elle serait un petit peu plus grande. Fifi, rayonnant de joie, dit alors:

"Je trouve que tu es drôlement gentille, mademoiselle. Tiens, c'est pour toi!"

Fifi sortit de sa poche une magnifique montre en or et la déposa sur le bureau. La maîtresse dit qu'elle ne pouvait accepter un tel cadeau. Fifi l'interrompit:

"Il le faut ! Sinon, je reviendrai demain ! Et je te promets que ce sera le bazar !"


Pas de parents non plus. Un singe, M. Nilsson, et un cheval qu'elle peut porter à bout de bras, car Fifi est d'une force colossale, ce qui vaudra quelques ennuis à Arthur le costaud, l'Hercule du cirque..

 

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Fifi ne connaît pas les bonnes manières - ce qui fait le sel de ses aventures - tout en le reconnaissant parfois avec tristesse.

Fifi la regarda avec étonnement et ses yeux se remplirent de larmes.

"C'est bien ce que je pensais, je ne sais pas me tenir comme il faut ! C'est même pas la peine d'essayer, je n'y arriverai jamais. J'aurais dû rester en mer, sur le bateau."

 

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Fifi est d'une naïveté parfaite. Elle fait danser la polka aux deux voleurs venus cambrioler sa maison, sans imaginer le moins du monde la raison de leur intrusion. Elle sauve deux enfants des flammes dans la plus totale inconscience du danger.

J'imagine la stupeur et la jubilation des enfants de 1945, découvrant ce texte ébouriffant. La traduction semble indiquer une grande liberté de ton et de vocabulaire. En parlant de liberté, que pensez-vous de cette photo, tirée du feuilleton diffusé en 1968, réalisé avec l'assentiment et les encouragements de l'auteur ... Une rediffusion de cet épisode serait-elle possible aujourd'hui...

 

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Certains ont voulu faire de Fifi une féministe. Il est vrai qu'elle est téméraire, remuante, des vertus encore aujourd'hui davantage tolérées lorsqu'elles se manifestent chez les petits garçons. Mais Fifi n'est pas un garçon manqué, c'est une fille absolument réussie, qui bouscule involontairement l'ordre établi, les conventions communément admises, sans jamais nuire aux autres. Au pire fera-t-elle enrager les adultes...

 

[     C'est à se demander parfois ce que c'est qu'une petite fille, ce que l'on attend qu'elle soit, on - c'est à dire nous tous. J'y pense parce que les responsables chargés des activités périscolaires de mon école organisent, pour la fin de l'année, un concours de pom-pom girls, et que ça m'énerve au plus haut point !

       Quelle éducation les filles reçoivent-elles, en terme d'image et d'attitude ? Entendu récemment au sujet d'une demoiselle de cinq ans: "c'est pas une fille, elle a des voitures, elle ne s'intéresse pas aux poupées. Regarde, elle ne joue qu'avec des garçons !" Au secours !! Doit-on complaire les filles dans la mièvrerie, le gnangnan généralisé ? Ou, autre tendance lourde du moment, les propulser en espèce de pré-ados de neuf ans ? Quels modèles leur propose-t-on ? Sachant que, pour nombre d'entre elles, les modèles en question sont majoritairement véhiculés par la télévision... Quel genre de super-héro parental faut-il être pour leur éviter ces écueils et leur permettre de ne pas trop se scotcher aux stéréotypes ?

       Fin de la digression et revenons, à Fifi qui à l'époque, n'avait évidemment pas la télé, ce qui la plaçait d'office à l'abri de la bêtise et de la vulgarité... ]

 

"Sa robe était fort curieuse. Fifi l'avait faite elle-même. Elle aurait dû être bleue, mais, à court de tissu bleu, Fifi avait décidé d'y coudre des petits morceaux rouges çà et là. Elle portait des bas - un marron, un noir - sur ses grandes jambes maigres. Et puis, elle était chaussée de souliers noirs deux fois trop grands pour elle. Son papa les lui avait achetés en Amérique du Sud pour que les pieds de Fifi aient la place de grandir un peu. Fifi n'en avait jamais voulu une autre paire."

Et lorsque Fifi fait des efforts de toilette, non pas pour plaire, mais pour paraître chic, c'est ainsi:

"Pour une fois ses cheveux roux tombaient librement sur ses épaules et formaient comme une crinière de lion. Elle avait passé du rouge sur ses lèvres - avec une craie rouge vif - et elle s'était fardée les paupières - avec du charbon -, de sorte qu'elle avait l'air fort menaçante. Sans oublier les gros rubans verts sur ses chaussures."

 

Quand je vous dis libre... Fifi apporte la fantaisie, un vent frais de liberté à ses voisins Tommy et Annika, fascinés et envieux, autant que les petits lecteurs de 2010.

 

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En faisant quelques recherches sur cette star mondialement connue, j'ai découvert que le maître Hayao Miyazaki s'était intéressé à elle, dans les années soixante-dix. Travaillant à une adaptation, il s'est même déplacé jusqu'en Suède pour y rencontrer Astrid Lindgren. Malheureusement pour nous, il n'a jamais obtenu les droits et le projet est tombé à l'eau... On peut en voir quelques images sur le site Ghibli World, à la date du 4 mai.

 

 

Pour finir, j'aime beaucoup cette photo d'Astrid Lindgren, comme un dernier clin d'oeil à son héroïne...

 

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http://img.over-blog.com/300x116/2/99/28/34/divers/defi_classique.jpg

Publié dans romans, Astrid Lindgren

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le coeur cousu

Publié le par Za

Allez, je me lance.

coeur-cousu.jpg L’idée, ce n’est pas forcément d’écrire une bafouille sur chaque livre lu. Mais quand même, celui-là… Et ce faisant, en se baladant sur la blogosphère, c’est fou le nombre de billets qu’on a peut trouver sur ce livre !  Moulon de prix (pour un premier roman), bouche à oreille fulgurant… et je n’en avais jamais entendu parler. Alors d’abord, merci à qui  me l’a conseillé !

 

Le cœur cousu, donc.

 

Le goût du soleil et de la poussière chaude.

 

Une histoire de transmission d’une mère à ses filles, où l’on hérite de la douleur, mais aussi de la liberté. Frasquita Carasco reçoit le don de coudre, broder, raccommoder les étoffes, les vies, les chairs. Durant toute la première partie, j’ai eu en tête les tableaux de Frida Kahlo : les couleurs, le sang, le cœur cousu dans la poitrine de la Vierge, les enfantements successifs.

 

Frida Kahlo le due frida

 

 

Frida-Diego-in-my-mind.jpg

 

 

La deuxième partie inscrit ce récit intemporel dans l’Histoire (les anarchistes, les allusions à Bakounine). Pour autant, les fantômes, les incantations, les miracles laissent au surnaturel une place centrale dans l'histoire. Mais c’est un surnaturel du quotidien, de l’amour, de l’enfance, du soin prodigué par lequel Frasquita poursuit son œuvre de couturière nomade.

Le dernier tiers du récit se déroule en Afrique du Nord. Une Afrique qui ressemble encore tellement à l’Espagne, escagassée de lumière et de chaleur. Les enfants ont grandi, chacun à sa manière, avec son don/malédiction.

 

Cette couturière ne pouvait que me toucher, me rappeler à ces liens du fil à coudre, à broder, du fil de laine à tricoter...

 

Au détour d'une page, un petit chapitre de deux pages, l'air de rien, m'a explosé en plein coeur:

 

"Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines.

Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d'épices, magie et recettes se côtoient. l'art culinaire des femmes regorge de mystère et de poésie.

Tout nous est enseigné à la fois: l'intensité du feu, l'eau du puits, la chaleur du fer, la blancheur des draps, les fragrances, les proportions, les prières, les morts, l'aiguille, et le fil... et le fil.

Parfois, des profondeurs d'une marmite de fonte surgit quelque figure desséchée. Une aïeule anonyme m'observe qui a tant su, tant vu, tant tu, tant enduré. [...]

Opposant à la réalité une résistance têtue, nos mères ont fini par courber la surface du monde du fond de leur cuisine."


 

Chaque livre ayant sa petite musique à lui, c’est vers elle que ce roman m’a emportée :

 

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