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2 articles avec kyo maclear

la pastèque

Publié le par Za

Aujourd'hui, focus sur une maison d'édition dont les publications m'enchantent, m'émeuvent, m'émerveillent, m'amusent - aucune mention inutile. La Pastèque a fêté l'an dernier ses 15 ans. Elle a reçu en mars dernier le BOP, Bologna Prize du meilleur éditeur jeunesse d'Amérique du Nord.

la pastèque

Dans cette livraison, ce ne sont pas moins de trois albums que je vous propose de glisser dans la valise de vos vacances.

la pastèque

J'aime particulièrement les gros livres cartonnés. C'est le pavé du tout petit, la mimine encombrée par une histoire longue, regorgeant d'images à explorer. C'est lourd, ça en impose, ça tient droit, ça résiste au vent, j'adore. Pas moins de dix-huit doubles pages, tout le temps pour poser tranquillement une fable futée. La rencontre entre du chat et de la chouette autour d'un panier de poissons apparemment inaccessible pour l'un et pour l'autre... La finesse et la ruse qui permettront à l'un des deux de s'emparer de cette pêche miraculeuse... Mais quel bonheur de lecture !  Le texte de Nadine Robert, auteur de l'irrésistible Joseph Fipps, est désarmant de clarté, de simplicité, et rend cette histoire accessible aux plus jeunes.

J'avoue avoir aussi un faible pour le travail de Christopher Duquet, l'art de feutrer la laine à l'aiguille - qu'il m'arrive de pratiquer parfois, avec infiniment moins de talent, l'art d'insuffler la vie à travers un sourcil relevé, une oreille en berne. Les décors minutieux de Brigitte Henry mettent une touche finale de fraicheur, de naïveté à cet album décidémment épatant.

 

la pastèque
la pastèque

La spécialité de M. Flux, c'est le changement, la transformation, la nouveauté. Tout le contraire de Martin qui voit d'un très mauvais oeil ce monsieur bouleverser sa vie et celle de son quartier. Martin est-il capable d'accepter de voir un peu de fantaisie débarquer dans sa très prévisible existence ? Les choses immuables n'ont-elles pas parfois des avantages ? Inspiré d'un mouvement artistique né au début des années soixante, le fluxus, cet album joue du paradoxe d'une jeunesse conformiste bousculée par un homme en costume strict, arborant monocle et col dur. Les illustrations de Matte Stephens penchent vers un vintage assumé, singulier qui rendent ce livre unique. Le texte de Kyo Maclear, auteur de Virginia Woolf, met en avant les détournements du quotidiens qui peuvent conduire vers de grands changements, avec bienveillance et fantaisie.

la pastèque

Tabarnak ! Quand on est français, cette exclamation est un genre de cliché qui trahit immédiatement le québécois. Mais nous sommes souvent dans la même situation que le jeune héros de Jacques Goldstyn.

la pastèque

C'est une enquête rigoureuse que vont mener les enfants, à la recherche de la signification de ce mot mystérieux, ce sacre, ce blasphème, témoin des maladresses et des emportements du père. Les suppositions ne manquent pas : bête préhistorique, maladie redoutable, dictateur cruel, tout y passe. Comment imaginer que le curé détient la réponse...

Les scènes dans l'église sont particulièrement savoureuses. Poussiéreuse, inquiétante malgré la bonhommie du prêtre, elle recelle une galerie réjouissante et horrifique de saints de tout poil, hérissés de flèches, la tête sous le bras.

Les personnages de Jacques Goldstyn - cousins du Petit Nicolas de Goscinny et Sempé - sont à la fois malicieux, attendrissants, infiniment drôles. Il faut scruter chaque détail, chaque mouvement pour se délecter de cette histoire linguistiquement québécoise certes, mais finalement joyeusement universelle.

la pastèque

Le Poisson frais

Nadine Robert, Brigitte Henry & Christopher Duquet

La Pastèque, janvier 2014

M. Flux

Kyo Maclear & Matte Stephens

La Pastèque, décembre 2013

Le petit Tabarnak

Jacques Goldstyn

La Pastèque, octobre 2013

Visitez le site de la Pastèque, suivez sa page Facebook.

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virginia wolf

Publié le par Za

virginia wolf

Deux oreilles dépassent du lit. Les deux oreilles pointues de Virginia, d'humeur de chien, d'humeur de loup. Rien ne va, tout lui est devenu odieux, ses amis, sa sœur, jusqu'au soleil qu'il faut bannir. D'abord désemparée, la sœur, Vanessa, va trouver du bout de ses pinceaux comment faire revenir Virginia parmi les humains. Ensembles, elles inventent Bloomsberry, terre de cocagne où les gâteaux poussent dans les arbres, au milieu d'une débauche de couleurs. Un jardin peuplé d'animaux, de fleurs, de balançoires, de quoi peupler l'esprit de Virginia et la conduire vers sa métamorphose.

virginia wolf

Voici un album comme un millefeuille, une gourmandise aux multiples lectures possibles. En premier lieu, l'histoire simple d'une fillette au mal être spectaculaire au point de la transformer en loup.

Isabelle Arsenault inscrit d'abord Virginia dans un univers aux teintes bleutées, grises, sourdes, derrière des volets tirés. La lumière est tout à coup imposée par un coquelicot, au cœur d'une double page éclatante de vie, mue par un mouvement ascendant. Un mouvement réaffirmé par la suite, jusque dans le texte.

J'ai peint une balançoire et une échelle aussi haute que le fenêtre, pour que ce qui était en bas puisse remonter. Ma sœur a commencé à m'observer.

virginia wolf

Puis c'est le jaune qui gagne avec le retour du sourire de Virginia, encore Wolf mais plus pour longtemps. Cette histoire est belle et joyeuse, couronnée par une fin heureuse, même si le bleu environnant la dernière image laisse à penser que le loup colérique pourrait revenir. Le dessin d'Isabelle Arsenault est extrêmement touchant, par sa sensibilité, par cette manière de rendre le végétal, l'animal, simplement, sans effet ni esbrouffe.

virginia wolf
Vanessa Bell / Virginia Woolf

Vanessa Bell / Virginia Woolf

Au deuxième étage du millefeuille se trouvent évidemment l'écrivaine Virginia Woolf  et  sa soeur Vanessa Bell, qui était peintre. Kyo Maclear extrapole sur ces deux personnalités infiniment originales et modernes et en fait les héroïnes de son histoire. Le trouble bipolaire de Virginia la fait hurler à la lune, Vanessa l'aidant momentanément grâce la peinture. Glisser de Woolf à Wolf était tentant, mais le plus savoureux à mon sens est la réinvention de Bloomsbury - nom du groupe d'intellectuels et d'artistes anglais initié par une partie de la famille de Virginia Woolf - baptisé ainsi d'après le nom de leur quartier de résidence à Londres. Bloomsbury devient Boomsberry, blooms-berry.

 

Si je volais, j'irais dans un endroit parfait. Un endroit plein de gâteaux glacés et de fleurs exquises et de formidables arbres à grimper et absolument aucun tracas.

"Où est cet endroit ?" ai-je demandé.

Elle a réfléchi un peu puis a dit : "A Bloomsberry, le pays des fleurs aux fruits."

virginia wolf

Parlera-t-on de Virginia Woolf et de sa soeur aux enfants qui découvriront cet album ? Peut-être et peu importe. Mais cette source d'inspiration peu commune fait le sel du livre. Chacun y trouve son compte et l'adulte doublement.

J'aimerais terminer par une mention particulière pour la traduction de Fanny Britt, l'auteur de Jane, le renard et moi, album également dessiné par Isabelle Arsenault et lui aussi parcouru d'une référence littéraire - mais j'y viendrai bientôt.

 

Virginia Wolf

Kyo Maclear & Isabelle Arsenault

traduction de Fanny Britt

éditions de la Pastèque, 2012

 

Edit du 13/03/14:

Je viens de trouver une interview d'Isabelle Arsenault sur cet album,

c'est par ici !

Virginia Woolf par Vanessa Bell

Virginia Woolf par Vanessa Bell

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