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Autrefois l'Olympe...

Publié le par Za

Autrefois l'Olympe...

Après Il était une fois, contes en haïku, Agnès Domergue et Cécile Hudrisier récidivent avec ce recueil consacré aux mythes grecs, un recueil tout neuf et déjà précieux.

Autrefois l'Olympe...

Cécile Hudrisier manie l'épure aux limites de l'abstraction. Encre, taches, réhaussées d'un trait précis, de pointillés, d'arêtes nettes, de facettes. Le dessin se fait minéral, aérien, se pare de gemmes, invite les étoiles.

Autrefois l'Olympe...

Sur la page de gauche, les mots d'Agnès Domergue, tout blancs, évoquent le mythe avec cette économie de moyen inhérente à la forme haïku. Il en émane une pureté, une légèreté qui contraste avec la tragédie qui se joue.

Plus sombre que le précédent opus, il est aussi plus mystérieux. Les mythes grecs nous sont sans doute moins familiers, moins transparents que les contes. Ce recueil se présente alors comme un point de départ, suffisamment allusif pour éveiller la curiosité du jeune lecteur, et tellement tentateur qu'il ne pourra que lui donner l'envie d'aller à la découverte d'histoires inépuisables.

Autrefois l'Olympe...
Mythes en haïkus
Agnès Domergue & Cécile Hudrisier
Editions Thierry Magnier
février 2015

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le bunyip

Publié le par Za

le bunyip

Une nuit, très tard, sans raison aucune, quelque chose bougea dans la boue noire au fond du ruisseau.
Les poissons s'éloignèrent, effrayés.
Et, dans les arbres, les oiseaux de nuit cachèrent leurs têtes sous leurs ailes.
Quand ils se risquèrent à regarder de nouveau, une chose très grande et couverte de boue était assise au bord du ruisseau.

Dans la foule des zanimos zarbis, le bunyip n'est pas le moindre ! Pas le moindre mais le seul de son espèce. Et le premier. Comment savoir qui on est lorsqu'on est le premier et l'unique ? Nous sommes en Australie, terre de l’ornithorynque. Le bunyip est une authentique créature de la mythologie aborigène, dont la morphologie varie selon les traditions.

le bunyip

De bestiole étrange en animal curieux, le bunyip de cette histoire parcourt la campagne en posant des questions. Il se construit à la manière d'un patchwork que ses contemporains ont tôt fait de trouver moche. D'aucuns trouvant qu'il ne ressemble carrément à rien. Ce classique de la littérature australienne pose intelligemment la question de l'identité. Le bunyip, même une fois nommé, ne sait toujours pas qui il est. Il ne l'apprendra qu'en rencontrant son semblable, ses différents.

le bunyip

Les illustrations de cet album millésime 1978 lorgnent résolument du côté de Maurice Sendak. La palette de Ron Brooks court du brun à l'or, passe des verts obscurs au clair de lune, flamboie dans les ombres d'un feu de camp. Le trait se pare des atours de la gravure, offre au bunyip des rondeurs dandinatoires.

le bunyip

Jusqu'alors inédit en France, cet album gagnera directement le rayonnage des indispensables.

Le bunyip
Jenny Wagner & Ron Brooks
The Bunyip of Berckeley's Creek, 1978
traduit de l'anglais (Australie) par Angèle Cambournac
Editions Thierry Magnier, 2015

le bunyip
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mon tout petit

Publié le par Za

mon tout petit

Un coffret en carton épais, tapissé d'un papier à motif végétal. Un dessin par page, à lire lentement ou à feuilleter à toute allure, à la manière d'un flip-book. Ou les deux. Les deux en fait.
Une grande dame remplit la première page, l'air un peu étonnée, vaguement ahurie. Il va se passer quelque chose. Un petit être va l'envahir, grandir dans ses bras, sur ses épaules, à côté d'elle. Au fur et à mesure qu'elle lui raconte son histoire, leur histoire, elle va rapetisser, pour finir par s'effacer, le laissant interdit, immense et barbichu.
"On en est là, nous !"
" Oui, à peu près..."

mon tout petit

Mais il y aurait des deux côtés comme une envie de revenir là....

mon tout petit

Parce que les jambes poussent, les bras s'allongent, et se blottir devient parfois cocasse. Ce qui est réconfortant dans ce livre, je l'avoue, c'est qu'on peut le lire à l'envers, même si on sait au fond que c'est un artifice.

mon tout petit

Qu'on soit mère de son fils ou fils de sa mère ou rien de tout cela, Albertine et Germano Zullo réussissent encore à nous tirer les larmes des yeux. Mais pas des larmes de tristesse. Une émotion devant l'inéluctable avec la certitude que l'inéluctable se meuble d'amour, de tendresse.

Albertine & Germano Zullo
mon tout petit
La joie de lire
janvier 2015

le billet de Mel de la Soupe de l'Espace

"mon tout petit" dans Télérama

"mon tout petit" dans Télérama

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la nuit quand je dors...

Publié le par Za

la nuit quand je dors...

Notez les points de suspension du titre, ils ne sont pas anodins. Les yeux exorbités du chat non plus, d'ailleurs.
Une petite silhouette noire s'endort et l'aventure commence. Nous voici embarqués dans les pérégrinations nocturnes d'un album sans texte dont le rythme va crescendo.

la nuit quand je dors...
la nuit quand je dors...

Et c'est ce qui est fascinant dans ce livre. Il happe le lecteur dès la première page en lui insufflant l'envie d'aller voir au bout du rêve. D'une image à l'autre, le végétal et l'urbain se mêlent, les maisons poussent comme des radis, prennent des airs de canards flottants. Le voyage se fait par les airs, souvent, sous l'eau, un peu, mais aussi à travers une course folle, fuyant le danger, se jetant dans la gueule du loup. Un rêve, un cauchemar, quelque part à mi-chemin.

la nuit quand je dors...

De majestueuses doubles pages sépia, des découpages nerveux, et puis l'incursion de la couleur parfois éblouissante, puis immédiatement glaciale. Chaque image tisse un lien avec la précédente et déroule la nuit jusqu'au matin tonitruant du coucou qui marque sept heures.
Il y a aussi les yeux, les yeux des chats, l'oeil qui anime parfois le visage du héro, les regards fixes des créatures que l'on croise, scrutant le vide, devenant un péril.

la nuit quand je dors...
la nuit quand je dors...

Depuis Winsor Mc Cay et son Little Nemo (1905), on sait que c'est dans le rêve que se lisent les plus belles aventures, les plus folles, les plus dérangeantes. Pour sa première incursion dans l'album de jeunesse, Ronald Curchod propose un livre étrange et haletant, à laisser traîner sur la table pour que chacun s'en empare.

la nuit quand je dors...
Ronald Curchod
Rouergue, octobre 2014

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Range ta chambre !

Publié le par Za

Ah, l'illusoire injonction...

Range ta chambre !

Une semaine dans la vie d'une chambre d'enfant, une semaine pendant laquelle le désordre s'immisce, s'installe, envahit. Un jeu de piste où l'on peut s'amuser à chercher les chaussettes manquantes, les gants, l'écharpe, la BD de Batman, le ballon de rugby, toutes choses utiles mais fatalement introuvables.

Range ta chambre !

Au fil des jours, l'ombre paternelle demande - sans grands résultats, suggère - vainement. Et sous ce bazar, magnifiquement mis en scène par Xavier Salomo, la relation père-fils se dessine, avant de finir dans un joyeux dénouement.

Range ta chambre !

Cet album aurait pu s'intituler "Papa, le désordre et moi", tant ce capharnaüm semble avoir une vie propre. Jamais on ne voit François y mettre la main, il gagne chaque nuit du terrain, se répand autour du lit du garçon assiégé qui adopte alors la passivité de tout enfant normalement constitué. Le centre de l'histoire se déploie le temps d'un dépliant envahissant et remuant d'une grande drôlerie.
Cet album fait écho en moi à un point que vous pouvez plus ou moins imaginer selon notre degré d'intimité... Ne nous fions pas au titre, il n'y a ici aucun pêchi-prêcha normalisateur, et si la chambre retrouve un visage acceptable, on ne saura jamais qui l'a rangée. Ni comment.
Epatant, vraiment épatant !

Xavier Salomo
Range ta chambre !
Seuil Jeunesse, août 2014

Pour découvrir son travail, le blog de Xavier Salomo
Pour savoir ce, qu'au fond, je pense du désordre, ce billet...
Et pour trouver de vraies solutions face au désordre, je vous laisse entre les mains des deux seuls spécialistes authetiques que je connaisse...

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sauvage

Publié le par Za

sauvage

Celui-là n'a même pas eu le temps de rejoindre les rayonnages de la librairie. Il est passé presque  directement du carton de livraison vers mon Cabas hypnotisé par deux grands yeux.

sauvage

Soyons honnêtes, je l'avais aperçu dans sa britannique version et je l'attendais de pied ferme. La voilà donc, la sauvage écarquillée, estampillée Autrement, la dernière fournée peut-être. Une couverture mate au dos toilé dont seuls les yeux et le titre se détachent, lisses et brillant. Une merveille cette couverture ! De quoi regretter encore plus - si c'était possible - la disparition d'Autrement Jeunesse, de quoi pester encore.

sauvage

Personne ne se souvenait du jour où elle était arrivée là. Mais chacun sut aussitôt qu'elle était faite pour vivre dans les bois.

Un peu comme Mowgli mais en plus punchy. Parce qu'elle déborde de vie, notre enfant sauvage. Et que je me peigne avec les renards, et que je pêche avec les ours, et que je roupille dans un arbre creux... Chaque page tournée verra votre maxillaire inférieur tomber d'un cran tant les dessins d' Emily Hughes fourmillent de malice. C'est un festival végétal foisonnant de détails délicieux, de bestioles - le cousinage entre ces ours et ceux de Benjamin Chaud saute aux yeux.

sauvage
sauvage
sauvage

Jusqu'au jour où notre petite sauvage rencontre deux animaux étranges et autoritaire, le mâle étant visiblement de l'espèce des psychiatres. Cette apparition donne lieu à un décalage image/texte tout à fait accessible aux plus jeunes, une tranche de rigolade à partager. D'autant que commence alors chez les deux créatures aux moeurs si étranges, une tentative d'acclimatation à la fois drôle et douloureuse qui met notre héroïne dans des états de rage peu communs....

sauvage

Cette ode à la liberté, à la différence, à l'authenticité est franchement réjouissante !
Et miss Emily Hughes est assurément une dessinatrice à suivre.
D'urgence !

Sauvage
Emily Hughes
Flying Eye Books, Nobrow Ldt, 2013
Autrement Jeunesse, 2014

Quelques liens pour aller plus loin et se régaler encore :
le blog d'Emily Hugues
sa page FB
l'article de Mélanie de la Soupe de l'Espace
l'article de Maria Popova du blog (excellentissime) Brain Pickings
la page d'Emily Hughes sur le site de la maison d'édition Flying Eye Books
d'autres images sur Cartoon Brew

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le monde t'appartient

Publié le par Za

Le monde t'appartient.
Et tu appartiens au monde.
Tu es libre.
C'est une chance.
Tu es libre.
Même s'il y a parfois de
s limites.

le monde t'appartient

On a parfois besoin de parler simplement de choses complexes, ou qu'on imagine telles. Il faut alors rester simple sans être simpliste, se placer à hauteur d'enfant, j'ai bien dit à hauteur.
Le texte de Riccardo Bozzi ouvre la discussion, appelle d'autres mots. Mais il se suffit aussi à lui même, comme un poème, juste pour la musique des mots et la douce persuasion qu'il apporte. Il s'agit de découvrir sa propre liberté, le vertige qui l'accompagne, les limites inhérentes à son exercice.
Les images d'Olimpia Zagnoli ne sont pas en reste. Elles tiennent de la gommette, de l'épure totale. Elles soutiennent la pensée, l'accompagnent, l'embarquent du côté de la légèreté.

le monde t'appartient
le monde t'appartient

Tu es libre de croire en ce que tu veux.
Ton ami est libre de croire en ce qu'il veut, ou de ne croire en rien.

Mais c'est tout de même ton ami. Et tout est à l'avenant. Parce que derrière cette économie de mots, il n'y a pas d'économie d'idées.

Le monde t'appartient
Riccardo Bozzi & Olimpia Zagnoli
Grasset Jeunesse
mai 2014

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... tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or.

Publié le par Za

Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne.
Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l'école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.
C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime.
L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme.
Où rampe la raison, l'honnêteté périt.

Dieu, le premier auteur de tout ce qu'on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l'âme en liberté se meut.
L'école est sanctuaire autant que la chapelle.
L'alphabet que l'enfant avec son doigt épelle
Contient sous chaque lettre une vertu ; le coeur
S'éclaire doucement à cette humble lueur.
Donc au petit enfant donnez le petit livre.
Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre.

La nuit produit l'erreur et l'erreur l'attentat.
Faute d'enseignement, on jette dans l'état
Des hommes animaux, têtes inachevées,
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
Allumons les esprits, c'est notre loi première,
Et du suif le plus vil faisons une lumière.
L'intelligence veut être ouverte ici-bas ;
Le germe a droit d'éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l'école en or change le cuivre,
Tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or.

Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
Je dis qu'ils ont le droit, du fond de leur misère,
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
Et de vous demander compte de leur esprit ;
Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
Ont pour point de départ ce qui n'est pas leur faute ;
Pouvaient-ils s'éclairer du flambeau qu'on leur ôte ?
Ils sont les malheureux et non les ennemis.
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
On a de la pensée éteint en eux la flamme :
Et la société leur a volé leur âme.

Victor HUGO (1802-1885)

la guerre des bisous

Publié le par Za

Allez, zou, on commence cette nouvelle année avec un truc qui en jette, qui place ce nouvel an sous le signe de la rigolade, et du bisou, du bécot, du bec, du poutou. Parce que par chez moi, on fait des poutous.

la guerre des bisous

Ça commence par un gros bécot dans la salle de sport, un geste spontané qui sème la pagaille. On peut, on peut pas ? Lili avait-elle le droit d'embrasser Jojo ? De bisou en bisou, la contagion gagne, sort de l'école tourneboulée par tant d'effusions pour gagner la ville, le pays, le monde !

la guerre des bisous

La directrice, ça l'a énervée, parce qu'elle n'avait pas encore fait de bisou, alors, elle est sortie en courant dans la cour et a embrassé monsieur Bernard, le surveillant. Monsieur Bernard, il a bien aimé ça, alors, il a rendu son bisou à la directrice, et ça a duré longtemps, longtemps.
Ils ont même pas vu qu'il y avait tous les parents dehors qui venaient de rentrer pour chercher leurs enfants. Mai au lieu de se mettre en colère et de se dire : c'est un scandale ! ils se sont fait des bisous entre eux.

Vincent Cuvellier signe ici un texte sans chichis, qui parlera à beaucoup et fera rigoler les autres. Le dessin de Suzanne Arhex remue, vit, court, boulègue dans tous les sens. Foisonnant au fil des pages, il brosse une galerie de portraits tout à fait réjouissante, des jeunes, des vieux, des gros, des maigres... Tout ce monde, bestioles et gens, s'embrasse sans préjugés, pas parce qu'on milite, non, juste pour s'embrasser en se foutant des règles communes de l'embrassage. J'aime particulièrement la scène de la manif, les pas contents réduits à l'impuissance par cette vague poutouneuse !

la guerre des bisous

Et pendant ce temps-là, dans le coin en bas à gauche, un autre histoire se déroule sans parole, malicieuse comme tout...

la guerre des bisous

Sur ce, je vous embrasse, non sans vous avoir conseillé de lire l'emballement de la Soupe de l'Espace pour cet album épatant !

La guerre des bisous
Vincent Cuvellier & Suzanne Arhex
Gallimard Jeunesse Giboulées
septembre 2014

Et voici donc ma première participation de cette année au...

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