Pat Hutchins

Publié le par Za

Pat Hutchins
Pat Hutchins

Attention, voici venir deux réjouissances vintage, cuvée 71 et 72 !

Gare au renard (Rosie's walk) suit la promenade de la poule, très cool, pistée de près par le renard roublard... Simple, clair, précis et franchement désopilant. Car le rusé renard va s'en prendre plein le museau, dans une surenchère de maladresse et de malchance pendant que Rosie, imperturbable, indifférente, marche, marche... Le texte ignore lui aussi superbement le renard, ajoutant au comique de la situation. Mais que cet album est drôle, mais que cet album est beau !

Se prendre un rateau...

Se prendre un rateau...

Les couleurs très seventies en jettent, le graphisme reste résolument moderne. Pat Hutchins travaillait au stylo et à l'encre dans un style ici très voisin de la gravure, de l'art naïf proche du folklore de l'Est.

Pat Hutchins

Bonne nuit hibou joue également de la répétition pour raconter l'histoire d'une exaspération annoncée. Pauvre hibou qui voudrait bien dormir au creux de son arbre, si ce n'est qu'il fait jour et que les autres oiseaux, eux, ne dorment pas. Sans parler de l'écureuil. Et ça grignote, ça piaille, ça pépie, impossible de fermer l'oeil. Tout commence par un magnifique arbre, immuable, où va s'accumuler une joyeuse - et bruyante - cohorte de volatiles. Chaque double page voit arriver une nouvelle espèce d'oiseau jusqu'à la chute, la vengeance du hibou...

(page de titre de l'édition originale)
(page de titre de l'édition originale)

(page de titre de l'édition originale)

Deux albums à partager avec les plus jeunes et à relire souvent !

Pat Hutchins

Gare au renard
Rosie's walk, 1971
traduit de l'anglais par Alice Seelow
Circonflexe, 2014

Bonne nuit hibou
Good-Night, Owl !, 1972
tradiot de l'anglais par Alice Seelow
Circonflexe, 2014


 

Marie et les choses de la vie

Publié le par Za

Marie et les choses de la vie
Marie et les choses de la vie

La gourmande Marie vit à l'ombre d'un cerisier, toute à sa complicité avec sa grand-mère adorée. L'arbre est accueillant et la vie est belle. Jusqu'au jour où les rôles s'inversent, et où Marie doit tout mettre en oeuvre pour ramener celle qui n'est plus tout à fait là et qui est devenue lente, si lente...

Marie et les choses de la vie

Des histoires de grands-parents fragiles, lorsque les rôles s'inversent, il y en a. Il commencerait même à y en avoir beaucoup. Mais celle-ci est différente. Elle est d'abord d'une grande délicatesse qui ne cède jamais à la facilité de la tristessse. Le texte de Tine Mortier en dit juste assez pour comprendre, sans alourdir.
Marie savait exactement ce que disait Mamie. Elle le lisait dans ses yeux et cueillait les lettres de sa bouche. Avec précaution. Car Mamie était devenue lente. Vraiment très lente.
Et puis les images de Kaatje Vermeire. De grandes doubles pages, somptueuses. Collages, dessin, tampons, textures, transparences...

Marie et les choses de la vie

Et lorsque Marie veut renouer le fil, l'image renvoie la maladie au second plan pour se concentrer sur la vie, la gourmandises, la couleur et ces petites choses étranges et décalées que la petite fille manie avec art. Soyons honnêtes, le sujet de cet album ne m'aurait pas emballée s'il n'avait revêtu les magnifiques illustrations de Kaatje Vermeire. Ses images affrontent le texte sans le détourner ni l'éluder. Mais malgré tout, elles le tiennent à distance et Kaatje Vermeire sait comme personne adoucir les choses de la vie.

Marie et les choses de la vie

Marie et les choses de la vie
Tine Mortier & Kaatje Vermeire
traduit du flamand par Josiane Bardon

(Mare en de dingen, 2010)
Le Sorbier, 2011

le chevalier de Ventre-à-terre

Publié le par Za

Oyez, oyez !

le chevalier de Ventre-à-terre

Après le lapin, le chat, les autruches, le champignon, le singe, l'édredon même...

le chevalier de Ventre-à-terre

... Gilles Bachelet s'attaque aujourd'hui à l'escargot, proie peu farouche s'il en est. Cèderait-il à la facilité ? Que nenni ! Car cet escargot-là est des plus rétifs. En effet, il porte armure et lance, arbore un oriflamme. Qui s'y frotte, s'y englue ! Force est d'admettre que ce chevalier est un fier animal, vif, noble, fougueux, racé, portant haut le haume, ne ménageant pas ses efforts. Et même si la journée traine un brin en longueur, il est tout de même passionnant de suivre le sire de Ventre-à-terre en route vers le champ de bataille. Enfin, de bataille... Vers le champ, dirons-nous.

Où est Charlie ?

Où est Charlie ?

Vous l'aurez compris, la désopilance de cet album tient au décalage franc et massif entre le texte et l'image.
Au premier chant du coq, le chevalier de Ventre-à-terre ouvre un oeil et s'exclame: "Pas une minute à perdre ! Pas une minute à perdre !" C'est la guerre. L'armée du chevalier de Corne-Molle, son ennemi juré, a envahi son carré de fraisiers. L'affaire ne peut se régler que par une bataille sanglante et sans merci.
Non mais.
Cependant, c'est sans compter avec le saint patron de notre héros, Saint-Procrastin, dont on peut admirer la représentation sur cette image - où l'on découvre, par la même occasion que les temps ont beau changer, le gastéropode renvoie néanmoins l'homme à ses propres failles. Si, si, je vous jure.

le chevalier de Ventre-à-terre

Non, sérieusement - ça va être coton, mais je tente... Chaque page, chaque illustrations est l'occasion de moult éclats de rire, le calendrier des pompiers dans un coin de la cuisine, la lunch box Hello Kitty, l'ombre de Don Quichotte, l'hommage à Tomi Ungerer et à d'autres illustrateurs respectables, sans parler de purs moments de bravoures, ce champ de bataille qui ne manquera pas de faire frémir les plus sensibles d'entre vous. 
Car avant de vous engager dans cette lecture, soyez conscient du chemin à parcourir, sachez que les images de Gilles Bachelet s'explorent. Elles nécessitent des aller-retours, des lectures approfondies. Oui, elles se méritent. On ne rigole pas avec la rigolade. C'est comme ça. Et c'est un tel plaisir de dénicher les références, les incongruités, les hommages, les clins d'oeil... Tous témoignent de la malice de Monsieur Bachelet. Voilà, c'est ça ! Le chevalier de Ventre-à-terre est un album malicieux.
Mais je réalise que j'en deviens intarrissable.
Je concluerai donc enfin par cet envoi bien senti :

Vous qui suivez fidèlement la page FB de Gilles Bachelet,
lisez ce livre !
Si les prénoms délicieux de Kevin et Humphey vous font pouffer de rire,
lisez ce livre !
Et si ces deux recommandations vous laissent froids,
lisez ce livre quand même, par Saint-Procrastin !
Et prêtez allégeance à messire Bachelet sur le champ,
tas de manants que vous êtes !

Et je veux un papier peint Pomelo moi aussi !

Le chevalier de Ventre-à-terre
Gilles Bachelet
Seuil Jeunesse
novembre 2014

le chevalier de Ventre-à-terre

Un dernier mot, je tenais à remercier Gilles Bachelet pour l'hommage discret rendu à un gastéropode aujourd'hui presque tombé dans l'oubli, mais dont certains entretiennent le souvenir vif et ému...

le chevalier de Ventre-à-terre

Zita, la fille de l'espace #3

Publié le par Za

Zita, la fille de l'espace #3

Ici Za, qui vous parle en direct du fond de l'armoire... Je me suis réfugiée dans ce recoin obscur afin de pouvoir vous parler du troisième tome de Zita, la fille de l'espace. Les effluves que vous percevez n'ont rien à voir avec les gaz d'échappement d'un quelconque vaisseau spatial. C'est de la naphtaline.
Je n'ai que peu de temps pour vous dire tout le bien que je pense de ce roman graphique. En effet, une horde d'enfant - sans s, il n'y a n'a qu'un - rôde, à la recherche du précieux objet.
- T'es oùùùù ?

Voici donc le troisième tome qui clôt les aventures de Zita, petit bout de fille sans super pouvoirs particuliers, si ce n'est un courage et une loyauté envers ses amis franchement hors du commun. Et une bonne dose d'inconscience aussi, il faut le dire. Mais c'est une héroïne et les héroïnes, c'est comme ça.
- T'es là ?
- Non !

Zita, la fille de l'espace #3

Au début de cette histoire, Zita est envoyée dans un cul de basse fosse par le maître des oubliettes, un affreux de la pire espèce qui, avouons-le, ne semble pas savoir à qui il s'attaque. Car Zita est une dure à cuire.
Pourquoi Fiston 1er est-il devenu fan de Zita, pourquoi a-t-il si facilement contaminé son entourage ?
- Allez, c'est pas que pour moi !
- T'avais qu'à pas le lui promettre ! J'ai une chronique sur le feu, moi !

Zita, la fille de l'espace #3

Zita se lit facilement, dans tous les sens du terme : images et texte. L'essentiel, dans une économie de moyens tout sauf réductrice. Le dessin de Ben Hatke est efficace et même si je ne raffole pas de la mise en couleurs. Son sens du mouvement embarque tout : ça saute, ça court, ça virevolte dans tous les sens ! Et même si l'omniprésence d'onomatopées parfois redondantes m'a un peu gênée, ce troisième et dernier tome clôt la série en forme de feu d'artifice.
- Clang ! Grrrr... CHOOM !
- Ne te fatigue pas, je n'ai pas peur !

Zita, la fille de l'espace #3

Ce serait donc la fin des aventures de Zita - je ne veux pas y croire, Fiston 1er  balaie même cette idée d'un revers de la main dédaigneux. Mais s'il faut en finir, autant que ce soit dans une explosion de créatures nouvelles, squelette déjanté - et désossé, tas de chiffons doté de la parole et d'un sens de l'humour assez particulier, robots, affreux, bestioles, tout un bestiaire interstellaire franchement réjouissant.
- Je peux, ça y est ?
- Ouais, tiens ! Tu n'auras qu'à le ranger avec les deux autres, dans TA bibliothèque !
Et merci qui ?
Voilà. Zita s'en est allée vers de nouvelles aventures, de nouveaux rayonages... Mais jusqu'à quand ?

Zita, la fille de l'espace #3

Zita, la fille de l'espace
tome 3
Ben Hatke
Rue de Sèvres
septembre 2014

 

les trois dragons

Publié le par Za

Il était une fois trois jeunes frères dragons des mers, nés sous la lumière des phares les plus puissants du monde.

les trois dragons

Trois dragons vivent au fond de la mer. Ils sont frères. Deux sont sont pétris de défauts, pas le troisième. Mais ils partagent le même coupable penchant pour l'éclat des pierres précieuses. C'est cette avidité qui les pousse à faire appel à une redoutable magicienne, reine des ténèbres marines...

les trois dragons

En quelques albums, Lucie Vandevelde a installé un univers particulier, dessiné-collé-coloré. Elle nous offre aujourd'hui un conte merveilleux dont elle a également signé le texte. Un texte qui s'installe en haut de doubles pages verticales, dans un mouvement toujours ascendant, du bas de l'image vers l'histoire calée au-dessus.
"De Malo à Dunkerque, entre le Minck et la grand-plage, des airs carnavalesques trottinant dans la tête..." Le début de la dédicace en exergue en dit long sur l'imaginaire ici aux manettes.

les trois dragons

Des bleus à n'en plus finir, parasités d'étoiles, de confettis, de sourires et de lumière, c'est un vrai carnaval sous-marin, toujours mouvant, toujours éblouissant, qui se déploie autour des trois dragons. Un vai bonheur !
Pour accompagner cette lecture et s'approprier les images de Lucie Vandevelde, un carnet d'artiste, Au pays des dragons, est publié en même temps que cet album. Colorier mais pas seulement, il est question de dessiner, d'écrire, d'imaginer, d'inventer aussi. A vos crayons !

les trois dragons

Les trois dragons
Au pays des dragons (carnet d'artiste)
Lucie Vandevelde
Editions Les Minot
s
août 2014

 

bonne journée

Publié le par Za

C'est vraiment une bonne journée que celle qui commence ainsi...

bonne journée

Olivier Tallec avait déjà montré çà et là que le dessin d'humour n'avait aucun secret pour lui. Voici largement de quoi l'installer dans un genre pas si prisé en France, mais élevé au rang des beaux-arts par l'américain Gary Larson. Un seul dessin, fort peu de texte, quelques mots ou rien même.

bonne journée

L'absurde affleure, le moment n'a l'air de rien, le décalage fait la différence. Et la tendresse aussi. Des enfants sérieux - comme peut être sérieux un enfant qui joue, quelques pages préhistoriques, des super héros, et des animaux qui parlent. Beaucoup d'animaux qui parlent...

(Celui-là m'a fait mourir de rire.)

(Celui-là m'a fait mourir de rire.)

Un grand beau livre, tendre et désopilant, pour les grands qui ne connaîtraient pas encore Olivier Tallec. Parce que les petits, eux...

Olivier Tallec
Bonne journée
Rue de Sèvres
octobre 2014

Jonas, le requin mécanique

Publié le par Za

J'ai une sainte horreur des films qui font peur, et autant vous l'avouer, je n'ai jamais vu Les dents de la mer. Et je ne le verrai jamais car je tiens à continuer à me baigner dans la mer.

Jonas, le requin mécanique

Malgré une vrai gueule de l'emploi, Jonas est différent. C'est un acteur. Créé par l'homme, propulsé en son temps tout en haut du box office, il coule désormais une retraite paisible dans un parc d'attraction pour monstres vieillissants : vampires, zombies, dragons, martiens et fantômes - tout ce que j'aime... Quelle horreur... Sauf les dragons. Je le signale d'ailleurs en passant à l'auteur : les dragons, c'est pas pareil, faudrait voir à ne pas tout mélanger.
Mais tout lasse et surtout les monstres de pacotille. Jonas doit partir, quitter Monsterland. Sous peine de finir à la casse, il doit retrouver une nature qu'il  ne connait pas, et surtout découvrir sa propre nature de bête désormais libre.

Jonas, le requin mécanique

Dans cette quête, le requin perd beaucoup de lui pour finir par gagner l'essentiel. Et les humains qui l'avaient portés au pinacle de leur peurs délicieuses ne lui sont pas d'un grand secours, bien au contraire. Au long de son odyssée, Jonas croise un échantillon délicieux de l'humanité : des peureux, des méchants, des avides, des lamentables. Et c'est drôle.
A cet égard, je ne saurais trop vous conseiller le septième chapitre, Wanpanig Island. Jamais plus vous ne vous vautrerez sur la plage de la même manière. Jamais. D'autant que le texte, à cet endroit fort instructif, risque aussi de bouleverser considérablement les idées reçues qui sont fatalement les vôtres.

Depuis la nuit des temps, les requins suscitent une frayeur sans égale. Il est vrai que ces animaux tuent chaque année cinq ou six baigneurs imprudents. Mais si l'on considère que durant la même période, l'homme extermine cent millions de requins, force est d'admettre que ces gros poissons sont assez peu rancuniers.

Jonas, le requin mécanique

Toute communauté en proie à des peurs irraisonnées - pléonasme ? - s'organise, cherche le sauveur providentiel. Et Wanpanig Island ne déroge pas à la règle.

Jonas, le requin mécanique

Permettez -moi d'ailleurs de m'arrêter un instant sur ce personnage réjouissant : le Capitaine Grisby qui, comme son nom l'indique, n'est absolument pas un être vénal, non, non. Cet Achab lamentable est le héro de quelques moments de bravoure délicieux jusqu'à une fin spectaculaire et tout à fait morale - comme quoi des fois, on n'a que ce qu'on mérite. Non mais.

A son singe mort-vivant, fait écho le personnage de Loopy, le manchot, sorte de Jiminy Cricket version agaçante/attachante. Le débrouillard des mers est dôté d'une opiniatreté hors du commun, d'une bonne humeur inextinguible.
- Du large, crevard ! J'ai dix ans de cirque dans les nageoires ! Tu n'arriveras jamais à m'atraper !
- Tu vois bien que je ne veux pas te manger, voyons !
- C'est ça, prends-moi pour une huître ! ricana Loopy qui sautillait au-dessus des vagues comme sur un trampoline.
- Je cherche seulement à devenir ton ami, insista Jonas.
- Ha ! Ha ! Ton ami en sandwich, tu veux dire !
Le manchot nargua le requin par une ultime pirouette avant de disparaitre sous l'eau dans un grand éclat de rire.
- Allez, bye bye, tête de thon !

L'écriture de Bertrand Santini, l'auteur du Yark, fait encore une fois mouche. Il embarque d'abord le lecteur dans des aller-retours incessants entre une connivence drôlatique, un second degré jubilatoire, et l'empathie nécessaire à cette métamorphose. Paul Mager accompagne le texte de scènes impitoyables pour les humains - vraiment pas à la fête, parodiant les films de grosses bestioles avec humour, mais lui aussi sait regarder le requin avec sympathie.
Car le voyage de Jonas n'est pas que drôle - ou plutôt grinçant comme les rouages de l'animal déglingué. Il est aussi vraiment émouvant. Au bout du chemin, il y a une nouvelle peau, une autre vie. On n'est pas un monstre en toc toute sa vie, on peut changer, retrouvrer une nature sauvage sans guimauve ni anthropomorphisme. Un requin est un requin. Et rien d'autre.

Jonas, le requin mécanique

Jonas, le requin mécanique
Bertrand Santini & Paul Mager
Grasset jeunesse, octobre 2014

Et puis vous savez quoi ? Si vous voulez vraiment un avis éclairé sur ce roman, vous n'avez qu'à lire la quatrième de couverture ! (avec la Mare aux mots et la Soupe de l'espace)

Jonas, le requin mécanique

l'arche de Noé

Publié le par Za

l'arche de Noé

Depuis qu'il est annoncé, Une bible de Philippe Leichermeier illustré par Rébecca Dautremer ne cesse de m'intriguer - joli lancement, au passage, pour un grand-gros-beau livre qui le mérite à n'en pas douter. Ce que j'en ai vu m'a rappelé cet album-ci et j'y vois une parenté, notamment cette manière de s'exclure d'une fausse réalité qui renvoie le texte à une historicité forcément factice, empreinte de costumes d'époque renvoyant le plus souvent davantage au péplum qu'au texte biblique proprement dit.

l'arche de Noé

Les personnages de Lisbeth Zwerger, bien rangés dans leurs habits du dimanche, écoutent Dieu qui les recouvre de son ombre. Ils vont construire une belle arche rouge, toute seule dressée au milieu... de pas grand chose. Un désert simplemement habité de quelques immeubles, un ciel un peu vide lui aussi et qui va se brouiller, se confondre avec la terre noyée.
Les animaux appelés par Noé le naturaliste se ruent en rang serrés vers des planches à la fois précises et poétiques.

l'arche de Noél'arche de Noé

Et vogue le navire.
Et tant pis pour ceux qui auraient loupé le départ, serrés sous de dérisoires parapluies. Tant pis pour la licorne, le faune, condamnés à la légende.

l'arche de Noé

L'adaptation du texte biblique est d'une belle fluidité, d'une neutralité qui place l'illustration au premier plan. Une politesse que lui rend Lisbeth Zwerger en plaçant l'arche dans des décors hors du temps, étranges, discrets. Ses aquarelles sont d'une élégance hors pair, cultivent le mystère, conduisent à l'émerveillement.

L'arche de Noé
raconté par Heinz Janisch
illustré par Lisbeth Zwerger
adapté par Géraldine Elschner

minedition, 2008

 

Et en attendant Rébecca...

Une autre arche, celle de Niki de Saint-Phalle - exposée en ce moment au Grand Palais.

Une autre arche, celle de Niki de Saint-Phalle - exposée en ce moment au Grand Palais.

Catherine Certitude

Publié le par Za

"A la proue du bateau voguant vers l'Amérique,
Surtout n'oubliez pas les amis de Paris,
Car, si New-York est belle et Broadway féérique,
Il ne faut pas renier notre parc Montsouris."

(poème de Monsieur Castérade)

Catherine Certitude

Dans ce monde où il est si tendance de brailler à la décadence de notre pays, de notre société,
dans ce monde littéraire où les coup éditoriaux et les meilleures ventes se calculent en litres de fiel,
dans ce monde de lecteurs - mais vont-ils vraiment les lire - où on engloutit la bile d'un ex première dame avant de se faire un rail de la peur et de la mauvaise foi d'un chroniqueur cathodique,
le prix Nobel de Patrick Modiano fait du bien.

Rendre ainsi hommage à un homme discret qui écrit sur la pointe des pieds, en s'en excusant presque, qui bâtit une oeuvre sans se répandre, tout cela est suffisamment rare pour qu'on s'y arrête un moment.

Et pourquoi pas pour relire Catherine Certitude.
 

Catherine Certitude

Catherine Certitude est née d'une rencontre dans Paris, trop belle pour être vraie, que raconte Sempé.
"Ils [Patrick Modiano et sa femme] étaient à une centaine de mètres. Je me suis dit, cette fois, c'est moi qui propose qu'on travaille tous les deux. Et je vais même inventer le sujet! Ma fille s'appelait "Catherine" à l'époque - elle a depuis choisi le beau prénom de sa grand-mère, Inga - et elle me séduisait par son aplomb, ses enthousiasmes. Il m'arrivait, pour rire, de l'appeler "Catherine Certitude". Quand je suis arrivé à la hauteur des Modiano, avant que Dominique ouvre la bouche, j'ai dit, sûr de moi: "Alors, voilà, nous allons écrire l'histoire d'une petite fille, danseuse, myope, qui porte des lunettes, qui va partir à New York, et qui s'appelle "Catherine Certitude". Maintenant, on s'y met!" (Sempé, Un peu de Paris et d'ailleurs, éd. Martine Gossieaux, 2011)

Catherine Certitude

Catherine est une merveille de petite fille, frêle, dont le portrait effleure à peine le papier. Elle est myope, comme son père. Et comme lui, elle a un truc imparrable pour changer le monde...

Je me souviens qu'à l'époque de Madame Dismaïlova, je m'exerçais pendant la journée à ne plus porter mes lunettes. Les contours des gens et des choses perdaient leur acuité, tout devenait flou, les sons eux-mêmes étaient de plus en plus étouffés. Le monde, quand je le voyais sans lunettes, n'avait plus d'aspérités, il était aussi doux et aussi duveteux qu'un gros oreiller contre lequel j'appuyais ma joue, et je finissais par m'endormir.

La mère de Catherine est danseuse, américaine, et elle est partie, ce n'est pas très clair, ça non plus, le mal du pays, ou autre chose de plus compliqué... Alors Catherine vit avec son père, une vie pimentée de la folie douce de cet homme doux. Mais elle danse elle aussi. Et sans lunettes, forcément.
L'univers de Catherine tient dans le Xème arrondissement de Paris, dans des crépuscules citadins, entre le magasin "Casterade & Certitude", le studio de danse, les bistrots, l'école.

Catherine Certitude

On lit ce court roman en fondant de tendresse pour les personnages si touchants, si vrais. La légèreté du dessin de Sempé affirme encore l'élégance du propos, la douceur, le charme qui s'en dégagent.

Catherine Certitude
Patrick Modiano & Jean-Jacques Sempé
Gallimard, 1988
folio junior, 1998

Pour finir, je me permets d'emprunter une image à Elise Gravel, une image qui se passe de commentaire.

Catherine Certitude

Et comme c'est aujourd'hui ton anniversaire, je te dédie, sorella mia, cette chronique, que tu liras là-bas, au pays de la maman de Catherine Certitude.

le grand Antonio

Publié le par Za

Je ne sais pourquoi, mais Elise Gravel est le genre de personne dont je me dis, sans la connaitre personnellement, que c'est une dame épatante. J'avais ce sentiment depuis un certain temps et cette interview hautement ébouriffante n'a fait qu'enfoncer le clou - merci la Mare !
Elise Gravel, c'est un geste, dans tous les sens du terme, un geste graphique, reconnaissable immédiatement, un geste intelligent, une manière de lancer des idées avec humour, sans prendre de pose. Les dessins d'Elise Gravel sont - et attention, la liste est longue - drôles, vivants, remuants, colorés, inattendus, libres, insolents, originaux, absurdes, surprenants. Je vous invite d'ailleurs à compléter cette liste par les adjectifs de votre choix.
Je vous intimerais l'ordre ne saurais trop vous conseiller d'aller voir son travail, tout de suite, voire immédiatement sur son site, sa page FB, ou encore vous offrir un de ses dessin chez Sur ton mur.
Maintenant que vous êtes immergés, on peut y aller.

le grand Antonio

Et le grand Antonio se glisse parfaitement dans tous ces qualificatifs. Inspiré d'un personnage réel, il raconte l'histoire d'un homme hors norme, un géant pour de vrai, un colosse capable de tirer des bus - voyageurs compris, de déplacer une voiture attachée à ses cheveux, tous exploits parfaitement inutiles, donc hautement poétiques. Antonio Barichievich est une figure populaire au Canada, un inconnu par chez nous. Mais qu'importe.
De son enfance mystérieuse on ne peut que supposer les hauts faits. Il aurait pu, lui aussi en tuer sept d'un coup, et rien n'empêche de lui imaginer des débuts dans la vie dignes des contes, avec des parents bûcherons. Géants bien sûr. De son arrivée au Canada ne subsiste que des éléments démesurés, notamment ses capacités d'engloutissement de poulets ou de beignets.

le grand Antonio

Son allure extraordinaire pourrait en faire un extraterrestre, ce dont Elise Gravel ne se prive pas, rassurez-vous. C'est un regard plein de tendrese, de pudeur et de drôlerie sur celui qui terminera sa vie presque tout le temps dehors.

le grand Antonio

Tant qu'on en est à parler d'Elise Gravel et du vent frais qu'elle trimballe avec elle, je ne saurais trop vous suggérer, une fois encore de vous ruer sur ce projet sitôt bouclé sitôt partagé, un livre gratuit à télécharger en français et en anglais : Tu peux.

le grand Antonio

En quelques images, les clichés garçon/fille y sont jetés aux orties. Mais en rigolant - ce qui est finalement beaucoup plus élégant. La finesse du point de vue tient en ce qu'il dynamite les clichés tant du point de vue des filles que de celui des garçons.

le grand Antonio

L'humour est une arme de destruction massive.
Elise Gravel le prouve.

 

Elise Gravel

Le grand Antonio

La Pastèque, 2014


Et sinon, j'ai trouvé ce documentaire...

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