9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 18:02

Aujourd'hui, je relaie.

Je partage.

Le texte qui suit n'est pas de moi.

Raison de plus pour le lire !

l'oeuf et le nid
Bonjour les Aminches,
 
Certains d’entre-vous le savent, mais pas tous.
Depuis quelques années maintenant, Cécile et moi avons été plongés dans l’aventure humaine la plus extraordinaire et la plus courante qui soit : la construction d’une famille. 
Par chance (mais nous ne le savions pas encore à l’époque), notre parcours nous a conduit vers la voie difficile, mais exceptionnelle de l’adoption.
 
Cette expérience nous a transformés en profondeur et au fil des années, je l’ai saisie avec ma camera pour en faire un film témoignage.
Mon idée était de faire partager notre vécu avec tous ceux qui se sentent concernés par l’adoption, que ce soit directement ou pas.
D’une part, pour raconter les surprenantes péripéties, qui nous sont arrivées tout le long du chemin et qui peuvent aider d’autres personnes qui sont sur cette même voie. 
D’autres part, pour soumettre à votre réflexion,  les transformations qui ont découlé de cette expérience de vie, l’évolution de notre regard sur la société en général, et sur la filiation en particulier.

 

Aujourd’hui, j’ai besoin de votre aide pour terminer ce film, c’est pourquoi je vous invite à aller faire un tour sur ce site :

 

Pour moi c’est une expérience nouvelle et originale en matière de production. 
La recommandation qui m’a été donné pour avoir la chance de voir ce projet aboutir dans le temps imparti, est de faire circuler le plus possible ce message.
Si cette aventure vous intéresse, Je compte donc sur vous pour le diffuser tout autour de vous, avec pour consigne de le faire circuler encore et encore.

 

Merci et croisons les doigts
Alain

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 19:08

Ovni ou ovin ?

Comment résister au jeu de lettres qui glisse d'un mot à l'autre...

des moutons à la mer

Un berger irlandais, bidouilleur fou, à la tête d'un troupeau des plus étranges... Des moutons de toutes races, de toutes allures, précieux, aimés. Mais que de soucis ! Car lorsqu'on aime, on est inquiet. Et les dangers qui guettent les précieuses bestioles sont légions : le loup, la maladie, la tempête...

des moutons à la mer

L'amour que porte le berger à son troupeau, la passion dévorante qu'il met dans son métier de berger le rend infiniment malheureux.

"[...] ce que l'on fait le mieux n'est pas forcément ce qui nous rend heureux."

Quel album étrange ! Etrange et passionnant, parce qu'il pose une question qui interrogera chacun de nous. C'est en se détachant courageusement de ce qui fait son identité, en vendant ses moutons pour changer radicalement de vie que le berger trouvera le bonheur.

des moutons à la mer

Pas de demi-mesure dans ce livre. Il y a d'un côté les créations horlogères du berger, ses moutons mécaniques incroyables, jusqu'au loup perclus de rouages, tout à la fois drôle et effrayant. Et d'un autre côté la mer, les nuages, pour lesquels Einar Turkowski abandonne momentanément le contrôle de ses noirs ultra-léchés et magnifiques, la précision rivetée du trait et laisse aller le souffle.

Ce petit album, par la taille uniquement, affirme, s'il le fallait encore, le talent de cet auteur singulier.

 

Des moutons à la mer

Einar Turkowski

Grasset Jeunesse

février 2014

Deux autres albums d'Einar Turkowski dans le Cabas :

                                                                                Le pêcheur de nuages

                                                                                                                            Fleur de lune

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 09:47

Moultement primé, couronné, encensé (voir ici la onzaine de prix) le voici enfin dans le Cabas, c't'album !

Jane, le renard & moi

Hélène.

Dans les couloirs de l'école.

Elle n'a plus d'amies. Ses amies sont devenues ses pires ennemies, ses bourreaux. Des bourreaux de mots, de railleries, d'insultes écrites sur les murs.

Mais il y a Jane. Jane Eyre qu'elle lit dans le bus. Se cacher entre les pages, lire et ne plus entendre les moqueries, ça marche ! Mais arrive le voyage scolaire, le cauchemar, l'immersion avec les affreux, sans parler de l'achat préalable du maillot de bain.

Mais le voyage sera très surprenant.

Dans le maillot monaco, je suis une saucisse ballerine.

Dans le maillot noir, je suis une saucisse en deuil.

Je suis une saucisse.

Jane Eyre a beau être orpheline, laide, battue, seule et abandonnée, elle n'a pas, n'a jamais été, ne sera jamais une grosse saucisse.

Jane, le renard & moi

Quand vous ouvrirez Jane, le renard & moi, c'est d'abord l'usage de la couleur qui vous sautera aux yeux. La vie d'Hélène, en noir et gris. Le crayon, le fusain si présents marquent des ombres franches, pointent la solitude, tracent le quotidien de l'adolescente. Isabelle Arsenault change aussi radicalement de style dès qu'il est question de Jane Eyre, du roman en cours de lecture. La place est aux couleurs, les rouges, le bleu, le vert, l'aquarelle lumineuse. Et c'est alors plus douloureux de replonger dans la vraie vie. Alors Hélène replonge dans Jane Eyre et un paysage aux verts somptueux apparait. C'est magistral et magique.
 

Jane, le renard & moi

Et le renard, dans tout ça ?

Sachez seulement que c'est encore une affaire de couleur. De couleur et de rencontre. Ce renard est simplement extraordinaire.

Jane, le renard & moi

Fanny Britt pose un regard d'une grande tendresse sur le personnage d'Hélène, l'emmène vers le moment où elle cesse d'être victime, où même le personnage de Jane Eyre cesse d'être un refuge. Et la couleur fuse, s'insinue, discrète d'abord, puis triomphante. Impossible de séparer le texte, l'histoire de l'image. La manière dont le dessin d'Isabelle Arsenault accompagne les sentiments, la tristesse, l'espoir d'Hélène est infiniment touchant et la rend si vraie, si universelle, qu'il est impossible de ne pas retrouver un bout de notre adolescence en elle.

 

Jane, le renard & moi

Fanny Britt & Isabelle Arsenault

La Pastèque, 2012

 

10 best illustrated Children's books (2013)

10 best illustrated Children's books (2013)

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 18:50

ouééééééééééé !

Gustave dort

Mettons de côté mon léger trépignement à l'idée d'un nouvel album d'Albert Lemant.

Ignorons le sourire béat qui m'a gagnée en ouvrant l'enveloppe cartonnée.

Ne prenons pas en compte l'impatience qui était la mienne.

Restons objectifs.

Non, décidément, j'ai du mal à garder mon sang froid.

Car notre cher Poisson soluble a frappé fort en s'associant avec le Musée d'Orsay à l'occasion de l'exposition consacrée à l'immenssissime Gustave Doré.

Car notre cher Poisson soluble a frappé fort en demandant à monsieur Albert Lemant de s'aventurer du côté de Gustave Doré, l'illustrateur en chef, le patron, le tôlier, quoi.

Car notre cher Albert Lemant, loin de rester révérencieux, a bousculé Gustave, lui a associé d'autres références, de quoi nager dans - au choix - la jubilation, le bonheur, le scrutage forcené d'images épatantes.

Quoi ?

Que dis-tu, lecteur chéri ? Je superlativise un brin ? Elle est où la critique ?

Elle arrive, rabat-joie adoré !

Gustave Doré, donc.

Le maître des illustrateurs.

Mais un Gustave Doré enfant, qui roupille comme un bienheureux et qui rêve.

Gustave Doré dort.

Gustave dort.

Et à la porte des songes se bousculent Don Quichotte, des cosaques patibulaires, le Baron de Münschhausen à cheval sur son boulet, un Gargantua à l'estomac insondable, les héros de Perrault, et une poule verte - dont on ne connaitra l'importance qu'à la fin de l'album.

Gustave dort
Gustave dort

Albert Lemant balade un Gustave pointu et dégingandé dans des doubles pages vertigineuses que l'oeil parcourt avant de s'y perdre définitivement, happé par le mouvement, les détails savoureux. J'avoue avoir été partagée entre l'envie de vite tourner la page, avec gourmandise, pour voir ce qui se cache derrière, et le plaisir de flâner, de déguster des références si bien mastiquées. On peut faire l'aller-retour entre les images d'Albert Lemant et l'oeuvre de Gustave Doré. Il y a ce qui va paraître évident à tous, le Chat Botté, Peau d'Ane, planqués au fond d'une forêt tout ce qu'il y a d'inquiétante, un loup las repus de Petit(s) Chaperon(s) rouge(s), les cléfs de Barbe-Bleue, les bottes de sept lieues et l'ogre, nanti de filles croquignolettes... Rappelons au passage qu'Albert Lemant, question ogre, on ne la lui fait pas ! La quatrième de couverture de Gustave dort est d'ailleurs une citation (de bon aloi) de ce précédent et réjouissant album...

 

Gustave dort

Et puis l'album bascule, et, du côté de Londres, d'autres personnages font écho à l'oeuvre de Doré à travers les admirations d'Albert Lemant. Et l'on se prend à rêver de Doré illustrant Lewis Carroll... Et puis, presque à la fin, apparait un griffon. Ce griffon qui répond à un autre, je ne me trompe pas, hein, Capitaine ?

Mais j'y reviendrai...

Gustave dort

Finalement, Gustave finit par se réveiller. De retour dans sa chambre en Alsace, il se jette sur le papier, la plume, au grand désespoir de sa mère.

Le dessin d'Albert Lemant est toujours aussi réjouissant, aussi foisonnant. Chaque page est une mine où dénicher des pépites, une chasse au trésor dans l'oeuvre de Gustave Doré, sans se priver de quelques incursions vers d'autres admirations, d'autres maîtres...

Gustave dort

A mi-chemin entre le conte échevelé et l'album documentaire, Gustave dort est d'un genre inépuisable, à picorer, à savourer...

Et le griffon, me direz-vous ? Eh bien, il regarde du côté d'un autre monument...

Vous l'avez reconnu ?

Gustave dort

Gustave dort

Albert Lemant

L'atelier du poisson soluble

& Musée d'Orsay

Janvier 2014

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 13:36

Planté au milieu de la vitrine d'une librairie, cet album attire l’œil, on ne voit que lui.

issun bôshi

Quatre couleurs : jaune, orange, bleu et ce vert si discret, si subtil qu'on croirait presque à une illusion. De grands aplats, où la ligne vient jouer l'ombre et le volume.

issun bôshi

Des personnages simplement caractérisés, ce petit Ossun Bôshi presque sans visage, une silhouette perpétuellement en action, la fille du seigneur avec ses airs de Joconde, l'ogre et sa trogne de kabuki... Tout cela est parfaitement maîtrisé, le chaos de la ville, la forêt comme un jardin d’Éden, le fond de l'estomac de l'ogre.

issun bôshi

Ce Tom Pouce japonais est, comme le conte de Grimm, un petit bonhomme débrouillard, un David qui saura vaincre Goliath avant d'embarquer la mignonne. Rien que de très classique, mais, à vrai dire, l'histoire, je m'en fous un peu. Pourtant je pourrais relire cet album des dizaines de fois, tant le travail graphique m'a séchée sur place, disons plutôt : tant l'image transcende le conte - c'est mieux.

issun bôshi

Icinori, un nom pour deux créateurs : Mayumi Otero et Raphaël Urwiller qui creusent un sillon singulier et immédiatement reconnaissable. Leur manière d'utiliser la couleur est unique, leur idée de l'objet-livre - du dessin à l'impression - est passionnante. Il n'est qu'à voir leurs pop-up - fait à la main, tirés à quelques dizaines d'exemplaires. Parce qu'Icinori est aussi un éditeur d'albums, d'images.

Ossun Bôshi est finalement le genre d'album qui me met en joie. Les enfants accrochent à l'histoire (testé) et à l'étrangeté des images - étrangeté dans la masse des images qui leur est habituellement destinée. Et l'adulte qui l'aura peut-être choisi, emprunté, proposé, lu, aura, je l'espère, la sensation d'être tombé sur une pépite, ressentira l'envie d'y goûter à nouveau plus tard, seul et tranquille. Puis, peut-être aura-t-il l'idée de le conserver précieusement, comme un jalon important, la naissance d'un style.

 

Où l'on parle d'Icinori...

... une interview sur Illustrissimo,

          des images d'Issun Bôshi sur le site des auteurs,

                    des images d'un album précédant Jabberwocky d'après Lewis Carroll,

          des images d'une exposition sur l'excellent site de Cligne-cligne,

des images et un excellent article Icinori, zone de création intense sur le site Boum ! Bang !

issun bôshi

Et ne passez pas à côté de l'avant-dernier numéro de l'excellente revue Hors Cadre[s] consacré à la couleur, qui leur a confié leur couverture et leur consacre un article sous la plume de Sophie Van der Linden.

Issun Bôshi

Icinori

Actes Sud Junior

septembre 2013

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 10:42

Et si j'avais encore un peu envie d'hiver, moi ?

Envie de nuits frisquettes et silencieuses, de pas feutrés et de mystère...

par une belle nuit d'hiver

Par une belle nuit d'hiver est ce que j'apellerai un album d'impressions, sans histoire proprement dite, une ambiance, un sentiment éprouvé sur le moment et qui laisse une trace magnifique bien au-delà de l'instant fugace. Un tableau se dessine. Il sera offert le lendemain matin à l'enfant qui dort. Le texte de Jean E. Pendziwol est une déclaration d'amour à cet enfant, à la nature.

par une belle nuit d'hiver

Par une belle nuit d'hiver, donc. Presque déserte, sans bruit aucun pour troubler le sommeil. Le narrateur, en voix off raconte à l'enfant endormi ce qu'il ne peut pas voir : la neige qui commence à tomber, puis les arbres comme des personnages. Et aussi tout une vie qui débarque à pas menus dans l'obscurité enneigée.

par une belle nuit d'hiver

Chacun laisse sa trace furtive, la chouette, les lièvres et le renard, seule incursion de la couleur franche. C'est à croire que seule Isabelle Arsenault pouvait illustrer cet instant suspendu. Son trait traduit l'attente, le silence, mais aussi l'énergie que déploient les animaux à faire vivre cette nuit d'hiver. Les gris habitent l'histoire avec intensité, la remplissent avant de laisser la place au rouge fugace des pommes et des trognes des lièvres, au vert qui parfois s'égare.

La grâce.

C'est ça. 

J'aurai rarement employé ce terme, mais nous y sommes.

 

Par une belle nuit d'hiver

Jean E. Pendziwol & Isabelle Arsenault

Magnard Jeunesse

janvier 2014

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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 13:38
virginia wolf

Deux oreilles dépassent du lit. Les deux oreilles pointues de Virginia, d'humeur de chien, d'humeur de loup. Rien ne va, tout lui est devenu odieux, ses amis, sa sœur, jusqu'au soleil qu'il faut bannir. D'abord désemparée, la sœur, Vanessa, va trouver du bout de ses pinceaux comment faire revenir Virginia parmi les humains. Ensembles, elles inventent Bloomsberry, terre de cocagne où les gâteaux poussent dans les arbres, au milieu d'une débauche de couleurs. Un jardin peuplé d'animaux, de fleurs, de balançoires, de quoi peupler l'esprit de Virginia et la conduire vers sa métamorphose.

virginia wolf

Voici un album comme un millefeuille, une gourmandise aux multiples lectures possibles. En premier lieu, l'histoire simple d'une fillette au mal être spectaculaire au point de la transformer en loup.

Isabelle Arsenault inscrit d'abord Virginia dans un univers aux teintes bleutées, grises, sourdes, derrière des volets tirés. La lumière est tout à coup imposée par un coquelicot, au cœur d'une double page éclatante de vie, mue par un mouvement ascendant. Un mouvement réaffirmé par la suite, jusque dans le texte.

J'ai peint une balançoire et une échelle aussi haute que le fenêtre, pour que ce qui était en bas puisse remonter. Ma sœur a commencé à m'observer.

virginia wolf

Puis c'est le jaune qui gagne avec le retour du sourire de Virginia, encore Wolf mais plus pour longtemps. Cette histoire est belle et joyeuse, couronnée par une fin heureuse, même si le bleu environnant la dernière image laisse à penser que le loup colérique pourrait revenir. Le dessin d'Isabelle Arsenault est extrêmement touchant, par sa sensibilité, par cette manière de rendre le végétal, l'animal, simplement, sans effet ni esbrouffe.

virginia wolf
Vanessa Bell / Virginia Woolf

Vanessa Bell / Virginia Woolf

Au deuxième étage du millefeuille se trouvent évidemment l'écrivaine Virginia Woolf  et  sa soeur Vanessa Bell, qui était peintre. Kyo Maclear extrapole sur ces deux personnalités infiniment originales et modernes et en fait les héroïnes de son histoire. Le trouble bipolaire de Virginia la fait hurler à la lune, Vanessa l'aidant momentanément grâce la peinture. Glisser de Woolf à Wolf était tentant, mais le plus savoureux à mon sens est la réinvention de Bloomsbury - nom du groupe d'intellectuels et d'artistes anglais initié par une partie de la famille de Virginia Woolf - baptisé ainsi d'après le nom de leur quartier de résidence à Londres. Bloomsbury devient Boomsberry, blooms-berry.

 

Si je volais, j'irais dans un endroit parfait. Un endroit plein de gâteaux glacés et de fleurs exquises et de formidables arbres à grimper et absolument aucun tracas.

"Où est cet endroit ?" ai-je demandé.

Elle a réfléchi un peu puis a dit : "A Bloomsberry, le pays des fleurs aux fruits."

virginia wolf

Parlera-t-on de Virginia Woolf et de sa soeur aux enfants qui découvriront cet album ? Peut-être et peu importe. Mais cette source d'inspiration peu commune fait le sel du livre. Chacun y trouve son compte et l'adulte doublement.

J'aimerais terminer par une mention particulière pour la traduction de Fanny Britt, l'auteur de Jane, le renard et moi, album également dessiné par Isabelle Arsenault et lui aussi parcouru d'une référence littéraire - mais j'y viendrai bientôt.

 

Virginia Wolf

Kyo Maclear & Isabelle Arsenault

traduction de Fanny Britt

éditions de la Pastèque, 2012

 

Edit du 13/03/14:

Je viens de trouver une interview d'Isabelle Arsenault sur cet album,

c'est par ici !

Virginia Woolf par Vanessa Bell

Virginia Woolf par Vanessa Bell

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 18:55

Préparez-vous lecteurs adorés,

je vais vous parler de neige,

vous enduire d'hiver.

Si, si.

tout blanc

Le monde est devenu tout blanc. Plus de ligne entre ciel et terre, le lac gelé ressemble à un nuage, les nuages à un lac gelé.

Pourtant, il a bien ce point là-bas, ce point rouge qui rendrait curieux n'importe qui. Et on s'en approche, en imaginant ce que ça pourrait être. Ces quelques pages, presque abstraites sont d'une grande beauté, évocatrices du feutré, emplies du mouvement des flocons, tendues vers ce point rouge qui virevolte.

tout blanc

Ce n'est qu'au milieu de l'album que le visage se fait plus net, que le sourire apparait. Une petite fille toute de rouge vêtue patine sur le lac gelé. C'est l'histoire d'une rencontre simple qui se termine dans des couleurs chaudes de feu et d'amour. Je ne vous raconterai pas la fin, car c'est le cheminement qui m'a captivée. Qui est le narrateur ? Où le conduira sa curiosité ? Le texte de Marie- Sabine Roger est tout à la fois poétique, mystérieux, allusif. Il laisse entendre une petite voix fragile et perdue avant de clore l'histoire d'un happy end rassurant.

tout blanc

J'ai été complètement fascinée par les images de Sylvie Serprix, par ce blanc palpable qui vous entoure une fois le livre ouvert. On pourrait présenter chaque illustration séparément des autres, comme autant de tableaux, d'oeuvres indépendantes.

tout blanc

Certaines pages sont étranges, d'autres douces, tendres. Sylvie Serprix réussit à mettre le héros à distance jusqu'aux deux dernières images. On imagine le surnaturel, l'étrange, mais le blanc cède brutalement la place aux couleurs les plus chaudes qui soient, la vie fait une entrée fracassante.

 

 

Tout blanc

Marie-Sabine Roger & Sylvie Serprix

les Albums Casterman

octobre 2013

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 10:58

Boum, quand votre cœur fait boum !

Votre cœur, vos yeux, votre cerveau, tout !

Voici ce qu'on pourrait appeler un albooom !

le tigre de miel

Le tigre de miel est un conte, totalement envoûtant, dont la lecture à haute voix, si elle est plus longue que d'habitude n'en est pas moins captivante et tient l'auditoire en haleine. Sans parler, évident des oh ! , waouw ! qui ponctuent le récit à chaque nouvelle double page.

le tigre de miel

Shonou vit dans le delta du Gange, suspendu entre l'eau et la terre, enfin la terre, c'est vite dit. Il vit sur un tchar, une île mouvante et éphémère constituée de détritus déposés par les fleuves. Sa famille subsiste grâce à la pêche et aussi à la récolte du miel sauvage. Ce miel dont Shonou est si friand... Mais pour que les abeilles acceptent de partager, il faut respecter des règles établies depuis la nuit des temps. Une année pourtant, les saisons sont bouleversées et la faim pousse Shonou à commettre l'impardonnable imprudence.

le tigre de miel

Le texte de Karthika Naïr (traduit par Dominique Vitalyos) met le conte à distance en le plaçant au coeur d'un dialogue entre un père et son fils, loin de l'Inde. Le père raconte une histoire de son pays, interrompu par l'enfant qui le relance de ses questions. Ce dispositif rend le récit très vivant et l'on frémit aux personnages surnaturels, à la vision de la déesse Bonbibi, à l'évocation de Celui-dont-on-tait-le-nom, le terrible Roi-Démon, Dakkhin-Rai. L'enfant héros ne sortira pas indemne de cette aventure et devra réparer les dommages qu'il a causés avant de pouvoir être pardonnné. Une fin qui a désarçonné les auditeurs. Et oui, on ne peut pas impunément exploiter la nature.

le tigre de miel

Les superbes illustrations de Joëlle Jolivet, foisonnantes, bollywoodiennes, spectaculaires, n'épargnent rien au lecteur, ni la chaleur, ni la lumière, ni l'eau omniprésente, les abeilles bourdonnantes, le regard terrible des dieux. 7 couleurs et tout est dit, le bleu-vert-émeraude de la mangrove, le jaune doré du miel, le violet sourd, et surtout le rose fluo pop qui vitamine le tout et explose de soleil implacable. Joëlle Jolivet a réalisé ces illustrations au pinceau mais elle conserve dans son trait la force de la linogravure qui fait habituellement sa signature. Si l'on ajoute la qualité de l'impression - 4 couleurs par pages, la qualité du papier - à la musique si particulière lorsqu'on tourne la page, vous admettrez que l'on puisse tomber en amour de ce livre.

 

Le tigre de miel

Karthika Naïr & Joëlle Jolivet

hélium / Actes Sud / Zubaan

octobre 2013

 

Sur cet album, vous pouvez aussi lire l'avis de Sophie Van der Linden,

le récit de Joëlle Jolivet sur son site.

Cet album inaugure une nouvelle catégorie cabaïesque, rare mais réfléchie, celle des albooms !

Cet album inaugure une nouvelle catégorie cabaïesque, rare mais réfléchie, celle des albooms !

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 22:25
mon papa pirate

Mon papa pirate est une histoire d'amour filial, d'admiration d'un fils pour son père. Une histoire d'histoire aussi. Celle que raconte le père à l'enfant pour lui alléger les noirceurs de la vie. Le père pirate partage ses aventures à chacun des ses retours. Il s'attarde surtout à décrire son équipage. Et quel équipage ! Des durs, des vrais, des tatoués, aux noms évocateurs...

Il y avait : Le Tatoué, qui était en effet couvert de tatouages et ne disait jamais un mot.

Centime, le perroquet qui parlait pour lui.

Un dénommé Cigarillo, bon cuisinier, qui racontait des histoires de fantômes à vous donner la chair de poule.

Le Barbu qui, d'après la légende, portait déjà la barbe à sa naissance.

Riquiqui, qui avait la taille d'un enfant mais n'avait peur de rien...

mon papa pirate

Tout commence dont par un récit de piraterie dans la plus pure veine du genre. Et puis il y a l'inattendu, l'accident. Il faut rejoindre le père blessé et la mère ne prend pas le chemin des Caraïbes. C'est un train qui traverse l'Europe, depuis l'Italie jusqu'en Belgique. Et c'est là que le livre gagne toute son originalité, en jouant sur la fibre sociale, humaine.

mon papa pirate

On bascule alors dans une belle émotion où l'enfant trahi tranforme la déception qui pourrait être la sienne en un autre regard, une autre admiration. Par la même occasion, il cesse d'être tout à fait un enfant. Les farouches pirates ne le sont pas et qu'importe. Ils ont une autre fierté, celle des mineurs. La fin de l'histoire m'a tiré des larmes. Je vous la laisse, elle est belle et précieuse.

mon papa pirate

Vous l'aurez compris, le texte de Davide Cali est émouvant, extrêmement bien écrit, sans concessions. Il rend à ce père toute sa dignité, la noblesse de son métier. Parce que mineur n'était pas, n'est pas un métier comme les autres. Ceux qui l'exerçaient en tiraient une fierté particulière. Les mineurs, les métallos, autant de métiers très durs, ingrats auxquels les hommes sont farouchement attachés, autant qu'à leurs origines, qu'à leurs noms de famille aux consonnances étrangères - italiennes, polonaises, algériennes.

J'ai une admiration particulière pour le travail de Maurizio Quarello et c'est sur son nom que j'ai emprunté cet album. Son trait rend ici des atmosphères justes, le rêve de piraterie, le quotidien prosaïque, le ciel, le regards de ces hommes dignes. La palette des couleurs bascule brutalement des rouges flamboyants aux gris et bleus de la pluie et du carreau de la mine.

Une réussite absolue, littérairement, graphiquement, émotionellement.

 

Mon papa pirate

Davide Cali & Maurizio A.C. Quarello

Sarbacane, octobre 2013

Orriecho acerbo, pour l'édition originale

Voir ici l'avis de Sophie-Hérisson

 

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