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à la nuit tombée

Publié le par Za

à la nuit tombée

Conseils donnés aux enfants et aux monstres pour bien vivre ensemble.
Vivre ensemble, cohabiter avec son monstre imaginaire. Enfin, imaginaire, c'est vite dit. Enfin, vivre ensemble, n'exagérons rien. Car il s'agit bien ici de savoir coexister, chacun apprenant à éviter l'autre, à lui laisser la place qui lui est dûe. Le monstre caché dans les murs souffle votre bougie ? Utilisez une lampe électrique ! Les enfants perturbent le repos du monstre du lac ? Qu'il essaie donc le Loch Ness, c'est tranquille ! Chaque conseil, qu'on s'imagine bien lire d'une voix docte, est frappé au coin du bon sens. Les peurs enfantines sont prise très au sérieux, mais la réalité qui leur est conférée est si démesurée qu'on en sourit.

à la nuit tombée
à la nuit tombée

Dans une seconde partie, consacrée aux conseils donnés aux monsres, l'enfant tient le rôle de l'affreux persécuteur. Cette inversion est désopilante et le monstre effrayant de la première partie éveille immédiatement la sympathie devant tant de misères.

à la nuit tombée

Si l'on excepte la dédicace à Maurice Sendak, A la nuit tombée pourrait être le résultat d'un carambolage frontal entre les Gashlycrumb Tinies d'Edward Gorey avec l'univers d'Einar Turkowski.

à la nuit tombée

Cet album pas comme les autres crée une atmosphère énigmatique sans cesse contrebalancée par le détachement et l'humour du texte. A lire pendant ces belles nuits d'été où on laisse les fenêtres ouvertes...

A la nuit tombée
Conseils aux monstres et aus enfants pour bien vivre ensemble
Enrique Quevedo
Seuil Jeunesse, avril 2016

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la légende de Momotaro

Publié le par Za

Comment vous dire, comment vous expliquer sans abuser des superlatifs, que j'aime le travail de Paul Echegoyen ? Qué travail ? Son art, ouais !
De ce monsieur, vous n'avez pu louper Le bal des échassiers. Vous ne l'avez pas loupé, hein ? Puis il y eut Baba Yaga, tout de dentelle et d'entrelacs... Le Cabas ayant l'admiration tenace, je guettais patiemment - mais pas trop - l'arrivée d'un nouvel album de monsieur Paul - ça lui va bien, monsieur Paul, non ? Et le v'là !

la légende de Momotaro

Momotaro est tout d'abord une suite d'images vertigineuses, somptueuses et chacune mérite qu'on s'y arrête. Ce qui pourrait, avouons-le, ralentir la lecture et irriter un chouïa le lecteur avide de connaître la suite la suite de l'histoire. Lecteur à qui je répondrais simplement : "Lâche ce livre, minuscule adoré, je te le rends demain. Comment ça, j'avais promis de te laisser le lire en premier ? T'es sûr ? Non, mais c'était avant. Avant que je ne l'ouvre." Sachez que l'adulte amoureux d'albums jeunesse se doit à un minimum de mauvaise foi pour survivre. Sinon il peut aussi avoir recours à la menace, mais bon. Ceci dit, je pense maintenant que cette attitude a sans doute contribué au fait que Fiston 1er tienne le livre pour un objet précieux et désirable entre tous. Mais je digresse.

la légende de Momotaro

Momotaro, donc. Et le talent immense de Paul Echegoyen, la palette des couleurs, l'infinité de verts, les bleus qui se mettent à flamboyer à l'approche de l'île des diables. Et le héro, taillé à la serpe qui évolue dans une nature d'estampe, généreuse et stylisée.

la légende de Momotaro

Momotaro est une légende du folklore japonais, l'histoire d'une espèce de Tom Pouce né d'une pêche pour faire le bonheur d'un couple âgé et sans enfant. Il grandit terriblement, devient un colosse au coeur tendre, toujours prêt à rendre service, même lorsque le seigneur, qui ne doute de rien, lui demande d'aller ratatiner les démons de l'île des diables.
De cette histoire de facture classique, Margot Rémy-Verdier tire un texte élégant et fluide, dont le narrateur ne se dévoile pas immédiatement. Récit à la première personne, présent de narration, choix des mots, tout concourt à rendre l'histoire proche, évidente. La présence bienveillante d'animaux - un chien, un singe et un faisan - accompagne l'épopée de Momotaro. L'histoire se pare alors de quatre héros intrépides, à égalité.

la légende de Momotaro

Une belle histoire d'entraide désintéressée, à lire tout petit pour s'immerger dans les grandes images de Paul Echegoyen. Cette somptueuse légende de Momotaro installe le dessinateur parmi les plus grands - si ce n'était déjà fait.

La légende de Momotaro
Margot Rémy-Verdier & Paul Echegoyen
Marmaille & compagnie, 2016

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Passe à Beau !

Publié le par Za

Pour Vincent et David,
J'ai découvert à la fin de l'année que le gymnase où s'active Fiston 1er deux fois par semaine s'appelle "Gymnase Roger Couderc". J'y ai vu un signe et j'en aurais presque versé une larmichette. Alors, et si, pour changer, on parlait rugby ?

Passe à Beau !

Quelle belle composition que l'image de cette couverture ! L'oeil du dessinateur qui accompagne le beau mouvement du rugby, la chorégraphie parfaite de la passe en arrière.

Vois-tu, Antonin, le rugby est comme la vie, à la fois simple et compliqué, sommaire et subtil, immuable et changeant, logique et absurde... Pratiqué par des adultes redoutables obéissant comme des enfants à un petit homme à sifflet qui les punit parfois et les envoie au piquet, il est aussi, le rugby, un conte merveilleux plein d'exploits chevaleresques, de héros légendaires partis chercher sur un chemin semé d'embûches un fabuleux trésor ovale.

Allez savoir pourquoi le rugby pousse au lyrisme, à l'épopée. Il aurait ceci de commun avec le cyclisme, peut-être. Et encore.
Si les règles du rugby vous semblent nébuleuses, jetez-vous sur ce roman, quel que soit votre âge. Vous y trouverez un esprit, des valeurs, une ambiance, la découverte d'une culture à travers les yeux de néophytes prêts à se frotter à la rudesse d'un sport épique - ça se voit que je ne suis pas objective ?
Antonin Beau débarque à Montmartigues, ville de rugby. Dans ces cas-là, et quand de surcroit on est Parisien, il n'y a pas trente-six manières de s'intégrer. Surtout lorsqu'on se révèle avoir un talent inattendu pour le cadrage débordement (cadrage débord pour les intimes) ou l'art de mettre un vent à son adversaire.

Mais ce roman, c'est aussi l'histoire d'une communauté humaine forgée sur le rugby depuis des générations, d'une vieille histoire qui ressurgit au gré de la curiosité des jeunes héros. Il faut saluer le texte de Rémi Chaurand, savoureux, plein d'humour et présentant le noble avantage de voir surgir, page 109, c'est peut-être un détail, mais non, pas pour moi, un de mes mots préférés, certes présenté entre guillemets, ce qui le rend encore plus pécieux, mais je vous laisse juge...

Jean-Charles, qui a deux "bougnettes" de graisse de canard sur sa chemise blanche et une sur sa cravate rose, estime que l'arbitre a sifflé des pénalités injustes contre les nôtres.

Bougnettes... Mais quelle poésie dans ce simple mot.
Le grand avantage de ce roman, aussi, c'est la présence de monsieur Yvan Pommaux à l'illustration. Enfin, à la co-écriture serait plus juste. On navigue sans cesse du roman illustré à la BD, les moments de jeu étant les mieux traités à mon avis. Ce qui aurait pu être un essai (!) de plus sur le rugby devient une histoire haletante dont on sort un peu plus gagné par l'Ovalie. 

Passe à Beau !
Passe à Beau !

Que vous aimiez le rugby, ou que vous ayez envie d'y comprendre quelque chose, jetez-vous sur Passe à Beau ! Achetez-le pour vos petits !

Passe à Beau !
Yvan Pommaux & Rémi Chaurand
L'école des loisirs, 2016

Et pour finir ce billet, un petit bijou de reportage signé Roger Couderc sur la famille Spanghero. Nous sommes en 1966 dans une campagne en noir et blanc... 

le 10/07/2016 - Lecteur chéri, avant de quitter cette page, tu ne manqueras pas d'aller lire les gouleyants commentaires des deux dédicataires de cette chronique - lyriques en diable pour l'occasion.

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Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

Publié le par Za

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

Il est vraiment sympa, Bouquin. Une bonne bouille, un gentil sourire, prêt à faire rire, à dépayser. Mais il est un livre parmi tant d'autres, avide d'attirer l'attention, de devenir LE livre préféré. Et un jour, ça arrive. On l'achète, on l'embarque. Et on le malmène, on le salit. Avant de lui donner la place qui lui revient, revêtu d'une belle jaquette toute neuve.

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

L'album est lui aussi paré d'une jaquette jaune, la même que celle de l'histoire et il suffit de la soulever pour découvrir qu'on ne tient rien d'autre entre les mains que le héros de l'histoire. Bouquin vous appartient vraiment, il peut devenir votre livre préféré.

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

Une mention spéciale pour Pouding le chien, croqué à grands traits mouvants, jamais immobile, flou à force de remuer, jusqu'à la grosse bêtise. 
Au-delà d'une histoire optimiste et quotidienne - sans être banale - La jaquette est un concept original et très malin.

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

La jaquette
Kirsten Hall & Dasha Tolstikova
La Pastèque, octobre 2015

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

Ce livre contient un pilote, un capitaine, un machiniste, une conductrice, un facteur, une fillette et surtout une boite, une immense boite qui voyage. Le bateau, le train, le bus... A chaque changement, la mystérieuse boite se brise, découvrant... une autre boite, suscitant autant la curiosité que la précédente. Et chacun d'y aller de son idée : et si c'était un éléphant, ou un rhinocéros ? On voyage dans cette histoire gigogne sans une seconde d'ennui. Le format à l'italienne suit le trajet de la boite sans s'interrompre, parcourant des paysages sans cesse renouvelés.

Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?
Vous reprendez bien un peu de Pastèque ?

Le graphisme fort de cet album, les verts, les bleus, l'indispensable touche de jaune, les minuscules silhouettes qui traversent chaque page avec un petit air penché de Jacques Tati, tout concourt à rendre la lecture fluide et évidente, jusqu'au dénouement inattendu.

Qu'y a-t-il dans la boite ?
Pieter Gaudesaboos
La Pastèque, mai 2016

 

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Emily Hughes : et de deux !

Publié le par Za

Il y a des illustrateurs auxquels je m'abonne sans hésiter. Après un premier album, Sauvage, et une fracture de l'oeil, me voilà présidente du fan club.

Emily Hughes : et de deux !

Attention, mignonnerie. Le titre original A Brave Bear, résume idéalement cette merveille d'alboume. Petit ours, ultra craquant, et son papa, grand et fort et trop cool, ont l'idée essentielle d'aller se rafraichir à la rivière, parce que l'été, c'est pour tout le monde, même pour les ours. Et les voilà qui empruntent un long chemin semé d'embûches, brousailles, hautes herbes, rochers, au bout duquel les attend la fraicheur.

Emily Hughes : et de deux !

Sous l'oeil inquiet de son papa, le petit ours va prendre des risques. Le père attentif laisse à son fils assez d'espace pour qu'il essaie, pour qu'il tombe et se relève. Et c'est un regard de fierté qui brille dans ses yeux lorsqu'ils arrivent au bord de l'eau. Tendresse, complicité, bienveillance, sécurité, il y a ici tout ce tout ce qu'il faut pour grandir dans la confiance. Voilà un petit ours bien chanceux !

Emily Hughes : et de deux !

Autre album résolumment optimiste, Le tout petit jardinier. Encore un tout petit, tiens... Un minuscule jardinier s'échine, s'estramasse à faire vivre un bien grand jardin qui lui est tout : sa maison, ses repas, son travail. Mais ce jardin s'épuise lui aussi et menace de mourir. Pourtant, un miracle est possible sous la forme d'une aide inattendue. 

Emily Hughes : et de deux !

Le trait d'Emily Hughes est immédiatement reconnaissable. Elle a le chic pour plonger son lecteur dans un joyeux fouillis, avec une dose d'inattendu. Une nature accueillante, jamais inquiétante, qui permet de grandir, d'envisager la vie avec confiance. Les tout petits héros de ces deux livres sortent plus grands des épreuves qui se présentent à eux. Leur faiblesse apparente n'en est pas une, et ils acceptent sereinement l'aide qui leur est proposée.
Deux albums d'apprentissage lumineux et éminemment positifs à déguster puis à ranger à côté de Sauvage, sur l'étagère du début de l'intégrale de l'oeuvre d'Emily Hughes - grande, l'étagère !

Mon tout petit ours
A Brave Bear
Sean Taylor & Emily Hughes
adaptation française de Mim
Milan
, 2016

Le tout petit jardinier
The Little Gardener

traduit de l'anglais par Françoise de Guibert
Albin Michel Jeunesse, 2016

 


 

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le fils de l'ombre et de l'oiseau

Publié le par Za

le fils de l'ombre et de l'oiseau

Bois de rose, bois de sang et de santal...
Je ramènerai la forêt où elle est née...

Cette histoire débute sur l'île de Pâques avant de s'envoler, au sens propre, vers le continent sud-américain, l'Amazonie, la Patagonie - comment se lasser de l'adjectif patagon... Une femme-oiseau, un homme sans ombre tout droit sorti d'un roman, une jeune fille à huit doigts, un chiffonnier manchot, Butch Cassidy... Des personnages pétris d'étrangeté peuplent ce roman d'aventure et de poésie.

Croisant son visage par-dessus son épaule, Pawel la surprend en admiration devant le ciel. La ballet des nuages, la fuite d'un oiseau lointain.
- Pas encore, finit-il par dire. Ici c'est la pampa. Les ciels patagons seront encore plus beaux que ceux-ci.

Une forêt à replanter, le rêve fou de voler comme les oiseaux, le fleuve qu'on lit comme un livre, la révolution, les chevauchées incertaines... Le temps transforme les parcours en mythes et les générations défilent, liées par des promesses qui engagent une vie entière.
On se laisse immerger dans cette épopée intime, racontée en une nuit sous un arbre par deux frères au bord de venger leur père. On vole, on galope, on laisse file les années.
La petite musique d'Alex Cousseau se construit à travers des romans d'au-delà des mers, de livre en livre, Je suis le chapeau, Les trois vies d'Antoine Anacharsis, une galerie des beaux personnages, de mondes en construction.

Alex Cousseau
le fils de l'ombre et de l'oiseau
rouergue, collection doado
2016

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Sauveur et fils

Publié le par Za

Sauveur et fils

C'est du grand, du très grand Marie-Aude Murail que nous avons là.
A condition de faire abstraction de la couverture, certes.
Marie-Aude Murail n'a pas son pareil pour dénicher l'humain, pour le rendre au centuple à son lecteur. Alors quel meilleur héros qu'un psychologue pour sonder les âmes ?
Autant vous le dire tout de suite, il me plait, ce Sauveur Saint-Yves. D'abord, il est joli garçon. Et Marie-Aude Murail n'y va pas avec le dos de la cuillère. Métis, grand, terriblement humain, n'en jetez plus. Et c'est bien là une preuve de la supériorité de la littérature sur le cinéma. L'image de Sauveur Saint-Yves ne nous est pas imposée, mais dès la page 10, on craque :

Sauveur avait la voix caressante de Nat King Cole vous chantant : "Unforgettable, that's what you are..."

Vous voyez le genre ?

Dans le cabinet de Sauveur défile une galerie d'adolescents, de familles qui souffrent, s'épaulent, essaient de comprendre, d'aller mieux. Phobie scolaire, séparations, recompositions, crise d'identité, chacun apporte ici un pan de réalité contemporaine. Toutes ces histoires sont regardées avec bienveillance par l'auteur/héros - tant il est clair que, de ce point de vue, Marie-Aude Murail et Sauveur ne font qu'un. Aucun jugement, mais la voix du narrateur, à la fois empathique et distanciée, insuffle humour et légèreté, là où il serait si facile de tartiner du désespoir.
Et puis il y a la relation entre Sauveur et son fils, Lazare. Un sauveur, un ressuscité. Entre ces deux-là, rien n'est simple non plus. La mort de la mère, les non dits, le racisme, la Martinique originelle, la vengeance, autant de fils difficiles à dénouer pour le psychologue, lui qui sait si bien éclaircir les sacs de noeuds des autres.
On rit, on s'émeut, on colle aux personnages. Sauveur et fils fait partie de ces livres qu'on dévore d'abord pour en ralentir la lecture vers la fin, parce qu'on sait pertinemment qu'ils vont tous nous manquer, les Gabin, Margaux, les Augagneur, Ella, Cyrille... Et Louise. Et les hamsters, aussi. Parce qu'il y a des hamsters.
D'un point de vue très très personnel, j'ai un faible pour Madame Dumayet. On sait les liens que Marie-Aude Murail a tissé au fil des années avec l'école - elle en est un auteur phare -, avec les enseignants. Et le personnage de Madame Dumayet est la preuve de cette perception juste et tendre. 
 

Madame Dumayet, suite à une conférence pédagogique donnée par monsieur l'Inspecteur, avait découvert la semaine précédente que l'écolier français manquait d'autonomie. Portant sur ses épaules l'avenir de la nation, elle afficha au mur de sa classe, grâce à ce soutien indéfectible du pédagogue qu'est la Patafix, un TABLEAU DES RESPONSABILITES.

Pour la Patafix au moins, je confirme.
J'ai fini par me résoudre à terminer Sauveur et Fils. Mais uniquement parce que je sais qu'à la rentrée, il y aura un deuxième tome. Et pourtant, je me lasse un brin des séries, des suites. Mais il y a des exceptions. Ce roman est est une. De taille.
Considérez cette modeste chronique comme la suite de ma grande déclaration d'admiration à Marie-Aude Murail. Et ce n'est qu'un début.

Sauveur et Fils, saison 1
Marie-Aude Murail
L'école des loisirs
avril 2016


 

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encyclopédie de cet idiot d'Albert

Publié le par Za

encyclopédie de cet idiot d'Albert

Par le grand Marmaduke Lovingstone, des girafes ! Oui, ce sont des girafes qui ouvrent de leur présence très digne cette encyclopédie foutraque mais tout à fait indispensable. D'ailleurs, si vous aviez le moindre doute sur l'indispensabilité de l'ouvrage, le titre complet devrait vous rassurer...

encyclopédie de cet idiot d'Albert

Ce genre de frontispice vous pose un livre, non ? Alors, glissons-nous dans ce puits de science en commençant par la zoologie. Chats, chiens, chevaux, vaches, oiseaux... Tel un Audubon des temps modernes, cet idiot d'Albert - c'est pas moi qui le dit - croque les oiseaux de façon digne et respectueuse. Voici venir à vous toute une basse-cour caquettante, du coq au vin - coq ovin ? - jusqu'à la poule. De luxe, évidemment.

encyclopédie de cet idiot d'Albert

Il n'y a pas d'osso métier, il n'y a que d'osso bucco !

C'est pas cette sentence définitive que, plus loin, Maître Albert se délecte des bizarreries de ses contemporains dans une galerie de métiers joyeusement capillotractés. Le trait perd alors de la rondeur, se fait nerveux et dresse une collection d'humains relativement inquiétants, perdus dans de minuscules spécialités indispensables et néammoins disparues.

encyclopédie de cet idiot d'Albert

La gastronomie, les sports, rien n'échappe à l'érudition de notre encyclopède pyrénéen. Il faut aller jusqu'à se perdre dans ses planches ultra-fouillées et, loupe en main, scruter le moindre détail receleur de jeux de mots jubilatoires, de références comme autant d'hommages aux figures tutélaires qui traversent l'oeuvre d'Albert Lemant. Mais tel Diderot et/ou d'Alembert tombé-s dans un tonnelet de rhum, maître Albert n'excelle jamais autant que dans la veine maritime.

... certains détails ne trompent pas...
... certains détails ne trompent pas...

... certains détails ne trompent pas...

L'ombre de la grande girafe baleine blanche plane sur cette oeuvre, et l'on entend venir de loin la jambe en ivoire de cachalot du capitaine Achab. D'abord par petites touches - le Bibliophile baleinier, le Girafologue, l'Amateur d'estampes - le fantôme du grand Hermann Melville vient clôre cet ouvrage à travers l'épopée débridée du dernier grand dénoueur de noeuds marins, embarqué à Nantucket le 21 février 1834. 
Alors, emplissez vos poches de petits cailloux blancs, munissez-vous de votre musette à jeux de mots - et d'une flasque de rhum vieux - pour plonger sans retenue dans cette encyclopédie déroutante, à l'image du grand talent de cet idiot d'Albert, jamais vraiment là où on l'attend !

Encyclopédie de cet idiot d'Albert
Albert Lemant
L'atelier du poisson soluble
septembre 2015

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Hugo de la nuit

Publié le par Za

Hugo de la nuit

Alors, le nouveau Santini, il est comment ?
Parce qu'on en est là. Depuis le Yark, Jonas ou le Journal de Gurty, on sait que cette seule signature est la garantie d'un excellent moment passé avec un livre comme un rendez-vous avec un excellent ami.
Commençons par la couverture. Elle est pas magnifique, la couverture ? Ces couleurs, ce dessin en ombres chinoises, délicat comme pas deux. Et ce fronton orné d'animaux nocturnes élégants, souligné d'une lampe/lune inattendue, c'est pas une splendeur ? Un véritable écrin ?

Hugo de la nuit

Mais je digresse, je préambule. Alors tout d'abord, sachez que votre dévouée Za n'a pas du tout la culture du film / du livre qui fait peur. Mais alors pas du tout. Et ce simple détail de la couverture aurait suffi, en d'autres temps, à me refroidir.

Hugo de la nuit

Mais je te suis, ô lecteur, toute dévouée - c'est écrit plus haut. Alors, j'ai bravé ma peur de la-main-crispée-crochue-qui-sort-du-sol et j'ai ouvert ce roman. Pour ne plus le refermer.

Hugo aurait dû ressentir de la peur, de la terreur même, à planer au-dessus du monde dans les bras d'un fantôme. L'enfant n'éprouvait pourtant qu'un sentiment d'abandon, tout au plus teinté d'une vague appréhension.

Hugo est un garçon de douze ans moins un jour, entouré de parents, d'une nourrice (grandiose), d'un chien, d'amour. Mais, car il y a un hic, voilà qu'une sombre - mais alors très sombre - affaire fait exploser la quiétude provençale et l'embarque - et nous avec - dans un tourbillon fantastique au sens propre du terme.
Vous avez lu L'étrange réveillon, un album de Bertrant Santini et Lionel Richerand, dans lequel des fantômes excessivement sympatiques sont invités à un banquet de fête ?

Hugo de la nuit

Eh bien, j'ai eu la très agréable impression des les retrouver, ces spectres. Mais en mieux. Je serais tentée de dire en plus vivant, s'ils n'étaient aussi franchement décédés. Ils sont magnifiques, ces fantômes : amoureux, touchants, truculents, tordants, un peu foldingues, terriblement savoureux. Ce sont eux, les véritables héros de ce roman. Bertrand Santini leur offre des chapitres d'une fraicheur jubilatoire. Chacun d'eux est traité par leur auteur avec bienveillance et amicale moquerie. Mention spéciale au Père Poudevigne, mon préféré...

"Benezet Trophime, dit Père Poudevigne. Disparu le 1er Aprilis 1503 à l'âge de quarante et un ans !
Cause du décès : Mort par noyade dans un tonneau de vin blanc."

Chacun de ces fantômes est une histoire en soi. Nicéphore, Dame Betti, Gertrude, Adélaïde, Cornille, Poudevigne, une petite société de morts s'étripant joyeuse autour d'une hypothétique poêlée de champignons, de scènes de ménage éternelles, de fous rires nerveux, d'amour maternel étouffant. Tout cela rend la mort bien douillette et finalement moins terrible que la vie.
Il y a aussi les zombies, juste affreux comme il faut - j'ai assez bien supporté, merci - avides, goulus, des zombies, quoi.
Au jeux des références, où seul Bertrand Santini aurait le dernier mot, derrière Kubrick, Shakespeare, Scoubidou, Gremlins, et d'autres choses horrifiques que je me refuse à entrevoir, il me vient encore un auteur qui m'a sauté aux yeux, à la mémoire, au coeur, avec ce passage :

En reprenant de l'altitude, il aperçut sa maison. "Qu'elle est petite !" songea-t-il, presque dans un rire. "Comment ai-je pu tenir là-dedans ?"

Allez, je vous raconte ma vie cinq minutes. Quand j'étais petite, il y avait chez moi un gros coffret de 33 tours (on dit vinyles, aujourd'hui). C'était Les lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, lues par Fernandel. Un chef d'oeuvre d'intelligence. Et de trouille aussi. Qui n'a jamais entendu la fin de La chèvre de Monsieur Seguin par Fernandel ne sait rien des terreurs enfantines et vespérales - parce qu'on n'écoute jamais ce genre de trucs le matin, allez savoir. Et pourquoi La chèvre de Monsieur Seguin ? Pour ça :

Une fois, s'avançant au bord au bord d'un plateau, une fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas dans la plaine, la maison de M. Seguin avec le clos derrière. Cela la fit rire aux larmes.
"Que c'est petit ! dit-elle; comment ai-je pu tenir là-dedans ?"

Et puis il y a l'emprunt des noms, comme un hommage, Cornille, Gringoire, ou l'esprit du texte, L'élixir du révérend père Gaucher et Les trois messes basses où le fameux Poudevigne pourrait se balader à l'aise.... Alphonse Daudet donc.
Et puis des noms qui sonnent doucement à mon oreille, Bouffarel - ici bien peu angélique... Et que dire d'Aza, cette merveille de nourrice, de ces gens qui ne peuvent aimer sans rouspéter. Elle, dans mon petit cinéma de lectrice, c'est l'Honorine de Marius - la sublime Alida Rouffe. Ces références ne bouleversont pas le jeune lecteur de 12 ans et + préconisé sur la quatrième de couverture. Mais ils font aussi la profondeur de cette histoire, la manière inimitable de raconter les histoires qui fait la patte de Bertrand Santini.
Alors, oui, Hugo de la nuit est un roman haletant, hilarant, effrayant, mais pour moi, c'est un livre tendre. Tendre comme la chair sous la dent acérée du zombie affamé, tendre comme les engueulades pagnolesques d'Aza, tendre comme une léchouille de Fanette - Gurty, on t'a reconnue !
Donc, pour résumer cette chronique beaucoup trop longue, Hugo de la nuit est désopilant, très bien écrit, flippant, terriblement attachant. Lisez-le ! Et comme ce samedi c'est la  Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, achetez-le ! 

Hugo de la nuit
Bertrand Santini
Grasset Jeunesse, avril 2016

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un éléphant à New-York

Publié le par Za

un éléphant à New-York

Forcément, quand John découvrit un éléphant en sortant de chez lui, il fut étonné. un peu plus que ça même. un éléphant dans les rues de New-York, c'était impossible.

Un éléphant à New-York est un album immersif. Évidemment, il y a le grand format, les doubles pages majestueuses, la grosse bestiole tranquille, la ville surdimensionnée. Rien que le titre, Un éléphant à New-York, ça vous pose immédiatement un alboume dans le grand, l'imposant.
Le texte de Benoît Broyart, tout de phrases courtes et percutantes au début de l'histoire, se calque parfois sur le rythme pépère de l'éléphant en balade. Et quelle balade ! A mi-chemin entre rêve et réalité, dans un New-York sans cesse réinventé, on croise Marylin, Superman, des new-yorkais affairés, des joggers à Central Park, une curieuse parade sur le pont de Brooklyn.
L'illustration fait alors un pas de côté par rapport au texte. Ce décalage, parfois imperceptible fait accepter l'impossible : un éléphant envahissant le paysage new-yorkais ou s'y fondant l'air de rien.

un éléphant à New-York

Mais c'est aussi dans l'impalpable que ce livre fait mouche. Dans les regards si caractéristiques des personnages de Delphine Jacquot, les yeux comme cernés de khôl, les regards précis dont on suit la trajectoire jusqu'au bout, ou les paupières baissées de ceux qui sont perdus en eux-même. Il y a aussi les profils de miniatures indiennes qui, par contraste, rendent les visages de face si intenses.

un éléphant à New-York

On ressort de cette histoire d'ami imaginaire hors norme comme on s'éveille d'un rêve agréable, avec une sensation de douceur, d'apaisement.

Un éléphant à New-York
Benoît Boyart & Delphine Jacquot
Seuil Jeunesse
octobre 2015

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