Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 23:07

 

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Le fils de l'ogre est enfermé dans une cage. Être le fils d'ogre, a-t-on idée...

La fille de la sorcière est enfermée dans une cage. A-t-on idée d'être fille de sorcière...

Est-il, lui aussi, un ogre ?

Est-elle aussi une sorcière ?

 

De la rencontre du texte de Rascal et des illustrations de Simon Hureau naissent des ombres magnifiques, aux mille détails. On pourrait en passer du temps à épier les recoins de la forêt, à dénicher la multitude d'insectes, les papillons, les chauves-souris, les champignons, surprendre le face à face du serpent et de l'oiseau, épier les reptiles, dénouer les entrelacs sans fin des arbres, des lianes... Le fils de l'ogre, lui,  s'échappe, fuit à travers les bois.

 

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Un format à l'italienne, des doubles pages qui accompagnent parfaitement le héros traqué par des soldats aux allures de samouraïs. Puis c'est la procession grotesque, grimaçant de mauvaise joie, qui mène la fille de la sorcière au bûcher.

 

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Un poutou de Za à qui découvrira les personnages familiers qui se sont glissés dans ce dessin...

 

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Le beau texte de Rascal, inquiétant, onirique, galope du côté du Moyen-Âge, au bord des contes. Il est présenté sur un fond vert magnifique, les pages sans texte demeurant, elles, en noir et blanc. Le choix des mots est précis, riche, élégant.

 

Je suis le fils de l'ogre Morillon

Qui comme le mal renommé Villon,

Termina au bout d'une corde

Sans la moindre miséricorde.

JE NE VOULAIS PAS FINIR

ENTRE LES MAINS DU BOURREAU

Alors je suis passé entre deux barreaux

Ai pris la clef des champs

Filé comme le vent.

 

Et la fin de l'histoire nous emporte du côté des courts-métrages de Lotte Reiniger, là ou des enfants-oiseaux donnent naissance à d'autres enfants oiseaux...

 

 

 

 

J'ai tout de suite compris que c'était ma belle

Doublé mendiants, nains et haridelles

Bouffons, califes, tortues, puis ce fut elle

MA  JOLIE PETITE GUEUSE

MA BELLE AMOUREUSE

 

La nuit des cages

Simon Hureau et Rascal

Didier Jeunesse, 2007

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Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 20:56

Ce n'est pas de ma faute, monsieur le commissaire. Bon, je l'admets, j'ai été faible. J'aurais dû détourner le regard, passer mon chemin, le reposer sur le rayonnage. Mais j'étais fatiguée, un peu malade. Et puis je venais de piétiner pendant presque deux heures dans cette exposition à la Cinémathèque. C'est loin, la Cinémathèque ! Je m'étais levée de bonne heure, j'avais pris le train, le métro. Lorsqu'on vit à la campagne, monsieur le divisionnaire, Paris, c'est un choc. On est un peu déboussolé. Alors quand je l'ai vu, je ne sais pas ce qui c'est passé. J'ai perdu le nord. Je l'ai touché. Je l'ai pris dans mes mains. Disons qu'il m'a quasiment sauté dans les bras.

 

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La couverture d'abord. Lourde, rugueuse presque. Et ce bleu ! Ce bleu, monsieur l'inspecteur, vous en avez souvent vu, des bleus pareils ? Et ce poisson, souriant de toutes ses dents ! Regardez mieux. Ces milliers de lignes qui tracent l'eau profonde, les écailles serrées. Hypnotique. Alors, je l'ai ouvert. Je sais que j'ai eu tort. À ce moment précis, j'ai su qu'il serait mien. Ça ne vous est jamais arrivé ?

 

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Ce papier... Épais, au grain présent comme le vibrato d'une voix, tellement dense que tourner la page n'est plus un acte anodin. Touchez-le ! Euh, vous avez les mains propres ? Un format à l'italienne avec la reliure en haut. Impossible à feuilleter. Le texte, court, aérien comme un haïku, précède l'image.

Laissez-moi vous en lire un, brigadier...

 

Ça sent les écrevisses et les crabes.

Caché dans la verdure près du rivage

Se trouve un joli village

Fidèle aux vagues blanches

Comme le clair de lune à l'obscurité.

 

Ce sont des poèmes classiques tamouls, du deuxième siècle de notre ère. Le nom de leurs auteurs est déjà poésie...

Et puis il y a les dessins. Les dessins de Rambharos Jha. Quels dessins ! Je ne savais pas qui était ce Rambharos Jha. Je ne savais rien de l'art du Mithila, en Inde du Nord. 

 

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Les couleurs sont pures, brutes, franches, évidentes. Somptueux, non ? Mais regardez-y de plus près...

 

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Et vous savez, monsieur l'agent, chacun de ces dessins est une sérigraphie, chaque exemplaire de ce livre a été réalisé à la main.

 

 

Vous avez entre les mains un vrai livre d'art. Un livre d'art pour les enfants ? Qu'est-ce qui vous choque ? Ils n'y ont pas droit ? Mais rassurez-vous, cet album est de ceux qui dépassent les générations, qui éblouiront autant les parents que leurs enfants. Plus peut-être.

Vous pouvez me le rendre ? Parce que je l'ai payé, il est à moi, pour de vrai. Allez, rendez-le moi... S'il vous plaît... J'en prendrai bien soin, je vous le promets. Merci, docteur.

 

Bestiaire du Gange

Rambharos Jha

textes choisis, adaptés et traduits

du tamoul vers l'anglais par Inquilob et V. Geetha

puis traduits en français par Jade Argueyrolles

Actes Sud Junior, octobre 2011


Ce livre fait partie du catalogue des éditions indiennes Tara Books.

Ne nous reste plus qu'à prier pour qu'Actes Sud Junior

en poursuive la publication en France !

Par Za - Publié dans : lire et relire - albums
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 13:33

Je ne sais trop comment vous présenter cet album.

Dans ce sens...

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... dans l'autre...

 

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Deux histoires tête-bêche, sur de hautes pages qui se déplient. Des bruns rougeoyants, et une multitude de petits personnages très affairés. Le texte se mêle au dessin, s'ancre parfois dans la terre. Chacun sa police de caractère, en rondeur chez les rêveurs Fipopus, plus carrée et volontaire pour les énergiques Gropopus.

 

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Les Gropopus vivent tranquillement sur leur jolie planète, un peu plate,

le genre dont on évite les bords,  mais charmante tout de même.

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On ne peut évidemment s'empêcher de penser aux Shadoks et aux Gibis. Mais les Fipopus et les Gropopus ont autre chose à faire que de pomper ou de conquérir l'espace : ils bossent. Agriculteurs, éleveurs, ils seraient même complémentaires, s'ils ne s'ignoraient pas royalement. Pourtant rien de ce qui se passe au-dessus n'est étranger à la vie du dessous, et vice-versa.

 

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Les caractères opposés des deux peuples donnent lieu à de réjouissantes manifestations collectives lorsque se pointe de mystérieux bouleversements...

 

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Le burlesque se mêle au désespérément drôle lorsque, un côté lu, on retourne l'album avec gourmandise, inlassablement, car l'histoire peut ainsi se répéter à l'infini...

 

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Un vrai coup de coeur pour ce premier album de Frédéric Laurent !

 

Fipous/Gropopus

Frédéric Laurent

L'atelier du poisson soluble

avril 2012

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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 20:53

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"L'homme est un animal inconsolable et gai."

Cette phrase de Jean Anouilh pourrait figurer au frontispice de ce livre. Mais la citation de Voltaire qui s'y trouve n'est pas mal non plus... "Il est poli d'être gai."

 

Il est poli d'être gai...

 

On savait Jean-Louis Fournier élégant. Qui ne l'a pas vu, à l'émission La Grande Libraire, arborant un pantalon moutarde éclatant, ne sait rien de l'élégance.

 

Je repose ce livre délicatement, après l'avoir lu d'une traite. Je ne voudrais pas déranger. Je ne voudrais troubler la quiétude des roses du jardin. Je ne voudrais pas froisser les draps brodés. Je ne saurais décrire la délicatesse de ce texte. Enfin, de ces courts textes, rarement plus de quatre pages. De brefs instants de la vie sans elle, un portrait en creux de la vie d'avant. De tendres reproches, des phrases efficaces.

Le plus terrible, c'est que je vais mourir seul, tu ne seras pas là pour me rassurer, me tenir la main, me fermer les yeux.

En même temps, je préfère que tu évites tout ça. Toi, au moins, tu ne seras jamais veuve.

Une foule de détails, de petites choses glaçantes et tendres.

Chaque fois que je vois des affaires à toi, j'ai du chagrin, surtout ton sac à main. Chaque fois que je rentrais à la maison et que je le voyais assoupi sur une chaise de l'entrée, j'étais rassuré, tu étais là.

Maintenant, ton sac est toujours là, mais pas toi.

García Márquez a écrit : "Les gens qu'on aime devraient mourir avec toutes leurs affaires."

L'humour dévastateur et iconoclaste de Fournier n'est évidemment jamais bien loin. L'ami de Desproges n'aurait pu nous offrir une tristesse simplement noire, purement grise. Avez-vous jamais lu plus belle déclaration d'amour...

La belle pendule Napoléon III refuse de se remettre en route. Je l'ai remontée, je l'ai calée, je ne comprends pas. Peut-être qu'elle n'ose plus sonner, parce qu'elle a une sonnerie joyeuse ? Ou alors, ça ne l'intéresse plus de compter le temps depuis que tu es partie, il passe trop lentement. Les journées sont longues depuis le 12 novembre. j'aurais dû récupérer tes cendres, faire un grand sablier pour les mettre dedans, je t'aurais regardée passer le temps.

On pense inévitablement à Où on va, papa ? dans lequel Fournier racontait son expérience de père de deux fils handicapés, et qui était un texte cocasse et déchirant. Rien de tel avec Veuf, vous l'aurez compris. Le chagrin de Jean-Louis Fournier se déplace sur la pointe des pieds, en s'excusant presque. Et c'est bouleversant.

 

Jean-Louis Fournier

Veuf

Stock, octobre 2011

Par Za - Publié dans : lire et relire - romans
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 18:45

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À tous ceux qui penseraient que la littérature dite de jeunesse est une daube démago et formatée, je propose de plonger dans ce texte de Vincent Cuvellier, écrit d'un souffle, lu d'une traite.

 

À tous ceux qui penseraient que les livres pour ados sont un ramassis de vampires asexués, je suggère d'accompagner le jeune Vincent sur le chemin chaotique de l'écriture, cette évidence qui veut que ce sera ça et rien d'autre.

 

À tous ceux qui penseraient que l'édification littéraire des jeunes cerveaux passe par une langue classique et châtiée, j'enverrais volontiers en rafales les phrases de ce récit qui ne se regarde pas écrire mais s'écoute.

 

À tous ceux qui penseraient que la vraie littérature, la seule, ne s'adresse qu'aux adultes, je demande poliment d'enlever leurs oeillères et de goûter ce style, accroché à l'oralité à s'en écorcher les doigts.

 

À tous ceux qui penseraient que les bons sentiments font oeuvre de pédagogie, ce texte enlevé et réjouissant devrait faire du bien.

 

Et à tous ceux qui, comme moi, passent leur chemin lorsqu'un livre est estampillé adolescence, je dirais qu'ils ont tort.  

 

La fois où je suis devenu écrivain est un grand texte comme je n'en avais pas lu depuis longtemps.

 

Et je pratique l'anaphore si je veux.

 

Vincent Cuvellier

La fois où je suis devenu écrivain

Rouergue, collection DoAdo

mars 2012

Par Za - Publié dans : lire et relire - romans
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