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256 articles avec albums

mon papa pirate

Publié le par Za

mon papa pirate

Mon papa pirate est une histoire d'amour filial, d'admiration d'un fils pour son père. Une histoire d'histoire aussi. Celle que raconte le père à l'enfant pour lui alléger les noirceurs de la vie. Le père pirate partage ses aventures à chacun des ses retours. Il s'attarde surtout à décrire son équipage. Et quel équipage ! Des durs, des vrais, des tatoués, aux noms évocateurs...

Il y avait : Le Tatoué, qui était en effet couvert de tatouages et ne disait jamais un mot.

Centime, le perroquet qui parlait pour lui.

Un dénommé Cigarillo, bon cuisinier, qui racontait des histoires de fantômes à vous donner la chair de poule.

Le Barbu qui, d'après la légende, portait déjà la barbe à sa naissance.

Riquiqui, qui avait la taille d'un enfant mais n'avait peur de rien...

mon papa pirate

Tout commence dont par un récit de piraterie dans la plus pure veine du genre. Et puis il y a l'inattendu, l'accident. Il faut rejoindre le père blessé et la mère ne prend pas le chemin des Caraïbes. C'est un train qui traverse l'Europe, depuis l'Italie jusqu'en Belgique. Et c'est là que le livre gagne toute son originalité, en jouant sur la fibre sociale, humaine.

mon papa pirate

On bascule alors dans une belle émotion où l'enfant trahi tranforme la déception qui pourrait être la sienne en un autre regard, une autre admiration. Par la même occasion, il cesse d'être tout à fait un enfant. Les farouches pirates ne le sont pas et qu'importe. Ils ont une autre fierté, celle des mineurs. La fin de l'histoire m'a tiré des larmes. Je vous la laisse, elle est belle et précieuse.

mon papa pirate

Vous l'aurez compris, le texte de Davide Cali est émouvant, extrêmement bien écrit, sans concessions. Il rend à ce père toute sa dignité, la noblesse de son métier. Parce que mineur n'était pas, n'est pas un métier comme les autres. Ceux qui l'exerçaient en tiraient une fierté particulière. Les mineurs, les métallos, autant de métiers très durs, ingrats auxquels les hommes sont farouchement attachés, autant qu'à leurs origines, qu'à leurs noms de famille aux consonnances étrangères - italiennes, polonaises, algériennes.

J'ai une admiration particulière pour le travail de Maurizio Quarello et c'est sur son nom que j'ai emprunté cet album. Son trait rend ici des atmosphères justes, le rêve de piraterie, le quotidien prosaïque, le ciel, le regards de ces hommes dignes. La palette des couleurs bascule brutalement des rouges flamboyants aux gris et bleus de la pluie et du carreau de la mine.

Une réussite absolue, littérairement, graphiquement, émotionellement.

 

Mon papa pirate

Davide Cali & Maurizio A.C. Quarello

Sarbacane, octobre 2013

Orriecho acerbo, pour l'édition originale

Voir ici l'avis de Sophie-Hérisson

 

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gipsy

Publié le par Za

Qu'est-ce que je me fiche de leur nid !!

Qu'est-ce que j'en ferais ?

gipsy

La pie a une sale réputation : voleuse, bruyante, agressive avec ses congénères.... Qui se soucierait de cet oiseau peu sympathique si ce n'est Manu, bienveillant petit bonhomme, tranquille et heureux, planté dans une famille un peu hors norme. Et Gipsy la pie rentre dans cette famille, la fait sienne. Elle fait sienne aussi le voyage. Pas besoin de nid, pas besoin d'entasser, de garder. Du coup, on n'a rien à défendre, si ce n'est l'essentiel, sa liberté.

Marie-France Chevron nous offre un texte émouvant et beau, une histoire d'amitié et de vent, où l'oiseau n'appartient pas à l'enfant, il l'accompagne, simplement. C'est un texte simple et fluide comme le vol de la pie.

Pourtant, je n'emporte rien avec moi que mes rêves et mes souvenirs. Je me nourris de ce que je trouve sur le chemin.

Je me nourris aussi de la liberté d'aller et venir où bon me semble.

On n'a pas besoin de plus pour vivre bien.

gipsy
gipsy

Et puis il y a le travail de Mathilde Magnan, qui insuffle une vie incroyable à cette pie ! Madame Magnan étant une aimable personne, elle a bien voulu répondre à quelques questions. C'te chance !

Quelle a été la genèse de cet album, ta rencontre avec le texte – magnifique - de Marie-France Chevron ?

Eh bien c'est un soir de mars (donc il n'y a même pas un an!) que j'ai reçu un mail de Marie-France me demandant si je cherchais toujours des textes à illustrer, j'ai dis que voui, surtout les siens, et hop voilà t'y pas que je reçois Gipsy dans ma boîte mail ! Le texte était quasiment ce qu'il est aujourd'hui, l'histoire m'a beaucoup plu et beaucoup touchée. Alors j'ai dit ouiouioui mais à condition qu'il y ait beaucoup beaucoup de pie et pas trop trop d'humains ….

Après le héron, la pie ! Je m’égare ou tu aurais un goût particulier pour les oiseaux…

Ah bon ? Ça se voit tant que ça ?? Plus sérieusement, j'aime effectivement beaucoup dessiner les oiseaux, mais beaucoup d'autres animaux ou insectes aussi !

Je ne saurais trop te conseiller, lecteur chéri, un petit tour sur le site de Mathilde Magnan, tu t'y régaleras de ses illustrations documentaires & nature, un vrai bonheur légumier, floral, insectifère, voire même champignonnier !

 

J’ai été frappée par la différence de traitement entre le dessin de la pie, vif, acéré, et celui des humains, en tout cas les adultes, plus indistincts, presque flous. Me trompe-je ?

Heuuu non, point du tout... Tu touches ici un point sensible, je me débrouille beaucoup mieux avec les bestioles qu'avec le genre humain d'une manière générale (sauf quand je me concentre furieusement et que je m'applique, comme pour la dernière double page par exemple). Mais outre le fait que j'ai plus de mal avec un corps humain qu'avec des centaines de plumes, c'était aussi voulu que le traitement de la pie soit différent du reste. C'est elle qui raconte, c'est elle qu'on suit et c'est par ses yeux que l'on rencontre cette famille et son histoire.

gipsy

Tu utilises ici une palette de couleurs peu commune dans la production d’albums jeunesse…

Ah … ! J'avoue que je ne connais pas non plus toutes les parutions en éditions jeunesse, mais les couleurs (et même si dans le Héron et l'Escargot il y en a beaucoup moins que dans Gipsy finalement), c'est un peu ma façon de présenter les choses, comme une marque de fabrique. J'ai appris assez vite (surtout dans les cours d'atelier BD que j'ai suivi à St Luc à Bruxelles pendant trois ans) à me l'approprier, plutôt qu'elle reste « l'obligée » de ce qu'elle colore. Je veux dire par là que très vite mes arbres n'ont plus été marron et vert, mon ciel bleu, mon soleil jaune et ma peau rose... J'aime jouer avec les couleurs, les contrastes, bidouiller mes palettes... Des fois je me surprend toute seule à mettre des couleurs que je n'aurais pas choisi d'entrée de jeu (les roses surtout …), faire qu'on lise et découvre l'image par d'autres « codes » que celui des couleurs « conventionnelles ».

 

Quelles sont les différentes étapes de la création d’une de ces images, les techniques utilisées ? Dans quelle mesure utilises-tu l’ordinateur ?

Hinhin, c'est un secret ! Enfin pas trop, vu que je l'explique lorsque je rencontre des classes, donc, bon, hein …

En gros, j'ai le dessin (taille réelle du livre voire plus grand, réalisé à la mine 0,3 d'un critérium – oui ça fait long pour les poils du chien – et au crayon gris 5B) d'un côté, et les fonds (lavis, pigments, café, thé, encres, terre...) de l'autre et je réunis les deux sur ordinateur. C'est donc un outil plus qu'une fin en soi, ça me permet de me tromper, de changer de fond, de couleurs, de taille... sans avoir à tout recommencer !

 

Comment se passe le travail avec l’éditeur, en l’occurrence Jean Poderos des éditions Courtes et Longues ? Y a-t-il eu des modifications dans le texte, les images ?

Déjà ça se passe bien ! Et c'est en soi le plus important... Sinon, il y a beaucoup d'échanges. Ici le texte a été un peu modifié mais pas beaucoup. Il a vu ça avec Marie-France, il me semble, une fois que les illustrations étaient terminées. Pour les images, je lui ai d'abord envoyé un chemin de fer de tout l'album avec des petites vignettes pour chaque planches. Nous en avons discuté pour être bien d'accord tous les deux sur le même chemin à suivre, et une fois que c'était ok, je lui envoyais les planches une par une. Il y a eu des fois quelques modifications à faire (notamment sur celles avec de l'humain dedans, on ne se refait pas …), et d'échanges en échanges on fini par mettre tous le monde d'accord. Jean Poderos est quelqu'un avec qui l'on peut discuter et argumenter sans qu'il y ait de malaise ou de malentendu.

 

Qui a décidé de la silhouette finale de l’album, notamment de l’intrusion du texte dans les images, des différentes tailles de lettres ?

Pour Gipsy, c'est Jean Poderos qui a fait appel à Sophie Dupriez pour la mise en page du texte, c'est elle qui a choisi ces différentes polices et ces choix de tailles de typo. C'est chouette de voir ce qu'une autre personne à en tête pour un projet sur lequel on planche depuis plusieurs mois. J'étais très curieuse du résultat - que j'ai vu avant parution bien sûr ! On en discuté aussi pas mal. Pour le Héron c'était moi qui avait aussi fait la mise en page du texte, mais c'est une bonne expérience d'apprendre à « lâcher son bébé » de temps en temps aussi !

gipsy

Qui sont tes modèles parmi les illustrateurs classiques, qui sont tes insurpassables ?

Huuum Quentin Blake, même s'il est aussi actuel (mais pour moi il fait partie de mon enfance), beaucoup d'illustrateurs Russes (mais je suis archi-nulle pour retenir les noms), comme par exemple celui de « Michka » (Rojankovsky). Eva Eriksson aussi, Babette Cole, Kazuo Iwamura (La Famille souris), tous ont bercé mon imaginaire d'enfant... Dans les plus vieux, je penche aussi sur Benjamin Rabier, Gustave Doré... Il y en sûrement d'autres (sans doute je m'en souviendrai cette nuit!)

Ah si, et Fmurr, Gotlib, Fred et cie … Merveilleuse époque plongée dans les Pilotes chez ma grand mère !

Et dans la production actuelle ?

J'aime beaucoup le trait et l'imaginaire de Gilles Bachelet, je suis fascinée par les images d'Antoine Guillopé, le noir et blanc est un domaine qui m'attire et qui m'effraie un peu aussi (mais ça chemine doucement), j'aime énormément Wolf Erlbrucht, Einar Turkowski (que j'ai découvert dans ton cabas*), Olivier Tallec, Pef (mon enfance montrepoilutesque), Isabelle Simler, Kris Di Giacomo, Pierre Déom (de la Hulotte)... j'en oublie des tas, la liste est sans fin !

*Je rougis légèrement.

© Pierre Déom - La Hulotte n°83

© Pierre Déom - La Hulotte n°83

Quel serait ton album idéal – existant ou encore à créer ?

Ouhla ! Là, je ne sais pas quoi répondre ! Je crois que je n'ai pas d'idéal d'album, le monde bouge et évolue dans tous les sens et tout le temps, et qu'heureusement il reste des tas d'albums idéaux à créer !

 

Merci Mathilde d'avoir pris le temps de rendre une petite visite au Cabas !

 

Gipsy

Marie-France Chevron & Mathilde Magnan

éditions Courtes et longues

février 2014

 

La librairie du Pouzadou se trouve au Vigan (Gard).

La librairie du Pouzadou se trouve au Vigan (Gard).

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comment fonctionne une maîtresse

Publié le par Za

comment fonctionne une maîtresse

Il est évidemment entendu qu'une maîtresse n'est pas un être ordinaire et qu'on peine parfois à l'imaginer en dehors de l'école.

Les illustrations de Chiara Carrer présentent une maîtresse dont la silhouette immuable se pare de couleurs, de formes, se remplit de savoirs multiples. Elle se retrouve sujet de planches très instructives pour qui s'intéresse au sujet : collages, schémas, papiers de couleur, calque ou millimétré, peinture, crayon, tous moyens connus et couramment utilisés en classe.

comment fonctionne une maîtresse

Une classe que la maîtresse ne quitte guère finalement, voyant les élèves se succéder sans grandir puisqu'ils ont toujours le même âge. Et lorsqu'ils la revoient, c'est pour constater qu'elle est devenue petite, que le lieu même a rapetissé.

Le texte de Susanna Mattiangeli est à la fois drôle et touchant, tendre aussi. Il nous éclaire sur le sujet sans en percer pour autant le mystère...

A l'intérieur de la maîtresse, il y a des nombres, des tables de multiplication, des fleuves, des montagnes, l'horloge, les cinq sens, l'homme préhistorique et beaucoup d'autres choses qui, petit à petit, finissent un jour à l'intérieur des enfants.

Les bons joours, la maîtresse fait entrer dans chaque enfant juste ce qu'il faut, sans rien perdre en route. Et sans non plus se vider jusqu'au dernier de ses adjectifs.

comment fonctionne une maîtresse

A l'heure où il est de bon ton d'accuser l'école de tous les maux de la Terre, à l'heure où il est courant d'accuser les livres pour la jeunesse de tous les maux de la Terre - ah, la nostalgie de l'autodafé... - cette ode à la maîtresse est tout simplement réjouissante !

 

 

Comment fonctionne une maîtresse ?

Susanna Mattiangeli & Chiara Carrer

Rue du monde, 2013

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il était une fois

Publié le par Za

il était une fois

Attention : bijou !

Petit trésor de 14,5 x 18,5. Dos toilé, beau papier.

Page de gauche, quelques mots susurrés. Trois lignes fragiles et discrètes, blanches sur fond de couleur.

Page de droite, rondes comme une noix, une pomme, un caillou, douces et profondes comme l'eau et les larmes, des images minutieuses posées avec une infinie délicatesse.

Et l'on se prendrait presque à retenir son souffle pour ne pas perturber le miraculeux équilibre qui règne ici.

il était une fois

C'est un recueil de poésie.

C'est un livre de devinettes.

La rencontre entre Perrault, les frères Grimm, Andersen et le haïku, cette forme poétique japonaise à la fois avare de paroles et généreuse d'images, de sons. Les mots d'Agnès Domergue touchent juste, distillent le néssaire, ni trop, ni trop peu, et le conte apparait, réduit à l'absolu essentiel. Les illustrations de Cécile Hudrisier manient l'ellipse avec virtuosité.

il était une fois

Cet album jamais mièvre constitue une manière inédite de relire des histoires connues, d'en découvrir d'autres. Voici un grand petit livre absolument indispensable ! 

 

Il était une fois...

Contes en haïku

Agnès Domergue & Cécile Hudrisier

éditions Thierry Magnier, 2013

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j'ai laissé mon âme au vent

Publié le par Za

Promets-moi de ne pas trop pleurer

Je n'aime pas l'océan dans tes yeux

Promets-moi de penser à mon rire

De temps en temps, ça me rendra joyeux.

j'ai laissé mon âme au vent

Des albums traitant du deuil, il y en a des charrettes. Qu'est-ce qui fait que celui-ci n'est pas juste un livre de plus ?

On entre d'emblée dans l'univers d’Éric Puybaret, si reconnaissable et qui souvent me déroute de tant de rondeur. J'ai parfois du mal à trouver une prise, une aspérité à laquelle m'accrocher pour entrer dans ces images toutes de douceur. Et pourtant, c'est cette douceur même qui était nécessaire pour soutenir le texte de Roxane Marie Galliez à coup d'optimisme et de sourires consolateurs.

Les saisons passent, l'été arrive. Un garçon joue sur la plage, mais il manque quelqu'un. Il est ici question de permanence, pas de disparition. La voix du grand-père dit ce qui reste, ce qui demeure. Le grand-père disparu ne l'est pas vraiment. Il appartient désormais aux éléments. Il est devenu souffle, esprit, courant d'air, petit vent complice.

Le grand format, l'utilisation systématique de la double page, obligent le lecteur à s'immerger dans l'image, à adhérer à l'histoire à force d'en faire partie. Chaque illustration développe un univers particulier avec une palette de couleurs contrastées.

Le texte de Roxane Marie Galliez est d'une grande délicatesse, tout de pudeur et de retenue. L'album en devient intemporel.

 

J'ai laissé mon âme au vent

Roxane Marie Galliez & Eric Puybaret

De La Martinière Jeunesse, 2013

 

Chaque album est accompagné d'un petit sachet de graines d'immortelles.

 

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My Brother's Book

Publié le par Za

"Kid books... Grown up books... That's just marketing. Books are books."

Maurice Sendak

"Kushner [ami proche de MS] m'a dit qu'il avait vu Sendak à la fin de sa vie; sa vue avait baissée, il était penché au-dessus de son bureau, le visage si près des dessins que son nez les touchait presque. Pour ses lecteurs dévoués, cette tendre proximité - cette intimité - sera peut-être l'aspect le plus émouvant du "Livre de mon frère". Les détails minutieux - comme si Sendak l'avait fait exprès - nous attirent toujours plus près, jusqu'à ce que nous touchions la page avec notre propre nez, comme un dernier baiser de bonne nuit."

Avi Steinberg, The New-Yorker, 12 mars 2013

 

Alors aujourd'hui, il sera question d'amour,

d'Amour,

d'amours.

My Brother's Book

J'ai ouvert ce blog bavard il y a quatre ans, j'espère y avoir posé l'envie d'ouvrir des albums qui donneraient l'envie d'en ouvrir d'autres... J'ai aujourd'hui ce livre près de moi, qui m'embarasse à force de ne savoir qu'en dire, d'en être intimidée.

Je n'ai pas lu Sendak lorsque j'étais enfant et j'envie ceux qui, s'étant éveillés aux images des monstres de Max, sont aujourd'hui devenus adultes et saluent le dessinateur une dernière fois avec ce livre singulier.

C'est un petit livre toilé, revêtu d'une épaisse jaquette et c'est le dernier livre de Maurice Sendak. Une nuit d'hiver, deux frères sont séparés par l'apparition d'une nouvelle étoile qui fend la Terre en deux. Leurs chemins désormais séparés leur imposent des épreuves qui les conduiront à se retrouver, car il était dit qu'ils seraient inséparables.

My Brother's Book

Placé sous les auspices de Shakespeare et de William Blake, My Brother's Book est un poème graphique d'une grande beauté. Et bien qu'on reconnaisse immédiatement la patte de Maurice Sendak, on peut être étonné du trait, confondu avec l'aquarelle. Cette ode au frère disparu - Jack Sendack est mort en 1995 - est empreinte d'une émotion palpable, bouleversante. On y lit aussi l'adieu de Maurice Sendack à Eugene Glynn, son compagnon pendant cinquante ans, décédé en 2007.

Malgré tout, My Brother's Book n'est pas un livre triste, mais il est baigné d'une mélancolie profonde, du regret de l'âge d'or, de l'amour absolu.

 

My Brother's Book

Maurice Sendak

Michael di Capua Books

HaperCollins Publishers, 2013

My Brother's Book
10 best illustrated Children's books (2013)

10 best illustrated Children's books (2013)

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Баба-Яга / baba yaga # 2

Publié le par Za

Babayaga n'avait qu'une seule dent.
Et c'est probablement cela qui l'avait rendue si méchante
.

Ainsi débute le texte de Taï-Marc Le Thanh, qui plonge dans l'enfance de l'ogresse à la recherche de ce qui avait bien pu gâter son caractère. En butte aux moqueries de ses camarades, la petite Babayaga, bien seule, choisit une option un brin radicale : elle deviendra ogresse. Ogresse et solitaire.

Баба-Яга / baba yaga # 2

Oh, elle a bien ouvert un restaurant, dont le nom poétique mettrait l'eau à la bouche à bien des croque-mitaines : "Au bambin qui rissole"... Toutes les étapes du conte sont là, la petite Miette doit échapper au chat, aux chiens mal embouchés, à l'arbre entreprenant. Mais c'est un crapaud qui la conseille. Et Babayaga, bien qu'affamée, finira l'histoire bien piteusement.

Баба-Яга / baba yaga # 2

Rébecca Dautremer enrobe cette histoire de ses rouges si reconnaissables, mais aussi d'ombres tout à fait angoissantes. Miette a les rondeurs d'une matriochka. Elle traverse cette aventure comme si elle connaissait déjà la fin de l'histoire, presque avec sérénité. Son allure en fait le pendant enfantin de Babayaga, ce qu'elle aurait pu être si elle avait eu d'autres dents...

Le texte prend des libertés salvatrices avec le conte original, y glisse des traits d'humour, humanise la sorcière, là où elle est habituellement une créature purement malfaisante mue par son appétit. Elle a finalement l'air aussi malheureuse que cruelle.

Babayaga

Taï-Marc Le Thanh & Rébecca Dautremer

Gautier-Languereau, 2003

 

 

Depuis le Bal des échassiers, on l'attendait. On trépignait même un peu. Bien fait pour lui. Il fallait pas commencer si fort, si beau. Alors, il ressemble à quoi, le nouvel Echegoyen ?

Баба-Яга / baba yaga # 2

Paul Echegoyen transforme Baba Yaga en araignée avide et patiente, tissant sa toile telle une broderie précieuse, autour de Vassilissa. On passe sans transition de la lumière dorée jouant dans les cheveux de la blondinette aux joues roses à la forêt sombre où seules quelques lueurs vous fixent de leurs regards inquiétants. Mais dès que l'on pénètre dans le monde de l'ogresse, le dessin gagne en profondeur, en matière. Les détails apparaissent, fourmille, inquiètent. Et au milieu trône une créature qui n'a rien d'humain. Pas plus que la servante, d'ailleurs, verte bestiole aux grands yeux émerveillés. Rien ne ressemble plus à quoi que ce soit de connu.

Le grand format de l'album permet au lecteur de s'immerger dans cet univers qui fait la part belle aux motifs des tissus, où tout - branches, cheveux - se transforme en fibre qui pourrait être tissée, brodée, jusqu'à l'étouffement.

Le texte de Claude Clément suit la trame du conte, dans une langue classique qui tangue parfois au balancement de rimes discrètes.

Soyons sûr qu'il n'y aura pas que le Cabas à attendre le prochain Echegoyen...

Baba Yaga

Claude Clément & Paul Echegoyen

Seuil Jeunesse, 2013

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Баба-Яга / baba yaga # 1

Publié le par Za

Le conte de Baba Yaga est un classique parmi les classiques Des adaptations de ce conte russe, dans toutes ses versions paossibles, il y en a des charrettes. On en connait les figures imposées : la maison montée sur pattes de poule (flippant), le mortier ambulant à propulsion de pilon (pas rassurant), les chiens féroces (j'aime pas), le portail qui grince (pour l'ambiance), le bouleau taquin (ouille !)... Mais ce que je préfère, j'avoue, ce sont les crânes aux yeux ardents, dans le genre déco joyeuse, on n'a guère fait mieux depuis.

J'en ai quatre versions sous le coude, je vous propose donc d'aller allègrement à la rencontre de l'ogresse, passez devant, je vous suis.
Parce que la première, c'est celle d'Ivan Bilibin (1876-1942).

Баба-Яга / baba yaga   # 1

La Baba Yaga de Bilibin est d'une réalité effrayante. Elle est sèche, impitoyable. Vassilissa est une jeune femme, à cent lieues d'Hansel et Gretel, du Chaperon rouge. On ne sait où donner du regard. Chaque image est enluminée avec soin, chaque détail est traité avec le même respect. L'illustration témoigne en ethnologue, décrit en entomologiste. On est évidemment plus proche de la terreur pure que du conte gentillet. Car il était question de transmettre à tous - et pas seulement aux enfants - un conte traditionnel.

Contes russes

illustrés par Ivan Bilibin(e)

(vous trouverez les deux orthographes)

Seuil Jeunesse

réédition à paraître le 20 mars 2014

Баба-Яга / baba yaga   # 1

Nathalie Parain illustre le conte en 1932. Il est publié simultanément aux Etats-Unis et en France, par Flammarion pour les albums du Père Castor. Une économie de moyens admirable, blanc et noir, rouge, brun, vert, pas de fond, de décor, chaque élément codifie le texte comme un pictogramme. Le dessin participe de la mise en page, gagne le texte parfois pour lui laisser ensuite toute la place. La couverture rassurante semble présenter le conte comme cette petite chanson qui accompagne la ronde. On dirait qu'il y aurait une sorcière, mais on sait au fond que ça n'existe pas.

Баба-Яга / baba yaga   # 1

Le texte de cet album est proprement surprenant. Il s'agit d'une traduction du conte russe de 1932 qui accompagnait l'édition américaine, l'album du Père Castor était, pour sa part accompagné d'un texte de Rose Celli qui sera ensuité réédité deux fois mais avec d'autres illustrations chaque fois. La version russe, donc, de Nadiejda Teffi, traduit par Françoise Morvan est une pure merveille, faite pour être entendu, même par soi-même si l'on est seul.

Elle rage, elle tonne contre le chat : d'avoir attendu toute la matinée, elle a une faim de loup, elle veut manger la petite. La voilà qui se met à battre le chat. Et que je te le rosse, et que je te le cogne et que je te rogne et que je te grogne :

- Sale chat, sale voleur, comment as-tu osé laisser sortir la fille sans lui crever les yeux ?

Lisez-le à haute voix si vous le rencontrez, c'est une surprise permanente. Des phrases qui roulent seules, dans une langue collant à l'oralité, ménageant le suspens de la poursuite, savourant les échanges de Baba Yaga avec ses serviteurs si mal traités.

A peine a-t-elle touché l'herbe que la serviette se déploie en rivière large, large comme la mer - même en trois jours, on ne la passerait pas.
Arrivée au bord de la rivière, la Yaga regarde... Que faire ? En mortier de cuivre, comment naviguer ? Elle grince des dents, cogne du pilon, rebrousse chemin, et roule et roule, rentre chez elle, rassemble ses boeufs, les mène à la rivière et leur ordonne de boire.

Ils ont bu, les boeufs, ils ont bu, ils n'ont pas laissé une goutte dans la rivière.

C'est dans ce contraste entre la rudesse des mots et la sobriété des images, c'est dans cet espace que se loge le travail du lecteur qui fera le lien, remplira les vides laissés volontairement. C'est aussi ce qui rend cet album - créé il y a plus de quatre-vingts ans - résolument moderne, intemporel, indispensable.

Pour en voir plus, rendez-vous sur l'excellent site de Cligne-Cligne Magazine !

Baba Yaga

dessins de Nathalie Parain

première édition en français : Père Castor-Flammarion, 1932

texte de Nadiejda Teffi, première édition en russe : YMCA-Press, 1932

traduction de Françoise Morvan

éditions MeMo, septembre 2010

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je lis aussi des albums

Publié le par Za

je lis aussi des albums

Enfin, je lis surtout des albums.

Et je ne suis pas la seule.

Alors cette année, je repars avec Hérisson et son célèbre challenge.

Nouveauté cette année, un rendez-vous chaque premier samedi du mois ! De quoi vous donner envie de lire des albums, et surtout de quoi (re)donner au Cabas l'envie de se promener sur la blogosphère alboumesque !
Et zou un petit logo pour la route !

Publié dans albums

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un froid de loup

Publié le par Za

Juste quelques mots pour vous signaler ce très bel album que je dois offrir demain à quelques minuscules, donc je me dépêche ! Mais pour autant, je ne voudrais pas bâcler parce que c'est une splendeur.

un froid de loup

Début d'hiver. Le loup est seul et ne voudrait plus l'être. Mais sa condition de loup fait fuir ceux qu'il approche. Ni le cerf, ni la perdrix, ni le lièvre n'envisagent de lui offrir leur confiance en échange d'un peu de compagnie. Le loup se retire dans sa tannière où il finit par trouver une amitié très inattendue qui met à mal sa propre méfiance.

un froid de loup

Amitié, préjugés, confiance, cette histoire navigue sur de beaux sentiments sans tomber dans le simplisme pour autant. La première rencontre du loup et de l'homme est traitée dans une pénombre poétique et presque hors du temps. L'animal se rapproche de l'homme sans rien abandonner de sa liberté, l'homme ne contraint jamais l'animal. Au-delà de l'idée de domestication, il est ici question de rencontre.

un froid de loup

Mais ce sont les images qui vous sauteront à la figure et vous laisseront sans voix. L'ombre d'Edward Hopper plane sur les tableaux qui accompagnent somptueusement le texte. Une idée de l'attente, de ce calme sous lequel palpitent les grandes questions. Gianni de Conno présente un loup imposant, inquiétant, à qui on ne ferait peut-être pas confiance non plus. La palette de couleur renvoie le lecteur au coeur du crépuscule, au coeur du gris, du bleu , du noir, puis au coeur d'une nuit où les étoiles se confondent avec les flocons de neige. Les contours des dessins campent des personnages comme prêts au mouvements, palpitants.

un froid de loup

La sérénité qui se dégage de cet album pousse le lecteur à retourner vers les premières images, juste pour goûter la majesté du cerf, la beauté des fauves, le silence du loup, le chemin vers l'aube.

Un froid de loup

Ivan Canu & Gianni de Conno

traduit de l'italien par Faustina Fiore

les albums Casterman

2013

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